Ibid., t. CCCtV, p
3 Ibid., t. (XLXXXYI, 1» suppl. de 1683, p. 245-251.
1G6 LOUIS XIV ET INNOCENT Xi.
Le 21 octobre 1684, le duc d'Estrées assura Louis XIV que les péchés qui se commettaient dans les quartiers des ambassadeurs, surtout dans le sien, n'-étaient rien en comparaison de ceux qui se commettaient dans les quatre cents églises ou oratoires de Rome. Or, Innocent XI, qui poursuivait les immunités des ambassadeurs, soutenait l'immunité de ces églises contre les tribunaux. Le pape, dit-ii, en autorisant les cinq cents immunités des églises, cherche une paille dans l'œil d'autrui et ne voit pas la poutre dans le sien1, Le cardinal d'Estrées exprima le même avis dans sa dépêche du 14 mars 1687; tout en avouant qu'il se passait dans les immunités des ambassadeurs certaines choses qu'on ne devait pas approuver, il reprocha au pape de maintenir des crimes, en maintenant les immunités des églises, des couvents et des maisons religieuses. « Ce seront toujours, dit-il, des retraites assurées pour une infinité de malfaiteurs et pour la plupart des crimes dont peu d'espèces sont exceptées de la sûreté de ces asiles-. »
On le voit, pendant qu'Innocent XI cherchait d'une main à réformer, de l'autre il maintenait les abus et la perpétration des crimes. La réputation qu'on lui fit d'avoir combattu le népotisme et la simonie est imméritée. J'ai déjà cité sa conduite avec l'archevêque de Strigonie. Les dépêches mentionnent d'autres faits. D'après celle du duc d'Estrées à la date du 3 décembre 1680, des religieuses du diocèse du Mans ayant accepté une somme d'une dame qui ne la donnait qu'à la condition que ses deux filles seraient abbesses, la première le fut effectivement et mourut ; lorsqu'il s'agit de nommer la seconde, l'évêque s'y opposa, déclarant qu'il y aurait simonie, les religieuses l'ayant élue quand même, l'évêque les excommunia. Elles en appelèrent au pape, pour savoir si leur traité était simoniaque, et le
1. Correspondance de Rome, t. CCXCII, p. 284-295. V.Md., t.CCCIII, p. 112-185.
pape n'osa pas répondre lui-même ! Il renvoya l'affaire à la congrégation du concile1. — Le duc d'Estrées écrivit aussi positivement, le 4 septembre 1686, que le cardinalat de l'archevêque de Salzbourg élait « apparemment la récompense de cinquante mille écus d'or qu'il avait donnés au nonce du pape, après les avoir refusés à l'empereur, qui lui avait fait la même demande2. » — L'abolition de certains monts ou banques particulières et l'érection de certains autres à des conditions préjudiciables pour les particuliers , furent, de la part du pape , un vol manifeste; ce vol parut d'autant plus criant, qu'on accusa le pape d'avoir donné à son neveu, don Livio, sept à huit cent mille écus, prélevés sur les bénéfices qu'il réalisa par de tels procédés'. Ce fait eut lieu en 1682; un autre du même genre se passa encore en ï684>. Le 15 mai 1685,1e duc d'Estrées manda au roi que le bruit courait que le pape avait donné de l'argent aux Espagnols, mais que le pape s'en défendait, et que d'ailleurs, d'après le cardinal Cibo, « on faisait bien d'autres discours et l'on prétendait que Sa Sainteté avait pris pour elle el pour sa maison une partie du fonds de la réduction des monts'. » — De nombreuses dépèches relatives à son administration confirment amplement ces faits.
Tel fut le célèbre Innocent XI. Lorsque l'on compare la physionomie dessinée par ces dépêches avec le buste en marbre et avec le portrait de ce pape qui se trouvent à PAmbroisienne de Milan, on est frappé de la ressemblance. Dans le buste, la figure est longue, étroite, maigre, très osseuse .; la moustache raide et brossée horizontalement, la bouche ordinaire, le nez long et tombant, le front peu haut et ridé; la physionomie est assez fine; et ce qui frappe le plus, c'est la très large cavité de l'œil,