INTRODUCTION
Pendant que j'habitais à Rome le palais Farnèse, en qualité d'ambassadeur de France, j'avais eu le désir d'écrire l'histoire du mémorable épisode dont ce palais, la place qui le précède et les rues adjacentes ont été le théâtre à l'époque où le duc de Créqui représentait Louis XIV auprès du Saint-Siège. Je concevais dès lors ce travail comme une étude diplomatique des relations du grand Roi avec la Cour de Rome depuis la mort de Mazarin jusqu'au traité de Pise (1661-1664). Il m'eût semblé inutile de refaire le récit de l'attentat des Corses contre l'ambassade si je n'eusse exposé les incidents qui l'ont précédé et les négociations qui l'ont suivi, et présenté par conséquent un tableau d'ensemble de la politique française et pontificale au commencement du règne.
Les préoccupations constantes et les labeurs journaliers de la mission dont je suis demeuré chargé durant deux années (1886-1888) m'ont empêché de donner suite à ce projet; mais lorsque les circonstances m'ont éloigné de Rome, j'ai repris la pensée de raconter, avec tous les développements nécessaires, le drame qui s'était passé aux alentours de la vaste demeure qui m'était devenue familière, de ranimer les acteurs de ces événements, et les péripéties politiques, si curieuses au point de vue des mœurs et des doctrines du temps, qui ont mis si longtemps en présence le Saint-Siège et le Cabinet du Louvre. Tel était mon plan primitif : c'est celui que j'ai suivi.
Plusieurs écrivains, dans des monographies ou des chapitres accessoires d'autres ouvrages, ont retracé les principaux faits de la journée du 20 août 1662 et indiqué rapidement la série des négociations qui ont abouti au traité de Pise : je dois citer les