‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 11 sur 16 · RETRAITE DE CRÉQUT EN TOSCANE · texte numérisé non relu

RETRAITE DE CRÉQUT EN TOSCANE

ces choses. La douleur d*uiie nouvelle si peu attendue, lorsque nous étions entièrement appliqué à vous satisfaire, nous a arraché des larmes; mais nous en répandrons encore bien davantage devant Dieu, afin que, pardonnant à ceux qui en sont la cause, il veuille dilater notre cœur, qui est maintenant serré de douleur, et vous faire connaître les voies de sa sainte volonté... »

Pour toute réponse, Lionne rédigea deux séries d'articles entre lesquelles la cour pontificale serait sommée de choisir. Premier parti : désincamération de Castro et nouvelle surséance accordée au duc de Parme ; restitution de Comacchio au duc deModène, ou compensation; défense de réformer les franchises des ambassadeurs sans l'approbation de tous les cardinaux; abandon des poursuites contre le duc Cesarini et indemnité. — Second parti : exil de don Mario à Sienne pour six ans; le cardinal Chigi, nommé légat, ira présenter au roi les excuses de .Sa Sainteté dans une première audience, et demander pardon pour lui et pour toute sa famille dans une seconde; le cardinal Impériale sera dépouillé de la pourpre et mis en jugement; le barigel cassé et banni ; érection dans Rome d'une pyramide commémorative ; règlement des franchises attribué au sacré collège; indemnité de Cesarini. — U y a dès lors chez Louis XIV un dessein si bien arrêté de pousser les choses à outrance qu'en avouant à son ambassadeur l'impossibilité de faire accepter ces clauses, il le charge d'en proposer d'autres encore, très onéreuses à l'Église : « S'il arrive, dit-il, que vous conveniez de l'un dos deux partis^ ce que/e ne crois pas bien facile y il faudrait dire après, avant que rien conclure, qu'il y a certaines autres choses que je désire, que je ne veux pas être obligé de demander si souvent inutilement, comme les bulles de l'archevêché de Reims pour le cardinal Antoine, le retour et le rétablissement dans les fonctions de sa dignité du cardinal Maidalchini, les expéditions de Tabbaye de Cluni et des autres pour mon cousin le cardinal d'Esté et pour le cardinal Mancini avec le bref de nonvacando^ et quelques autres semblables que vous pourrez faire passer (1), étant bien vrai-

(1) « Et dix ou douze autres petites grâces que je pourrai demander pour

semblable qu'ayant accordé ces points les plus difficiles, ils ne voudront pas rompre raccommodement pour de semblables bagatelles, »

Lambassadeur a-t-il au moins le pouvoir do notifier cette alternative au souverain pontife? Non. Deux dépêches du 13 octobre lui prescrivent encore d'attendre les oiïres du pape, et, s'il reçoit des instances trop pressantes, de proposer seulemont le /premier parti (Castro et Comacchio) : « Quoique ce soit, dit Louis XIV, l'endroit par où Ton peut le plus toucher la cour de Rome dans le vif et sur lequel elle fera de plui g^randes exclamations, il me sera glorieux dans le monde que l'on connaisse que je veux bien sacrifier tous mes intérêts et ressentiments à l'avantage de deux princes mes amis... » Voici d'ailleurs comment il entend la conduite de cette singulière négociation. Il écrit à son ambassadeur : Je ne veux pas vous laisser où vous êtes ; « c'est marquer, ce me semble, un peu trop à la cour de Rome la possibilité d'un accommodement et encore quelque espoir de créance que les paroles dont elle prétend m'amuser produiront leur effet. » Faites publiquement vos préparatifs de départ pour Livourne, où vous trouverez des galères qui vous ramèneront en Provence. Ne restez pas à San Quirico, a où il semble que vous attendiez la commodité de la cour de Rome de me satisfaire. » Ils seront bientôt persuadés que je ne songe qu'à une rupture. « Je m'en vais armer une flotte considérable de vaisseaux, outre ceux que j'ai déjà à la mer, et ai dép^'ché Aimeras à Toulon pour commencer à y travailler avec toute la diligence possible,... et composer dès à présent Télat d'une armée de vingt mille hommes eiïeclifs. » Je vous permets seulement de surseoir si, avant la réception de cette dépêche, la cour pontificale a fait un pas vers vous.

Un peu troublé par les objections de Bourlemont et des ministres étrangers, Créquy avait fini par écrire à cet abbé que,

quelques-uns de mes sujets, comme des gratis d'évi^chés ou d'abjiayes; de faire passer quelques abbayes de titre en commeude; des facultés a des abbéi <lti coiifcrer de commeude eu comiiicnde; que Tabbaye d*Au maie demeurera ù Cilui à qui je fai conférée^ et autres cboses pareilles, etc.» (Le roi à Créquy, il septembre 1662.)

RETRAITE DR CRÉQUIT BN TOSCANE 363

si un négociateur romain venait à San Quirico, il le recevrait « avec un esprit de paix ». Alexandre VII lui dépêcha aussitôt Tabbé Rospigliosi^ maîlre de chambre du cardinal Chigi, neveu du secrétaire d'Etat, et qui devait parvenir au cardinalat sous le règne de Clément IX. Avant même d'avoir vu ce prélat, le duc se plaint à Louis XIV qu'on lui envoie un homme « sans expérience », un « sujet assez malpropre » à cette négociation. Il promet de Taccueillir (c avec toute la disposition possible de porter les choses à un bon accommodement »; mais il rejette ses pouvoirs comme insuffisants, et il s*indigne qu'on ne veuille condamner au dernier supplice que les Corses dont le crime sera démontré : « Bien loin, écrit-il, de trouver dans cet envoi de Tabbé Rospigliosi, en la manière qu'il a été fait, aucune apparence de bonnes dispositions, je le trouve même offensant dans toutes ses parties, dans sa forme et dans sa fin (1). )' Rospigliosi quitta donc San Quirico, et son départ n'excite chez Créquy qu'un mécontentement simulé; c'est à cette date que se rapporte le passage suivant des Mémoires du cardinal d'Esté : « Pendant que nous nous divertissions à la campagne,' les esprits libres de Rome avaient tout le temps de faire des pasquinades et des chansons sur la conduite de cette cour-là... On ne laissait pas de donner des alarmes à Rome en faisant publier que le roi faisait débarquer des gens à Livourne qui viendraient joindre M. le duc de Créquy pour être commandés par lui et pour aller à Rome se faire donner satisfaction à vive force. M. le cardinal [d'Estej et M. l'ambassadeur affectaient d'en discourir assez ouvertement et proposaient quelle route on pourrait prendre; de quelle façon on s'assurerait des passages ; où l'on pourrait faire magasins de vivres et munitions, en sorte que ceux qui les entendaient pussent faire courir le bruit de quelque entreprise (2). » Louis XIV entra plus avant encore dans cette pensée, et chacune de ses dépêches vint ajouter quelque article à la liste déjà si longue de ceux qu'il prétendait imposer à Rome. Il estima aussi que l'envoi Aw petit abbé Rospigliosi était wwe es-

(i) 7 octobre 1662.

364 CHAPITRE HOITIÈBfE

pèce de nouvel outrage. Il taxait le pape et ses ministres, i chaque ligne, d'audace^ d'impudence^ d'effronterie {!)• « Vous devez hautement déclarer par avance, dit-il, que je vous ai mandé que, chaque mois qu'on tardera à me satisfaire, je prétendrai à quelque chose de plus, et que, si on me force, pour mon honneur, à faire marcher une armée et à engager une flotte, tel en payera les frais qui n'y songe pas, et qu'il faudra bien alors faire d'autres comptes et parler de toute autre nature de réparations que celles dont je vous ai envoyé le projet. » Avant qu'un mois fût écoulé, et sans attendre le retour du courrier, le roi inventait des exigences nouvelles et lâchait la bride i!i l'imagination de son ambassadeur (2). II écrivait: « J'ai toujours oublié de vous marquer que, dans les conditions de l'accommodement, vous devez insister et emporter que Ton révoquera tous les édits qui ont été publiés (3) en cette occasion comme m'étant trop injurieux, au sacré collège et aux barons romains... Comme, pour obtenir ce que je désire et sans quoi je ne puis me contenter, il aura été bon de demander beaucoup davantage, je suis bien marri de ne vous avoir suggéré à temps diverses demandes que vous pourriez faire et certaines craintes que vous pourriez donner, dont pour vous faire relâcher on aurait été obligé de vous accorder plus tôt et plus largement ce que je prétends véritablement. De cette nature de crainte pourrait être, par exemple, celle que je ne recevrai plus de nonce en France, comme étant une chose assez superflue et dont on use mal dans la cour de Rome par des entreprises que les nonces font tous les jours sur mon droit et sur les anciennes coutumes du rovaume, avec dessein néanmoins, comme j'ai dit, de vous en relâcher en obtenant en échange quelque autre point contesté. Une autre demande qui toucherait au vif le cardinal Chigi serait de prétendre que la légation d'Avignon soit toujours donnée à un cardinal français, ce qui se pratiquait presque toujours anciennement et même pour toute leur vie, témoin les cardinaux de Bourbon et d'Ar-

(1) 22 octobre 1662 et toutes les dépêches.

(2) 2 novembre, /{orne, 148.

(3) Contre Cesarini et d'autres séditieux, sur les franchise!, etc.

magnac(l), et le prétexte de celte instance est fort plausible en cette conjoncture où j*ai grand intérêt que les Avignonnais ne soient pas tourmentés par un légat italien pour TafTection qu'ils viennent de me témoigner. »

Alexandre VII donna des pouvoirs plus amples au prélat Rasponi, secrétaire de la Consulte, « en réputation d'homme d'honneur et de mérite » (2), et que ses talents désignaient déjà pour la pourpre. Si le pape cédait sur certaines formes, il n'acceptait aucun sacrifice de sa dignité, et Rasponi, arrivé le 13 octobre à San Quirico, attendit que Créquy lui fît connaître les conditions du roi : « Je les lui déclarai donc, écrivit le duc...; Votre Majesté verra que j'ai ajouté aux propositions qu'elle m'avait envoyées quelques autres demandes que j'ai jugées être une suite nécessaire des premières... » Les conférences n'étaient pas ouvertes depuis plus de dix jours que Rasponi était autorisé à offrir : un nouvel examen des affaires de Parme et de Modëne; la suppression des nouveaux corps de garde établis dans Rome depuis l'armement du palais Farnëse; le pardon de Cesarini et une réception honorable de l'ambassadeur; un décretinterdisantpour toujours aux Corses le service du saint-siège, et Tenvoi en France du cardinal Chigi avec la qualité de légat (24 octobre). 11 porta même à Créquy un bref du pape et une lettre du cardinal Chigi sur cette légation (22 octobre). Le duc refusa le bref et la lettre, tant que Rome n'aurait pas accepté les autres conditions du roi, et il réclama principalement la condamnation du cardinal Impériale, que Louis XIV aurait présentée à TEurope comme l'aveu solennel de la complicité du gouvernement pontifical dans un attentat prémédité contre l'ambassadeur français.

Le roi avait-il donc recueilli quelque indice contre le gouverneur de Rome, depuis l'origine du démêlé? Non : il n'éleva

(1) Ctiarles de Bourbon, archevêque de Lyon, nommé légat d*AvigQon en 1470, à la demande de Louis XI, par Paul 11, fut élevé à la pourpre en 1476, par Sixte IV, qui lui retira cette légation pour la donner à Julien de la Rovére, sou neveu, premier archevêque d*Âvignon. — En 1565, pendant les guerres de religion, Pie IV nomma les cardinaux Charles de Bourbon, oncle du futur Henri IV, et Georges d'Armagnac, co-légats d'Avignon, pour intéresser Charles IX à la défense du Comtat contre les calvinistes.

