‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 118 sur 268 · A. E., Rome, 145, Créqui au roi, 25 juillet, f · texte numérisé non relu

A. E., Rome, 145, Créqui au roi, 25 juillet, f

LES TROIS PREMIERS MOIS DE l'àMBASSADE. 201

occasion de donner à Sa Sainteté une marque de la passion avec laquelle il se porterait toujours à ce qu'il croirait lui devoir être agréable ».

L'ambassadeur de Malte s'acquitta de cette mission : le cardinal Chigi reçut l'avis « avec de grands témoignages de joie », et Sa Sainteté « fit paraître une satisfaction particulière ». Le lendemain, 7 août, l'ambassadeur se présenta chez don Mario et chez don Agostino Chigi : « Je les visitai tous deux séparément, raconte-t-il, et ils me montrèrent l'un et l'autre une extrême reconnaissance de l'honneur que Votre Majesté leur faisait. Don Mario principalement me dit que ce n'était pas assez des paroles pour en marquer son ressentiment et qu'il s'efforcerait d'y répondre par les effets. Enfin, de part et d'autre, la chose s'est passée avec beaucoup d'honnêteté. » En terminant cette dépèche qui lui avait coûté beaucoup à écrire, M. de Créqui ne peut s'empêcher de faire remarquer avec tristesse que le pape « n'avait pas envoyé faire la moindre civilité à la duchesse », et il ajoute : « elle ne laissera pas de s'en consoler, et quant à ce qui est de demander à le voir, je crois qu'elle ne se le proposera pas pour n'avoir point le déplaisir de n'y pouvoir pas peut-être réussir » 1.

Dans les vingt-quatre heures, la visite fut rendue parles parents ; dona Bérénice et la princesse Agostino Chigi vinrent d'abord voir l'ambassadrice : les deux princes allèrent ensuite chez la duchesse et chez l'ambassadeur. On se fit des deux cotés « de grandes civilités », et don Mario répéta a M. de Créqui ses assurances de gratitude. « Le pape, écrit ce dernier, est désormais obligé de donner toutes sortes de témoignages de satisfaction et de reconnaissance », mais il ajoute avec assez peu de con-

1 A. É., Rome, 146, Créqui au roi, 8 août, f° 17. Il est inutile de faire remarquer combien cette réserve était maladroite : il fallait faire pres- ,entir habilement le pape qui, selon toute apparence, eût reçu la duchesse, el cette entrevue, si elle avait été bien conduite, aurait pu avoir d excellents résultats.

fiance : « s'il ne le fait pas, le roi saura mieux à quoi s'en tenir » !. j\1. de Bourlemont paraît s'être flatté d'un bon succès : (.( Probablement, dit-il, on doit espérer que cette grâce disposera les esprits de cette (loin- à favoriser les a (l'a ires du roi plus que par le passé )) 2. On a vu que Bencdetti et Vagnozzi ne partageaient pas cette illusion : ce dernier a soiu de noter, comme un mauvais indice, que les parents, en rendant la visite, « au lieu de se présenter avec le cortège accoutumé, étaient venus seulement avec leurs deux carrosses », et que l'ambassadeur eut relevé cette « inconvenance » s'il eut été certain d'être soutenu \ Au surplus M. de Créqui put juger tout de suite que la reconnaissance du pape était fort limitée : dans l'audience qu'il obtint le 18 août, et où il n'entra d'ailleurs dans l'examen d'aucune affaire (Mgr Nini, maître de chambre de Sa Sainteté *, l'ayant prié, eu égard à l'état de santé du Pontife, de ne lui parler de rien qui pût lui faire de la peine), M. de Créqui se borna à une allusion discrète à la visite qu'il avait faite « par grâce spéciale, ce qui valait mieux, fit-il observer, que si ce fût par usage ». 11 s'attendait à de grands remerciements, mais il connaissait peu la fierté du Saint-Père, qui, précisément, ne voulait point paraître avoir reçu une grâce et surtout y attacher trop de prix. Alexandre VII se montra très réservé : « J'avais toujours espéré, répondit-il seulement, que Sa Majesté ajusterait cet incident ». C'était un compliment ' assez maigre : « Il passa ainsi légèrement sur cette affaire, dit l'ambassadeur, ce dont je fus assez surpris ». De plus, Sa Sainteté, au cours de l'entretien sur d'autres sujets peu considérables, fit une réflexion qui, surtout ce jour-là, était au moins inopportune : « Les Espagnols, dit-il, se rendent toujours faciles à ce que les papes souhaitent : en France

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