A. E., loc. cit., le roi à M. de Créqui, 8 septembre
2. Jbld.y lettre particulière <le Lionne à Créqui, S septembre, A. E., Rome, 146, r 121, — Le nonce s'arrêta en effet deux jours an Bourget (dép. de l'amb. <!<• Venise, 8 septembre, loc. cit.).
'■'>■ Anli. Vat. Nonciature de France, 1662, v«»l. 123. Dép. du cardinal
Chigi au nonce, :'><> août.
Os assertions, qui prétendaient placer le Saint-Siège dans la situation d'un offensé et même d'un accusateur, étaient évidemment le thème des discours que tenait le nonce entour de lui, car elles ne sont que le développement, plus accentué après dix jours de lutte morale contre l'ambassade, des premières instructions qu'il avait reçues. S'il eût été plus généreux à la Cour de France de montrer à Mgr Piccolomini plus d'égards et de ne le pas traiter à peu près en prisonnier, on s'explique cependant que Louis XIV, après les agressions du 20 août, pût se considérer comme dégagé des règles diplomatiques ordinaires envers le représentant d'une Puissance qui se montrait si peu disposée aux réparations nécessaires \
Le nonce s'était trompé en croyant être plus libre à Gonesse qu'à Saint-Denis. Les mousquetaires l'y suivirent, « gardant tous les environs du couvent », et lui-même ou ses gens ne pouvaient sortir sans leur escorte qui affectait d'ailleurs la plus grande civilité *2 et donnait pour prétexte de sa présence la nécessité « d'empêcher qu'aucune insulte soit faite au nonce et à ses serviteurs » 3. Mgr Piccolomini, impatienté à bon droit, inquiet peut-être de cette surveil-
1. Le roi explique, dans une dépêche à M. de Gréerai en date du 11 septembre, les motifs de celte surveillance : « Je vous dirai à vous confidemment la vérité du fait. Ayant vu que le nonce ne tenait compte de ce que je lui avais envoyé dire de se retirer à Meaux, abusant de l'opinion qu'il a que je ne lui ferai point de violence, j'ai donné charge à Casau de s'aller loger, sans lui rien dire, avec trente cavaliers, au lieu où il est, d'observer soigneusement tout ce qu'il fera, quelles personnes lui iront parler, et de le suivre de la même sorte en quelque lieu qu'il puisse aller ». A. E., Rome, 146.
2. « La guardia tiene guardati tutti i posti del convento dove habito è non escô io, o alcuno de mici domestici che non ci accompagni, ma nel vero con grau civiltà. » Dép. du nonce, 12 septembre. Arch. Vat., loc. cit.
3. A. É., Rome, 146. — « Si on vous en parle, écrit le roi au duc de Gréqui, 11 septembre, déj. cit., vous pouvez dire la même chose qu'a répondue Casau au maître d'hôtel du nonce, qu'il faut que ce soit quelque gentilhomme qui lui a obligation ou au pape, lequel a appréhendé qu'il ne lui arrivât quelque inconvénient du ressentiment des peuples, ce qui se donnera à connaître quand l'occasion sera cessée de lui rendre ce petit service. » On ne peut s'empêcher de faire remarquer ici, contre l'avis de Louis XIV, que c'était là une gasconnade d'exempt, mais non une réponse d'ambassadeur.
lance, fit pressentir à ce sujet MM. de Lionne et Le Tellicr, mais ceux-ci, pour se dispenser de répondre, eurent l'air d'ignorer ce dont il s'agissait \ Les mousquetaires de leur côté refusaient les rafraîchissements que le nonce réciproquement poli, avec une pointe railleuse, leur avait fait offrir, et celui-ci prit le parti de paraître considérer l'assiduité de cette garde « comme une plaisanterie », afin de n'en point compliquer davantage ses affaires 2.
Pendant ce temps le gouvernement français ne demeurait point inactif. Nous avons dit qu'il avait tout d'abord envoyé au duc de Créqui l'ordre de sortir de Rome : « Vous ne pouvez avec dignité pour moi ni sûreté pour vous, lui écrivait le roi, demeurer dans une ville où l'on assassine les ambassadeurs et les ambassadrices, où l'on investit leur palais, où l'on tache de faire main basse sur toute une nation qui a si souvent tiré l'épée peur remettre les papes dans leur siège » 3.
A la même date du 30 août, Louis XIV adressait au pape une lettre pour l'informer de cette décision : « Nous avons aussitôt, disait-il, envoyé ordre à mon cousin de sortir hors de l'Etat ecclésiastique, afin que sa personne et notre dignité ne demeurent pas plus longtemps exposées à des attentats dont il n'y a jusqu'ici point d'exemple chez les barbares même ». Il ajoutait qu'il accréditait M. de Bourlemont pour « savoir de Votre Sainteté si elle veut approuver ce que sa soldatesque a fait et si elle a dessein ou non de nous en faire une satisfaction proportionnée à la grandeur
1 . Résumé lu an consistoire, déjà <i i <'• : « rispondevano <li non saper nulle • . Voir Régnier Dis Marais, p. 43. — A. É., dép. <lu roi, 11 septembre, nVjà
citée: ■ Cette escorte, à ce que j'apprends, lui est un pou fâcheuse et importune ».