(2) Régnier, p. 106.

366 CHAPITHE HUITlàMB

cette prétention que parce quelle flattait sa vanité. Le cardinal Impériale remplissait déjà la même charge sous Innocent X, avant d'avoir reçu lapourpre : « Etant prélat, ditun agent français (1), il se comporta si bien au gouvernement de Rome que ce pape [Alexandre VII] a voulu qu'il l'exerçât encore cardinal : aussi esl-il une des bonnes têtes du collège. » En 1659, M. de la Feuillade, archevêque d'Embrun, ambassadeur à Venise, s'étant rencontré avec lui à Ferrare, avait écrit à Mazarin : Ce prélat « me dit que le pape n'avait pris la protection de M. le cardinal de Relz que pour empêcher qu'on ne déclarât son archevêché vacant sur une résignation qui n*avait pas été faite librement ; que le pape convenait que le roi pouvait de* mander justement, après les choses passées, réloignement de sa personne du royaume... Je ne saurais dire à Votre Ëminence les termes désavantageux dans lesquels il me parla de lui, me disant qu'on avait bientôt découvert son esprit à Rome; que c'était un homme de cabale et do faction (2), etc. » Mazaria avait répondu (3) : « M. le cardinal Impériale est une des meilleures têtes du collège, et, m'honorant de son amitié, je souhaiterais fort la cultiver^ faisant quelque chose qui lui put faire connaître Testime que j'en Fais et l'état assuré que Son Éminence peut faire de la mienne et de mon service. Je vous serais donc fort obligé si, lui faisant savoir ce que dessus, Son Éminence me donnait le moyen de lui en donner quelque marque. » Peu de temps avant le 20 août, un autre Français disait de lui: C'est « un adroit; il a bien de l'esprit; qui fait le gouvernement de Rome avec prudence et dextérité, et qui apparemment n'a pas pour les Espagnols plus d'amour qu'il ne faut (4). »

Les émissaires répandus dans toute l'Italie n'avaient paa découvert un seul témoin qui confirmât les mensonges publiéspar les Français. Le gouverneur de Rome était si sûr do lui-même qu'il offrait dès lors de se rendre à Saint-Germain pour se mettre à la discrétion du roi. Un jour viendra où Louis XIV et ses ministres regretteront d'avoir persécuté un prélat si con-

(i) Rome. 143.

(2 23 août 1(150. Venise, 79.

(3) Postscriptum autographe : 1®» octobre 16o9. Venise ^ 19.

(4) Rome, 149.

CONFÉRENCKS DE SAN QUIRICO 367

sidérable. C'est assez, quant à présent, de dire qu'ils reconnaissaient entre eux rimpossibilîté de justifier leurs accusations contre lui et qu'ils n'en étaient pas moins acharnés à sa perte. Louis XIV écrivait le 13 octobre 1662(1) : «Je prévois que toute la plus grande difficulté de raccommodement, s'il se traite, tombera sur la personne du cardinal Impériale... Je vous ai déjà mandé que je n'estime pas que le sacré collège ni le reste du monde approuvât que j'insistasse à demander que le chapeau soit ôlé audit Impériale, tant que je n'aurai en main aucune preuve suffisante (2) pour lui faire faire son procès et le condamner à mort, qui est le seul cas auquel les cardinaux prétendent que le chapeau leur peut être ôté; mais, comme d'ailleurs il ne faut pas s'attendre qu'on obtienne sa relégation pour plusieurs années, si je me réduis d'abord à ne prétendre que cela sur son sujet, et qu'il faudra pour l'emporter que je prétende bien au delà, afin que les parents du pape viennent d'eux-mêmes à cette relégation comme à un tempérament et tiennent à grâce de m'a voir fait départir de ma première résolution, il faut nécessairement chercher quelque chose qui ne soit pas tant que de lui faire perdre sa dignité et qui soit aussi beaucoup plus que la relégation. Il me semble, sur ce fondement, que vous pouvez demander d'abord qu'il soit mis en arrêt au château Saint-Ange, disant que le pape ne peut me refuser la justice de lui faire faire son procès, s'il se trouve coupable d'avoir commandé aux Corses Taction du 20 août, et qu'il me faut du temps pour en rechercher les preuves, pendant lequel la même justice veut qu'on se saisisse de sa personne. Vous pourriez encore prendre, si vous le jugez à propos, un autre prétexte pour appuyer cette demande qui serait qu'il est raisonnable de lui faire souffrir la peine du talion pour avoir, comme il est public et notoire à toute la ville de Rome, osé proposer d'arrêter mon cousin le cardinal d'Esté : car, encore que les parents du pape nieront ce fait (3), et qu'il ne pourra jamais être prouvé à cause des excommunications

(1) A Créquy. Rome^ 147.

(2) Lionne avait écrit d'abord : « tant que je n* aurai rien en main^ » etc.. — Eq effet) il n'avait alors absolument rien^ et il n'eut jamais rien,

(3) Et avec grande raison : les Mémoires du cardinal d^Este n*attribuent

qu'encourraient les cardinaux de révéler ce qui s'est passé dans la Congrégation d'État, il suffit, en pareilles occasions, d'alléguer un prétexte plausible et approuvé du monde...» Créquy répondait sur le même ton : a Le cardinal Impériale a porté son insolence à un si haut point, et elle est si généralement connue, qu'il semble qu'on ne peut prétendre contre lui des réparations qui puissent être trouvées trop grandes (1)... >» Les prétentions de Louis XIV étaient d'autant moins excusables qu'il venait de recevoir un rapport secret où Tabbé de Bourlemont, demeuré à Rome, ne dissimulait pas que toutes ces déclamations contre la cour pontificale reposaient uniquement sur des préventions passionnées : (c L'on savait, dit cet ecclésiastique, que plus de soixante Corses s^étaienl mutinés, qu'ils avaient assiégé le palais de l'ambassadeur ; qu'ils avaient sacrifié à leur rage tout autant de Français innocents qui s'étaient malheureusement trouvés à la portée de leurs mousquets (2), que l'on avait fait descendre toutes les gardes du pape pour investir le palais ; ... que Ton n'avait fait aucune recherche des assassins, ce qui fit douter qu'il n'y eût de la connivence, puisque la soldatesque qui était descendue, disait'On, pour apaiser ces mutins, pouvait facilement donner la chasse aux malfaiteurs... Tous ces meurtriers s'étaient retirés dans leur quartier, l'on pouvait aisément les séquestrer et les désarmer, et, s'ils répugnaient à cet ordre, commander au reste de la compagnie de leur faire quitter les armes sous peine d'encourir le même délit, et en cas de besoin faire investir par la milice de la ville le corps de garde des Corses pour les ranger à leur devoir (3), et non pas bloquer le palais de l'ambassadeur, d'où il n'y avait rien à craindre ; et, si l'on ne voulait pas s'en saisir pour avoir indignement massacré les domestiques de l'ambassadeur, Ton le pouvait et Ton le devait

cett*i opinion, d ailleurs trè» légitime, qu'au cardinal Corradi, dataire (T.II, p. 118.)

(1) Au roi, 23 octobre.

(2) 11 n'y eut que trois Français tués : un gentilhomme du duc de Créquy, Antoine du Boys; un laquais de Tumbassade, Aubin Copet^ et le page de la duchesse, Herlaut.

(3) Ainsi, Bourlemont taxe seulement don Mario et les ministres de lenteur et do maladresse^ mais sans justifier ces plaintes par aucun fait précis oi par aucun document : cela lui était impossible. Les mutins étaient, saWant lui,

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faire pour avoir osé sortir du corps de garde sans ordre de leur capitaine, pour laquelle seule prévarication ils étaient punissables, comme tout le monde demeure d'accord. » Mais quel jugement convient-il de porter sur cette affaire ? « Le premier chef est de savoir si cet attentat est un pur et simple accident, de façon que Ton puisse soutenir que les ministres de colle cour n'y aient donné aucune cause, quoique indirecte et éloignée. Les ministres se promettent d'éluder facilement Tatleinte de la censure, se fondant sur la grandeur de l'attentat, qui semble anéantir toute sorte de mauvaise présomption, ajoutant encore que, la compétence étant terminée(l), et les parents de Sa Sainteté ayant été vus avec tant de générosité par M. l'ambassadeur, ils supposent que Ton ne peut pas soupçonner en eux la possibilité de participation. A cela, je vous dirai que ceux qui tiennent la clef des ministres sont observés

soixante eDTiroo, dont les plus compromis s'éloignèrent aussitôt à la faveur des ténèbres, tandis que les autres rentraient à leur caserne, où ils furent arrêtés le lendemain : si l*on avait voulu saisir ceux-ci sur-Ie-cbamp, il était à craindre que le reste de la compagnie, formant un corps de deux cents hommes à peu près, irréprochables jusque-là, mais depuis longtemps irrités par les violences des Français, ne défendissent leurs camarades. Tous étaient bien armés, retranchés dans un excellent poste, et la garnison de Rrjme comptait à peine quelques centaines de soldats, que réclamait un service plus importante! plus pressé : il fallait avant tout pourvoir à la sécurité de Farnèse, protéger le retour de la duchesse, écarter du quartier français une populace turbulente et les aventuriers de tous pays que le désordre et la nuit avaient fait sortir de tous les quartiers d'ambassadeurs. C'est ce que le cardinal Cbigi avait démontré avec autant de force que de loyauté, dans sa première lettre à Lionne : « Le prince don Mario, mon père, disait-il, accourut en personne dans la soirée môme du 20 août, aliu de faire retirer les Corses qui, dans leur aveuglement et dans leur fureur, avaient secoué l'autorité de leurs chefs. Que V. E. considère, je vous prie, s'il était alors possible de faire davantage, en face de deux cents hommes déterminés et compromis, fortifiés dans leur caserne ; et contre lesquels on n'aurait pu tenter une attaque qu^avec la moitié au moins des troupes qui sont dans la ville. Eût-il été raisonnable, sous le coup de si graves dangers, et quand même on aurait eu des forces sufUsautes, d'en distraire la plus grande partie pour assaillir les Corses, de mettre aux prises nos soldats les uns avec les autres, d'exposer la ville aux excès d'une multitude irritée et de tous les malintentionnés qui auraient voulu profiter du désordre? V. E., qui connaît si bien Rome et les règles d'un bon gouvernement, n'aurait jamais conseillé une pareille imprudence... » (Régnier, Preuves, p. 12.)

(1) C'est-à-dire la compétition entre le duc de Créquy et les parents du pape, sur la première visite due à ceux-ci par l'ambassadeur.

