Ibid., p
au « plaisir de nuire au cardinal Altieri, » et ayant de la créance dans le sacré collège et dans le public. « Mais, poursuivit-il, comme il a démérité du cardinal Altieri en donnant au pape, en homme de bien, des avis sur des affaires d'argent, on le regarde comme celui sur lequel l'exclusion du cardinal Altieri tombera le plus fortement, et par cette opposition l'on juge son élection très difficile... L'on ne doute pas que l'Espagne ne le favorise, avec laquelle il s'est toujours conduit très habilement1. » Donc, déjà avant l'élection d'Innocent XI, il était acquis, d'abord, que Cibo était attaché à l'Espagne, qui l'appréciait assez pour le favoriser; ensuite, que, malgré cet attachement, il consentait à toucher une pension de la France, dont les intérêts étaient censés lui être chers au-dessus des intérêts de toute autre couronne. Il y avait dans ce dualisme diplomatique et pratique un savoir-faire qu'Innocent XI ne pouvait qu'admirer. Ces deux natures louches, fourbes, sympathisèrent et se lièrent. Au conclave, dès que Cibo vit que les chances d'Odescalchi, son plus intime ami, l'emportaient sur les siennes et sur celles d'autrui, il s'empressa de les seconder, persuadé qu'il occuperait dans le pontificat de son ami une place de choix. Aussi Odescalchi, devenu Innocent XI le 21 septembre 1676, lui donna-t-il, dès le 23 au matin, la charge de secrétaire d'Etat « avec toute l'autorité de cardinal neveu. » Innocent XI, qui avait la volonté bien arrêtée de travailler dans l'intérêt de l'Espagne et de l'Autriche contre la France, comprit qu'il serait habile de sa part d'avoir un secrétaire d'Etat qui, tout en étant aussi dévoué à l'Espagne et à l'Autriche, eût cependant la confiance de la faction de France et sût plaire à Louis XIV. Il ne pouvait faire de choix plus heureux que celui du cardinal Cibo.
Cibo, à partir de ce moment, joua au bonhomme avec les d'Estrées et avec Louis XIV ; il affecta de leur montrer