Mémoire précité
contre la publication de l'archevêque de Strigoniene pouvait pas êlre condamnée. Le pape s'en plaignit d'abord, mais sans le désapprouver formellement plus tard1.
Le cardinal Bassadonna loua plusieurs fois la science française. En mai 1681, il dit au pape, qui hésitait sur le choix des cardinaux à nommer : « Saint Père, vous ne pouvez pas agir comme Dieu qui ne se peut tromper. Il faut que Votre Sainteté se contente d'agir en homme de bien, qu'elle prenne les informations nécessaires sans aucun intérêt. » Le pape lui ayant alors parlé avec vivacité des affaires de France comme étant fort claires à ses yeux, il répondit : « Votre Sainteté doit supposer que la France n'est pas seulement au comble de la gloire, mais au comble de l'érudition et delà doctrine. Puisque les Français disent qu'ils ont des raisons, ils en auront assurément de bonnes, et comment leur peut-on refuser de les ouïr? » Ce cardinal engagea ensuite le pape à entendre le cardinal d'Estrées sans exiger aucune écriture de sa part2.
Le cardinal Colloredo, avec qui Bossuet fut en relations, ne passe point pour avoir été sincère. Un écrivain l'a ainsi dépeint : « Colloredo, faux comme un Grec, obséquieux comme un Italien3. » Sa théologie ne pouvait être dès lors que de fort mauvais aloi.
Le pape avait une grande confiance dans les connaissances théologiques des frères Ricci. L'un était dominicain, secrétaire de l'Index et « très «âpre aux défenses des livres de France », dit Servient. L'autre, Michel Angelo Ricci, ami de Favoriti, passait pour être partisan des jansénistes. Une congrégation ayant autorisé l'érection d'une église en l'honneur de saint Job, il s'y opposa, disant que les patriarches de l'ancienne loi ne devaient pas re-
1. Mémoire du cardinal d'Estrées sur les sujets papables en 1684 {Correspondance de Rome, t. CCX.C, p. 72-74).
2. Autre mémoire du même, envoyé au roi le 31 mai 1681 (ibid., t. CCLXXIII, p. 385-399).