2. Il affecta « <li mettere questa affare in burla ». Dép. «lu nonce! déjà citée.
• >. \. ES., /<"•. '//.. Le roi au duc <\<% Créqui, 30 août.
de l'offense (jui a non seulement violé, mais renversé indignemenl le droit des gens ». La lettre se terminait par une phrase amère qui montrait la profondeur des ressouvenus du cabinet de Saint-Germain :
« Nous ne demandons rien à Votre Sainteté en ce rencontre. Elle a fait une si longue habitude de nous refuser toutes choses et a témoigné jusqu'ici tant d'aversion pour ce qui regarde notre personne et notre couronne que nous croyons qu'il vaut mieux remettre à sa prudence propre les résolutions sur lesquelles les nôtres se régleront, souhaitant surtout que celles de Votre Sainteté soient telles qu'elles nous obligent à continuer de prier Dieu qu'il conserve Votre Sainteté au régime de notre Sainte Mère l'Eglise1. »
En même temps le roi écrivit une circulaire à tous les cardinaux :
« Comme vous êtes, dit-il, un digne membre du sacré corps qui est le conseiller naturel des Papes, j'ai chargé le Sieur de Bourlemont, auditeur de Rote, de vous voir en ce rencontre pour vous faire entendre le juste ressentiment que j'ai d'une si grande offense, afin que, contribuant, comme je ne doute pas que vous le ferez volontiers en ce qui sera en votre pouvoir, pour me faire obtenir une réparation proportionnée à l'excès de l'injure, si vos offices se trouvent impuissants pour cela, on ne puisse, après ces diligences, me rien imputer de tous les maux et suites fâcheuses que cette affaire pourra tirer après soi dont je proteste, quoi qu'il arrive, devoir être pleinement déchargé devant Dieu et les hommes 2. »
Je vois dans un écrit contemporain qu'une lettre de Sa Majesté fut également envoyée au cardinal Chigi; je ne l'ai trouvée nulle part; Régnier Des Marais qui y fait allusion n'en donne ni le texte ni l'analyse : « Elle ne paraissait écrite, dit-il seulement, que pour lui faire entendre à
1. A. É., Rome, 14(5, f° 84. — Copie de cette même lettre, A. É., Rom 149, f° 40. — Elle est également citée par Régnier Des Marais, p. 41.
2. A. É., Rome, 14(5, f° 85. — A. É., Rome, 149. (Trois copies et une ta duction italienne, fos 44, 46, 47, 48.)
quoi il devait s'attendre s'il ne faisait donner une prompte réparation de l'affaire des Corses » l.
Par le même courrier, Louis XIV acheva de régler les situations réciproques en disgraciant le cardinal Orsini. On se souvient que ce prince avait assisté au consistoire du 21 août, malgré l'invitation contraire qu'il avait reçue de l'ambassadeur comme tous les cardinaux du parti français2. Cette conduite, qui avait justement indigné le duc de Créqui, fut également jugée très sévèrement à Saint-Germain où l'on entendait que le cardinal Orsini, comprotecteur des affaires de France et pensionné par la Cour, témoignât un tout autre dévouement. Ce dernier alléguait qu'étant en même temps comprotecteur du Portugal, il n'avait pu, en cette qualité, s'abstenir de se rendre au consistoire : cette excuse était en vérité sans valeur et ne justifiait pas sa démarche ; le roi lui écrivit le 30 août :
« Ayant appris le peu de compte que vous avez tenu de ce que mon cousin le duc de Créqui avait désiré de vous, que vous n'allassiez point au consistoire qui s'est tenu le lendemain du jour de l'assassinat commis en sa personne et en celle de ma cousine la duchesse de Créqui, comme déjà en plusieurs autres occasions vous avez fait voir que vous ne faites pas grand cas de ce qui regarde mon service, j'ai chargé M. de Bourlemont de vous dire mes intentions en quoi vous lui donnerez entière créance ».
Le mécontentement du roi se manifesta jusque dans la formule de politesse finale, car je lis sur la minute de cette dépèche la note suivante : « pour le copiste : Je ne vois pas qu'il faille finir cette lettre par je prie Dieu de vous tenir en su sainte garde et nous estimons qu'en cette occasion cette clause, qui n'est que de style, se peut omettre » 3.
Les Ici très au due de Créqui, au pape, au Sacré Collège étanl écrites ainsi qu'une circulaire aux gouverneurs de