‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 254 sur 268 · îbid.% p. 237-241 : 248 à · texte numérisé non relu

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'iGG L AMBASSADE DU DUC DE CREQUI.

à parler do ces confidences que le 5 on (> septembre, 1< premier au sergent (probablement Vinciguerra), le second au lieutenant Cardone qui leur avaient posé des questions sur les fugitifs. Se sont-ils refusés jusque-là à rien répondre ou faut-il croire que c'est seulement quinze jours après l'incident que les chefs de la garde corse ont pris la peilW de prendre les renseignements qu'ils auraient dû solliciter plus tôt?

Aucun autre soldat libre n'a comparu devant la commission : mais on voit que les responsabilités commencent à se répartir. On sait à n'en pas douter les noms des coupables du crime de San Carlo de' Catinari, et des fusillades de la place Farnèse. Andréa Crovero, Carlo d'Ami pugnano, Pietro de Montemaggiore sont les meurtriers ou les complices de la mort du page; Domenico di Bastelica, Giuseppe de Cassano, Antonio de Sari ont attaqué le palais de l'ambassade. Marco Vergolé a le premier sonné l'alarme. Il y a d'autres noms cités encore, et il est certain que les fugitifs ont pris une part plus ou moins grande aux désordres; mais, dès à présent, l'enquête est en possession de désignations précises, la lumière se fait peu à peu : il nous reste à étudier les témoignages des fugitifs repris et ramenés à Rome.

11°. Les fugitifs repris.

Trente-deux déserteurs étaient inscrits sur la liste du sergent Vinciguerra : la police romaine n'a pu remettre la main que sur neuf de ces individus, parmi lesquels un seul, le caporal Pietro di Montemaggiore, était gravement compromis : douze témoins en effet l'ont accusé d'une manière péremptoire. Il fut cependant traité avec ménagement malgré ces charges écrasantes. Quant à ses complices, Crovero, Carlo d'Ampugnano, Domenico di Bastelica, etc., ils ont réussi à s'échapper.

L'odyssée de ces fugitifs est un des curieux détails de l'enquête.

Valerio Sichè raconte, dans ses deux interrogatoires du 7 et du 14 septembre, qu'il est arrivé à Rome le 20 août au moment même de l'émeute, venant d'Anagni où il tenait auparavant garnison. Il a saisi son arme comme tous les autres, croyant à une attaque, mais il est rentré sur l'ordre du capitaine Franchi. Depuis, il a pris peur en voyant qu'on arrêtait quelques camarades, et il s'est enfui le mardi matin par la Porte Saint-Pancrace. Errant d'abord à travers les roseaux et les vignes de la campagne environnante, il est rentré par la même porte dans Rome, et s'est arrêté à San Pietro in Montorio : il est resté là deux jours et deux nuits caché dans l'église et dormant sur la terrasse. Ses camarades, Giovanni Délia Valpaiola et Francesco de Bastelica, ont passé par cet endroit, et, le voyant seul, l'ont engagé d'abord à poursuivre sa route avec eux. Il s'y est refusé, mais bientôt, craignant d'être surpris, il est retourné dans les champs, probablement autour de la villa Pamphili, y est demeuré près d'une semaine, trouvant à peine de quoi manger; il s'est décidé enfin à s'écarter de plus en plus de la ville, à tout hasard, dans la direction de Yiterbe. Sur la route, il a rencontré un autre camarade fugitif comme lui, Mattco di Paolo de Santa Maria, et ces deux malheureux, épuisés de fatigue et de faim, ont passé la nuit sur l'escalier d'une église de couvent près du bourg de Toscanella. Au matin ils entcnlaient la messe lorsque le capitaine de police du lieu entra dans l'église et les lit prisonniers malgré le droit d'asile. Le gouvernement pontifical, dans la proclamation que nous avons citée, autorisait en effet les autorités à violence privilège pour l'arrestation des Corses. On les mena tons deux dans les prisons de Viterbe, puis à Rome, où ils furent enfermés aux Carcere Nuovc le 7 septembre.

Nous trouvons dans les deux interrogatoires du compagnon de Valerio, Matteo de Santa Maria, des détails ana-

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logues sur les péripéties de sa fuite et de son arrestation. Quant à sa conduite pendant l'émeute il la dépeint comme très correcte, mais il a reconnu le caporal Pietro de Montemaggiore qui rajustait son arquebuse et fermait le couvercle du fourneau. Il a entendu depuis accuser les mêmes soldats que tant de témoins ont déjà nommés. Selon lui, qui avait vu, au début de l'affaire, Marco Vergolé et deux autres faisant irruption sur la place de la caséine, c'est à leurs déclamations qu'il faut attribuer tous les événements de la soirée du 20, et il résume son opinion par un mot caractéristique : c'est, dit-il, « una furia all'im-j proviso » \

Le troisième fugitif interrogé, Pietro Ansaldi di Santa Reparata, prétend qu'étant à la promenade après souper et entendant dire qu'il y avait quelque rumeur du côté du Ponte Sisto, il crut qu'on saluait le passage de la reine de Suède, et courut pour la voir arriver sur la place Farnèse. Poussé par la curiosité et supposant sans doute que la reine suivait la via Giulia, il entra dans le palais Farnèse dont les cours intérieures ont aujourd'hui encore une issue, sur cette rue, et dans la via Giulia, il vit le tumulte provoqué par la sortie offensive des gens de l'ambassadeur. Il se mêla à la foule sans être reconnu, mais un ami qu'il rencontra lui dit de s'échapper au plus vite, et qu'il serait attaqué si l'on savait qu'il était Corse. Pietro retourna alors au quartier en toute hâte par les ruelles qui entourent le palais Spada et trouva ses camarades prenant les armes. Il affirme avoir été alors comme les autres placé en sentinelle, et ne s'être enfui le surlendemain mardi que sur le bruit, semé dans la caserne, (pie les soldats allaient être emprisonnés, envoyés aux galères ou pendus. Il est parti avec les nommés Simon Délia Con bara et Marc-Antoine de Bonifacio, et, après avoir vainement cherché à s'embarquer sur le Tibre, ils s'en allèrent

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