Ibid,, t. CCLXXXI, p
que le pape, sous l'influence de ce cardinal, s'était considérablement adouci. Il écrivit, le 13 juillet, à Croissy, que Sa Sainteté semblait mécontente de Favoriti et se croyait très instruite de la question de la régale; que le crédit du cardinal de Luca sur le pape excitait, non moins que ses manières hautaines et absolues, beaucoup de jalousie et d'irritation contre lui; et que les cardinaux de la congrégation de la régale s'étaient ligués pour l'accuser d'hérésie, à cause de ses opinions favorables à Louis XIV *. Mais, dix jours après, Servienl découvrait que Favoriti, plus habile que Luca, avait repris son ascendant sur le pape, et que d'ailleurs Favoriti et Luca se concertaient entre eux, celui-là visitant celui-ci la nuit sous un travestissement2. Le 30 du même mois, Servient manda de nouveau que le pape battait froid au cardinal de Luca, que les brouillons en étaient enchantés, que Favoriti avait même dit au pape, sans que le pape protestât, que de Luca était indigne du cardinalat. Favoriti dit même, devant un auditeur d'un tribunal, nommé de Brul, que « le cardinal de Luca était un fou et un téméraire, et que le pape ayant fait la sottise de le faire cardinal, devait, pour ne pas mourir avec cette honte, le priver promptement du chapeau3 ».
Telles étaient les aménités que les conseillers intimes du pape s'adressaient mutuellement. Feinte ou non, grave ou non, cette brouille entre Favoriti et Luca provoqua d'indignes objurgations. Une cour qui pratique de telles mœurs ou qui recourt à de tels expédients, ne peut s'appeler « saint siège » et « fondement de l'Église de Dieu » que par dérision. Le 9 août, Servient écrivait que le pape ayant découvert une nouvelle fourberie de Favoriti ou de ses amis, redevenait plus confiant avec Luca4. Le duc d'Estrées avait déjà écrit en ce sens dans sa dépêche du