‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 84 sur 268 · Arch. Vat., dép. du cardinal Chigi au nonce, 12 juin · texte numérisé non relu

Arch. Vat., dép. du cardinal Chigi au nonce, 12 juin

pape que déjà l'esprit de Sa Sainteté, de la maison Chigi et de l'entourage pontifical était prévenu et défiant : on l'avait d'ailleurs dépeint au Saint-Père comme un homme « si ferme et si résolu, qu'il était entré en grande appréhension » de son ambassade *: D'autre part, l'abbé Benedetti signale les rapports inquiétants dont les jeunes gentilshommes de la suite de l'ambassadeur circonvenaient étourdiment un maître qui n'était déjà que trop porté à des susceptibilités vaines; il en concevait de fâcheux pressentiments : « Je souhaite, écrivait-il le 10 juin à M. de Lionne, d'être faux prophète », et il attendait avec impatience que le cardinal d'Esté dont l'arrivée à Rome était prochaine vînt donner de bons avis aux uns et aux autres et prévenir tout désordre par son entremise. C'était au fond une ressource sur laquelle il n'y avait guère à compter.

Pendant les quelques jours qui s'écoulèrent entre l'arrivée de M. de Créqui au palais Farnèsc et son entrée solennelle, il y eut de nouveaux pourparlers sur cette question d'étiquette à la fois médiocre et irritante. Le cardinal Antoine et M. de Bourlemont s'employèrent de leur mieux pour accommoder le différend. Il y avait un moyen très simple d'en finir si Ton eût été de part et d'autre un peu conciliant : si en effet l'un des princes Chigi, conformément à plusieurs précédents, allait au-devant de L'ambassadeur le jour de son entrée officielle dans Rome, celui-ci pouvait, sans en exiger davantage, prendre cette démarche pour une visite et les aller voir après son audience. Le cardinal Antoine, à qui le cardinal Pio avait fait des ouvertures officieuses en ce sens, s'efforça d'amener M. de Créqui à accepter ce1 expédient. C'eût été là certainement une conclusion excellente et qu'un diplomate plus souple eût volontiers accueillie. Mais l'ambassadeur n'y voulut pas souscrire : « Je répondis, écrit-il au roi, qu'il était inutile pour l'heure de [n'expliquer sur ce sujet, mais

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