Dépêche de Créqui du 21 et du 26 août, loc. cit
joindrait ce qu'on avait pu armer de monde en si peu de temps, et ce qui se trouverait d'autres Français déterminés » *. C'était la guerre ouverte avec toutes ses conséquences. Le cardinal d'Esté apprécia le danger d'une semblable décision qui eut en quelque sorte autorisé le gouvernement pontifical à entrer en lice directement pour rétablir l'ordre et à se déclarer en état de légitime défense, qui eût provoqué peut-être des massacres, et, à coup sûr, des épisodes sanglants. On était loin d'être assuré d'avoir le dessus dans une pareille lutte entreprise avec si peu de monde contre la milice corse, qui serait probablement soutenue par la soldatesque cantonnée dans la ville, et l'on pouvait douter que le roi de France, dont il était téméraire de préjuger les instructions, approuverait un acte qui le placerait nécessairement en situation d'ennemi déclaré du Saint-Sièoc 2. Le cardinal fit valoir ces réflexions avec beaucoup de force, « me remontrant, écrit le duc de Créqui, d'un coté que quand on aurait une fois commencé, on ne serait plus maître des suites, et qu'ainsi on exposerait peut-être Rome à un saccagement général, et me représentant tout ensemble que Votre Majesté pourrait tirer de grandes satisfactions et des avantages considérables de cette affaire » 3.
Ces diverses considérations, dont la dernière était particulièrement politique, persuadèrent l'ambassadeur. 11 savait combien on avait égard à Paris au sentiment du Cardinal d'Esté, et combien, dit-il, « Votre Majesté m'a chargé d'en faire compte » *. Le cardinal, dans une lettre ii M. de Lionne, écrite le 22 août, rappelle lui-même ses Instances : « J'ai été d'avis, dit-il, qu'il était hasardeux de changer l'état des choses, Sa Majesté pouvant avoir d'autres pensées d'un ordre supérieur, et qu'on devait
I. Kr^nier Des Marais, loc. cit., p. 18 et l'J. :>.. Ibid. et p. 20.
\\. Dépêche de Créqui au roi, 26 août, loc. cit. 4. Ibid,
attendre ses instructions » l. Le duc de Créqui suivit ce conseil 2 et résolut de prendre seulement les précautions nécessaires pour éviter de nouveaux incidents. 11 ne s'y résigna cependant qu'avec peine : « Je marcherai désormais dans la ville, écrit-il au roi, d'une manière qu'il ne sera pas aisé de me faire une insulte » *.
La nuit se passa dans ces délibérations, et, dès le lendemain lundi, un courrier partit pour Paris avec les dépêches qui instruisaient le roi et son ministre des événements de la veille et de l'attitude expeetante que le duc de Créqui avait adoptée, malgré sa colère, sur l'avis du cardinal d'Esté. Il avait ordre de tout faire pour devancer le messager que la Cour de Rome expédiait le même jour au nonce.
1. Lettre du cardinal d'Esté à M. de Lionne, 22 août. A. É., Rome, 146, f° 46.
2. Le cardinal d'Esté fut néanmoins accusé par la Cour de Rome et par l'ambassadeur toscan d'avoir excité les ressentiments du duc de Créqui : « S. Exe e stata di poi fomentata dalli consigli del S. card. d'Esté... etc. ». (Dép. de l'ambassadeur de Toscane, 26 août, loc. cit.)