Ibid., p
3. Le cardinal d'Estrées au roi, le 2 octobre 1685 (ïbid»t t. CGXCIV, p. 281-287).
LE CARDINAL AZZOLINI. 551
mais à un moment où il devait être absent. Azzolini profita de l'occasion pour lui exprimer de tels sentiments de condoléance et d'admiration, de condoléance sur la mort du duc, d'admiration envers la personne du roi, qu'il dût envoyer de nouveau chez lui pour le remercier1. Ce n'était que politesse réciproque ; l'antipathie resta la même, et le 14 mars 1687, le cardinal d'Estrées, conseillant à Louis XIV de songer à châtier Casoni au premier moment opportun, ajouta : « Cette même observation tombe sur le cardinal Azzolin ; en cas qu'on vînt à une rupture avec le pape, il ne devrait pas être oublié2. »
Lorsque le marquis de Lavardin arriva à Rome comme ambassadeur, Azzolini tacha de le gagner par la reine de Suède. Sa tactique devait être évidemment de cherchera le brouiller avec le cardinal d'Estrées, pendant qu'il profiterait lui-même de toutes les circonstances où il pourrait s'attirer la sympathie du nouvel ambassadeur. Il n'y manqua pas. Les saluts obséquieux, serviles, rampants, qu'il adressa à la marquise de Lavardin et au marquis en janvier 1688, dégoûtèrent presque Lavardin. « Ce cardinal, dit-il, passe pour un caméléon qui sait changer de couleur en toutes occasions3. » D'après une dépêche de Lavardin à Louis XIV, en date du 2 mars 1688, il aurait parlé au pape en faveur d'un accommodement avec la France; mais le pape lui aurait répondu : « Eh! depuis quatre ans, vous me dites tout le contraire 4 ! »
1. Le cardinal d'Estrées au roi, le 4 février 1687 (Correspondance de Rome, t. CCCIII, p. 1-9).
3. Lavardin au roi, le 13 janvier 1688 (ibid., t. CCCX, p. 34-45). A.Ibid.,?. 190-2U9.
Azzolini fut l'ami le plus intime, le confident le plus secret de la reine Christine de Suède, fille et successeur de Gustave-Adolphe.
Cette femme, qui tenait plus de l'homme que de la femme, et qui pourrait servir de type aux femmes contemporaines émancipées, était venue une première fois à Rome aussitôt après son abdication (1654) ; mais elle ne fit qu'y passer. Elle y revint une seconde fois en 1658 et y séjourna jusqu'en 1689, date de sa mort ; elle y connut donc Alexandre VII (fl667), Clément IX (f 1669), Clément X (fl676) et Innocent XI. Née en 1626, elle avait cinquante ans à l'avènement d'Innocent XI. Azzolini sut lui plaire, s'attacher à elle et surtout se l'attacher. De la part d'Azzolini, cette amitié tourna vite en exploitation ; car il était beaucoup plus susceptible d'ambition et d'avarice que d'affection. Il en fit une bonne fortune, soit au point de vue de l'influence à acquérir par elle et du pontificat à se rendre plus facile, soit au point de vue de l'héritage à recueillir.
Elle était liée aux Escadronistes bien avant le conclave de 1676, et Azzolini, comme nous l'avons vu, était de ce parti. Le 19 janvier 1677, le duc d'Estrées écrivit à Louis XIV : « Les cardinaux Rospigliosi, Cybo, Chigi et Delfin sont extrêmement aliénés delà reine de Suède, du cardinal Azzolin et du cardinal Altieri, qui sont fort unis, à ce que prétendent les premiers, et agissent de concert pour discréditer en ce qu'ils peuvent le cardinal Cybo du pape et le gouvernement dans le public1. » Cette union d'Azzolini et de la reine était telle que, lorsque celle-ci faillit mourir en novembre 1677, elle s'adressa à lui « comme à celui qu'elle avait fait son héritier univer-