I. Dépositions de F Enquête, p. 117 ;'i 122, déjà cité
■j.. Relazione <lcl rumore, etc., déj. cit. A. É., supplément, Rome, f° 34.
trouvèrent là, engagée d'autre part, une querelle particulière entre les gens de l'ambassadeur, valets, palefreniers, etc., et quelques Corses venus de l'autre côté de la rue Giulia? D'après ce récit, des paroles outrageantes auraient été échangées en ce moment même entre ces soldats et cette domesticité turbulente à propos de tas de fumier amoncelés auprès d'une fontaine qui se trouve encore en ce lieu et qui se nomme le Masclierone l. Les Corses auraient réclamé contre la présence de ces immondices et les gens de l'ambassadeur se seraient écrié : « Que viennent faire ceux-ci dans notre quartier? nous avons droit d'y agir comme bon nous semble ». Et des passants auraient ajouté (on retrouve ici l'insulte et la réponse déjà signalées ailleurs, ce qui met en défiance de cette anecdote) : « Ce sont des sbires ! Comment ont-ils l'arrogance de passer ici et de nous faire des reproches? » Les Corses auraient répliqué qu'ils étaient d'honnêtes soldats, tout en proférant des injures. De là une altercation violente dont le bruit aurait attiré un plus grand nombre de valets d'écurie et de laquais de l'ambassadeur, armés de fourches, de bâtons, d'épées, et même, dit-on, d'arquebuses.
Les autres notes ou récits que nous avons sous les yeux ne parlent pas de cet incident dont il n'est pas question davantage dans les dépêches diplomatiques. Suivant ces divers rapports, ce sont les Français du Ponte Sisto qui, exaltés par le combat et craignant la vengeance des soldats corses, ont ameuté par leurs cris les gens de l'ambassade. La sortie offensive de ces derniers est constatée d'ailleurs par tous les témoignages. Un tumulte furieux remplit alors la via Giulia ; il y eut une sorte de mêlée et des fluctuations brutales dans la foule : les uns venant du Ponte Sisto, les autres du côté opposé, tandis que la troupe des valets de M. de Créqui, remontant en sens
1. Cette fontaine est ainsi nommée d'un grand masque de pierre représentant une face humaine : l'eau s'échappe de la bouche de ce masque.
inverse pour repousser l'attaque éventuelle des Corses, balayait la rue jusqu'au Fontanone. On signale ensuite le reflux désordonné de cette troupe vers les communs du palais Farnèse.
Dans ce double mouvement, au milieu de cette bagarre de valetaille et de fuyards, et tandis que les soldats, comme nous l'avons dit, s'étaient déjà échappés par le vicolo délia Sirena, l'emportement des gens de l'ambassade paraît avoir été si grand qu'ils frappaient au hasard sur les passants. Deux individus fort inoffensifs ont été victimes cle cette fureur : l'un était un garçon boulanger allemand, nommé Michel Costa, qui reçut un coup de feu à la jambe gauche et fut transporté à la hâte chez un barbier de la rue Giulia; il mourut de sa blessure vingt jours après '. L'aventure de l'autre est particulièrement émouvante : ce malheureux, nommé Philippo Rossi, était un mendiant de Messine, aveugle, âgé de quatre-vingts ans. Il s'en revenait en tâtonnant de l'église délia Morte où il avait assisté aux prières des quarante heures, et il suivait le long des murs la via Giulia, sans guide, pour rentrer chez lui près du Ponte Sisto. Il entendit tout à coup les rumeurs de la foule, les cris, et tout à l'entour de lui une agitation extrême; il se hâtait, ne comprenant rien à ce bruit, et cherchant à grand'peine à se diriger ; déjà il approchait du Fontanone lorsqu'il reçut un grand coup d'épée ou de couteau sur la tête : « B..... de coquin ! » disaient ses assaillants. Il n'a pu en savoir ni en déclarer davantage, il se retrouva le lendemain à l'hôpital de la Consolazione, où il expira le 8 septembre suivant2.
Presque en même temps, dans la même rue, il se produisit un épisode assez singulier. Deux soldats corses parurent tout à coup au milieu de la foule : étaient-ils du nombre des mystérieux combattants du Ponte Sisto, entraînés là peut-être par le torrent de la multitude, ou em-