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par les officiers subalternes pour étudier la pente et le couchant de leurs volontés pour, après, y conformer dans rexécution la puissance instrumenlalc qu'ils en ont en main. Je ne m*explique point davantage. Vous vous contenterez, s'il vous pisdt, que je vous dise que, dans Tarrivéc de M. Tambassadcur, Ton a su des impressions qui ont pris racine en mauvais terroir et y ont produit, pour les fruits d'une volonté peu sincère, les elîets d'une passion particulière. » Et Bourlemont n'a rien de plus neuf à citer que deux paroles irrépréhensibles et remontant à plusiiiurs mois, à supposer qu'elles ne fussent pas controuvécs : i° Alexandre VIL entendant parler de la suite turbulente amenée de France par Créquy, aurait dit, on ne sait où, ni à qui^ que « cet ambassadeur semblait plutôt venir pour déclarer la guerre que pour traiter d'affaires. » — 2* Le cardinal neveu, dans le temps où Créquy refusait encore la visite, aurait déclaré, on ne sait devant quels témoins, « qo'il ne verrait jamais de bon œil M. le duc de Créquy, parce qu'il n'avait pas voulu visiter ses parents. » Voilà les propos d'antichambre qui autorisent l'abbé à conclure en ces termes la première partie de son mémoire : « Je veux bien croire que l'on n'a point commandé directement aux soldats et aux sbires d'attenter à la personne de M. l'ambassadeur et de M"* l'ambassadrice, ou autrement je douterais si je serais ici parmi des chrétiens ou panni des barbares ; mais ces apozëmes(l) d'amertume versées dans les esprits ne peuvent-elles pas y introduire quelque dérèirlement? Ces discours de mépris, ces marques d'altération et ces ordres indiscrets ne peuvent-ils pas concourir à former une résolution criminelle sous Tespérance d'en avoir plutôt de l'aveu que du hlAme? Vous savez qu'il n'y a rien fie si clair dans les jugements que de condamnernon seulement les convaincus du fait, mais encore ceux qui ont conspiré à son entreprise. »

Tout cela est bien faible; ce qui suit l'est encore davantage : i< Avant que d'opiner, dit Bourlemont à Lionne, faites-moi la grâce d'examiner le second chef, qui est de savoir si le droit des gens a été violé... » Ils disent que « les Français ont provoqué

\\) Apozème, infusioD, décoction, est aujourd'hui du genre maflcalln.

les Corses et leur ont donné, selon leur jargon, occasione prossitna, et que /'on n y peut point trouver de participation des mifiistresdu papey ce qui serait nécessaire pour violer le droit des gens... » Je réponds que, si les coupables sont nombreux, les supplices doivent Tèlre, et que tout le peuple est complice. « L'on peut me répliquer d'abord que je passe trop avant et que ma plume extravague dans la fureur de la passion, parce que, dans l'altenlat des Corses, il n'y a point de volonlé formelle, directe, antécédente ou expresse dans la possibilité de présomption, par laquelle Ton puisse soutenir que les ministres aient participé à cet assassinat, et que, par conséquent, le droit des gens n'a point élé violé... Je consens qu'il n*y a point eu de volonlé antécédente, directe, expresse ou formelle, etc., Diev m'en garde! mais l'on m'avouera que l'on a nourri la disposilion et que Ton y a préparé les esprits. Cet attentat a élé fait et commandé à la mode de la cour, c'est-à-dire fait sans faire.,. » D'ailleurs, les Corses n'ont pas élé châtiés comme il convenait : « Cette tolérance crasse et nonchalante a bien plus offensé rhonneur, la gloire et le respect dû à Sa Majesté que l'emportement des assassins... Le droit des gens a été autant violé par la volonté de connivence et de ratification, que s'il y eût eu des ordres antécédents et exprès... Enfin je vous dirai que je crois que la fatalité a. composé cette Iragédie(i)... »

La résistance de la cour pontificale à des conditions criantes causa la plus vive irritation à Saint-Germain. Alexandre Vil ayant, en outre, tenté de faire rendre au roi, par les ministres de Savoie et de Venise, son bref sur la légation et la lettre du cardinal Chigi que l'ambassadeur français avait scandaleusement refusés, on lui fit un nouveau crime d'une démarche si naturelle. C'est ce moment que Louis XIV choisit pour donner une grande publicité aux projets de vengeance qu'il méditait contre le souverain pontife. Il chercha des auxiliaires dans le clergé, et sollicita particulièrement les avis du cardinal Grimaldi, archevêque d'Aix, ancien protégé de Mazarin, d'un autre Italien, Ondedei, perdu de mœurs, familier du cardinal mi-

(I) Octobre 1662. Home, 146.

372 CHAPITRE HITmÈME

nisire, qui lui avait fait donner l'évêché de Fréjus, et même du cardinal de Retz.

Les réponses de ces prélats révèlent le trouble profond que jetait dans l'Église la politique suivie contre Home. Grimaldi, dont la vieillesse devait faire oublier les fâcheux débuts de son épiscopat, écrivit alors une invective déclamatoire contre le gouvernement pontifical, et déclara que Je vicaire de Jésus- Christ, infirme comme les autres hommes, devait être assisté f< de conseillers et de puissances, » c'est-à-dire de cardinaux et de princes, « pour secourir sa faiblesse » ; qu'il appartenait an fils aîné de TEglise de saisir cette occasion de rétablir le régime primitif de droit divin ; et que le roi était dans une situation analogue à celle de Charlemagne, suscité pour « soutenir et régler le saint-siège, après avoir abattu la puissance des Lombards (i). »

L*évêque do Fréjus répondit : « Dans la solitude où je suis, je ne puis pas être bien informé de toutes les circonstances de cette affaire;... mais ce qui est assuré, et le roi n'en doit pas douter, c'est que » cela n'a pas été fait « sans exprès ordre ou au moins sans une connivence et tacite permission du pape et de ses ministres... «Le roi doit réformer le temporel et réduire le pape au spirituel. Le souverain pontife ne doit rien faire que de concert avec les cardinaux, comme le doge de Venise ou un évêqueen chapitre. << Le collège des cardinaux déterminera ce qu'il faudra donner au pape pour son entretien, » le reste des revenus demeurant à la disposition des cardinaux, qui seront pris de toute sorte de nations et en plus grand nombre. Ondedei propose même une commission permanente pour surveiller le pape dans l'intervalle des consistoires. — « Je voudrais, dit-il encore, rompre toutes les négociations et traité d'accommodement, déclarer seulement la maison de Chigi et le cardinal Impériale assassin, infAmo, traître el ennemi du roi, qui, en son temps, en prendra les satisfactions qui lui [sont dues], et laisser cette pilule dans le ventre de ces messieurs, afin qu'elle fasse son opération an siège vacant; auquel temps je voudrais poursuivre

(1/ (I Avis do M. le cardinal Griiiialili sur le difTêrend deRodie, octobre 1662. » Rome, in. Cet avi» fut complété duiis uDo lettre du môme prélat à LioDDe|da 21 novembre 1662. {Rome, li8.)

celle maison par la voie de fait el de droit, el en faire un exemple, comme fit le roi d'Espagne, Philippe II, contre [ceux] de la maison de Caraffe (1). Il y a des personnes qui disent que le roi veut envoyer une armée pour mettre en sûreté l'ambassadeur dans Rome et y faire tenir les assises en son nom. Là pensée est fort belle et fort généreuse. Si Sa Majesté en veut user de la sorte, je n'ai rien à dire (2). »

Une pensée odieuse entre toutes fut d'interroger le cardinal de Retz sur le meilleur moyen de faire capituler le souverain pontife. C'est Lionne qui avait été spécialement chargé par la cour, en 1655, de requérir d'Alexandre VII la mise en jugement et la déposition du cardinal archevêque : il l'avait espionné, persécuté, humilié à ce point que, prévoyant la rentrée en grâce de l'ancien frondeur, il avait imploré d'avance contre lui la protection de Mazarin. Qui donc s'était généreusement exposé au redoutable courroux du premier ministre et du roi pour faire respecter, en la personne de Retz (3), les dignités ecclésiastiques dont le saint-siège l'avait revêtu sur la présentation royale? Alexandre VII ; et Lionne venait maintenant rallumer coutre lui, dans l'âme de Relz, tout ce qu'y laissaient encore de mauvaises passions trente années de débauches, de guerre civile et d'intrigues ! Les deux anciens ennemis firent trêve à leur haine mutuelle pour chercher ensemble la place où le jeune roi de France pourrait faire au pape les blessures les plus mortelles. Les Mémoires de Gui Joly avaient révélé depuis longtemps les détestables conseils que, du fond de sa retraite à Commercy, le cardinal de la Sainte Église Romaine avait donnés au roi contre son chef et contre ses frères (4).

(1) Or, les deux neveux de Paul iV, le cardinal Caraffa et le duo de Palliauo, avaient été mis à mort. Leur mémoire n'avait pa:< tardé à être réhabilitée.

(2) Avis de M, de Fréjus sur l'assassinat du duc de Créquy. Ces mots ont été écrits sur la pièce par Lionne lui-même. (Ondedei à Lionne, 14 octobre. Rome^ 147.)

(3) Chantelauze avance {Le Cardinal de Retz et ses Missions diplomatiques^ p. 173) qu'Alexandre VIÏ avait pensé le livrer à la justice de Louis XIV! Il suffit, pour réfuttT cette assertion, de renvoyer au chapitre i" ci-dessus et à notre article dans la Revue des Questions historiques^ juillet 1879 : La mission de Lionne à Rome en i655.

(4) Chantelauze a publié le texte de ces réponses, où il veut voir les chefs-d'œuvre de la science et de la politique, et qui ne sont que les monuments les plus honteux de la bassesse et de l'ingratitude. Cet écrivain rectifie une erreur de Gui Joly, qui réclamait à tort pour son patron l'honneur

Parmi les agents qui sollicilaicnl les cours étrangères de seconder Louis XIV dans sa lulle contre le pape, ceux qui

d'avoir imaginé avant tous les autres la pyramide infamante; mais lise trompe plus gravement lui-même eu louant son tiéros d'avoir ie premier proposé l'envoi d'un légat au lieu d'un nonce extraordinaire, suggéré « Vingénieuie pensée a... de s'emparer d'Avignon, «et montré « quel était le côté valnérable de la cour de Rome, la prise de possession du Comtat Venaissin &. » La consultation de Rotz porte la date d^ocl^bre ISfi^c: or, d'une part, Ja iégalion était depuis lon^^temps déjà sur le tapis, comme le prouve* pareseoiple, ce passage d'une dépêche royale, du 11 septembre <' : « Vous pouvei aasurer, s'il en est besoin, sur la iéf/ation du cardinal Chigi en France^ que pounro que les autres points de ma satisfaction soient aussi ajustés à mon contentement, je le traiterai et recevrai fort bien, et autant honorablement qu'il conviendra k son caractère de légat a latere et À l'honneur qu*il a d'aîllean de »e trouver neveu dv. Sa Sainteté. » Le roi a soin d'ajouter qu'il permettrait de substituer au cardinal Chigi don Mario ou don AgosUno, ou un autre cardinal légat ^ mais non pas un nonce extraordinaire. Quant à Toccupation d'Avignon et du Cuiutut, Lionne en avait fait la menace, dés le 30 août, dans la lettre de Canaples à Créquy. La mission de M. d'Aubeville à Parme et à Mudène était décidée avant le 8 septembre «, et ses instructions, datées du 18, portent que les rois de Krauce et d'Kspagne sont prêts à se saisir, le même jour, • i*un, de la ville d'Avignon et de tout le comté Venaissin^ et Tautre de Benevento. » Enfin, c'est le 23 septembre que l'exempt dts gardes Busca était parti en poste pour faire révolter les Avi;;nou:iais f. La dêposscsslon du pape fut consonamée longtemps avant l'urrôt de réunion, que devait rendre le parlement d'Aix, au mois d'août 1663. Si le vice- lt5gut n'était pas encore expulsé, il était prisonnier dans sou palais; et cependant il est si peu vrai que « ce moyen énergique», approuvé par le cardinal de Ketz, ait amené « la capitulation finale du pape ». qu'Alexandre Vil cédera seulement, au mois de février 1664, lorsqu'une armée de plus de vingt-cinq mille Français, commandée par un maréchal de France et quatre lieutenants généraux, aura déjà se» tètes de colonnes en vue des Ktats romains^. Itetz eut donc toute riufuominie de sa méchanceté sans aucun profit pour le roi ni pour lui-même.

a. Chanteluuzo se riurt do ce mot trois fois au moiu't.

h. P. 112 et 173

c. Itomet 147 : de la main dr Lionne : <■ Sentiments du cardinal deKetitur l'aflalre de Rome. Oclobr»? 1662. »

tl. A Créquy. 7/o//ie, I4(). — L'envoi du Ir^t était di^jà rccUmé par Créquy, ie 6 teptembre, dans sa lettre publique, adre^stSî aux ministr^ii élrangers en résidence à Rome.

tr. Lionne à Créquy, h septembre, Romt\ 146.

