‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 125 sur 268 · Enquête, p. 103, 10'i-2G<J et · texte numérisé non relu

Enquête, p. 103, 10'i-2G<J et

portés à la poursuite des Français? Le chu: de Créqui dans sa dépêche du 21 août paraît le penser Lorsqu'il attribue (à tort d'ailleurs, nous l'avons vu) le tumulte à un Français domestique de la reine de Suéde : « 11 fut poursuivi par les Corses, dit-il, jusques auprès de mes écuries. Quelques-uns de mes palefreniers, sortis au bruit, les repoussèrent. » Mais le récit de ces deux Corses, dont l'un a témoigné presque mourant, paraît beaucoup plus vraisemblable : il ne faut pas oublier qu'écrivant le lendemain de l'incident, M. de Créqui, confusément informé, donne souvent des détails fort inexacts ; il est au contraire impossible que les deux Corses, interrogés séparément et dont les dépositions sont concordantes, aient inventé l'un et l'autre, de toutes pièces, n'ayant pu se concerter *, une histoire aussi bien suivie que la leur. Je la regarde donc comme parfaitement vraie, bien qu'elle ne soit pas d'accord avec le récit de M. de Créqui : on a pu en effet au palais Farnèse, et de très bonne foi, considérer comme des assaillants ces soldats qui arrivaient ainsi par hasard au milieu de l'émeute.

Voici donc, d'après leur témoignage, ce qui s'est passé. Giovanni-Battista d'Ajaccio, venu récemment d'Ascoli, était sorti de la caserne à la vingt-deuxième heure (c'est-àdire vers 6 heures du soir) avec son camarade Domenico, de Rogliano, surnommé le Florentin. Ils avaient dirigé leur promenade à travers la ville, du côté de la Ripetta, qui est le port du Tibre, puis longé la rue dell' Orso. Arrivés en suivant le fleuve, au pont Saint-Ange, ils avaient, de là, gagné la via Giulia comptant la remonter jusqu'au Ponte Sisto. Il atteignaient la fontaine du Mascherone, lorsqu'ils se trouvèrent tout à coup au milieu de la foule, au moment où les gens de l'ambassadeur sortaient en armes des communs du palais Farnèse. En entendant les vociféra-

1. Ils ne se sont pas revus en effet. L'un, blessé, a été porté à l'hôpital. L'autre a déserté le 22 août, après avoir été consigné dans l'intervalle à la caserne, et il n'a été repris qu'après la mort de son camarade.

tions contre les Corses et les clameurs, Giovanni-Battista et Domenico comprirent le danger : ils se glissèrent le long des murs, espérant n'être pas reconnus et pouvoir s'échapper par quelque ruelle. Mais ils virent bientôt qu'ils étaient suivis. En cet instant critique, Domenico eut la chance singulière que deux individus qu'il ne connaissait pas s'intéressèrent à le sauver; ils le poussèrent entre eux et lui dirent à la hâte : « Les Français en veulent aux Corses ; ils vous tueraient ». Domenico se laissa conduire par ses protecteurs qui parvinrent à masquer sa fuite jusqu'à l'hôpital de Saint-Sixte, où il entra rapidement; il y resta environ une heure, puis il put retournera sa caserne '. Giovanni-Battista fut moins heureux. Il marchait un peu en avant de son camarade et passait entre la boutique du marchand de ferraille Vinci et d'un herboriste, lorsqu'il fut brusquement assailli par des gens armés. Sans essayer une lutte inégale, il se jeta dans la boutique de l'herboriste : celui-ci était absent; sa femme et son garçon Baldi furent frappés cle terreur et ne portèrent h ce malheureux aucun secours. Cependant les agresseurs qui l'avaient vu entrer, le suivirent et le frappèrent à coups d'épée 2. Ils allaient l'achever lorsque derrière eux une troupe leur cria : a Ce n'est pas celui-là! » Giovanni- Battista avait été pris pour un des combattants du Ponte Sisto. Mais il était trop tard, il avait reçu une blessure au ventre e1 une autre à la cuisse. Tout sanglant, sans être soutenu par Baldi et sa patronne qui ne songeaient qu'à eux-mêmes, non plus que par aucun des habitants du quartier qui se cachaient derrière leurs portes closes, il se traîna, la main sur le ventre, essayant parfois de courir3,

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