Tbid., d'Aubeville à Lionne, 2'» avril 1662, f
3. A. É., Home, IV, 1453 Lionne à d'Aubeville, 18 mai 1002, f° 27.
deur qui va avec grand train, parce que le pape aura voulu donner à connaître aux Fiançais qui le suivront qu'il veut qu'ils s'accommodent aux lois du pays, et déjà il me semble qu'on parle d'une augmentation des Corses au Ponte Sisto proche du palais Farnèse » \ On voit que les esprits prévoyants n'envisageaient pas sans souci l'état des choses au moment où M. de Créqui s'acheminait vers Rome.
Il y avait aussi dans l'air des questions d'étiquette au sujet de « la main » à laquelle prétendaient indûment les ambassadeurs de Savoie, de Malte et de Florence et plusieurs grands seigneurs romains, entre autres le duc de Bracciano 2, et l'on pouvait s'attendre en outre à des malentendus, peut-être même à un dissentiment grave, sur une affaire plus importante dont nous parlons plus loin, à savoir les relations entre M. de Créqui et les parents laïques du pape : l'ambassadeur devait-il leur faire la première visite ou les attendre 3? Enfin on avait signalé encore, au commencement d'avril, dans la rue Giulia, située derrière le palais Farnèse, une rixe entre les sbires et quelques laquais de l'ambassade : cette querelle était peu de chose sans doute, mais elle indiquait des animosités de mauvais augure 4.
Néanmoins il n'y avait plus à reculer. Quelques lettres particulières d'ailleurs affirmaient que le gouvernement
1. A. É., Rome, III, 144, Lionne à d'Aubcvillc, 21 avril 1662, f° 166.
2. A. É., Rome, III, 144, d'Aubcvillc à Lionne, 6 mars 1662, f° 101.
3. La cour de France estimait que les parents du pape devaient la première visite et elle en avait avisé le cardinal Antoine Barberini. {Ibid., Lionne à d'Aubcvillc, le 21 avril 1662, f° 166.) On verra plus au long- son sentiment à cet ég-aid dans les instructions remises au duc de Créqui, et nous aurons à exposer au chapitre suivant les suites de celte décision.
4. A. É., Rome, 144, Feuille des nouvelles de Rome, 29 avril 1662, f° 177.
pontifical montrait « beaucoup de joie de la nomination du duc de Créqui », et même « donnait de bonnes espérances pour les affaires qu'il aurait à traiter » ; on se flattait, d'après elles, que « dans le commencement on accorderait à l'ambassadeur une bonne partie de ce qu'il demanderait » f; on comptait aussi sur le concours d'un des plus ricbes et puissants barons romains, le duc Cesarini, tout dévoué à la France et à qui le roi accordait le 1er janvier 1662 le cordon du Saint-Esprit 2, et l'on pensait, par la perspective de cette haute faveur, encourager le désir que d'autres personnages très influents et en mesure d'être utiles témoignaient de s'attacher au parti français 3. Enfin, et quoi qu'il en fût de ces espérances assez vagues, et quoique assurément la mission de M. d'Aubeville, si on l'envisageait comme une épreuve des sentiments du Saint-Siège, n'eût rien amené de favorable, l'ambassade était décidée; M. de Créqui était prêt; son départ fut annoncé pour le milieu d'avril, et le 15 de ce mois, Louis XIV signa ses lettres de créance. En voici le texte officiel :
« Très Saint-Père, ayant pris la résolution d'envoyer à Votre Sainteté notre très cher et bien-aimé cousin le duc de Créqui,
1. A. É., Rome, 1T, 1661, n° 142. Lettre de M. de Lavau à Lionne, du 15 décembre 1661, f° 170.
2. Le duc Cesarini avait embrassé le parti du roi et s'y maintint jusqu'à la fin. L'abbé Elpidio 13enedetti avait négocié avec zèle l'accession du duc Cesarini qui y mettait deux conditions, d'abord une pension du roi, ensuite le cordon du Saint-Esprit. Il consentait en revanche à ne pas prétendre à la main. Il reçut le Saint-Esprit le 1er janvier 1662, et le roi lui fit même l'honneur de faire placer le tableau de ses armes avant celui des maréchaux de France de la même promotion. (Voir à ce sujet A. E., Rome, II, 142. Lettres de Renedetti à Lionne, 4 décembre 1661 ; de M. d'Aubcville à Lionne, 28 décembre 1661 , f° 193; de Lionne au duc Cesarini, 23 décembre 1661, 1° 184; de Lionne à M. d'Aubcville, le 30 décembre 1661, F 196.) Il était mal vu en cour de Rome et depuis treize mois n'avait pu avoir audience du pape. (Ibid., Cesarini à Lionne, 6 mars 1662.)
3. Lettre du duc de Carbognano à Lionne, pour demander le cordon du Saint-Esprit. (A. É., Rome, II, 142, 24 décembre 1661.) — Lionne ajournait cette demande en laissant bon espoir. (Ibid., 30 décembre 1661, f° 196. Dép. à d'Aubcville.)
13G L AMBASSADE DU DUC DK CRKQUI.
pair de France *, conseiller en nos conseils d'Etat et privé, chevalier de nos ordres, premier gentilhomme de notre Chambre, grand bailli et gouverneur de Ilesdin 2, pour résider auprès d'Elle en qualité de notre ambassadeur extraordinaire, Nous nous promettons que sa personne sera d'autant plus agréable à Votre Sainteté qu'outre la considération de son illustre naissance et qu'il est d'un nom qui porte sa recommandation dans Rome, la charge qu'il tient auprès de nous d'un de nos principaux domestiques marque non seulement la connaissance que nous devons avoir de son mérite qui nous a convié à le choisir pour cet emploi, mais encore l'intime confiance que nous avons en lui. Votre Sainteté pourra juger par ce choix du dessein que nous avons de la satisfaire et d'établir avec elle une bonne correspondance et une parfaite liaison dont la chrétienté ne pourra recevoir que de purs avantages 3.
Nous la supplions donc d'ajouter foi et de donner entière créance à notredit cousin en ladite qualité de notre ambassadeur extraordinaire en tout ce qu'il lui dira de notre part pendant tout le temps de sa résidence auprès de Votre Sainteté que nous prions la bonté divine, Très Saint-Père, de vouloir conserver longues et heureuses années au régime de son Eglise. Ecrit à Paris le quinzième jour d'avril 1G(32. Votre dévot fils, le roi de France et de Navarre (signé) : Louis (et plus bas) : de Lornénie 4. »
Le duc de Créqui reçut, en même temps que ce document, une autre lettre l'accréditant spécialement auprès du pape pour les négociations de la ligue contre les Turcs,
1. Il était duc et pair depuis quelque temps, mais l'enregistrement au Parlement, retardé pour divers motifs de forme, n'eut lieu que le 25 décembre 1663 (voir ci-dessus, § VIII).
2. Hesdin (Pas-de-Calais). La duché-pairie de Créqui était dans la circonscription de ce gouvernement.
3. A la place de ce dernier passage, qui est le texte du document authentique, M. de Lionne avait écrit dans la minute autographe : « qu'outre qu'il porte un nom aimé et estimé à Rome, nous avons fait ce choix dans notre propre maison, dont il est un de nos principaux domestiques en qui nous avons une intime confiance, et de là Votre Sainteté pourra juger en quelle considération nous doit être l'emploi que nous lui commettons et combien nous désirons de satisfaire Votre Sainteté et d'établir avec elle une parfaite bonne correspondance et liaison, dont la chrétienté peut recevoir tant d'avantages ».