/*. « Je vuu!t iMi\oie copie de rin>(rurlioii qui a été donnée au sieur de Busca, êiompt... qui part en ce moment [Kiur aller à A\igiion. » (Le Tellier à Créquy, 23 ^eptembre 1M2.) — Il me parait résulter de lu corri'spondaniM' que Busca était parti le 23, aa plus tard.

y. il q'y a rien de sérieux dans la d ssertation de Cbantelauze sur l'acquisition d'Avignon et du ComtAt par \ci papes : los arguments de Louis \1V et do ses léjjistes sont de ceux dont un despote ne manque jam.iis d'appuyer ses enireprises. I^ question d'Avignon ne porte pa» bonheur à cet écrivain. Uù a-t-il \u que les Français envahiicnti/e nouveau ce pays, à deux re/wine» iliffèrcnte^^ en 1G81) et en IGUO, 90us Innocent XI? La vérité est que Louis XIV n'occupa de mouveau l'enclave papale qu'une fois, et c'est déjà beaucoup trop. Cet événement eut lieu au moia de septembre 168S, et, Innocent XI étant mort le 12 août 1689, les deux provinces furent restituées immédiatement & son succt»sst>ur Alexandre Vlll,

avaient le caractère épiscopal n'élaîent pas les moins zélés. La Feuilladc, archevêque d'Embrun, qui, avant d'aller à Madrid, avait rempli les mêmes fonctions à Venise, écrivait à Lionne : « Un homme qui a porté son rochet découvert (1) à Venise, al dispetto de M. le nonce du pays, et qui n'a pas entièrement oublié son calepin à Rome ainsi que fit le cardinal Pelvé (2), ne manque pas de soutenir fortement la question présente; car il a assez montré par ses actions ce qu'il juge de la matière... » Et bientôt il disait au roi lui-même: « On m'a dit que le nonce [à Madrid] se plaint que je parle trop haut pour un archevêque et qu'il prétend, comme par raillerie, faire valoir contre moi la bulle In cœna Domini^ouvdiso'w demandé et obtenu le passage d'une armée pour attaquer le patrimoine de l'Église ;... mais comme nous appelons cela, en celle occasion où il s'agit du droit de la défense naturelle, fulmen brutum, c'est-à-dire un foudre aveugle qui ne frappepersonne, je me mels toujours à couvert sous la protection des canons des conciles, sans parler de celle de Votre Majesté (3). » — Une aulre créature de Mazarin, Bonsy, évêquede Béziers, nommé depuis peu ambassadeur à Venise^ réglait déjà ses actions sur des sentiments qu'il exprimera bientôt en ces termes : i< Pourvu que le roi soit satisfait de ma conduite, je vous assure que je me consolerai facilement de n'être pas dans les bonnes grâces du pape. — Vous pouvez être hardiment ma caution auprès de Sa Majesté que ma professioji 7ie m'empêchera pas de porter ses intérêts avec la même fermeté que ferait le plus déterminé soldat de son royaume... — Souffrez, Monsieur, que je vous dise une pensée qui est mienne, et qui, n'étant pas de ma profession, sera plus aisément excusée et souiïerte, si on en considère le

(1) Celait, daus la pensée de rarchevêque-aoïbassadeur, uae manière de nier lu juridiction du uonce.

(2) Seij^neurs Estais, excusez ce bonhomme :

U a laissé son caiepiu à Rome.

{Satire Ménippée à la suite de la harangue de Pelvé.) Les auteurs de la Satire reprochaient à ce prélat, d'abord évêque d'Amiens, puis archevêque de Seus et de , Reims, d'avoir répudié les doctrines antiromaines pendant un long séjour en Italie.

^3) 11 et 28 octobre 1662. Espagne, 39.

motif. Si le roi est forcé de châtier les Chigi en envoyant une armée, je voudrais qu*ellc fut véritablement royale et en état de les écraser à Tabord, pour faire connaître ce que peut un grand roi justement irrité contre des gens qui ne se doivent pas mesurer avec sa puissance et pour apprendre aux princes de classe inférieure à ne se jouer pas avec des couronnes comoie colle de France (1). »

Louis XIV ne méconnaissait pas que les conditions acceptées à San Quirico par Rasponi^ etprincipalement Tenvoi annoncé dn cardinal Chigi , seraien t regardés eu France et en Europe comme des satisfactions suffisantes, et il ne lui était pas possible de cacher les concessions du pape, depuis que Gréquy, repoussant le bref et la lettre de Chigi, avait réduit Alexandre VII à divulguer ces pièces en les faisant passer en France par les mains de deux minisires étrangers. Le bref et la lettre arrivèrent précisément à Saint-Germain lorsque le royaume apprenait les graves événements du Comtat Yenaissin et les préparatifs d'une expédition militaire au delà des Alpes (2). Le roi, pour frapper plus fortement le public, encore peu habitué à voir traiter ainsi le souverain pontife, donna des formes plus solennelles à ses résolutions. Il tint, le 6 novembre, un grand conseil où il appela, contre la coutume, les archevêques d'Auch et de Paris, et Favis ouvert par Lionne, qui prit seul la parole, obtint un applaudissement unanime (3) ! Dès le lendemain (4), il écrivait à Créquy : Puisque la légation du cardinal neveu est accordée, je tiendrais raccommodement pour conclu « si j'avais à faire à d'autres gens qu'à des prêtres qui ne sauraient négocier nottement et ne font rien qu'à vive force. » Je ne

(i) A LioDDc, 4 et H uovembre 1662, et iO février 1663. Venise, 82.

(2) « Je commence même a m'étoimer que nous soyons si longtemps à recevoir de vos nouvelles, après ce qu'«n aura su à Home de Taffaire d*ATigaon et des instances en Espagne et à tous les princes d'Italie pour le passage d*uae armée, » etc. (Lionne à Créquy, 27 octobre. Romej 147.)

(3) H Le roi m'ordonna, an conseil d'avmit-hier, de dire le premier mon avis. Je posai premièrement le fait et parlai demi-heure à peu près aux mêmes termes que vous trouverez dans la lettre du roi. et j'eus le bonheur que inoo avis fût suivi en tout, sans que personne y contredit en rien. » (Lioaue à Créquy, 8 novembre 1662. Rome, 148.)

(4) 7 novembre. Home, 148.

CONFÉRENCSS DE SAN QUIRICO 377

crois pas qu'ils veuillent en finir, et vous penserez comme moi, quand je vous aurai conté « le tour qu'ils vous ont joué dune pure supercherie » en chargeant du bref les ministres de Venise et de Savoie (!)...« Comme la proposition dem*envoyer le propre neveu de Sa Sainteté et qui a en main la direction générale de toutes les aiïaires, en qualité de légat, parait fort spécieuse et frappe d'abord l'imagination des gens que le pape ne peut donner une marque plus éclatante ni plus grande de la passion qu'il a de me satisfaire, j'ai été obligé de me conduire en cette occasion avec grande circonspection, et, quoique je visse bien de moi-même tout ce que j'avais à faire en ce rencontre, j'ai jugé à propos, pour justifier la résolution que je prendrais, d'assembler un grand conseil, où j'ai même appelé deux ecclésiasliques, les archevêques de Paris et d'Auch, et l'avis que tous m'ont donné unanimement a été ce que j'avais déjà pensé et résolu, c'est-à-dire en substance, de ne répondre point au bref du pape et témoigner trouver fort mauvais qu'on

(1) Est-il besoin de dire que ni Rasponi, ni la cour de Rome, n*ont joué aucun tour à Créquy, et que ce dernier et les ministres de Louis XIV étaient seuls de mauvaise foi? On va en juger. Créquy se vante lui-môme, dans sa lettre du 19 octobre, d*avoir tendu à Rasponi un piège où ce dernier est tombé : « Je lui dis que je voulais donner part aux ministres étrangers des propositions que je lui avais faites, et, en cela, j'eus deux fins : la première qu'il me priât, comme il fit, de n'en rien faire, et la seconde que^ s'il arrivait qa'il ne m'en priât pas, ce que je ne pouvais croire, et que j'estimasse devoir donner part de vos intentions aux ministres étrangers, la cour de Rome ne pût pas se plaindre que je procédasse eu cela avec trop de précipitation, puisque son envoyé en aurait été averti et qu'il n'aurait rien fait pour essayer de m'en empêcher... J*acquiesçai à sa prière, bien aise de m'acquérir ainsi une obligation sur lui à si bon marché. » — Rasponi ne s'est nullement engagé pour le pape à ne communiquer à personne les propositions de Créquy : s'il a prié celui-ci de ne les porter pas à la connaissance des ministres étrangers, c'est pour retarder le plus possible le moment où les Français leur donneront un caractère officiel et irrévocable. Le but de la cour poulificale est d'obtenir que Louiâ XIV modère ses exigences : comme le roi refuse de correspondre avec elle, et que Pambassadcur ne veut pas proposer lui-même le retrait des conditions les plus dures, Créquy sait bien que le saint-siège cherchera des médiateurs auxquels il confiera nécessairement le secret des demandes royales. La cour de Rome n'a donc manqué à aucune promesse, à aucune bienséance. Nous apprenons d'ailleurs de Créquy lui-même qu'il a violé la parole donnée à Rasponi, et qu'il a communiqué aux ministres des princes les articles exigés par le roi, bieu avant la circulaire du 4 novembre. (Dép. du 5 novembre. RofM, 147 et 148.)

