LA FIN DU PONTIFICAT DE CLÉMENT X
Les dépêches diplomatiques envoyées de Rome à la cour de France en 1676, contiennent des détails assez intéressants, qui confirment la réputation bien connue et bien méritée de Clément X et de son pontificat (1670- 1676). Déjà avant son élection à la papauté, le vieux cardinal Altieri avait été traité d'idiot par le cardinal Grimaldi, de stupide parle cardinal de Médicis,'et Pasquin l'avait placé parmi les sept péchés capitaux, créés cardinaux par Clément IX ; il y figurait comme la représentation de la gourmandise. Les dépêches françaises, tout en étant plus parlementaires, et tout en émanant d'hommes qui n'avaient pas oublié qu' Altieri avait été au conclave de 1670 le candidat de la France, donnent cependant de ce pape une assez triste idée.
Commençons par le portrait physique, le genre de vie, les habitudes, le bulletin de santé, toutes les choses à travers lesquelles suinte l'élément moral et transpire le
caractère. Le 21 janvier 1676, le cardinal d'Estrées écrit à M. de Pomponne que la goutte du pape continue1. Le 18 février, le duc d'Estrées mande au roi :
« Le pape se lit porter jeudi en chaise aux Quarante Heures du Gésu, où il parut avec un médiocrement bon visage, mais marchant avec grand'peine, et se soutenant sur son maître de chambre et sur un bâton 2.»
Dans la dépêche du même duc, du 5 mai, on lit qu'il y a au palais un Père Pollini, prêtre de la Chiesa nova, « qui aide au pape à réciter son bréviaire et qui joue au trois sept avec lui. » Comme ce Père Pollini était suspect au cardinal Altieri (cardinal-neveu), celui-ci cherchait à le tenir à l'écart; mais le pape s'en aperçut, le réclama et dit samedi « qu'il ne dînerait pas, si le Père Pollini ne revenait, et s'y opiniâtra si bien, que le cardinal Altieri et le cardinal dataire y montèrent. Ils ne le surent persuader, et il fallut qu'on lui rendit ce Père, qu'il embrassa aussitôt; ils pleurèrent l'un et l'autre de tendresse. Le pape, à ce qu'on dit, lui mit son bonnet sur la tête, et lui dit qu'il le voulait faire cardinal; il dîna, ils rejouèrent au trois sept:1. » Cette scène intime est aussi charmante que grotesque.
D'après la dépêche du 18 mai, le pape vomit, baisse; il n'a pas pu assister à la chapelle de l'Ascension, « une des plus célèbres de l'année » ; il se plaint si hautement qu'on a défendu l'entrée de l'antichambre4. — 13 juin : Le pape, qui peut à peine demeurer un instant sur ses pieds, doit marier demain sa nièce avec le duc d"Anticoli5. — 23 juin : « Hier Sa Sainteté parut au consistoire avec assez bon visage. Mais cela n'est pas surprenant,