Voir plus haut, § VI
2. Ce cardinal, né en 1589, était de la branche des ducs de Latera. petits-neveux du pape Paul III. Son frère aîné avait vendu le fief de Farnèse aux Chigi : Agostino Chigi, fils de don Mario, en portait le titre. Girolamo Farnèse, nonce en Suisse sous Urbain VIII, en 1649, gouverneur de Rome sous Innocent X, avait été crée cardinal par Alexandre VII, en 1G57, au titre de Sainte-Agnès-hors-lcs-murs. Il mourut sous Clément IX, en 1(1(18. Il fut enterré dans l'église du Grésu, a Rome. (Voir Dizionario di crurfizioJie slorico, par Moroni, XXIII, p. 214.)
Rossi, il fut, dans la congrégation, le défenseur du droit des gens et le ferme partisan des réparations nécessaires !.
C'est donc à tort que M. de Créqui avait conçu, dès le premier moment, une mauvaise opinion de cette assemblée qui, écrit-il plus tard au roi, « faisait voir une passion inconcevable de seconder celle de la Cour de Rome,... tous ces messieurs-là, hormis deux, étant esclaves des moindres mouvements du palais » 2. Ce jugement venait d'un esprit prévenu : la congrégation des cardinaux contenait au contraire de bons éléments dont on eût pu tirer parti si l'on avait su les manier avec douceur et dextérité, et elle n'a été vraisemblablement amenée à faire cause commune avec le Saint-Siège que par suite dos manifestations du palais Famèse et découragée par le peu de déférence que lui montra l'ambassadeur.
Ici se place la démarche du Saint-Siège à laquelle nous avons lait allusion plus haut. Le pape pria les ambassadeurs d'Espagne et de Venise de demander en son nom au duc de Créqui de cesser ses préparatifs belliqueux et ses promenades en appareil militaire : il faisait observer que les Corses avaient ordre de témoigner à l'ambassade le plus profond respect; que les coupables étaient ou incarcérés ou éloignés de Rome, et, qu'en vérité, M. de Créqui, en prenant des mesures dont les Corses ne sauraient être la cause, laissait voir d'autres pensées et d'injurieux soupçons 3. On voit par cette dernière parole combien le Saint-Siège était en même temps inquiet de ses projets et blessé de ses défiances.
L'ambassadeur ne répondit à ce message que par un refus déguisé : il reconnut qu'en effel il se faisait aoeom-
1. Voir, s m- ces divers cardinaux, A. É.,Rome, L 49, note anonyme, f° 176, cl tiol re chapitre n.
•1. A. l';.. Rome, L46, Créqui au roi, 2 septembre L662, f» 103.
8. A. i;., loc. cit., le card. Cbigi à Lionne, 30 aoûl : « dà giusta occasione (Ji credere che, <<mm rerament* S. Exe., rispetto ;>i Corti, no ba ta! bieogno, cosi posta havere altri pensieri che obligbino .i preventioni <• rimedij ».
pagner de beaucoup de gens, et ajouta que « dores en
avant il serait contrainl de marcher avec encore plus d<précaution, d'autant que le cardinal Chigi lui avait dit lui-même que les Corses étaienl des gens féroces qu'on ne pouvait pas contenir dans le devoir » ; mais que cependant « il irait comme à l'ordinaire si le cardinal d'Aragon lui voulait donner parole de la part du pape que sa femme et lui seraient en sûreté dans la ville » l.
Cette réponse était insidieuse, car il était à peine de la dignité du Saint-Père de souscrire "à une condition formulée en des termes presque ironiques. Il y consentit toutefois ainsi qu'il l'a affirmé depuis en plein consistoire * : le cardinal Chigi fit la même déclaration3, et l'ambassadeur l'avoue implicitement. Il prétend, il est vrai, que le cardinal d'Aragon, chargé du message pontifical, « n'a pas osé se hasarder à le faire » *, ce qui parait assez peu vraisemblable, mais il reconnaît que les évcques du Puy et d'Evreux avaient reçu de Sa Sainteté la promesse du châtiment des Corses et l'assurance que l'ambassadeur « n'avait rien à craindre » '6. En même temps, une seconde démarche plus solennelle que celle de l'ambassadeur d'Espagne fut tentée par la congrégation des cardinaux qui eut soin d'user de l'entremise du cardinal Sacchetti, lequel ne pouvait être suspect au gouvernement français. Ce personnage, dont le caractère et la piété méritaient la plus haute estime fi, représenta au duc de Créqui que le Saint-Siège était anime du plus grand désir de le satisfaire, qu'il avait pris et allait