Saint-Simon, Ecrits inédits, déj. cit., VI, p. If
3. Le maréchal avait eu en outre deux filles : l'aînée, Françoise, épousa
rieuse : mestre de camp du régiment des gardes, il fut tué avant son père au siège de Chambéry, en mai 1630, à l'âge de trente-deux ans. Marié en 1620 à Anne de Beauvoir du Roure \ il laissait trois fils, dont l'aîné, devenu plus tard duc de Créqui, est l'ambassadeur dont nous exposons l'histoire; le puîné vécut assez obscurément sous le nom de marquis de Canaplcs; le cadet fut le second et dernier maréchal de Créqui dont la brillante carrière fait partie de l'histoire du grand siècle. On sait que ses contemporains le regardaient comme l'émule de Condé et de Tu renne 8. L'ambassadeur que Louis XIV envoyait au Saint-Père, Charles, due de Créqui, chef de la seconde branche de sa maison, naquit en 1623 ou 1624. Entré de bonne heure au service, il s'y distingua d'abord en Catalogne, en 1645, où il commanda un corps de cavalerie sous les ordres du maréchal d'Harcourt, puis, en 1646, en Italie où il fut blesse
le marquis de Rosny, fils de Sully; la seconde, Magdcleine, le premier maréchal duc de Yilleroy.
1. Anne de Beauvoir du Roure était fille de Claude du Roure, gouverneur d'Amiens et de Soissons, et d'une sœur du connétable de Luvnes et du duc de Ghaulnes ; née vers 1600, elle mourut en 1686.
2. Toute cette illustre race des Lesdiguières et des Créqui s'éteignit assez promptement dans ses deux branches après avoir jeté un si grand éclat. Le dernier Lesdiguières mourut en 1703, à vingt-cinq ans. Notre duc de Créqui, chef de la branche cadette, n'eut qu'une fille mariée au duc de la Trémouille; le marquis de Canaples, son frère, qui releva un instant le nom de Lesdiguières après la mort de son petit-neveu en 1703, mourut en 1711 sans enfants de Gabriellc de Rochechouart, fille du duc de Yjvonne et nièce de Mme de Montespan; enfin les deux fils que le maréchal de Créqui, frère du duc, avait eus de son mariage avec Mlle du Plessis-Bellière. moururent sans postérité : l'aîné à la bataille de Luzzara en 1702 et le second, de maladie, à Tournoi, dans la campagne de 1696. La maison de la Trémouille descend donc seule aujourd'hui, par Magdcleine de Créqui. fille de l'ambassadeur, des familles de Créqui et de Lesdiguières (voir, pour tous les détails généalogiques de ce chapitre, Ecrits inédits de Saint-Simon, déjà cités, t. I, p. 1 à 24 et p. 148 à 165). — La maison de Créqui portait pour armes « d'or à un Créquier de gueules » ; on a donné divers sens et étymologies au mot de créquier : le Dictionnaire de Trévoux et celui de Littré disent qu'un créquier est une sorte de prunier sauvage et qu'on le représente en blason en forme de chandelier à sept branches. Ce mot viendrait de l'allemand Krieche, qui signifie prunelle hâtive. — Le domaine de Créqui, érigé en duché-pairie, est situé dans la haute Picardie. La commune actuelle de Créqui, de 1 250 habitants, appartient, à l'arrondissement de Montreuil (Pas-de-Calais).
au siège d'Orbitello, pendant la courte campagne si mal dirigée par Armand de Brézé. Devenu lieutenant général très jeune encore, il acheta la charge de premier gentilhomme de la Chambre du roi. Louis XIV, qui le tenait en haute estime et lui marquait même beaucoup de faveur et de confiance, le fit duc h brevet en 1652 et chevalier du Saint-Esprit en 1661. 11 devint duc et pair en 1063 dans la promotion déclarée au Parlement le 25 décembre.
Il était étranger à la carrière diplomatique, mais il avait été chargé deux fois de courtes missions au dehors dans des circonstances fort dissemblables, d'abord en Angleterre en 1658, ensuite en Espagne en 1660. Nous avons retrouvé aux Archives des affaires étrangères les détails de ces deux missions d'apparat.
