Arch. Vat., dép. du nonce, datée de Lyon, lor octobre
2. Iùi(/., dépêches du nonce, de Chnmbéry, dalées du 3 octobre. Le nonce n'indique pas dans ce curieux récit comment il s'y est pris pour tromper la surveillance de M. de Casaux. Il dit seulement : « in tulto il tanpo che sono stato cosi rigorosamente custodito, ho pero trovato modo di icrivere quattre volte a Parigi, etc. »
3. Ibid.. dépêche du nonce, datée de Chambéry, 3 octobre 1662, loc, cit.
diplomate qui avait été ainsi la victime des événements, et qui se trouvait, comme il arrive trop souvent dans les affaires politiques, châtié pour la faute des autres. Mgr Piccolomini avait déployé au cours de cette crise, et dans les circonstances les plus délicates, une énergie et une activité vraiment extraordinaires. Il avait eu à supporter l'indignation de la Cour de France, et — ce qui est particulièrement pénible pour un agent — à défendre, expliquer, atténuer, des procédés qu'il ne pouvait pas au fond approuver. Pénétré cependant d'un inaltérable respect pour le Saint-Siège, il s'était maintenu sans défaillance sur le terrain où le pape avait cru devoir se placer, et sans s'épargner lui même, sans compter pour quoi que ce fût ses ennuis et même ses souffrances personnelles, toujours sur la brèche, l'esprit en éveil, le cœur plein du sentiment de ses devoirs, il était demeuré constamment l'avocat intrépide de la cause qui lui était confiée. Il se retirait, vaincu par la force, avec une dignité hautaine et douce ; il emportait l'estime de la France et il avait mérité la gratitude de son gouvernement. Il gardait devant l'histoire le noble caractère d'un opprimé dont le courage n'avait pas faibli.
Il fut accueilli à Pont-de-Beauvoisin par l'auditeur du nonce de Turin, qui lui apporta les compliments empressés et les offres de service du duc de Savoie. Le cardinal Chio-i
lui avait envoyé de son côté le secrétaire de la nonciature Liberati, chargé de lui faire connaître l'approbation du Saint-Père pour sa conduite et ses sympathies pour ce qu'il avait souffert *, et aussi de lui remettre une lettre où ces sentiments étaient exprimés :
« Votre Seigneurie, écrivait le cardinal, a montré pleinement dans le malheur sa prudence et sa sagesse accoutumées : Sa Sainteté apprécie grandement la circonspection et la sagacité avec laquelle vous avez agi aussi bien que l'habileté dont vous avez usé pour faire différer autant que possible les résolutions
1. Arch. Vat., dép. du nonce, datée de Chambéry, 3 octobre 1662-
lu roi. Je vous envoie tous les éloges et tous les remerciements lu Saint-Père pour les services que vous avez ainsi rendus au >aint-Siège, et je vous prie de vous consoler par cette pensée et ar l'espérance qu'avec l'aide de Dieu les agitations présentes esseront et que nous retrouverons la paix et le bon accord !. »
Après avoir pris lecture de cette lettre, le nonce se ■endit, le jour même, à Chambéry, où il fut reçu en l'abence du gouverneur de la ville M. de la Pérouse, par le ils de ce personnage, et où il put enfin se reposer de tant le fatigues 2. Il y resta longtemps, car son rôle était joué tles négociations qui suivirent furent conduites en dehors
e lui. On sent, dans les quelques lettres qu'il écrivait à {orne en. octobre et en novembre 3, toute la tristesse que aisse dans l'âme des hommes politiques, après les événenents auxquels ils ont pris une part active, l'abstention rue leur imposent parfois les circonstances. Du moins >armi les plaintes qu'il fait parfois entendre sur la tristesse le sa résidence, à travers ses mélancoliques retours sur les saprices de la fortune qui l'ont envoyé de la nonciature de
rance à l'auberge de Chambéry \ on retrouve sans cesse lans sa pensée un désir de conciliation qui lui fait honneur. ,es nouvelles qu'il recevait de ses amis, surtout de l'am- Ikssadeur de Venise qui lui était demeuré très fidèle ", lui («prenaient la marche des affaires et le peu de succès des lourparlers engagés entre les deux Cours. 11 en était vivement touché, et s'empressait d'envoyer à son gouvernenent les lettres de ses correspondants : tout en usant des ormes les plus enveloppées et respectueuses dans ses com-
1. Arch. Vat., dépêche du cardinal Chigï au nonce, datée de Rome, 14 septembre.