Correspondance de Rome, t. CCC, p
•1. Mémoire du cardinal d'Estrées (ibid., t. CCXLIII, p. 164-189).
3. Autre mémoire, du 15 juillet 1676 (ibid., t. CCXLV, p. 93-118).
près de sa nièce qu'auparavant. C'est ce qu'il m'en a dit lui-même. On l'accuse encore d'aimer si fort les grands repas, que l'ambition qui l'occupe n'a pu l'en détourner dans le temps présent, et l'on tire sur tout cela des conséquences pour l'avenir. Ce qui est de pire, on le croit magnifique à l'égard des auteurs des pasquinades, et sur le soupçon où l'on est qu'il fait déchirer tous les prétendants, on a fait imprimer une pièce horrible contre lui, ce qui ne s'était fait que contre Altieri dans l'affaire des ambassadeurs. Je vous ai dit toutes ces particularités, afin qu'on connaisse le naturel des gens. S'il parvenait au pontificat, il serait incapable de- grandes choses, quoi qu'il m'ait pu dire au contraire; mais il ferait des grâces, il serait magnifique, voluptueux. Alieni appetens, sui profususi. » Le 16 novembre 1678, Servient écrivit encore à Pomponne : « Le prélat Gerri a eu une assez rude réprimande et une menace d'être privé de sa charge sur ses habitudes extrêmement publiques avec certains musiciens et certaines musiciennes2. »
En 1684, le cardinal d'Estrées donna au cardinal Gerri plus de soixante-treize ans et tint pour suspectes ses liaisons avec Azzolini. « Il faudrait, dit-il dans son mémoire sur les sujets papables, certaines assurances qu'il ne refuserait peut-être pas. Je crois que son élection ne serait pas difficile, pourvu que le cardinal Chigi fût revenu de son éloignement (comme un confident du cardinal Cerri m'en assure). Et Sa Majesté d'ailleurs, qui l'a toujours agréé, aurait beaucoup de lieu d'en être contente... L'exaltation de Cerri serait d'autant plus facile qu'en le prenant comme une espèce (de) deposito à cause de son grand âge, ce choix ne laisserait pas d'être honnête et d'avoir de l'approbation. Ce qu'on appelle deposito, c'est que, lorsque la division des partis est si forte qu'on appréhende de tous côtés des sujets qui puissent durer long-
1. Correspondance de Rome, t. CCXLVII, p. 71-80. 2 Ibid., t. CCLVIII, p. 123-121.
temps, et qui déplaisent aux uns ou autres, on ne trouve d'autre moyen de sortir d'intrigue qu'en choisissant des gens d'un âge si avancé ou d'une santé si faible, que, leur pontificat ne pouvant être de longue durée, chaque parti conserve cependant ses espérances pour ceux qu'il affectionne, et prend cette espèce entrepos (sic)... Je n'en vois point dont l'élection pût réussir plus aisément que celle de Cerri, si l'amitié du cardinal Azzoiini ne lui faisait tort1. »
Cardinal Sigismond Ghigi. — Le samedi 7 mai 1678, Servient écrivit à M. de Pomponne que ce jeune cardinal venait de mourir, pour avoir pris du sel de plomb « pour taire rentrer la gale2; » et le mercredi 11, il compléta cette nouvelle par les détails suivants : « Depuis la mort de ce cardinal, on prétend avoir découvert que lui, don Benedetto Pamfile et le prélat Cerri, étant il y a un an ensemble à Neptune, lieu de plaisir au bord de la mer, s'accordèrent pour voir une Neptunoise, fort belle, et qui avait été au connétable Colonne ; qu'ils en eurent tous trois en même temps la gale, dont Sigismond est mort pour avoir voulu la faire rentrer et pour s'être fait traiter secrètement par des gens mal habiles... Les deux autres ont laissé durer leur gale, dont ils sont encore fort incommodés, et je doute qu'il leur prenne envie de la faire rentrer. Le même cardinal Sigismond voyait une autre fille appelée la Vosa(?),et il avait encore commencé une intrigue avec une jeune dame de grande naissance que je connais, et qui a été fort touchée de sa mort. Il avait pour l'amour d'elle excité (?) Ugo Maffei, qui est de notre faction, mais sans lui découvrir ses fins, de faire faire deux comédies à Albane, dans ce temps-ci justement, voulant aller à sa maison de la riccia qui est tout proche, pour assister souvent à cette comédie; et, pour mieux cacher son jeu, il avait dit à Maffei de faire cotiser tous ceux qui pas-