eut voulu de cette sorte vous ôtor des maios une négociation que vous aviez commencée... Pour lui rendre en quelque façon le tour qu'on vous a fait », je vais remettreaux ministres de Venise et de Savoie un écrit, où sont déduites les principales raisons qui ont persuadé le grand conseil assemblé par moi. Le pape n*envoie pas son neveu pour me satisfaire, mais pours'endispenser^toutcngagnantlesapplaudisscmentsdupublic, et môme me causer préjudice. Il veut que cette légation paraisse libre et spontanée^ et non imposée par un traité. Il veut exclure le duc de Créqiiy des négociations et les transportera Paris. Il veut arrêter mes armements et suspendre Tarrivéc du légat jusqu'au mois d'avril prochain. Il veut surtout« me susciter des allaires et des embarras dans mon propre royaume par la présence d'un minisire du saint-siège;... faire des déclamations publiques dans toute la France sur les procès-verbaux et les informations qu'ils n'auront pas manqué de forger à leur mode, et surpendre par là la crédulité^ principalement des ecclésiastiques et personnes dévotes, sous prétexte de religion. » Mais je no le crains pas. J'ai la réponse du roi d'Espagne, qui consent au passage de mes troupes par le Milanais ot s'engage à ne jamais protéger un seul membre de la maison Cliigi ni le cardinal Impériale. « Je vois la cour de Rome en état, se trouvant abandonnée d'un chacun, de n'avoir plus d'autre parti à prendre que celui de me satisfaire, si ellen*est dans un dernier aveuglement. — D'un autre côté, je vous dirai, sur Jes allaires d'Avignon, qu'à la réquisition de mon procureur général, le parlement de Provence adonné un arrêt qu'il a aussitôt envoyé signifier par un huissier au vice-légal, par lequel il lui intime que, voulant réunir Avignon elle Gomtat à mon domaine, il ait à lui communiquer les titres de l'engagement pour y être ordonné ce qu'il appartiendra par raison. Le vice-légat a répondu que le pape était souverain et quMlne pouvait déférer^audit arrêt. Cependant, de cette première démarche, il en est|^arrivé que, dès que le peuple en a eu connaissance, ne doutant point que ce ne soit ma véritable intention de me remettre en possession dudit Etat, après en avoir fait paraître une joie indicible par toutes les démonstrations extérieures dont il a pu^s'aviser, il a passé enfin jusques à arracher

les armes du pape, du légat et du vice-légat des portes de la ville et du palais pour y mettre les miennes et mon portrait aux cris de : Vive le roi ! et, non contents de cela, ils sont allés au palais du vice-iégat pour avoir entre leurs mains trois de leurs officiers, Taudileur, le dataire et le barigel, dont ils se plaignent qu'ils ont souffert de grandes extorsions, et il était à craindre qu'ils ne les eussent déchirés, si un gentilhomme du duc de Mercœur, qui s'y trouva heureusemenl, ne l'eût empêchéen tirant parole du vice légatqu'il les représenterait toutes les fois qu'il en serait besoin. Le vice-légat a aussi demandé au duc de Mercœur des gardes pour la sûreté de sa personne, qui lui ont élé envoyés et sont arrivés assez à temps pour le garantir de tout autre mal. Voilà à quoi ont exposé la cour de Rome les lenteurs qui lui sont si ordinaires. » Quoique le pape ait écarté le premier parti, vous devrez cependant, après lui avoir fait souscrire le second, demander quelque chose en faveur des maisons de Parme et de Modène, par exemple la revision des procès de Castro et de Comacchio. — Quant au cardinal Impériale, je vous défends de rien céder.

Lionne, reprenant ce dernier article dans une lettre personnelle (1), se dit autorisé parle roi à écrire ce qui suit : « J'y rêve continuellement... J'ai pensé que vous pourriez, en quelque discours avec M. Rasponi, lui couler ces mots : Croyezvous, Monsieur^ si les choses vont à une rupture, que le cardinal Impériale soit en beaucoup meilleurs termes, avec toutes les protections que lui peut donner la cour de Rome, que si on accorde au roi ce qu'il demande sur son sujet (j'entends quand vous vous seriez déjà déclaré de sa simple relégation et que vous y trouveriez des difficultés). Le cardinal Impériale a offensé le roi mon maître comme gouverneur de Rome et non pas comme cardinal. Sa Majesté même a demandé qu'on lui ôtât le chapeau, afin de n'être pas forcé à faire tomber son châtiment sur une personne qui soit revêtue de cette dignité; mais, Sa Sainteté ne l'ayant pas voulu faire> elle ne le considérera plus comme tel et le traitera en la qualité qui lui a donné moyen de lui faire tant d'outrages, qui est celle degou-

(l) A Créquy, 8 novembre 4662. Rome, 148.

380 CHAPITRE UUITI&MK

verneur de Rome, et Sa Majesté ne peut-elle pas le traiter, selon vos formes même, et faire expédier une déclaration qui sera vérifiée et enregistrée dans ses parlements, par laquelle elle déclarera ledit Impériale assassin^ trattre, infâme et eimemi de sa couronne (i),e/ mettra sur sa tête une taille de cent mille écus; et si tout cela arrive, comme il n'est rien à Sa Majesté de plus facile, Impériale n*aimerait-il pas mieux lui-même alors avoir été relégué au plus misérable coin du monde pour toute sa vie ? Car enPm, avec une pareille taille, je ne sais si, quelques précautions qu'il pût prendre et quelque lieu qu*il pût habiter, quand ce serait Rome même^ il pourrait s'assurer seulement de deux mois de vie. Je ne vous dis pas tout cela sans grand fondement, et je vous prie de vous souvenir,, pour tout ce qui peut arriver, 'que je vous en ai averti. — Je crois qu'un pareil discours ne pourrait produire qu'un très bon effet de toutes façons. »

De son côté, Alexandre YII concertait toutes ses résolutions avec le sacré collège, et, le 30 octobre, il avait déféré au consistoire les articles iniques, dictés par le roi de France. Les cardinaux refusèrent de sacrifier le cardinal Impériale, et Régnier lui-même avoue que « la demande de lui ôter le chapeau. .. fut blâmée par quantité de gens qui faisaient là-dessus des réflexions considérables (2). » La Congrégation d'État reconnut seulement qu'il n^était pas à désirer que l'ambassadeur français, lorsqu'il reviendrait à Farnèse, retrouvât en place le même gouverneur (3), et elle proposa d'éloigner le cardinal Impériale de la ville en lui donnant une légation do province. Alexandre VII approuva cet avis, qui respectait l'honneur du cardinal : l'ancien gouverneur reçut donc la légation de la Marche, exercée depuis Urbain VII par de simples prélats (4),

(1) Od recuDQalt les propres paroles d'Oodedei, évèque de Fréjus.

(2) Page 119.

(3) u 11 siguore aiiibasciatore, parlaodo giorni sono con raonsignore Rasponi délie Bodisfazioni da lui pretese, c parlicolarmeote di quelle iotoroo alla persona del cardionle Impériale, disse : Havero io da tornare a Roma e trovarvi il cardinale Impériale governatore? » (Mémoire justificatif, en?oyéà Servieu par le uouce de Turin. Régnier, Preuves, page 108.)

(4) Bourlemout est obligé de l'avouer, mais il excelle à tout eD^enimer. V. ses deux dépêches du 2 ooTembre : cette légation, dtt-U, « depuis longtemps

CONFÉRENCES DE SAN QtlRICO 381

et dont il se démit d'ailleurs dès le lendemain (1). Créquy prit I feu aussitôt et écrivit au roi : « Véritablement, quand je considère à quoi ils ont voulu réduire les justes réparations que Votre Majesté demande contre eux, je ne sais de quoi je me dois plus étonner, de leur insolence ou de leur extravagance, et si leur folie ne mérite pas autant de pitié que leur audace est digne de châtiment... [Le pape] récompense d'une charge éclatante le plus furieux de tous ceux qui vous ont osé outrager (2). »

L'ambassadeur français rompit les conférences de San Quirîco et s*achemina vers la mer, après avoir adressé aux ministres étrangers une nouvelle circulaire, dont la violence calculée n'avait pas même Texcuse d'une passion sincère (3) : « Vous trouverez sans doute, écrivait-il à Lionne (4j, quelque chaleur dans la lettreque j'écris àM. l'ambassadeur de Venise ;

était éteinte et ne s*exerçait plus que par un prélat qu'on appelait goaverneur. «> — Cependant, à Tenteodre, c'est aussi « toute ia récompense d'un cardinal qui aurait bien servi l'Église. Cet emploi est si grand que, depuis quelque temps, les papes ont eu|la Jalousie de donner cette charge, pour être une province des plus considérables. » (Aorne, 148.)

(1) Bourlemout appelle cela une mômerie; mais en même temps il met en relief la délicatesse d'Alexandre VII qui pouvait bien, cédant à la force, se séparer d'un ministre, mais qui ne devait pas laisser croire qu'il doutât de son innocence : « La pensée du pape, dit cet abbé, a toujours été que, quoiqu'il fût obligé de faire contre Impériale, il ne parût coupable, ce qu'a fort sollicité ce cardinal avec ses adhérents proche S. S. L'on a eu recours à ce bel expédient de faire un acte positif et public, par lequel il a paru que le cardinal Impériale n'était poiut déposé du gouvernement de Rome pour avoir fait aucune faute, puisque le pape l'avait récompensé d'une légation et déclaré en plein consistoire son iuuocence. Tous étaient de concert que ce cardinal la renoncerait^ s'imaginant, par ce beau contour, être tellement justifié que, quoi qu'il en arrive, il aurait mis à couvert sa réputation. C'est pourquoi Ton lui donna une légation imaginaire, laquelle fut éphémère et de vingt-quatre heures. Ce cardinal et son parti se vantent à présent que, quoi que l'on fasse contre, il apparaîtra que le pape aura été forcé, S. S. ayant donné des marques publiques de sa prétendue innocence. » (Â Lionne, 6 novembre 1662. Aom«,148.)

(2) 5 novembre. Rome, 148.

(3) Elle est du 4 et non du 14 novembre, comme le dit Régnier. {Preuves, page 90.) Elle est datée «le San Quirico : or Créquy avait quitté cette résidence le 6 pour se rendre à Sienne, puis à Florence, où il séjourna du 12 au 17. II était à Pise le 18 et à Livourue le 25. Cette circulaire était d'abord une dépêche écrite spécialement à l'ambassadeur de Venise;

(4) 5 novembre. Rome, 148.

mais je n^ai pu m'empècher de me laisser emporter au zèle de la gloire du roi, après tant d*iasolences de la cour de Rome. Si Sa Majesté, ensuite de ses déclarations que j'ai rendues publiques, veut encore, par un excès de bonté, souffrir qae les parents du pape rentrent dans ses bonnes grâces et ne leur faire pas ressentir les effets de ses menaces^ ce que j'aurai fait aura servi du moins à faire paraître la clémence de Sa Majesté dans le monde. Mais, de vous à moi, je ne crois pas qu'on les réduise jamais au point de Timplorer, tant qu'on oc fera que des démonstrations éloignées. »

Rasponi et la cour de Florence essayèrent de retarder rembarquement de Créquy, et le pape chercha encore à renouer une correspondance directe avec Louis XIV. Servien, oncle de Lionne, ambassadeur près le duc de Savoie, étant alors en congé à Paris, le prélat Roberti, nonce à Turin, le pria de placer sous les yeux du roi, avec un mémoire justificatif, les neuf articles formellement consentis par le pape, à la date du il novembre (1). Que peut exiger de plus la couronne de France? Il semble qu'il n'y ait plus qu'à signer. Cependantles courriers de Roberli et de Créquy provoquent, à Saint-Germain, une nouvelle explosion de colère. Lionne rédige luimôme la réponse de son oncle Servien annonce de Turin, et la remplit des injures les plus atroces contre la cour pontificale (2). Confondant la cause du roi avec celle de Dieu « qui défend les assassinats et les violements du droit des gens, qui

(i) RegDier, Preuves^ pages 106 et siiiv. : !<> Le pape ezamioera les iDoyeu» nuuveiux sur Castro et Comaccbio; 2^ Les ambassadeurs à Rome serdnt traités comme les nonces à Tétrangcr; 3o et 4^ ÂbandoD des poursuites commencées contre les barons romains et autres après le 20 août; 5^ Créquy sera reçu avec de grands honneurs : 6o Suppression de deuji nouveaux postes dans la yille; 7o Déclaration de don Mario qu'il est étranger aux faits du 20 août; 80 Légation du cardinal Chigi en France; 9° Si le cardinal Impériale était coupable, ou en ferait justice; 10° Destitution du barigel; 11« Bref coutre les Corses.

