‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 186 sur 268 · La rixe du Ponte Sisto · texte numérisé non relu

La rixe du Ponte Sisto

3. Arch. Vat., dép. du nonce du 30 août, loc. cit. (Il y a là une erreur do date. L'entrevue est du 30 à minuit, mais la lettre n'a pu être écrite que le 31.)

4. Cette dépêche signée du roi a été écrite cette même nuit par M. de Lionne : elle porte aussi la date du 30.

5. Les Corses furent en effet emprisonnés, comme on sait, le 21 août au soir.

Après cela, il est entré dans le fait, prétendant que le cas a été un pur accident auquel le Pape ni ses ministres n'ont eu aucune part (de quoi Ton n'est pas demeuré d'accord).... »

Mot Piccolomini raconta ensuite la rixe du Ponte Sisto et de la via Giulia avec quelques variantes, puis il ajouta :

« Que le corps de garde des Corses ayant été averti, ils furent si irrités de voir deux des leurs morts et un autre blessé *, qu'ils partirent tous à l'instant, se saisirent des avenues de toutes les rues et investirent votre palais. Il n'a pas désavoué qu'ils ne tirassent indistinctement dans vos fenêtres et dans le balcon sans qu'on leur eût dit que votre personne y fût2, mais il a nié qu'ils aient marché tambour battant avec l'étendard 3, et a dit que le tambour ne battit que par l'ordre de don Mario quand il y arriva avec les chevau-légers et que ce fut à dessein de les rassembler et faire retirer, à quoi il prétend qu'ils n'ont pas pu réussir. »

Toutes ces explications étaient données par le nonce d'après deux dépêches du cardinal Chigi : Tune, circulaire, aux représentants du pape en France, à Naples, en Espagne et à Turin, l'autre, particulière, adressée à Piccolomini, toutes deux datées du 21 août \ Elles rapportent les faits tels que nous les avons racontés au chapitre iv, mais on v remarque surtout le désir du Saint-Siège d'écarter tout soupçon sur sa conduite. Le cardinal d'Aragon, lorsqu'il vint trouver le cardinal neveu :i, la nuit même de l'attentat, paraissait croire que l'agression avait eu lieu par ordre : a mais, dit ce dernier dans sa circulaire, je le rassurai sur ce point, et je lui lis voir qu'elle riait au contraire accidentelle au suprême degré et que j'en avais un regret infini ».

1. Le oonce altère i<i, par ignorance, la vérité : il n'y avait eu que deux Corses l>l<^s<-s, l'un gravement .

2. Ce dernieT point ■•-! vraisemblable : les Corses ne pouvaient guère savoir qui était sur le balcon.

;>,. Cette accusation était m effel absolument fausse. 'i. \i.i,. Vat., loc. <il., v<»l. 122. Elles sont l'une et l'autre autographes • 1 1 1 < ai lin. M I !higi.

r>. Voir plus haut, chap. v, g XVIII.

Dans la lettre particulière, il développe davantage c affirmations pour mettre le nonce en mesure de défend

le gouvernement romain

« Je sais bien, écrit-il, qu'à Paris on persistera à prétendre que si le fait en lui-même a été fortuit, il n'en a pas moins été ordonné parce que les Corses avaient reçu ordre de commettre un pareil excès à la première occasion qui se présenterait. Mais Votre Seigneurie verra (par les relations jointes à la dépêche) combien tout est arrivé accidentellement et que les Français ont commencé la querelle. Je puis vous assurer que « Notre Seigneur » i désapprouve infiniment tout ce qui s'est passé, et moi de même en particulier, d'autant plus que les Corses ont commis une action aussi brutale sur la personne de ce pauvre page et près du carrosse de l'ambassadrice. Votre Seigneurie devra faire tous ses efforts pour démontrer la vérité d'un fait qu'on ne cherche nullement à excuser, bien que les Corses disent qu'on a tiré sur eux des fenêtres de l'ambassade de France, que les Français ont été les auteurs de la rixe,... et que le premier blessé a été un Corse qui en effet est moribond Votre Seigneurie insistera donc sur ces vérités, sur notre désapprobation, sur notre volonté de châtier les coupables : elle fera remarquer le caractère fortuit de l'incident et la fureur aveugle de la nation

corse Peut-être ne voudra-t-on pas vous donner audience.

