Ibid., Créqui au roi, 5 juin, f
La question débattue était, il faut le dire, fort douteuse, et les précédents invoqués de part et d'autre, incomplets et contradictoires. M. de Luzarche citait l'exemple du frère de Paul V Borghèse qui avait visité le premier M. d'AlineourtS ambassadeur de Henri IV; mais Mgr Febei soutenait que cette visite fut une faveur exceptionnelle et contre la coutume. Il niait le précédent allégué par M. de Luzarche d'une visite laite par les princes Ludovisi, frère et neveu de Grégoire XV, à M. de Sillery, ambassadeur de Louis XIII en 1622 2. M. de Luzarche établissait avec raison que, sous Urbain VIII, le jeune prince Carlo Barberini, âgé de neuf ans,
avait été à la rencontre du maréchal de Créqui en 1633;
en revanche, Mgr Febei rappelait qu'il fut dressé en cette
occasion un acte par-devant notaire pour constater que
M. de Créqui avait fait visite ensuite au prince Carlo, non
point parce que ce dernier avait été au-devant de lui, mais
« pour satisfaire à la coutume qui est de voir les neveux du
pape immédiatement après Sa Sainteté » \ Il notait ensuite
les premières visites faites au frère et au neveu de Paul V
par les ambassadeurs des empereurs Mathias et Ferdinand
en 1612 et 1620, par le duc de Nevers en 1608 et par le duc
de Vendôme en 1615. M. de Luzarche, il est vrai, élevait
des doutes sur les deux premiers exemples, mais pour
toutes les autres ambassades, pour M. de Brèves en 1608,
M. de Trencl en 1614, M. de Béthune eu 1624, M. de
Brassac en 1630, M. de Noailles en 1634, le maréchal
1 Charles de Neuville d'Alincourt, marquis de Yilleroy, ambassadeur de 1606 a 1608. H avait été l'un des chefs de la Ligue, puis gouverneur du Lonnaii sous Heuri IV, et il avait négocié le mariage de ce prince avec Lie de Medieis. .1 mourut en 1642. Son fils fut le premier doc J^^g-
o Noël Brûlart, commandeur de Sillery, ambassadeur de 1622 a 16.4, fils"*de Nicolas Brûlart de Sillery qni fut chancelier de France.
3 Extrait de l'acte de 1633 : « Sicut mons est v.s.tarc fratres et nepotes Pap« in adventu oratorum in urbem statim atque osculat. sunt pedem P.,,,,- „. A. F... Rome, IV, 145, f 42.
d'Estrées en L6361, M. de Fontenay en 164J et L647, etc., le registre des maîtres des cérémonies était muet. Cependant on soutenait que le bailli de Valençay, en L649, avail fait visite aux femmes de la famille d'Innocent X, à donna Olimpia, aux princesses Ludovisi et Giustiniani, mais jamais aux princes 2. En réalité, il y avait quelques exemples dans un sens et dans l'autre, mais aucun argument tout à fait décisif, et l'on ne saurait même dissimuler, malgré l'opinion de M. d'Aubeville qui persistait à considérer la première visite des parents du pape « comme un droit qui est dû à l'honneur de Sa Majesté » 3, malgré les raisonnements de M. de Bourlemont longuement développés et à plusieurs reprises dans ses entretiens avec Mgr Febei \ que les prétentions du Saint-Siège étaient plus conformes à la plupart des précédents connus et aux usages traditionnels. Quoi qu'il en fût, ces discussions avaient été fort désagréables aux parents du pape et à luimême. En outre, le lendemain de l'arrivée, donna Bérénice, femme de D. Mario, et la princesse Farnèse, femme de D. Agostino Chigi, ayant envoyé leurs maîtres de chambre complimenter la duchesse de Créqui, ces officiers ne furent pas admis sous prétexte d'indisposition et de fatigue, ce qui amena de la part des princesses une réponse assez aigre à la démarche analogue que leur fit faire ensuite l'ambassadrice s. Elles dirent que « leurs maris ne voulaient pas qu'elles reçussent aucun compliment, ignorant que ' l'ambassadeur de France fût dans Rome » 6.
On se trouva donc réciproquement en froid dès les premiers jours, et le duc de Créqui n'avait pas encore vu le
1. On verra plus loin combien M. de Luzarchc se trompait en ce qui concerne le maréchal d'Estrées.
2. Voir, pour tous les détails de ce résumé, A. E., Rome, IV, 145, dép. de Bourlemont à Lionne, 22 mai, f° 31 ; — Mémoire de Mgr Febei, f° 39; — Extrait des registres des maîtres de cérémonies dressé par M. de Luzarche, f° 40.
3. A. É., Rome, IV, 145, d'Aubeville à Lionne, 22 mai, f° 32.