‹ Louis XIV et Innocent XIChapitre 97 sur 473 · INNOCENT XI. — SON CARACTÈRE D'APRÈS SES ACTES · texte numérisé non relu

INNOCENT XI. — SON CARACTÈRE D'APRÈS SES ACTES

(Suite et fin).

Telles furent quelques-unes des prétentions d'Innocent XI. A cet orgueil et à cette ambition, il joignit une grande vanité et un entêtement mesquin.

Dans sa dépêche du 20 août 1681, le cardinal d'Estrées rappela qu'il avait conseillé, à l'époque de la première assemblée du clergé, d'étendre à la personne du pape les louanges adressées au saint-siège; il avait pensé que des louanges accordées parles premiers du royaume l'anolliraient; mais, comme elles ne faisaient que l'enorgueillir, il conseilla ensuite de ne plus le louer, mais de se borner à des termes de respect pour sa dignité. « Je ne suis pas le seul, dit-il, qui me persuade que le vrai moyen de le faire rentrer en lui, c'est de lui faire apercevoir qu'il n'est pas si admirable qu'il se l'imagine et qu'on ne l'admire pas. » Ce même cardinal dépeint ainsi la façon dont Innocent dégusta ces compliments : « Il a reçu avidement les grandes louanges qu'il a trouvées dans le procèsverbal : car jamais homme n'y a été si sensible que lui et n'a cru en mériter davantage. On s'aperçoit toujours qu'il croit ses talents et sa capacité supérieurs non seulement aux premiers sujets de cette cour, mais à ce qu'il y a de plus grand et de plus éclairé dans

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l'Église. Il prend plaisir à contredire l'avis de tontes les congrégations, quoique uniforme; et il en a donné un exemple depuis peu dans l'affaire de l'inquisition de Portugal, qui a révolté tous les cardinaux du saint office... Ces cardinaux sont cependant les plus forts et les plus capables du sacré collège1. » C'est encore le cardinal d'Estrées qui a écrit les lignes suivantes au roi, le 29 août 1681 : « Il est certain que le pape craint Votre Majesté et révère son mérite; mais le dépit de se croire méprisé dans F orgueil extrême dont il est rempli contribue peut-être autant aux épines qu'on trouve dans cetle affaire, et le rend peut-être plus intraitable que les scrupules de conscience dont il se pare si souvent2. » En 1682, le cardinal d'Estrées l'ayant exhorté à établir une étroite union entre lui et Louis XIV comme celle de Charlemagne et d'Adrien, Innocent en fut très flatté : « Je m'aperçus, dit le cardinal, que je le soulageais et que je flattais sa gloire, en lui donnant des idées d'une pareille union3. »

L'abbé de Servient le jugea de même : « Il se croit, dit-il, le plus habile homme du monde*, » — « Le pape, écrivit le duc d'Estrées à Louis XIV, est fort combattu entre deux passions, qui sont violentes en Sa Sainteté, la gloire et l'avarice5... Il est fort opiniâtre dans les sentiments qu'il a une fois pris, et pas moins jaloux que l'on ne puis>e pas dire qu'il est gouverné6. »

On lit dans les dépêches les jugements suivants : « Le naturel du pape est fort peu propre à revenir aux choses

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