En ce cas vous devrez, par vos amis ou toute autre personne, faire connaître la vérité. »

M. de Lionne écouta avec déférence tout le discours du nonce qui était le développement des dépêches du cardinal Chigi, mais sans paraître convaincu. Il répondit en reproduisant à son tour les rapports du duc de Créqui et en ajoutant, dit la lettre du roi qui raconte cette entrevue,

« Que le premier pas que faisait le pape était bien m'assurer qu'il voulait me satisfaire, mais que, comme le cas était si atroce qu'on ne pouvait savoir si, quand il serait question de venir au détail de cette satisfaction, Sa Sainteté voudrait la faire telle

1. On appelait le pape « Nostro Signore » à Rome et dans toute l'Italie Les Français se sont toujours refusés à lui donner ce titre.

qu'il convient et que je la prétendrais, il ne croyait pas, les choses demeurant encore dans cette incertitude, que je voulusse rien changer aux résolutions que j'avais prises, entendant parler de celle de la retraite du nonce à Meaux. »

Le ministre promit d'ailleurs de rendre compte de cet entretien à Sa Majesté, et congédia le nonce sans lui donner d'autre assurance. Il exposa le lendemain matin l'argumentation de la Cour de Rome à Louis XIV : « en effet, dit encore le roi, il avait bien jugé de mon sentiment, car je n'ai rien changé à ma première résolution, et le sieur Le Tellier que le nonce a aussi depuis demandé à voir, la lui a confirmée de ma part, nonobstant tout ce qu'il m'avait fait représenter » l.

Le gouvernement français avait affaire à un diplomate fort actif, résolu à ne lâcher prise qu'à la dernière extrémité. Le lendemain matin, 31 août, il retournait à Saint- Germain; toutefois voulant témoigner son respect pour les ordres du roi, il n'entra pas au château et fit savoir seulement sa présence à Le Tellier. Il n'avait pas à revoir pour h> moment M. de Lionne dont il connaissait le sentiment par son entrevue de la veille, mais il désirait s'entretenir avec un autre ministre donl le caractère mesuré lui inspirait plus de confiance. Le Tellier, avec l'autorisation du roi, le vint trouver à l'auberge où il était descendu, mais Mgr Piccolomini n'eu! pas plus à se louer de cette entrevue (nie de la première. Bien que le ministre lût en effet un des conseillers les plus prudents du roi, son langage ne différa point de celui de son collègue : il se montra persuadé des ordres donnés antérieurement aux Corses contre les Français, déclara qu'un tel attentai n'eûl pas été commis « en Turquie », el qu'il fallait donner une satisfaction extraordinaire a la nation française el à la Chrétienté

I. l<. Qonci istate cette démarche inutile; Lionne arail parlé au roi,

ma senzo fpntto alcuno ». Résumé lu au consistoire «lu 25 septembre, làc. ,-,/. Dép. «lu nonce, 30 tioût. loc. cit.

ses-

eux lier

offensée '. Le nonce répondil de son mieux ;i ces paroles sévères, mais il insista surtoul contre le voyage de Meaux, demanda ni au moins un peu de répit. Le Tellier connaissait la volonté du maître el se lui 8.

Mgr Piccolomini avail quelque mérite à ne point dé pérer d'autanl que ses collègues n'étaient pas plus hem que lui : l'ambassadeur de Venise, s'adressanl à Le Tel le même jour, s'étail efforcé de l'adoucir, el avait été éga lement rebuté. Le ministre, sans vouloir rien entendre, avait déclaré que le nonce ne devait pas « faire naître de nouveaux désordres par sa résistance » et obliger le roi à prendre des mesures pour le contraindre à la soumission ::. L'ambassadeur d'Espagne, de son coté, avait promis de voir la reine mère et de lui parler avec vigueur, niais Mgr Piccolomini ne pouvait se faire illusion sur une telle démarche; il écrit en effet avec quelque mélancolie : « On ne peut guère se promettre rien des amis : ils suivent le vent qui souffle à la Cour » \ Il était du moins bien déterminé à ne pas consentir à sa relégation à Meaux : a J'aime mieux, dit-il, qu'ils me fassent mettre à la Bastille )) ; il ne voulait pas que les ministres pussent donner à son départ l'apparence d'un arrangement diplomatique, pris d'un commun accord 5. Cette fermeté était vraiment méritoire en de telles circonstances, en face d'un ordre souverain et de la malveillance des courtisans. Il prétendit toutefois l'accentuer encore et il adressa à Le Tellier G une

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