(2) Régnier, Preuves, page 113. — La minute autographe a été rangée par prreur au 57« volume de Savoie, parmi les pièces de Tan 1661, sans doute par suite d'une mauvaise lecture de la date, 19 novembre 1662, dont le chiffre 2 est mal fait et ressemble au chiffre 1. — Le lol« volume de Rome contient d'ailleurs ce billet de Lionne à Servien : « Je vous envoie le projet de la lettre que vous devez écrire au nonce de Turin. Le roi m'a chargé de vous recommander que vous n*y changiez ni altériez un seul moi. »

protège le droit des opprimés et des assassinés, » i) déclare « que le roi a résolu de ne plus rien écouter, » avant qu'Impériale soil incarcéré ; « que c'est un fort mauvais raisonnement de dire qu'on ne puisse mettre en prison un cardinal sans avoir des preuves de son crime;... que, quand les armées que le roi commence à faire marcher auront passé les monts, on trouvera bien à Rome que non seulement on peut emprisonner un gouverneur qui a malversé dans sa charge et offensé un si grand roi avec une arrogance qui lient de la fièvre ou de la folie; mais qu'on ne le peut môme refuser avec justice; et que peut-être aussi alors, quand on mettrait sur le tapis des conditions plus proportionnées à tant d'offenses que celles dont Sa Majesté, par modération, avait bien voulu se payer, on ne les qualifiera plus en plein consistoire du nom d'iniques, ni on n'y fera pas les éloges publics d'un instigateur d'assassinats et d'un fauteur de leur impunité. » Lionne tient le même langage aux ambassadeurs de Venise et de Savoie et les blâme durement de s'être faits les messagers de Rome.

Deux dépêches royales sont expédiées le même jour (19 novembre) au duc de Créquy. Louis XIV veut que son ambassadeur se plaigne aussi haut de ce qui a été fait pour le cardinal Impériale « que si cette dernière action était le plus grand des outrages,... quoique je voie bien, ajoute-t-il, qu'ils ne lui ont donné cette légation qu'avec dessein qu'il n'en jouît pas et qu'il s'en démettrait aussitôt comme du gouvernement de Rome, n N'écoutez rien avant qu'il ait été mené au château Saint-Ange. « Il sera bon que, dans le même temps, pour étourdir encore davantage les parents du pape, vous fassiez savoir à Rome par des moyens indirects que, dès que j'ai eu l'avis de cette indignité et d'un si grand mépris, je n'ai plus songé, comme il est* vrai, qu'à former l'état de mes troupes dont sera composée mon armée, à nommer dès à présent les officiers généraux afin qu'ils se tiennent prêts à pourvoir à ce qui regarde le train de l'artillerie, et à donner les ordres pour faire marcher celles des troupes qui se trouvent plus éloignées et les faire avancer vers le Dauphiné, afin qu'elles puissent passer les monts sans faute au commencement de mars; et qu'en ce que j'ai déjà fait^ j'ai deux satisfactions bien grandes : l'une, que j'ai bien

384 CHAPITRE HurriÈMe

plus de peine à refuser les officiers desdites troupes, qui me pressent de tous côtés pour être commandés de marcher, qu'il n*y en a à les choisir et à les inciter à cette marche, l'autre, que le corps de six mille chevaux est non seulement tout préparé, mais que j'en retiendrai encore dans le royaume un corps très considérable que je ne juge pas nécessaire d'envoyer à cette expédition, et que, pour l'infanterie, j'ai trouvé que je pouvais lire r des quartiers ou des garnisons, laissant toutes mes places en entière sûreté, deux cents compagnies, et qu'avec les gardes françaises et suisses que j'y joindrai et un corps de douze cents Irlandais que je prendrai à mon service de la garnison qui était dansDunkerque, tout cela fera bien plus de douze mille hommes effectifs, sans que je sois obligé à la moindre dépense pour des levées ni même pour aucunes réserves. » La seconde dépêche exige encore qu'on ôte le chapeau, c'est-à-dire la vie au cardinal Impériale, car il ne se peut perdre sans cela, mais elle permet h Créquy d'accepter un châtiment moins sévère, si le pape accorde un nouveau délai au duc de Parme pour dégager Castro, ou nomme un cardinal français sans attendre le tour des couronnes. « Pourvu, dit Louis XIV, qu'on ne m'oblige pas à faire passer les monts à mes troupes, auquel cas il faudrait bien faire après d'autres comptes, je serai content que l'accommodement se conclue avec la seule relégation du cardinal Impériale et les autres points qui sont déjà comme ajustés... »

Eu même temps, une lettre parliculière de Lionne (1) avertit l'ambassadeur qu'on ne pense pas à reculer {'i) : Le bruit court à Rome, écrit-il, que je me repens d'avoir engagé si loin Sa

(1) 19 Dovembre 1662. Rome, 148.

(2) D'ailleurs Créquy était d'accord avec Lioune pour n'entendre les ordres royaux que dans le sens le plu& rigoureux : il lui disait^ dans un post-seriptËtm de sa muin, le 10 décembre 1662 : « Je ne cèlerai point que j*ai été extrêmement surpris de ce que j'ai vu dans la letire secrète de S. M. [du 19 novembre]. Vous qui connaissez la cour de Rome, pouvez-vous vous figurer la chose de la manière que le roi me mande? Âvez-vous sitôt oublié ce que je vous ai mandé par ma dernière lettre de San Quirico, que toutes les démon strations éloignées ne donnent nulle appréhension à Rome? et, cela étant, il me parait surprenant qae vous croyiez que l'on puisse avoir des grâces avec facilité, quand on voit qu on ne peut pas même se faire rendre justice. » {Rome^ ikê,)

LE ROI RÉCLAME l'eXIL d'lMPERIALE 385

Majesté. « M. de Nyert (I), que vous connaissez, disait làdessus que, s'ils n*ont point d'autre sifflet que celui-là, leur chien est perdu ; car ni je [ne] me repens, ni je n'ai de déplaisir que de ne les pouvoir mortifier autant que les outrages qu'ils ont faits au roi le méritent, et il me semble qu'il n'est guère parti de courrier d'ici qui ne vous ait porté quelques nouvelles preuves de cette vérité, et celui-ci ne sera pas plus fils de p... que les autres, par la réponse qu'avec Tapprobatioa du roi j'ai fail faire par M. Servien, ambassadeur, au nonce de Turin, lequel sera obligé d'envoyer à ses patrons des pilules bien amères et qui leur feront bien maudire l'heure qu'ils ont connu un seul Corse ; car ils trouveront en nous des corsaires, qui est un peu plus que Corse, et par conséquent bien plus durs et plus impitoyables. Je portai hier à MM. les ambassadeurs de Venise et de Savoie la même réponse en substance, que mon oncle fail au nonce de Turin, hors que je la fis en trois mots, afin qu'il n'y eût rien en cela qui senlîtla médialion. Je les priai, de la part du roi, que /es Chigi ne pussent plus se servir d'eux comme d'un canal pour faire passer ici des libelles pleiyis de faussetés^ et je leur déclarai ensuite que toute la négociation, si jamais elle se reprenait, devrait être maintenant changée après le nouvel outrage qu'on vient de faire au roi. L'ambassadeur de Venise me dit de lui-mêmo que la cour de Rome serait folle à lier, si elle voulait bouleverser toute ITlalie et le reste de la chrétienté pour soutenir injustement U7i seul hoinme, et si elle ne le faisait coffrer à l'arrivée de cette dépêche. Je ne crois pas pour cela qu'elle le fasse, mais bien que, pour s'exempter de cette nécessité, elle peut être capable de faire même de plus grandes choses pour la gloire et pour l'intérêt du roi... »

Avant même que ces dépêches fussent parvenues à Rome, le pape avait encore fait de nouveaux pas vers raccommodement. Il consentait que son frère don Mario ne fût pas auprès de lui lorsque l'ambassadeur français rentrerait, et que le car-

(1) Pierre de Nyerl (1397-1682), premier valet de la garde robe, puis premier valet de chambre du roi depuis 1653, avait été, dans sa jeunesse, attaché à la famille de Créquy. (Saint-Simon^ édition Boislisie, t. l*^', page 171, nott'.

LOUIS XIV ET LE SAIKT-SIÈOK. — 1. 2o

dinal Impériale se retirât à Gênes, sa patrie, pour passer en France dès qu'il plairait au roi (i). Mais cela ne contentait pas l'ambassadeur, qui réclamait un décret d'exil ou de relégation contre Impériale. « Ce que je prétends, écrivait-il à Bourlemont, sans quoi, comme je vous ai déjà dit plusieurs fois, il ne faut pas espérer que j'écoute aucune proposition, c'est que tout le monde connaisse qu'on lui a ôté forcément cette légation, qui lui avait été injustement donnée; qu'on Ta dépouillé et privé malgré lui et avec sujet du gouvernement de Rome, et qu'enfin le pape l'en a chassé par un décret, pour commencer à donner contre lui les réparations qui sont si justement dues à Sa Majesté. » — « Si le pape a de la délicatesse à ne vouloir pas dire qu'il a chassé le cardinal Impériale, comme vous me marquez, parce que ce so^ait une chose contraire à la vérité, il peut bien exprimer qu'il l'exile présentement, n'y avant rien de contraire en cela à la vérité. Enfin, si le mol d'exil n'est dans le bref ou l'écrit qui sera donné, dès que j'aurai reçu le courrier que je vous dépêche, je m'embarquerai incessamment (2). »

Les cardinaux écrivirent au duc de Créquy pour protester « dans les termes les plus honnêtes », dit Régnier, contre les accusations dont leur collègue était l'objet, et l'informer qu'Impériale offrait d'aller rendre compte lui-même au roi de toute sa conduite. Ils adressèrent en même temps à Louis XIV une lettre que Régnier trouve w grave, insinuante, pressante, respectueuse, pleine de grands traits et de sentiments affectueux (3) », et où ils disaient avec fermeté : « La connaissance que nous avons depuis longtemps de la probité, de la prudence et de la religion de ce cardinal (vertus contre lesquelles on pèche dangereusement dès qu'on ose faire ou penser quelque chose d'offensant contre Votre Majesté)^ et toutes

(\) Ifourlemont k Créquy, 19 novembre. — Créquy au roi, 21 novembre. RomCj 148.

(2) 20 Doveuibre et 3 décembre 1662. Homey 148.

(3) Pages 158 et 159. — Les lettres du sacré collège à Créquy, au roi et à la reine-mère, datées du 21 novembre, sont au volume 148« de Rome, Elles avaient été composées par Tabbé Favoriti, secrétaire du consistoire^ l'un des premiers humanistes du temps et qui devint plus tard célèbre, comme secrétaire des chiffres, sous le pontificat d'innocent XI.

LE ROr RÉCLAME l'eXIL d'iMPERIALE 387

les nolions que nous avons pu avoir du crime des Corses, nous (jui étions présents, ne nous laissent pas lieu de douter de son innocence. »

L'ambassadeur écrivit au roi (1) : J'ai répondu « que je ne doutais point que Votre Majesté ne se tînt offensée et ne crût avoir un juste sujet de se plaindre du procédé du sacré collège, qui s'intéresse si vivement en faveur d'un homme qui Ta outragé avec tant d'insolence. Quant au prétendu voyage d'Impériale en France, je témoignai que c'était une chose fort supe^ue et qu'il y avait de l'aveuglement et de la témérité auditlmperîale d'en avoir seulement la pensée. » Alexandre VIT ne consentant pas à la relégation, Créquy annonça qu'il n'y avait plus qu'à rompre, et il écrivit à Louis XIV (2) : « Ils ont été contraints de faire voir à découvert leur mauvaise intention et l'estime que le pape fait du cardinal Impériale, ne se défendant plus de contenter Votre Majesté sur ce sujet qu'en disant que le pape ne pouvait se résoudre à faire ime injustice. » Il ajoutait, dans une dépèche particulière à Lionne : « Croyez-moi, Monsieur, on ne saurait mieux faire que de gouverner toujours les affaires de Rome avec une extrême hauteur; mais, dans un rencontre comme celui-ci, il faut encore plus et il sera bon qu'on soit, comme vous dites, de véritables corsaires à l'égard des papalins (3), »

Alexandre VII résolut de consulter encore une fois le sacré collège, et il intima pour le 11 décembre un consistoire, auquel assistèrent trente cardinaux. La séance, qui dura trois heures, s'ouvrit par un rapport du cardinal Azzolini sur les événements qui troublaient l'Eglise. Le pape prit ensuite la parole et demanda les suffrages par écrit sur les mesures sollicitées contre le cardinal Impériale. Dans une chapelle voisine, des tables étaient préparées, où six cardinaux pouvaient écrire en même temps, et chaque groupe cédait la place à un autre, après avoir déposé son bulletin sur l'autel, devant le saintsacrement. Huit jours plus tard, Bourlemont écrivait à

(1) s décembre 1662. Rome, 148.

