Dép. de l'ambassadeur de Toscane, 29 août
3. Voir l'Enquête. Interrogatoire des fugitifs repris. — Le pape, dans son allocution au consistoire en date du 2 septembre, fait allusion à cet édit du 29 août : « ex edicto promulgato contra contumaces », et aux demandes d'extradition : « quos (contumaces) a viciais principibus petimus ut vinculis deyinctos ad nos mitterent ». A. É., Rome, 149, I ' 59.
de la désertion en masse qui avait eu lieu le 22 août, la police romaine à la recherche des coupables, on avait toutes les chances possibles de les retrouver avant qu'ils eussent passé la frontière, tandis que les uns n'ont été arrêtés qu'en Toscane, et les autres, parmi lesquels précisément les plus compromis, sont parvenus, ainsi que nous l'avons dit, à échapper aux autorités florentines. L'ambassadeur et plus tard la Cour de France1 étaient donc ondes ii réclamer contre un décret aussi tardif et à le considérer comme un témoignage de plus de la mauvaise volonté des autorités pontificales.
La situation étant telle que nous venons de la décrire, le Saint-Siège étant bien alFermi dans la résistance et de plus en plus persuadé que les armements de l'ambassade mettaient l'État en péril a et le duc de Créqui de son côté, en présence de tels procédés, se refusant à toute négociai ion autant par indignation personnelle que sous prétexte d'attendre les ordres du roi, et se considérant comme emprisonné pour ainsi dire dans son palais par les soldats du Saint-Siège; les deux adversaires ('tant en outre ;i ce point irrités et offensés par une série d'accus;i lions réciproques, de malentendus et de fausses manœuvres, qu'une entente était impossible, une résolution suprême s'imposait au représentant de Louis XIV. Il n'avait plus qu'il quitter Home et il mettre ainsi à couvert la dignité de son maître. S'il était à craindre qu'on l'accusât
1. .M. de Lionne, dans Ba Lettre à la reine Christine «lu 15 septembre gitée plus liant, parle sévèrement <!<• cei édit du 29 août : o diligence après
<mp. fort superflue, <l<mt à peine un enfanl se voudrai! pajerl »
2. Voir L'allocution du pa]pe au consistoire du 2 septembre. Elle témoigne les terreurs de son gouvernement : « cum îmo quotidie magis uumerum [irinuriini atque armatorum augeret, ilà m jam subditi m>stn <l<> propriâ lecuritate limèrent <■! aliquam aul stragem aul ad minus direptionem expa-
i .ni . \ . E., Rome, loc, cil.
d'avoir ainsi précipité une rupture décisive, les choses étaienl en vérité tellemeul envenimées et un accord ii é-
diat si invraisemblable, qu'il ne risquait presque rien de ce côté-là. Son départ, au contraire, avait l'avantage de prévenir des éventualités redoutables ou du moins la prolongation d'un antagonisme individuel qui aggravait encore
l'intensité de la querelle. Il ne lui était même plus loisible de licencier son monde, car il eut paru reculer devant les mesures menaçantes adoptées par le Saint-Siège; encore moins pouvait-il rester indéfiniment sous les armes. 11 décida donc de sortir de la ville avec l'ambassadrice et ses principaux gentilshommes, accompagné du cardinal d'Esté et des cardinaux de la faction française : Mancini, Orsini et Maidalchini. On verra qu'en prenant spontanément cette détermination, il ne fit que devancer les instructions de son souverain.
Le jeudi 31 août, il eut à ce sujet une longue conférence avec le cardinal d'Esté : ils tombèrent d'accord qu'en suite des « continuelles entreprises de la Cour de Rome », l'ambassadeur « ne pouvait plus avec bienséance et dignité demeurer dans une ville où il se faisait tous les jours de nouveaux attentats contre le respect qui est dû au roi de France », et ils résolurent de fixer le départ au lendemain. Dans l'après-dînée, après avoir fait prévenir de ses intentions les cardinaux du parti français, le duc de Créqui pria les ambassadeurs d'Espagne et de Venise de venir au palais Farnèse, et, après s'être excusé de les avoir dérangés pour leur annoncer une décision prise, il leur communiqua son dessein *. Il l'avait laissé pressentir le matin à l'ambassadeur de Toscane qui lui faisait une visite de courtoisie 2, et il se borna à lui envoyer dire le soir qu'il partirait le lendemain « pour éviter à lui-même et au roi des difficultés plus grandes ». Rinuccini répondit par des offres de ser-
1. A. E., Créqui au roi, 2 septembre; le cardinal Chigi à Lionne, 2 septembre, loc. cit.