‹ Louis XIV et Innocent XIChapitre 312 sur 473 · Le môme au même, le 10 septembre 1688 {ibid., t. CCCXII · texte numérisé non relu

Le môme au même, le 10 septembre 1688 {ibid., t. CCCXII

jours après, don Livio, désirant obtenir des lettres de prince d-e l'empire, envoya à l'empereur plus de 350 000 livres de France à 4 pour 1004. L'empereur sollicita pour lui auprès du roi catholique le titre de grand d'Espagne, et Louis XIV en conclut que le neveu n'était pas moins engagé que l'oncle dans les intérêts de la maison d'Autriche"2; aussi n'hésita-t-il pas à faire avertir l'oncle et le neveu par Lavardin que ce serait la famille Odescalchi, et non le saint-siège, qui payerait tous les frais de ce que le roi de France entreprendrait pour faire exécuter le traité de Pise. A cette nouvelle, le pape s'écria : « Ah! povero figlio, povero figlio ! » et il pleura. C'est Mugiaschi même qui en fit confidence au secrétaire de la république de Venise, lequel le redit au cardinal d'Estrées 3.

Don Livio ne fut pas moins abattu. Après s'être grossièrement disputé avec Casoni, il fit proposer à Lavardin une entrevue en lieu neutre; il voulait évidemment le prier de détourner le coup qui le menaçait et lui renouveler au besoin les promesses faites aux d'Estrées. Mais Lavardin refusa toute entrevue hors de chez lui 4. Quelques jours après, le prélat Albani dit en confidence au cardinal d'Estrées « que le principal motif dont on s'était servi pour toucher le pape avait été la crainte des châtiments dont son neveu était menacé, et les effets qu'il en appréhendait par la venue des troupes 5. » Quelques jours après la mort de son oncle, don Livio,

p. 7-28). — Cf. Cardinal d'Estrées au roi, même date (Correspondance de Rome, t. CCCXV, p. 187-221).

1. Lavardin au roi, le 19 septembre 1688 (ibid., t. CCCXII, p. 36-47).

2. Louis XIV à Lavardin, le 30 septembre 1688 (ibid., p. 49-51).

3. Le cardinal d'Estrées au roi, le 16 octobre 1688 (ibid., t. CCCXVT, p. 22-88).

4. Lavardin au roi, le 2 novembre 1688 (ibid., t. CCCXII, p. 143- 150).

5. Le cardinal d'Estrées au roi, le 7 novembre 1688 (ibid., t. CCCXVI, p. 23Ï-257).

craignant les ressentiments de Louis XIV, vint trouver le cardinal d'Estrées à onze heures du soir. « Il lui fit de grandes offres de servir Sa Majesté à l'occasion du conclave et après l'élection d'un pape, s'il avait le bonheur d'avoir quelque crédit auprès de celui qui serait élu. » 11 compta treize ou quatorze cardinaux dont il se croyait assuré, comme créatures de son oncle. Il s'offrit d'écrire dans ce sens à Sa Majesté. Le cardinal d'Estrées préféra ne pas accepter, et le laisser dans le doute et la terreur sur ce que Sa Majesté pourrait décider; il lui promit de transmettre ses propositions à qui de droit, et lui dit qu'il importait avant tout d'abandonner Casoni. Livio renia alors Casoni1.

Le 10 septembre 1689, Louis XIV écrivit de Marly au duc de Chaulnes qu'il ne pardonnerait à don Livio qu'autant qu'il userait de son influence pour faire élire un pape qui lui serait agréable 2; le 20 octobre, il permit aux cardinaux de la faction de France de le visiter, s'il était fait cardinal, et il assura qu'il effacerait tout de sa mémoire s'il se conduisait bien envers lui 3.

Donc, don Livio servit, après ses propres intérêts matériels, les intérêts politiques de son oncle; comme lui, il fut inféodé à l'Espagne et à l'Autriche, tout en simulant de l'attachement à la France; il fut le petit doigt dans la main de son oncle, mais, si petit fût-il, il sut rester à son rang et remplir son rôle effacé. Son oncle eut beau le traiter de chiffon, de bon à rien, etc., il le combla de privilèges et de richesses, il ferma les yeux sur ses exploitations et ses vols, il se borna à s'efforcer de sauver les apparences et de faire contraste extérieurement avec le pontificat précédent. Innocent XI parut donc combattre le népotisme; peut-être en eut-il le désir, en même temps qu'il affecta d'en exprimer l'intention.

1. Le même au même, le 22 août 1689 (Correspondance de Rome, t.CCCXXI[,p. 413-467).

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