‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 173 sur 268 · Dép. de l'ambassadeur de Toscane, 31 août, loc, cit · texte numérisé non relu

Dép. de l'ambassadeur de Toscane, 31 août, loc, cit

vices qui furent volontiers accueillies, et M. de Créqui lui fit dire « a mezza bocca » qu'il pensait en effet se retirer sur les terres du grand-duc jusqu'à ce qu'il eût reçu un courrier de France : « En ma qualité de soldat, dit-il au secrétaire de son collègue, une petite maison me suffit » l.

Les ambassadeurs d'Espagne et de Venise, en apprenant cette nouvelle, se montrèrent fort émus : « Puisque ma présence à Rome, leur dit M. de Créqui, fait craindre à Sa Sainteté le trouble du repos public, j'estime (pie je dois lui enlever cette inquiétude en m'éloignant » 2. Il ne leur cacha pas d'ailleurs qu'il ne leur demandait point conseil, de sorte que le cardinal d'Aragon et Grimani n'eurent qu'à recevoir et rendre les compliments d'usage; mais ils allèrent immédiatement chez le cardinal Chigi et l'informèrent de l'incident en lui rapportant les paroles de leur collègue. Celui-ci parut extrêmement surpris : « Je suis désolé, s'écria-t-il, que l'ambassadeur ait pris cette résolution qui n'a pas le moindre prétexte! Ce n'est pas la présence de M. de Créqui à Rome qui a donné à Sa Sainteté de justes motifs de pourvoir par les moyens les plus doux à la sauvegarde de ses sujets, mais seulement les armes et les soldats qu'il a réunis au palais Farnèse. »

Il rappela ensuite fort longuement toutes les assurances de sécurité personnelle que le pape avait transmises à l'ambassadeur soit par eux, soit par la reine de Suède, soit par le cardinal Sacchetti, soit par les évèqucs du Puy et d'Evreux. Enfin il s'étendit longuement sur les sentiments d'Alexandre VII et sur la sagesse de sa conduite politique :î.

A huit heures du soir seulement, M. de Créqui ordonna à l'abbé de Bourlemont de se rendre chez le cardinal Chififi.

1. Drj). <]<• L'ambassadeur de Toscane, même date, — 1' septembre : « si lascio S. Ecc cosi a mezza bocca intendere che andava aello stato <l<'l 8er"° gTan-duca ».

2 et 3. Racconlo complclo, ot<-., /or. vit — Le cardinal Chigi à Lionne, 2 septembre, /"<■•. cit. : « non si rotera loro consiglio ».

'.\. Le cardinal Chigi à Lionne. ~i septembre, l<>c cit.

Il avait voulu probablement, en avisant si tard le premiei ministre, éviter toute démarche et toute discussion rétrospective. M. de Bourlemont, dans son rapport à M. de Lionne, ne donne que peu de détails sur cette entrevue : « Son Emincnce, dit-il, me répondit d'une façon qu'il paraissait en avoir grand déplaisir, et me dit (pie, s'il n'eût pas été si tard, il eût été à l'heure même aux pieds de Sa Sainteté, mais que le jour suivant, il ne manquerai! pas d'y aller » \

L'ambassadeur n'informa aucune autre personne de son départ 2; dans une affectueuse pensée pour le duc Cesarini, son hôte au palais Farnèse, il obtint du cardinal d'Aragon que ce seigneur, persécuté parle Saint-Siège à cause de son dévouement à la France, fût logé à l'ambassade d'Espagne 3 ; il remit ensuite à M. de Bourlemont la gestion des affaires qui se présenteraient à Rome, et quand celui-ci lui rendit compte de son entrevue avec le cardinal neveu, il répondit seulement « que des bonnes paroles n'entraient point en satisfaction de l'entreprise que l'on faisait de poser journellement des corps de garde autour de son palais »; puis il lui commanda de se trouver le lendemain auprès de lui à la pointe du jour 4.

Dans la soirée, l'abbé Rospigliosi, échanson du cardinal Chigi et l'un de ses intimes confidents 5, se présenta de la part de Son Eminence au palais Farnèse. 11 pria instamment l'ambassadeur de rester a Rome, répétant les plus belles promesses, et lui offrant, au nom du gouvernement,

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