Ibid,, Bourlemont à Lionne, G juin, f
LES TROIS PREMIERS MOIS DE l' AMBASSADE. 159
toute la famille royale1. Néanmoins, et malgré ces assurances, M. d'Aubeville gardait de grandes inquiétudes : il savait en effet qu'une question des plus délicates, celle de la première visite aux parents séculiers du pape, déjà discutée vainement à Paris et à Rome, allait se dresser dès l'arrivée de M. de Créqui. Il n'ignorait pas que le cardinal Antoine, chargé de faire connaître à la Cour de Rome les intentions du roi, avait trouvé le Saint-Père buté à ne point céder. M. d'Aubeville, bien instruit des susceptibilités de la famille Chigi, prévoyait les inconvénients d'une lutte d'amourpropre avec elle et les embarras qui allaient s'en suivre 2. L'ambassadeur en eut les premières atteintes pendant son séjour à la vigne du cardinal Antoine. Celui-ci l'entretint immédiatement des dispositions du Saint-Siège et de l'état de l'affaire : il lui apprit que, loin d'admettre les conclusions du mémoire de M. de Luzarche, sur lequel le cabinet du Louvre fondait ses prétentions 3, la cour de Rome avait fait rédiger par Mgr Febei, maître des cérémonies, une note contradictoire; que celui-ci, dans une longue entrevue avec M. de Bourlemont, avait maintenu énergiquement son opinion*; qu'il s'en était suivi une contre-note de M. de Luzarche et de nouveaux pourparlers tant avec le cardinal Antoine qu'avec l'auditeur de Hôte3, sans qu'on fut arrivé à une solution. Son Eminence avait déjà informé M. de Lionne et M. de Brienne, les 23 et 24 mai, de cette insistance, sans leur dissimuler que, d'après tout ce qu'il pouvait prévoir, il y aurait « de
I \ É Rome, etc., d'Aubeville à Lionne, loc. cit.
o' ibid '- M d'Aubeville, sur le désir de M. de Créqui, resta a Rome pour le mettre au courant des affaires jusqu'au 11 juin. Il partit le 12 pour Civita Veccbia et fut ramené en France par les galères qui avaient conduit l'ambassadeur. [Ibid., d'Aubeville à Lionne, 11 juin
1662. T 70.) , . , , . . » YIII
3. Voir à ce sujet ce que nous avons dit au chapitre précèdent, § XIII, sur les instructions remises à M. de Créqui.
i > É., Rome, IV, 145, Bourlemont à Lionne, 22 mai, (•81. Mémoire de M<rr Febei f° 39. — Mémoire en réponse dressé par M. de Luzarche, I' '•<>. ' 1 \ É ibid Bourlemont à Lionne, 29 mai, F W bis. - Dép. du cardinal Antun.r a Lionne, 2:} mai, f° M, et à Brienne. 2k mai, P V, .
la difficulté sur ce point, vu que l'on ne voulait pas se relâcher à Rome » !.
Les instructions de M. de Créqui étaient formelles à cet égard. Nous les avons résumées au chapitre précédent (§ XIII) ; nous avons vu que la Cour du Louvre considérait la première visite comme due par les parents laïques du pape à l'ambassadeur, et que celui-ci était même autorisé à se retrancher derrière les ordres précis de son souverain. M. de Créqui répondit donc en ce sens au cardinal Antoine, et, comme ce dernier parlait de quelques tempéraments, il les rejeta en déclarant (ce qui était de trop) qu'il lui semblait que Sa Majesté « traitait assez favorablement les neveux du pape de vouloir que les personnes qui ont l'honneur de la représenter vécussent d'égal à égal avec eux ». Il dit encore « qu'il n'aurait garde de rien relâcher de son côté », qu'il consentirait, il est vrai, à rendre visite à la sœur et à la nièce du pape, mais pour le reste se refusa « absolument » à toute tentative de négociation. Il prévoyait cependant dès lors que Sa Sainteté ayant éprouvé ainsi « un commencement de dégoût, se montrerait peut-être dans les premiers temps un peu difficile à lui accorder les choses qu'il lui demanderait de la part du roi » 2. On doit reconnaître sans doute que, d'après les termes de ses instructions, il était fondé à ne pas reculer d'une ligne; toutefois, s'il eût eu plus d'expérience, il eût parlé un langage moins altier : toute sa situation auprès du pape dépendait en effet de cette affaire, il devait désirer la concilier et aussi soupçonner que peut-être son gouvernement serait moins ferme que lui et ne le soutiendrait pas jusqu'au bout.