En 1658, malgré les répugnances que Cromwell inspirait à la Cour de France, Mazarin était, comme on sait, l'allie de l'Angleterre, et poursuivait en Flandre, de concert avec le cabinet britannique, la guerre contre le gouvernement espagnol. Le Protectenr et le cardinal rivalisaient de bons procédés et de courtoisie : Cromwell envoyait au roi et a son ministre qui se trouvaient alors à Calais, sur le théâtre des événements, lord Falcombridge, son gendre, pour les complimenter « sur leur arrivée en cette frontière », et « sur l'avancement des desseings auxquels les armes communes sont employées » !. Aussitôt après le départ de Falcombridge, Mazarin voulut répondre à cette politesse par une démarche pareille ; l'occasion s'en présentait tout naturellement : le maréchal de Turenne venait de remporter la victoire des Dunes qui provoquait la reddition de Dunkerquc. La Cour de France décida donc d'accréditer pour quelques jours à Londres un personnage chargé de faire part de ce beau succès et de s'en congratuler avec le Protecteur. Le 16 juin, Mazarin annonçait au président de Bordeaux, ambassadeur de France en Angleterre, que le
1. A. É., Angleterre, 1658, supplément (>'J, dépêche (le M. de Briennc au président de Bordeaux, ambassadeur à Londres, 20 juin L658, 1" 346.
112 l'ambassade du duc de crequi.
choix de Sa Majesté était tombé sur le duc de Créqui, premier gentilhomme de la Chambre l. Le roi et le premier
ministre écrivirent le 19 l'un et l'autre à Cromwell pour l'aviser, dans les termes les plus affectueux, de cette résolution ~. Mazarin désigna même, en témoignage de ses sympathies personnelles, son neveu Mancini pour accompagner M. de Créqui. Ce dernier ne fut cependant pas qualifié ambassadeur puisque lord Falcombridge n'avait pas eu ce titre 3. Cromwell, informé, dès le 18 juin, par M. de Bordeaux, de la venue de l'envoyé français, s'empressa de remercier le roi par une lettre rédigée en latin, signée de lui, et contresignée par Thurloë en date du 19*. M. de Créqui, parti de Calais le 21, à la marée du soir, avec une suite de vingt-cinq ou trente gentilshommes, fut reçu à son débarquement avec le cérémonial usité pour les ambassadeurs, et, le 24 juin, remonta la Tamise dans une barque de l'Etat jusqu'à la Tour de Londres. Le chambellan et le capitaine des gardes du Protecteur le conduisirent de là, dans des carrosses, au palais qui lui avait été préparé. Lord Falcombridge vint le complimenter dès son arrivée et lui offrit à souper. Le lendemain 25 eut lieu
1. A. É., Angleterre, 1G58, etc. Mazarin an président de Bordeaux, 16 juin, f° 340.
2. La lettre du roi est ainsi conçue : « Monsieur le Protecteur, avant beaucoup de sentiment des témoignages que j'ai reçus de votre affection par le sieur vicomte de Falcombrige votre gendre, je n'ai pu me contenter d'y avoir répondu par son moyen et j'ai désiré de vous donner encore des marques plus expresses de la mienne en vous envoyant mon cousin le duc de Créqui, premier gentilhomme de ma chambre, auquel j'ai ordonné de vous faire bien particulièrement connaître quelle est l'estime en laquelle je tiens votre personne et combien je fais état de votre amitié. » (Ibid., f° 344.) Mazarin joignit à cette lettre un billet où il insiste sur le caractère amical de la mission en ajoutant que son neveu Mancini (depuis duc de Mazarin) en fera partie : « Le roi envoyant M. le duc de Créqui, etc., pour assurer V. A. S. de son amitié et se réjouir avec elle du gain d'une bataille aussi avantageuse à la cause commune qu'est celle des Dunes auprès de Dunkerque, j'ai été bien aise que mon neveu fût de ceux qui accompagnent ledit sieur duc en ce voyage, afin qu'en renouvelant à Y. A. S. les assurances de mon très humble service, il puisse avoir l'honneur aussi de lui offrir les siens en personne. » (Ibid., f° 349.)