‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 146 sur 268 · Dépêche de Créqui, 21 août, déjà citée · texte numérisé non relu

Dépêche de Créqui, 21 août, déjà citée

3. Récit non signé, déjà cité : « perche dubitava di maggior maléfice che la soldatesche alemane et Italiane pigliassero i posti in quei contorni ». A. É., loc. cit.

4. Iielazione del rumore, etc., loc. cit. : « ordinando ai capi che facessero guardare il lor quartiere dalle sentinelle, perche non sapera ancora se le genti del ambasciatore fossero quietate ».

Franchi, interrogé par le prince, répondit, soit par conviction, soit pour couvrir ses soldats, en attribuant les rixes du Ponte Sisto et de la via Giulia aux provocations des Français ; il indiqua ensuite sommairement l'irruption des Corses et les mousquetades de la place Farnèse. Don Mario voulut alors en savoir davantage, et il fit comparaître plusieurs soldats isolément : mais tous, craignant de se compromettre, déclarèrent qu'ils ne savaient rien. Le ministre des armes se borna donc à renouveler les ordres déjà transmis par le barigel au nom du cardinal Impériali, en conseillant de faire veiller par des sentinelles à la sûreté de la caserne et en recommandant que les troupes fussent sévèrement consignées jusqu'au mardi matin 22 août1. Puis il se retira, mais au lieu d'aller au palais Farnèse, comme il l'avait promis au gentilhomme de M. de Créqui, il se borna à envoyer, quatre ou cinq heures plus tard, son maître de chambre à l'ambassadeur, en priant le duc « de l'excuser s'il n'était pas venu, à cause qu'il était occupé à mettre l'ordre partout » 2. Cette excuse pouvait paraître plausible, mais il est vraisemblable qu'elle n'était qu'un prétexte et que don Mario craignait la colère de l'ambassadeur et peut-être même de s'exposer à quelque guet-apens s'il entrait au palais Farnèse 3. Son absence en de telles conjonctures lui a depuis été reprochée avec raison, car au fond elle indiquait soit une méfiance blessante, soit un certain trouble de conscience, soit bien peu de souci de la responsabilité du Saint-Siège et surtout des égards dus en une telle circonstance au représentant de Louis XIV. On verra plus loin que sa conduite a donné lieu aux accusations

1. Enquête, dép. Franchi, Cardonc, Yincigucrra, etc., lue. cit. — Dépèches de l'ambassadeur de Toscane, 21 août, déjà citées. — Discolpa dei ministri del Papa. A. É., Rome, supplément, 149, f° 58, déj. cit.

2. Dépèche de Créqui, 21 août, déjà citée. — Régnier Des Marais, loc. cit., p 16.

3. « Dans la crainte peut-être qu'on l'arrêtât au palais Farnèse, il envoya quelques heures après B'excuser. » Régnier Des Marais, toc. cit., p. 16. Tout le récit de Régnier est copié presque mot pour mut sur la dépèche de l'ambassadeur du 21 janvier. C'est assez dire combien il est incomplet.

d'indifférence ou mémo de complicité : il était en effet inadmissible que le ministre des armes et le cardinal gouverneur de Home se fussent l'un et l'autre abstenus de paraître cette nuit même au palais Farnèse, et d'y présenter sur-le-champ les excuses et condoléances de la Cour pontificale.

Cette démarche eût été d'autant plus urgente qu'à l'ambassade l'indignation était au comble. Les gardes et gentilshommes du duc de Créqui, tout ce qu'on appelait alors « sa famille », c'est-à-dire ses officiers et serviteurs, la multitude de Français qui s'étaient réfugiés au palais comme dans une forteresse et qui remplissaient confusément les cours, les escaliers, les longues galeries de l'édifice, s'armaient de toutes parts, et réclamaient des représailles. La nuit se passa ainsi, au milieu d'un désordre extrême, dans la crainte de quelque nouvelle surprise qui eût inévitablement amené une lutte à outrance et des résolutions meurtrières. On pense quelle impression ont dû produire sur les imaginations que les premières arquebusades avaient déjà si violemment surexcitées, le dramatique retour de l'ambassadrice, le récit des assassinats commis sur le capitaine des gardes et Aubin Copet, des diverses agressions dont la rumeur publique exagérait les circonstances, la vue du cadavre sanglant de Bertaut, le spectacle de tant de fugitifs, et les commentaires sans nombre qui circulaient dans ce campement nocturne pendant cette veillée militaire.

Le duc de Créqui était au comble de l'indignation. Les coups de feu tirés contre le palais Farnèse et contre l'ambassadeur inviolable, l'outrage fait au Roi Très Chrétien dans la personne de son représentant à Rome, la chasse aux Français dans les rues, cette émeute sacrilège qui pendant deux heures avait épouvanté le quartier placé

sous la protection spéciale de l'ambassade, l'attentat de San Carlo de' Catinari dont l'ambassadrice malgré son

rang, malgré le caractère auguste que lui donnait le droit des gens, avait failli être victime, l'ensemble de ces circonstances si graves au point de vue politique, si odieuses en elles-mêmes, « sans exemple, comme l'écrit un témoin, même parmi les Turcs » \ se présentaient à son esprit comme l'un des événements les plus « noirs » et les plus « barbares » de l'histoire.

Son impression, si légitime d'ailleurs, était malheureusement encore aigrie par la persuasion où il était que ce forfait avait été prémédité et ordonné par les ministres du pape, notamment don Mario et le cardinal Impériali, et que les Corses n'eussent pas osé agir aussi audacieusement d'eux-mêmes 2. Nous verrons que la Cour de France a longtemps affecté de partager cette opinion dont nous aurons à discuter l'exactitude et l'opportunité; mais il était assez naturel que, sous le coup d'un tel crime, on s'en prit d'abord au gouvernement, d'autant que l'attitude réservée de don Mario et d'Impériali était bien étrange. On agitait donc tout haut au palais Farncse des projets de vcno-cance immédiate, et le cardinal d'Esté en arrivant auprès de L'ambassadeur le trouva dans les dispositions les plus belliqueuses.

M. de Bourlemont, sur l'ordre de M. de Créqui, avait été sur-le-champ prévenir le cardinal d'Aragon : ce dernier, qui était couché avec la fièvre, se leva aussitôt, et vint apporter à son collègue l'expression de ses sympathies les plus cordiales 3. La reine de Suède transmit au duc Car un gentilhomme ses témoignages affectueux et ses

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