Ibid.yt CCLXXXIV, p
d'Estrées : « J'ai déjà écrit mon sentiment à mon cousin le cardinal d'Estrées sur le manquement si éclatant du général des jésuites envers vous, et je pourrai bien dans la suite du temps lui faire connaître la juste indignation que j'ai de son procédé. » Le 26, il lui écrivit de Ghambor (sic) que, de fait, le général était allé d'abord visiter l'ambassadeur d'Espagne et qu'il s'était excusé auprès de lui de la visite cérémoniale qu'il allait faire à celui de France. Le roi lui demanda des éclaircissements sur ce point. Le 8 octobre, le roi ajouta : « Les emportements du marquis del Carpio contre le général des jésuites ne doivent être considérés que comme une feinte concertée entre eux. » Le 16 octobre, le duc d'Estrées répondit à la lettre du roi du 26 septembre, et lui dit que jamais les généraux d'ordres ne visitaient les ambassadeurs avec cérémonie; que le Père de Noyelle allait souvent à pied; qu'il n'avait visité le marquis del Carpio qu'en second lieu ; que celui-ci en avait été blessé, parce que le général aurait dû venir prendre de ses nouvelles pendant sa maladie, ce qu'il n'avait pas fait. En un mot, le duc d'Estrées prit le parti du général dans cette affaire et se montra satisfait de sa révérence.
Le 22 octobre, Servient raconta un fait qui montre combien ce général était entre les mains du pape. Devant aller à la campagne, le Père de Noyelle alla prendre congé du pape et lui demanda l'expulsion de Rome d'un jésuite nommé Sorba, qui lui paraissait dangereux. Mais ce Père Sorba était un ami de Favoriti, qui avait favorablement parlé de lui à Sa Sainteté; en sorte que le pape <l relança fort ce général, et lui dit que, s'il l'entreprenait, il s'exposerait à un rude châtiment. » Servient remarqua que le pape avait parlé au général avec cette raideur, pour intimider la compagnie et pour la tenir en respect vis-à-vis de lui1.
Pendant que le pape rudoyait le général pour se l'asser-
i. Correspondance de Rome,l. CCLXXXII,3e suppl.de 1682,p. 2-2-27 .
vir, Louis XIV condescendait à lui faire, pour ainsi dire, la cour; il lui écrivit en effet, de Fontainebleau, le 2 novembre, une lettre étudiée, dans laquelle il l'assura de sa protection, lui et sa compagnie1. Le général allait avoir beau jeu désormais avec un roi et un ambassadeur si sensibles aux belles paroles et aux marques extérieures de soumission; apartirde ce moment la partie était déjà gagnée pour lui. Le 16 décembre, le duc écrivit au roi qu'il avait visité le général deux jours auparavant. « Je le trouvai, dit-il, avec de tels sentiments pour la personne sacrée de Votre Majesté et pour son service que j'eus grand sujet d'en être satisfait!... lime conta que, dans les dernières audiences qu'il avait eues du pape, Sa Sainteté lui ayant témoigné du déplaisir d'avoir des affaires avec plusieurs princes, mais que c'était son malheur et non pas sa faute, devant en conscience et par son devoir soutenir les immunités de l'Église que Ton attaquait de tous côtés, il avait dit au pape que, pour le spirituel, il était au-dessus de tout ce qui était au monde, puisqu'il était le vicaire de Jésus-Christ et que Dieu était au ciel, mais qu'il la suppliait de considérer que cette puissance spirituelle avait besoin de l'assistance des temporelles pour faire de grandes choses pour la gloire de Dieu, l'avantage de la religion et du saint-siège; qu'ainsi il osait prendre la liberté de représenter à Sa Sainteté qu'il fallait ménager et se concilier les princes, lui montrant particulièrement combien il lui importait d'être bien avec Votre Majesté, dont Sa Sainteté était demeurée d'accord. Mais cette connaissance qu'en a Sa Sainteté est bien inutile, ainsi que je le dis au général, qui trouva que j'avais raison, puisqu'elle n'en veut pas profiter. »
Donc, même d'après les paroles du duc d'Estrées, le Père de Noyelle avouait qu'il était inutile d'engager le pape à être bien avec Louis XIV, et dès lors il savait très bien que ses représentations resteraient sans effet ; il