(2) 10 décembre. Roine, 148.

(3) 10 décembre.

388 CHAPITRE HunrÊMK

Lionne (1) : « Le pape a fait donner part aux aux ministres des princes comme Sa Sainlelé avait sii les vœux des cardinaai touchant l'exil dlmperiale. De trente qui se trouvèrent au consistoire, vingt-quatre furent d'avis qu'on ne le pouvait exiler sans forme de procès, — trois suppliant Sa Sainteté de considérer les inconvénients qui pourraient suivre de ne pas donner au roi la satisfaction que désirait Sa Majesté, ayant été si vivement offensée en la personne de son ambassadeur, — et les trois autres disant que la puissance du roi était si grande que Ton ne lui pouvait rien refuser. Selon que j*ai pu inférer des discours du cardinal d'Aragon, je crois que les trois premiers furent les partisans d'Espagne (2), savoir : Colonna, Sforza et d'Aragon. Pour les trois autres, je ne les ai pas encore découverts... (3) »

Ainsi, le duc de Créquy, ne pouvant obtenir le reler§atm^

(1) Rome, 148.

(2) Les Espagnols sacrifient le pape, pour éviter une descente des Français en Italie.

(3) Chuutelauze a remis au jour la fable du cardinal Odescalchi rangé parmi les prétendus dissidents et exprimant son avis par» ces paroles de rÉcriture : Uconi'iejitquun homme meure pour tout le peuple. » (Retz et ses missions diplo' matiques à Rome^ p. 143.) Ce n'est psis une excuse pour coi auteur qu'aoe pareil. e sottise ait été recueillie par lleguier, écrivant sous Louis XIV, qui avait en tiorreur la mémoire d'innocent XI. Chantelauze aura pris sans doute poar un document sérieux une pièce conservée aux archives des Affaires étrangères, une satire «iirigée contre Alexandre VII et contre Impériale, soits la formt de l'opinion exprimée par un cardinal imaginaire, dans le consistoire du il décembre 1662. On y lit, en effet, \csmoiA: E,cpedit ut unusmorialurpro populo; maison trouve, aux mômes arctiives, une lettre de fauteur qui offre ce pamphlet, ce V'Uo idéale comme il rappelle, er. témoignage de son zèle pour la France, et qui sollicite la permission de correspondre secrètement avec Lionne al D'un autre côté, il n'est pas téméraire de supposer qu'au nombre des cardinaux qui faiblirent dans la défense d'Impériale, il faille compter Albizzi, pensionnaire de la France, qui, en sortant du consistoire, avait écrit à un correspondant de Lionne, sans croire rompre le so-^Tet : « lo .v* d'haver adimpite le mie parti

a. Lf m/^me volume. Rome, 148, contient beaucoup tt'écrita du même genre, des pasqninades un lii)elle de l'agent du roi Elpidio Ronedclti, intitulé : La verita svelata nei eorrenti disturbi col signore duca di Crequy ; — uu Discours sur la guerre qui se prépare entre le pape et le roi; un Avis de M. de Turcnne sur cette cxp(!'dition. Pourquoi ne pas publier aussi ces pièces comme dt^s monuments historiques, avec un Discours du général des jésuites, Oliva, adjnranl Aletandre VII de désincamérer Castro; — et surtout une barangue du chancelier S^nier, suppliant le roi de 9e réconcilier arec Rome et d'éviter que les « Annales pontifiram hoc habeaut, ad regni sui memoriam celebrandam, clo;;ii : Alcxandrum VII non sub Dio<âe(iano, sed ««ub Ludovico XIV passum'* "

LE ROI RÉCLAME l'eXIL d'iMPERTALE 389

rompit la négociation « une seconde fois sur le sujet du cardinal Impériale (1). » Il prit la mer le 24 décembre, débarqua

ed haver ben servUo à, » Si l'unanimité ne fut pas complète sur la première question^ elle se rétablit bien vite quand le pape eut communiqué aux cardinaux l'arrêt du parlement de Provence sommant la cour de Rome de produire ses titres sur Avignon, et Albizzi lui-même faisait dire à Lionne qu'il partageait rindignation soulevée par cet attentat : « Bien me déplaît, écrivait-il, que la glorieuse prétention qu'a le roi d'être le protecteur de l'Église et du saintsiège même ait été démentie par les actes du parlement d'Aix, lesquels en vérité ne sont pas soutenables, et donneront autant de scandale aux catholiques que de joie aux protestants c. » Louis XIV, qui avait affecté tant de coDsidératioo pour les cardinaux, quand il espérait fomenter la trahison parmi eux, ne leur témoigna plus que du mépris dès qu'il les trouva ûdèles à la cause du saint-siège. 11 attendit longtemps avant de répondre à leur lettre, et il se plaignit même d*y découvrir de nouvelles offenses contre sa couronne. Lionne l'avait depuis plus d'un mois entre les mains, lorsqu'il écrivit à Bourlemontd : « Je n'ai pas encore osé en présenter au roi l'original ni même la copie. Les termes Serenissimo principi Ludovico, Francise et Navarrœ régi christianissimo sont trop secs. Le collège se nomme avant le roi : Miseratione divinâ episcopi^ presbyteri, diaconi S. R. E. cardinales» C'est contraire à la règle de la grammaire : Julio Cœsari Marcus Tullius; Cicero Miloni. Cela est inconvenant, surtout sede plenâ; car, sede vacante^ on peut dire que le collège représente l'Église et n'est pas composé de sujets d'un souverain écrivant à un autre roie. »

(1) Régnier, page 189. — Impériale ayant quitté le gouvernement de Rome dans les premiers jours de novembre, et le prélat Conti, son successeur, passant pour son ennemi personnel, les Français crurent d'abord qu'ils allaient faire quelque découverte défavorable à la réputation du cardinal : «< Ce gouverneur, écrivait Bourlemont (à Lionne, 26 décembre. Romey 148), répare tant qu'il peut les violences de l'autre, et s'est comporté jusqu'à présent en homme

h. En 1671, le cardinal Albizzi, réclamant un payement plus exact de sa pension, rappelait à TeoToyé de Louis XIV, comme un de ses principaux titres à la libéralité du roi, ^' aea écritures et mémoire» envoyés pendant le démêlé d'Alexandre Vil. « (César d'Estrées, évoque de Laon, aa roi, 30Jnillet 1671. Bome, 205.) U faut ajouter qu'en matière de foi Albizzi se refusait à toute trahison, à toute transaction. H concourut très activement à la rédaction des décrets pontificaux contre les janséniste:», et il blâma publiquement les funestes manœuvres de Louis XIV et de Lionne dans l'affaire des quatre évéques, avant et après la paix de Clément IX.

e. « Ben mi rincresce che il glorioso vanto di Sua Majestà di protettore di santa Chiesa e délia sede apostolica venga sceraato per le atliooi del parlamenlo d'Aix, le quali in verita non si possono dostfnere e recaranno gran scandale ai cattolici e grand'allegrezza agl'erelici. »> (Albizzi à Fabri, 11 décembre 1662. Rome, 148).

d. 29 décembre 1662. Rome, 148.

e. Bourlemont lui-même fut obligé de reconnaître que l'on avait observé les formes et le •tyîe des lettres écrites aux plus grands potentats et aux rois de France en particulier. Le secrétaire du sacré collège m'étant venu voir, a je lui dis brièvement, écrivait-il, qu'il me semblait que la forme de la lettre... ne pouvait être appuyée que sur deux chose»», l'une de l'exemple, et l'autre de la convenance... Favoriti me dit qu'il avait suivi ponctuellement l'usage. Je me fais apporter un registre et j'y vois toutes les lettres dans la forme de celle-ci, même sou» Louis XIII. Je lui demande pourquoi il ne se confnr.Tie pas à îa règle Cxsari M. Tullius : la coutume qu'il allègue est indécente, » etc.. (A Lionne, 31 janvier 1663. 7îo»n«, 154.)

le 1" janvier 1663 à Toulon, et se présenta devant Louis XIV. à Saint-Germain, le 2 février (1).

Le roi de France voyait déjà la cour pontificale à ses pieds et, le 26 janvier 1663, Lionne écrivait à BourlemonL : qlIa vigueur de Sa Majesté les motlra bientôl à la raison, de façon ou d'autre. Nous avons même le bonheur que, par diverses considérations importantes que vous pouvez bien juger, il nous convient que raccommodement ne se fasse pas si tôt. quand il aurait à se faire, et qu'il sera bien plus glorieux, et les conditions, de tout autre éclat et utilité, si c'est la force qui le fasse conclure (2). »

Louis XIV recevait de ses ministres à l'étranger l'assurance que, quoi qu'il tentAt contre Rome, il pouvait compter sur la neutralité ou même sur la complicité active de plusieurs Étals catholiques. Ses principaux elForts s'étaient portés à Madrid, ou sa conduite n'était pas approuvée ; mais, en inspirant sans cesse à Philippe IV et à ses ministres la crainte d'une nouvelle guerre, il leur arrachait des résolutions favorables à ses desseins. L'archevêque d'Embrun écrivait (3) : Le roi d'Espagne m*a dit qu'il voudrait hechar agua sobro cl ftiego, et il appelle cette affaire un accide?ite casua/e ou caso nonpensado.

d'honneur. J'ai su qu'il ?i' est pas marri que roncoDDaisae le mauvais goiiverupment du cardinal Impériale, lequel n est pas trop bien voulu de cette maison pour quelques déplaisirs qu'il donna au frère dudit gouverneur, don Innocentio Conti, pen<lant qu'il t''tait licutiMiant gt'néral de l'Église. » CbaDtcIauze, après avoir raconté qu'Impériale, cessant d'être gouverneur de Romei fut nomm<^ lô^at di; la Marche, a écrit ceci : '< Couime ce cardinal n'avait agi, lors de l'attentat, que par les ordres écrits du cardinal Chigi quil avait en mains, loin do le punir, on achetait son silence par une récompense éclatante. » {Le cardinal de Jietz et ses missions diplomatiques à Rome, p. 132-133.) Régnier avait dit timidi^nient : On prétendait mt'me quil avait un billet du cardinal Chiqi, 9\c... (Pafje 127). Où donc Chantelauze a-t-il découvert ce» ordres. érrits? Si Impériale eût été homme à rendre son silence, — le marché n*ayaut pas été tenu et sa liberté lui ayant été rendue, puisqu'il ne garda la légation que vin^rt-quatre heures, — pourquoi n'a-t-il pas vendu son secret au roi de France, plut(^t que de subir les vengeances cniellcs de ce prince, racontées avec tant d'émotion par Régnier lui-môme (p. 222 et suiv.)?

