Lettre du 28 octobre
Bossuet appréciait-il Innocent XI à sa juste valeur. «Les affaires de l'Eglise vont très mal, écrivait-il à Rancé, le pape nous menace, etc. Une bonne intention avec peu de lumières, c'est un grand mal dans de si hautes places. Prions, gémissons1. »
Le cardinal d'Estrées a assez bien caractérisé les théologiens de cette trempe, dans sa dépêche du 3 juin 1684 à Louis XIV, lorsqu'il lui a raconté le fait suivant :
«Un Génois, dit-il, religieux somasque et fils de ce monsieur Palavicini qui vit peut-être encore en France et dont M. de Montausier prenait soin, dépendant entièrement du cardinal Azzolin, a dit, il y a quelques jours, qu'un cardinal (il ne l'a pas nommé, et je ne sais quel il peut êlre, quoique je soupçonne celui-là), avait dit au pape que Tannée avait encouru l'excommunication portée dans la bulle In cœna Domini contre les incendiaires, et que Sa Sainteté pouvait déclarer les censures. C'est une exagération impertinente et ridicule, comme si l'on n'avait jamais fait la guerre depuis l'invention de la poudre à canon, sans que les machines de feu y aient eu part, et comme si ce nom, qui regarde les particuliers qui brûlent la nuit les maisons de leurs ennemis, avait aucun rapport aux actions qui se passent dans une guerre entreprise sur le fondement légitime des offenses qu'on a reçues. Mais je le marque à Votre Majesté pour lui faire voir ce que l'aigreur et la malignité leur font imaginer, jusques à des choses extravagantes et insoutenables pour nuire2. »
Les théologiens modérés, comme Litta, Bona, Fagnani, Slusius, étaient placés par le pape à l'arrière plan. On ne lui plaisait, et l'on n'avait de crédit auprès de lui qu'autant qu'on entrait dans ses vues.
Le cardinal Lilta était archevêque de Milan. Il fut toujours honoré des bonnes grâces de Louis XIV3. Le