A. É., Espagne, loc. cit
informé de leurs intérêts et je prendrai une décision » !. La Cour d'Espagne paraissait donc vouloir observer jusqu'à nouvel ordre une attitude énigmatique. Le duc de Medina- San Lucar, premier ministre, demeurait, dans son entretien du même jour avec l'archevêque d'Embrun, non moins réservé que son maître : il ne parla qu'en termes vagues de l'incident de Rome et dit que l'affaire de Castro serait examinée en conseil. L'impression de l'ambassadeur était donc, à cette date, assez mauvaise : a Je crois, écrit-il au roi, que les Espagnols profiteront de l'occasion pour donner quelques embarras ii Votre Majesté et chercheront à prendre en tout cas le parti d'arbitres et de médiateurs pour l'accommodement » 2. M. de la Feuillade voyait juste sur ce point. La suite de notre récit démontrera qu'en effet la médiation a été le constant objectif du cabinet de Madrid. La froideur manifestée par le Roi Catholique au sujet d'une affaire aussi grave qu'un différend entre le Pape et la France était plus apparente que réelle. On verra qu'il s'en départit plus tard devant l'urgence des événements, mais ce fut toujours en vue d'une intervention officielle. C'est pourquoi Philippe IV, pour assurer la continuité et l'autorité de sa politique, décida de laissera Paris le marquis de la Fuente, son ambassadeur, très au courant des choses de France, mais qui était depuis peu désigné pour Vienne 3. Ce dernier ayant remis ses lettres de rappel en septembre dans nue audience solennelle où le duc de Beau fort l'avait escorté au palais 4, s'était déjà mis en route pour l'Allemagne,
LA. K.. Espagne, dép. de l'archevêque d'Embrun au roi, du 22 soptembre, P 132.
2. A. I']., Espagne, ';'■'>, dép. de l'archevêque d'Embrun, du 22 septembre,
3. Dés le milieu de L'année 1662, La Fuente ;i\;iii été nommé ambassadeur à Vienne <•! avait en outre des lettres de créance pour le roi de Pologne. Elles Boni datées 'In s octobre. (Arcb. nationales. Fonds de Simancas, 1662, K. 1407-1414.) Il avait eu eu septembre ^>n audience de congé. Tbid., K. 1386.
'i. I.'- duc de Beaufort, qui était forl glorieux comme on lait, ne manqua pas de faire remarquer à La Fuente combien était grand L'honneur de sa compagnie \ nul autre, lui dit il. on ne L'eût fait et pour mil autre je ne serais \renu . \n-h. nat. Fonds Simancas, /oc. cil.
lorsque son souverain, changeant d'avis en présence des affaires de Rome, lui écrivit le 30 octobre : « Aucune autre personne ne pouvant aussi bien que vous mener ces difficultés à bonne fin, tant à cause de votre prudence et de la connaissance que vous avez de cette Cour que des sentiments bienveillants du roi et des reines à votre égard, vous resterez en France jusqu'à nouvel ordre, pour poursuivre la médiation » *. Ce dernier point était donc capital pour le cabinet de Madrid.
Disons incidemment que M. de la Fuente ne revint en France que plusieurs mois après : il y avait rompu son établissement, il était souffrant, et il résista longtemps aux instances impératives de Philippe IV 2. Bien qu'il eût été réaccrédité auprès de Louis XIV par lettres du 12 décembre, et que son successeur à Vienne, le comte Chinchon, fût désigné en janvier 1663 3, il trouva moyen de ne rentrer à Paris que le 31 mars. Toute la négociation avec l'Espagne, d'octobre 1662 au printemps de l'année suivante, eut donc lieu en dehors de lui, par la seule entremise du chargé d'affaires don Miguel de Iturietta et de l'archevêque d'Embrun.
Nous sommes obligés ici d'anticiper quelque peu sur les