‹ Louis XIV et Innocent XIChapitre 204 sur 473 · Ibid., t. CCXCVI, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. CCXCVI, p

3. Le duc d'Estrées au roi, le 3 juillet 1685 (ibid., p. 4-11). i. Le môme au même, le 10 juillet 1685 (ibid., p. 15-21).

nation et tous lesultramontains1 fatigués de la domination des Italiens. » Or, « depuis, Sa Sainteté, ne voulant pas souffrir que la convocation du chapitre en France s'effectuât, en a fait différer la tenue jusqu'à présent, et par un pareil motif peu favorable à la nation, il n'a jamais permis au général d'aller faire ses visites, ne voulantpas remplir, comme il l'avait promis, les charges de vicaire ou de procureur général d'un Français. Ce général des dominicains, qui avait succédé à Rocaberti, actuellement évêque de Valence, se voyait depuis deux ans entravé par le pape dans l'administration de l'ordre. Le roi d'Espagne le nomma archevêque de Compostelle; ce général traitait bien les religieux français. » Les Espagnols eux-mêmes avouaient qu'un Français devait être vicaire général. En effet, une constitution de l'ordre porte que le chapitre général se tiendra alternativement une fois au deçà et l'autre fois au delà des monts; une autre constitution porte que, le généralat venant à vaquer par la mort du général ou autrement, le vicariat, jusqu'à l'élection du général, doit être exercé par le provincial de la province où le prochain chapitre se trouve avoir été indiqué. En conséquence, le duc d'Estrées engage Sa Majesté à déclarer au nonce de France : « qu'elle ne peut souffrir que le chapitre général soit transféré hors du royaume ; qu'il est visible qu'on ne veut le tenir ailleurs, et principalement à Rome, que pour y exclure ses sujets et ôter la liberté de l'élection; que ce n'est pas d'aujourd'hui que Sa Majesté s'aperçoit que le pape préfère en toutes occasions les autres nations à la sienne;... qu'elle n'éprouve pas seulement cette rigueur dans les choses de grâce, mais même dans celles de justice. »

Le 3 août 1685, Louis XIV poussa la faiblesse jusqu'à répondre au duc qu'il ne fallait pas faire de remontrance

1. Le mot ultramontain est pris ici par rapport à Rome, où ce mémoire fut rédigé; il désigne donc les Français, qui, pour les Romains, étaient au-delà des Alpes.

au pape relativement à cette affaire1. Mais, le 28, le duc ne put s'empêcher d'exprimer des regrets de ce qu'aucune plainte n'avait été faite ni au nonce ni au cardinal Cibo; une plainte eût été, selon lui, nécessaire pour couper court aux intrigues qui ne manqueraient pas d'être faites, dans le prochain chapitre, contre l'élection d'un général français -.

Innocent XI n'avait pas grand mérite, en vérité, à lutter contre un adversaire tel que Louis XIV, qui craignait de lui adresser même des remontrances là où il eût fallu une sommation et au besoin une rupture. Aussi ne se gênat-il pas pour violer une des deux constitutions ci-dessus indiquées, et pour décider que le prochain chapitre aurait lieu à Rome et non en France. Le duc d'Estrées avertit Sa Majesté, le 18 septembre, qu'un imprimé constatait cette décision pontificale3. Ce chapitre se tint, en effet, à Rome à la fin de mai 1686. Voyant les chances considérables du Père Cloche, le. pape, pour écarter son élection, dit à l'archevêque de Gompostelle qu'il l'excluait formellement; les Pères français protestèrent et envoyèrent au pape un mémoire respectueux, que l'ambassadeur appuya d'un billet à l'adresse de Sa Sainteté4. Le pape n'osa pas maintenir son exclusion, et le Père Cloche fut élu par 72 voix sur 86; le pape parut « surpris et mal content, » mais toutefois reçut bien le nouveau général5. « Sa Sainteté, écrivit le cardinal d'Estrées au roi, le 25 juin, commence à s'apprivoiser avec le général des dominicains; elle lui donna ces jours passés une audience de trois heures... Le pape a dit, depuis cette audience, qu'il croyait que ce serait un bon général6. » La cour d'Es-

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