Arch. nat. F. Sim. K
événements pour bien caractériser l'attitude du cabinet de Madrid si importante en toute cette affaire. L'ambassadeur de France en Espagne, avant d'avoir reçu les instructions de Louis XIV, revit Sa Majesté Catholique et le duc de San Lucar le 8 octobre; il les trouva l'un et l'autre, ainsi qu'il l'avait prévu dans sa dépêche du 22 septembre, très désireux de jouer le rôle de médiateurs : Philippe IV le lui dit en propres termes, et le premier ministre, en faisant remarquer que la Cour de Rome pouvait « absolument désavouer » l'attentat et en devait satisfaction à la France, offrit nettement l'entremise de son souverain : « Ce médiateur, ajouta-t-il, ne peut être suspect au roi, ayant un intérêt dans la cause pour le droit des princes violé dans la personne d'un ambassadeur » \ Le prélat, quelque peu embarrassé, se borna à une vague réponse, mais il fut très ému lorsque, le lendemain 9 octobre, il reçut la dépèche où Louis XIV, se déclarant décidément contraire à toute médiation, lui énumérait néanmoins les trois propositions qu'il devait présenter à l'agrément de l'Espagne. 11 sentait bien que s'il avait pu laisser espérer la médiation au cabinet de Madrid il aurait eu beaucoup plus de chance de faire accepter les demandes de son maître. Toutefois, et bien qu'il fût ainsi prive d'un précieux moyen d'action, il se rendit chez le duc de San Lucar pour s'acquitter des ordres qu'il venait de recevoir.
Il eut soin, pour rassurer les sentiments catholiques de l'Espagne, d'insister sur la volonté de son souverain de séparer entièrement la question religieuse de la question politique : le roi, dit-il, « toujours attaché inviolablement aux intérêts, à la révérence et à l'obéissance au pape agissant comme pontife », entend poursuivre la réparation de l'injure « non point contre le pape ou contre le successeur des apôtres, mais contre ses parents ou ministres qui abusent de |;i puissance temporelle pour violer le droit des
1. \. É., dépêche de l'archevêque <\ Embrun, 'lu il octobre L662.
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gens ». Il plaça ensuite sous les yeux du premier ministre les propositions de Louis XIV. Le duc de San Lucar qui, dans la pensée d'en arriver à l'intervention directe, ne voulait point blesser le cabinet français par un refus général, consentit sur-le-champ de bonne grâce à deux de ces demandes : il promit (pie son maître ne recevrait pas les Chigi et Imperiali sous sa protection, et que l'entrée de don Pedro d'Aragon dans Rome serait ajournée. En revanche, il fit de nombreuses objections au passage des troupes françaises dans l'Etat de Milan : il parla longuement des conséquences de ce passage, de l'émotion qu'il causerait en Italie, des armements que tous les princes amis et ennemis se croiraient dès lors obligés de préparer, et, malgré tous les raisonnements de l'ambassadeur, se contenta de dire qu'il en référerait à son souverain !.
L'archevêque d'Embrun vit que son silence sur la médiation avait déçu le premier ministre, et qu'il ne fallait pas s'attendre à rencontrer beaucoup de zèle à Madrid. D'un autre côté, on avait remarqué à Paris la froideur de l'Espagne et l'on s'en plaignait avec quelque amertume 2 : M. de la Fuente, avant son départ, avait fait de fort belles phrases sur l'affaire des Corses, mais, en prodiguant les conseils de modération de la part de son maître « en qualité de roi plus âgé », il avait demandé du temps pour le Saint-Siège 3. Lorsque donc, à Madrid, les propositions eurent été discutées en conseil d'Etat, Philippe IV dit à l'ambassadeur « qu'il y avait là quelques points délicats » ; les discours du nonce parurent écoutés avec une certaine faveur, et enfin, le 20 octobre, le duc de San Lucar, acceptant définitivement les articles relatifs aux Chigi, au cardinal Imperiali et à l'entrée de don Pedro, écarta la demande de passage, estimant impossible « de justifier