Ibid., t. CCLXXXI, 2e suppl. de 1682, p
ques jours auparavant, à M. le cardinal d'Estrées et à moi, — dont je fus d'autant plus surpris à mon égard que je n'ai point répondu aux honnêtetés qu'il m'a faites dans l'occasion de la fête de Saint-Pierre, que je n'ai pas envoyé savoir de ses nouvelles pendant sa maladie, et que je ne lui ai point donné part de la naissance de M§r le duc de Bourgogne, — qu'il enverrait quérir l'assistant des jésuites d'Espagne, celui d'Italie et quelques autres Pères espagnols, pour leur déclarer et les charger d'en informer leur général, qu'il ne lui avait fait faire aucune menace s il me visitait le premier ,, et que seulement il avait répondu aux Pères qu'il lui avait envoyés pour lui donner part de son élection, que ce n'était pas à un homme de sa sorte de lui envoyer des ambassades, mais qu'il devait bien y venir lui-même, et qu'il informerait le palais, M. le cardinal d'Estrées et moi, de la déclaration qu'il leur faisait, ce que l'ambassadeur d'Espagne a exécuté ponctuellement. Nous avons pensé qu'il a pu agir de la sorte, ou par des ordres qu'il en a reçus du roi son maître, ce qui est le plus vraisemblable, ou par le désir (ce qui nous est revenu par quelques endroits) de se raccommoder avec moi, principalement dans la pensée de pouvoir aller en France rencontrer sa femme, qu'il fait venir par terre. Il l'a témoigné publiquement, si le roi son maître lui permettait de quitter Rome pour ce temps-là, ou bien qu'étant toujours persuadé, ainsi que je l'ai mandé quelquefois à Votre Majesté, que le roi catholique ne peut pas vivre, il songeât à se trouver, lorsque ce prince viendrait à manquer, avec l'honneur des bonnes grâces de Votre Majesté et en état de mériter quelque souveraineté ou un grand établissement dans la séparation que Votre Majesté pourrait faire de la monarchie d'Espagne, principalement pouvant contribuer par le crédit qu'il aurait à Naples à mettre ce royaume sous la domination de Votre Majesté. Il a envoyé à M. le cardinal d'Estrées des lettres pour Votre Majesté et Monsieur, sur la naissance de Msr le duc de Bourgogne. »
Dans son mémoire du 11 septembre, Servient confirma tous ces détails. Il assura que l'ambassadeur d'Espagne n'avait jamais]menacé le général des jésuites s'il visitait d'abord l'ambassadeur de France, et qu'il n'avait « jamais pensé à une telle déclaration. » Servient appuya cette assertion d'un billet qui le certifiait; en sorte que, d'après cet ambassadeur, le général des jésuites aurait manifestement menti. — A propos d'un mémoire que M. de Louvois venait d'envoyer à Rome, relativement aux maisons des jésuites en Flandre, Servient représenta au cardinal d'Estrées « qu'-en obligeant ce général de nommer des supérieurs aux maisons de Flandre, c'était reconnaître son autorité, en sorte qu'on ne pourrait plus le désavouer, si dans la suite il continuait dans son engagement à ne plus faire la visite, mais que pourtant on pourrait (s'il soutenait son engagement) prétendre d'établir un vicaire général en France et l'en menacer. Son Eminence approuva ce délai. » En conséquence, « M§r l'ambassadeur n'a pas rendu la lettre du roi au général, parce qu'elle le reconnaît pour général, quoique en termes peu satisfaisants pour lui. » Servient conjura le cardinal d'Estrées « de ne se point fier au palais jusqu'après l'exécution (de la visite du général), car on n'y va pas droit sur ce point. » Servient, après avoir rapporté qu'enfin le général des jésuites s'est exécuté, dit qu'à la réception du courrier de M. de Louvois sur les maisons des jésuites dans les Flandres, le pape donna par Favoriti un « ordre secret... pour obliger le général des jésuites d'éluder les volontés du roi sur leurs maisons dans les pays conquis, mais de le faire avec de belles paroles et des marques extérieures de soumission1. »
Le duc d'Estrées eut le grand tort de prendre au sérieux les belles paroles et les marques extérieures de soumission que le général des jésuites lui donna dans sa visite du 9 septembre, et de le traiter comme s'il ne s'était rendu
1, Correspondance de Rome, t. CCLXXXI, 2e suppl. de 1682, p. 175-178.
coupable ni de mensonge ni d'insulte. Aussi le pape futil enchanté de la manière dont le duc accueillit le général ; le pape lui exprima son contentement dès le 11, ce qui prouve que le général entretenait le pape immédiatement et sans délai de ce qui concernait la France1. Une fois gagné à la cause du général, le duc d'Estrées devint plus sévère envers l'ambassadeur d'Espagne. On lit dans sa dépêche du 16 septembre : « Soit que la visite que m'a rendue le général des jésuites ait véritablement déplu au marquis del Carpio, ou qu'il l'ait voulu témoigner par une pauvre et méchante finesse pour faire connaître qu'il n'y avait pas consenti et qu'il n'en savait rien, il s'est extrêmement emporté contre ce Père, et il a dit qu'il écrirait à JNaples et en Sicile, afin que l'on saisît les revenus des maisons de la compagnie qui sont dans ces royaumes-là. Mais l'on ne croit pas qu'il le fasse; et jusqu'à cette heure, il ne paraît pas que le général en soit en peine. » De fait, il y eut des intrigues contre le général et le marquis; Servient assura, dans sa dépêche du 17, qu'il les avait connues par l'intermédiaire du « moine Gnsman, » qui avait de l'autorité auprès du marquis et qui devait le suivre à Naples2.
Louis XIV, qui, le 18 septembre, n'avait pas encore reçu la nouvelle de la visite du général, écrivit ce jour-là de Versailles au cardinal d'Estrées : « La comédie que joue le général des jésuites sur sa prétendue démission entre les mains du pape, est peu capable d'éluder la juste indignation que me donne un manquement si visible à ce qu'il doit à mon ambassadeur principal, dans une occasion aussi éclatante qu'est celle de la naissance de mon petit-fds, et il doit s'attendre à toutes les marques de ressentiment que la continuation d'un procédé si extraordinaire pourra mériter3. » Le même jour, il manda au duc