Correspondance de Rome, t. CGXLIII, p
2. C'est une erreur : Odescalchi est né le 18 mai 1611; donc il avait soixante-et-un ans en 1672.
bonne opinion qu'il avait conçue de lui en 1672, en l'examinant dans sa retraite presque obscure.
En conséquence de ces renseignements, le roi permit au cardinal d'Estrées de « dire à Odescalchi qu'il ne doit pas se mettre en peine de ce qui se passa dans le dernier conclave, puisqu'il n'ignore pas que Sa Majesté souhaitait sincèrement son exaltation, et que son ambassadeur était chargé par ses instructions de la procurer comme d'un sujet qu'elle sait être d'un très grand mérite, piété et vertu, et qu'il n'y eut qu'un défaut de formalité, qui obligea le dit ambassadeur pour l'honneur du roi de n'en pas laisser continuer la pratique1. » Après s'être acquitté de cette commission, le cardinal d'Estrées écrivit au roi : « Il me parut fort sensible à ces expressions. »
Dans sa dépêche du 15 juillet à M. de Pomponne, ce même cardinal dit : « Sa Majesté se souvient de ce que M. de Chaulnes fit sur le sujet d'Odescalchi dans le dernier conclave. Mon instruction portait qu'en le visitant, je lui fisse connaître que le contre-temps qui était arrivé contre le gré même de Sa Majesté, avait été l'effet d'un pur hasard et de la vanité de l'ambassadeur d'Espagne, mais qu'il n'avait rien changé dans l'estime et dans les intentions de Sa Majesté, parce que j'avais ordre de lui en assurer et de lui en donner des preuves dans les occasions. Il reçut ce compliment avec des larmes auxquelles son naturel tendre le rend fort sujet; et depuis, dans les rencontres qui se sont présentées, j'ai laissé échapper quelques discours obligeants sur ce même pied, dont je l'ai vu toujours attendri2. » — Et dans le mémoire envoyé avec cette dépêche, on lit : « Le cardinal Odescalchi est estimé pour ses mœurs et sa piété qui me semble très sincère. Mais d'ailleurs sa capacité m'a paru plus bornée qu'on ne me l'avait représentée d'abord. Quant
1. Sur les sujets papables. Articles extraits de l'instruction donnée à Vévêque de Laon, 1672. — (Correspondance de Rome, t. CCX.LIII, 1». 104-189.)
1 Ibid., t. CCXLV, p. 52-91.
à l'érudition, elle n'est que très médiocre; et quoiqu'il agît (s'il était pape) avec de bonnes intentions, je doute qu'elles fussent soutenues des grandes vues et des lumières proportionnées à l'élévation de ce rang. Il serait pieux et charitable, mais il tomberait souvent dans des scrupules trop délicats, et s'occuperait d'un certain détail de dévotion, au lieu d'envisager et de procurer les choses grandes et solides ; d'une humeur facile aux prétentions par sa bonté et difficile à s'en départir. Si quelqu'un pouvait étouffer le dégoût d'une exclusion qui lui a fait perdre sept années de pontificat, je l'en croirais aussi capable qu'aucun autre. Je n estimerais pas toutefois de la prudence de s'y commettre et de l'éprouver, quelque humilité et quelque détachement qui paraisse en lui. Je l'ai remarqué très soigneux de conserver V amitié du cardinal Altieri; et même, quand il a fallu parler des abus publics et des voleries du gouvernement exposées à la vue de tout le monde, c'est un de ceux qui les a le plus excusées, soit par préoccupation pour l'autorité du saint siège qu'il croyait attaquée sous ce prétexte, soit par intérêt, soit par quelque sentiment d'affection. Le cardinal Grimaldi même le trouvait assez peu sensible sur ses desseins de réformation, qu'il proposait aux plus zélés, rejetant sur les pontificats passés les défauts de la conduite présente. Il m'en témoignait quelquefois son étonnement. L'on fut surpris de le voir paraître dernièrement à cette fameuse académie de la reine de Suède, où les mérites du pape et des héros de ce nom furent si magnifiquement célébrés, quoiqu'il ne se fût jamais montré à pas une de ses musiques... On ne croit pas qu'au fond les Espagnols voulussent l'exaltation du cardinal Odescalchi, quoique le cardinal Nitard le visite souvent et paraisse dans une grande liaison avec lui. » Ce dernier trait, qui aurait dû suffire à un regard fin pour juger des opinions et des tendances d'Odescalchi , montre combien le cardinal d'Estrées était encore inexpérimenté comme diplomate.
Le duc d'Estrées envoya à son tour au roi, le 28 juillet, les renseignements suivants : « Je ne douterais pas d'Odescalchi, car l'Espagne ayant eu le mérite de le vouloir faire pape dans le conclave passé et la France y ayant résisté, c'est un nouveau sujet de le désirer davantage. » Quel singulier raisonnement, en vérité ! Le duc remarqua ensuite que, « pour Conti, les apparences sont grandes que l'Espagne le doit fort souhaiter; » que le prince Pamfiie supplie le cardinal et le duc d'Estrées de favoriser l'élection d'Odescalchi ; « que ce bon cardinal (Odescalchi) ne laissa pas d'aller tout courant chez le cardinal Altieri dans l'instant de la mort du pape, où il lui fit toutes les expressions de tendresse et d'amitié qu'on se peut imaginer et même jusques aux larmes; que cette précipitation ne mérite pas un désintéressement si pur qu'il voudrait le faire croire1. »
L'impression des d'Estrées sur le cardinal Odescalchi avant l'ouverture du conclave était donc assez confuse, et elle ne pouvait qu'induire en erreur la cour de France. Les autres cardinaux français n'étaient malheureusemen pas hommes à suppléer à l'insuffisance de l'ambassadeur et de son frère. Celui-ci sembla attacher un grand prix à la présence du cardinal de Retz au conclave; il écrivit à M. de Pomponne le 15 juillet : « Il nous sera très avantageux et très important d'avoir le cardinal de Retz dans un conclave, et, quoiqu'il ait de la peine à quitter sa solitude, on doit l'en arracher, pour ainsi dire, dans cette occasion. Il ne résistera pas sans doute au commandement de Sa Majesté, et la vie qu'il mène lui doit faire encore mieux comprendre combien il est obligé de lui obéir. Un homme de son expérience, de son esprit et de sa réputation, sera d'un grand poids dans le sacré collège. Le mérite de sa retraite lui donnera encore plus de lustre et d'autorité. » Le cardinal d'Estrées ajoute que le cardinal de Retz « est bien avec tout le monde, à la réserve