Le même au même, le 7 octobre
continence de ce jeune homme n'était pas aussi entière qu'il avait cru. » « Cependant, ils sont fort éloignés sur le prix de la dot; car on demande, de la part du pape, deux cent mille écus romains, et le prince n'en offre que cent1.» En décembre 1682, le pape dit à un religieux de la congrégation de Saint-Philippe de Néri que les Français l'avaient souvent exhorté à nommer don Livio cardinal, mais « qu'il avait bien connu le piège qu'on tendait à sa réputation et à sa conscience; » et il ajouta qu'il saurait résister à tous les princes de ce monde et souffrir le martyre, s'il le fallait 2. Le 23 février 1683, le duc d'Estrées ayant encore pressé le pape de faire une place à don Livio dans la prochaine promotion, le pape lui répondit : « Ma a che sarebbe buono (mais à quoi seraitil bon) ?» A toutes choses, répliqua le duc. « Il est vrai, dit le pape, que c'est un bon fils, et que nous en sommes satisfait, e vero che un buon figliolo e che ne siamo sodisfatto*. » Au commencement d'octobre de la même année, nouvelle invitation du duc ; « mais, raconte-t-il lui-même, Sa Sainteté me dit en riant que don Livio pouvait mieux, étant particulier, songer à son salut, et y ajouta, en changeant d'air, qu'elle souhaiterait qu'il mourût, si elle croyait que ce pût être en bon état. Ce sentiment est assez extraordinaire, puisque l'on ne doit pas souhaiter la mort de son prochain 4. » Toutefois, pendant que le pape tenait ce langage au duc d'Estrées, il avait, d'après Servient, l'intention positive de nommer son neveu cardinal et de le faire chef de sa faction 5. Il en était satisfait !
{.Correspondance de Rome, t. CGLXXXIV, p. 390-396.
2. Servient à Croissy, le 3 décembre 1682 (ibid., t. CCLXXXII, p. 7(3-79).
3. Le due d'Estrées au roi, le 25 février 1683 (ibid., t. CCLXXXVII, p 140-169).
4. Le même au même, le 5 octobre 1683 (ibid., t. CCLXXXVIII, p. -241-265).
5. Servient à Croissy, le 5 octobre 1683 (ibid., t. CCLXXXVI> p. 31 1-3 U).
Toutes ces péripéties, toutes ces allées et venues du chapeau rouge à la femme et de la femme au chapeau rouge, devenaient comiques. Les dépêches de 1684 en font encore ressortir davantage le ridicule. En effet, le 8 février 4684, le cardinal d'Eslrées, parlant du cardinal Rospigliosi qui venait de mourir, dit que don Livio lui * était tellement attaché, mais secrètement, « qu'il avait mis sa destinée entre ses mains : car, ne pensant plus à être cardinal, ni que son oncle pensât à le faire, il l'avait prié, à l'insu du pape et de tout autre, de vouloir ménager son mariage avec la fille du prince Borghèse, qui déférait tout à ses conseils. En même temps ce prince pensait à marier son fils avec la nièce du cardinal Rospigliosi. Ces liaisons lui auraient donné un grand crédit dans la faction du pape présent. » Le cardinal d'Estrées ajouta qu'il ferait son possible pour donner au cardinal Felice Rospigliosi, frère du défunt, la direction du mariage de don Livio1. Et cependant ce même cardinal d'Estrées, dans sa dépêche du 18 avril de la même année, dit au roi : « Les espérances de don Livio pour le cardinalat ne diminuent pas2. » Le 14 octobre, don Livio n'avait pas encore pris de résolution entre le cardinalat et le mariage, mais il inclinait davantage au cardinalat3. Le 25 novembre, il était persuadé que son oncle le ferait cardinal à la première promotion; c'est du moins le cardinal d'Estrées qui le manda au roi 4. D'après le duc d'Estrées, le pape, en janvier 1685, songeait toujours au cardinalat de son neveu5; il lui donna même, comme il a été dit, deux de ses anciens vêtements de cardinal, que don Livio fit alors
1. Dépêche au roi {Correspondance de Rome, t. CCLXXXIX, p. 364-373).