(1) « M. le duc de Créquy est arrivé et a été ce soir seul trois heures avec le roi, qui lui a fait plus d'accueil et de caresses que jamais S. M. n'a fait à qui que ce soit. >• (Lionne à Bourlemont, 2 février 16G8. Rome, 154.)

(2) Rome, ITii.

(3) Au roi, 11 octobre 1662. Espagne, 39.

MM. du conseil d'Espagne « auraient voulu être médiateurs ou plutôt spectateurs de cet événement afin d'en profiter ; car c'est ce qu'on appelle ici estar a la veiita^m para mirar onde /tarera ^^5/(2; mais, comme aujourd'hui cette déclaration de passage de troupes dans le Milanais et de guerre en Italie les oblige d'entrer en danse, il faut qu'ils se rendent, par un intérêt contraire, les solliciteurs de la satisfaction de Votre Majesté, si l'on veut pousser ce dessein... » Louis XIV disait on même temps : Je sais très bien « que, si j'engage le roi mon beau-père à faire quelque chose contre la cour de Rome, dont je doute fort, ce ne sera que pour le plus grand intérêt qu'il a d'empêcher toute sorte de nouveauté et de remuements en Italie (1). »

Philippe IV ne dissimula pas son opinion sur la politique suivie en France contre Rome, et la Feuillade écrivait : Le duc de Médina m'a fait observer « que Votre Majesté ne peut pas prendre les armes pour ce dessein [Castro et Comacchio], conformément à l'article du traité de la paix sur ce sujet, qui n'obligeait qu'à de bons offices et à une intercession commune auprès du pape sans en venir à aucune violence. » Il m'informe d'ailleurs que « M. le duc de Parme aurait peine à s'engager en cette guerre, pour des raisons qui sont assez connues à Votre Majesté, soit du côté de son inclination peu guerrière, soit de celui du méchant état de ses affaires pour l'argent, ou bien de la dépendance qu'il a du pape, comme étant feudataire du saint-siège pour tous ses Etats. et j*ai reconnu ces sentiments (2) dans l'esprit de M. le duc de Parme et dans celui de M. le duc de Modène (3), dans mon passage pour Venise, où j'avais ordre de les entretenir de ce sujet (4). » Le duc de Médina me déclara encore que son maître « se sentait obligé, par sa qualité de père, par l'affection aux intérêts de Votre Majesté et par le soin des siens propres.

(1) A l'archevêque d'Embrun, 15 octobre. Espagne, 39.

(2) Aveu bien précieux dans la bouche d'un Français.

(3) Alphonse IV, qui venait de mourir, laissant pour héritier François II, un enfant, sons la régence de la duchesse-mère.

(4) Cet ordre, se trouve en effet, dans les Instructiona pour Varchevêque d'Embrun s'en allant ambassadeur extraordinaire à Venise, en 1659. {Venise^ 79.)

.*]92 niAPiTUE nriTifeME

do représenter à Votre Majesté les suites dang-ereuscs d« ce trouble ; que celle guerre ne convenait pas à l'honneur de Voire Majesté parce qu'elle passerait toujours dansTopinion de tous les princes pour une guerre de religion, par le respect de l'Eglise en la personne du pape, quelles que pussent être les dislinclions dont Ton pourrait user pour h déclarer guerre d'Etat par le titre de prince temporel ; que la France était déjà divisée par l'hérésie, qui prendrait un nouvel orgueil et de nouvelles forces de ce désordre, et que les prédécesseurs de Votre Majesté avaient toujours été les bienfaiteurs et les protecteurs du saint-siège ; que ce mécontentement de Votre Majesté pour Tinjure faite à son ambassadeur avait une origine si faible qu'il était devenu bien plus considérable par la réputation que l'on avait voulu lui donner que par son fond ; que l'accident était fortuit ou prémédité, casononpensado o pensado : que, dans la première considération^ la satisfaction était facile, et que, dans la seconde, la peine ne devait tomber que sur les auteurs, c'est-à-dire sur les ministres du pape^ et non pas sur Sa Sainteté, ou sur le saint-siège pour porter la guerre dans le patrimoine de saint Pierre... » Enfin, Sa Majesté Catholique déplore d'être réduite à « Tabandonnement demandé et consenti du pape, qu'elle appelle une victime, étant mal avec Votre Majesté et n'ayant point la protection de l'Espagne (1). »

Philippe IV refusa de faire occuper Bénévent et d'interdire le séjour de Rome aux cardinaux espagnols ; mais il laissa espérer que les troupes françaises traverseraient le Milanais pour envahir l'Etat ecclésiastique.LouisXIVnô supportait pas la pensée qu'on lui fit (c quelque chicane » sur le passage à Milan, et il écrivit à l'archevêque d'Embrun : « Vous voyez bien quelles dangereuses conséquences tirerait après soi un tel refus et à quelle sorte de résolution il pourrait me nécessiter malgré moi. Je ne veux pas même songer que ce cas puissearri ver, ni que l'on puisse aussi persister de delà à vouloir toujours cette prétendue médiation... » Les concessions des Espagnols furent bientôt suivies de nouvelles exigences.

(1) Au roi, 2'» octobn? 1662. Espagne, 3».

LOriS XIV CHERCHE A TSOLKH LE PAPE 393

Louis XIV prétendit que lo Milanais fui fermé aux recrues levées par le pape en Suisse et en Allemagne (1) !

Les Vénitiens n'osèrent pas témoigner plus de sympathie pour la cause d'Alexandre VII ; cependant les secours qu'ils tiraient de ce pape, comme de ses prédécesseurs, pour la défense de Candie contre les Turcs, et l'intérêt qu'ils avaient à écarter l'étranger de la péninsule auraient dû leur inspirer une politique plus hardie. M. de Bonsy écrivait à sa cour (2) : « Ces messieurs sont toujours en jalousie au sujet du bruit d'une armée de Votre Majesté en Italie. Tout leur fait peur, et ils ont retenu les deux mille hommes qui sont à Bergame, qui devaient aller en Candie. Ce n'est pas qu'il n'y en ait parmi eux qui sont d'avis d'entrer dans quelque ligue avec Votre Majesté, si elle rompt avec le pape, pour trouver leur compte dans quelques prétentions qu'ils ont contre l'État ecclésiastique, et d'autres portent à faire la paix avec les Turcs, à quelque prix que ce soit, si l'Italie doit être le théâtre de la guerre, étant capables, en ce cas, de s'unir avec l'empereur et les Espagnols, quoiqu'ils ne les aiment pas, pour maintenir réquilihre... M. l'ambassadeur d'Espagne va fréquemment au Collège (3), et ces messieurs lui ont représenté qu'ils étaient dans un état, à cause de leur guerre avec les Turcs, qui les empêchait de se pouvoir mêler, comme ils voudraient, de procurer le repos de l'Italie, et qu'il fallait que son maître en prît soin. . Plusieurs des principaux croient que Votre Majesté est bien aise de faire traîner le traité d'accommodement avec Rome jusqu'à ce que leurs troupes soient en campagne en Levant, afîn qu'ils ne soient pas en état de se mêler de maintenirla paix en Italie... Il serait peut-être à propos de les tenir

(1) Le roi à l'archevêque d'Embrun, 10 déccmbie 1662; 3, 12 et 21 janvier; 27 février 1663. Lionne, au môme, 13 janvier. L'archevêque d'Embrun au roi et à Lionne, 30 janvier 1663. Espagne^ 39.

(2) Au roi, 11 et 25 novembre et 2 décembre 1662. Venise, 82.

(3) On appelait ainsi, à Venise, une assemblée de vingt-six nobles : le doge ou le vice-doge; les six conseillers du doge, élus par le grand conseil; trois députés de la quarantie criminelle, et seize sages élus par le Sénat : (»ix sages grands , cinq sages de terre-ferme et cinq sages des ordres.) Les ambassadeurs étrangers présentaient au Collège les requêtes et mémoires qui étaient ensuite portés au Sénat, et cVst du Collège qu'il recevaient les réponses.

occupés et affaiblis afin créviter leurs maximes anciennes el leurs dispositions présentes, qui ne s'accordent avec la gloire de Votre Majesté que lorsqu'ils verront de ne la pouvoir pas traverser ou qu'ils croiront de la partager avec elle. »

Le langage du roi montra bientôt qu'il ne supporterait pas longtemps les tergiversations de la Seigneurie : « Je me mais fort peu en peine, dit-il, de toutes les cabales que vous mandez que le cavalier Barbarigo et rév<>que de Padoue font à Venise pour forcer la République à prendre le parti de Rome, et ne crois pas avoir aucune obligation au Querini de les avoir dissipées, si ce n*est de sa bonne volonté; car je puis vous dire que, s'il arrivait que, soutenant comme je fais une cause commune à tous les princes et ne prétendant que la réparation d'un si extraordinaire violement du droit des gens, quelque prince ou potentat que ce fût voulait embrasser le parti contraire, j'aurais bientôt laissé là les prêtres, avec qui je me suis assez déclaré dès le commencement qu'il n'y a ni honneur ni profit à gagner, pour ne m'en prendre qu'à ce nouveau protecteur d'une cause si injuste et si odieuse (1). » — « S'aiyu\a.parle{2) que le Sénat vous a donnée en réponse à votre office précédent et lu avec plaisir le nouveau discours que vous leur aviez fait deux jours après, en exécution des ordres que vous avez reçus par mes dépèches des 19 et 26 décembre. Je crois facilement ce que vous me dites de l'affliction et de la consternation que vous remarquâtes sur le visage du doge et de tous les sénateurs, quand vous leur apprîtes la rupture imminente oh me forçait la cour do Rome, et je suis fort persuadé que la République, pour son propre intérêt, exécutera sincèrement ce que le doge vous dit, qu'elle fera tous ses efforts pour porter le pape àm'apaiser et à me satisfaire... (3). » — Le pape a informé les Pregadi (4) qu'il arme « pour la défense de

{\) A l'évùque de B^zicrs, 23 janvier 1663. Venise, 82.

(2) Les Vénitiens appelaient parie les amHs et les délibéraUoDS de leurs conspils. Ainsi lis disaient : Parte del Gran Comiglio, del Senato, del consigiio di Dieci: et pour signifier que l'on avait pris une résolution dans un conseil, on disait : fu presa ia parle.

(3) 20 février 1663. Venise, 82.

[\) Pregadi, ou pregati, en latin rogati, les nobles composant le Sénat.

rÉtat ecclésiastique » et leur demande le passage pour ses recrues allemandes ou suisses. Allez leur dire « que je proteste, au contraire, d'èlre prêt et résolu, jusqu'au dernier soupir de ma vie, de défendre, protéger el exaller le saint-siège de toutes les forces que Dieu m'a mises en main, à Texemple de mes glorieux ancêtres, et hasarder tous mes États, voire répandre tout mon sang, s'il est besoin, pour une si bonne cause... »; mais que je veux seulement « châtier les Chigi et le cardinal Impériale du barbare assassinat de mon ambassadeur...; qu'ainsi la République peut s'assurer que mes armes, quoi qu'il arrive, ne paraîtront dans l'État ecclésiastique que pacifiquement et pour défendre et protéger le saintsiège... (1) »

Le Sénat avait déjà laissé voir une pusillanimité qui étonna les Français eux-mêmes, et Lionne écrivait à l'évéque de Béziers : « Il est malaisé qu'il se passe jamais rien contre le service ou la satisfaction du roi dans les lieux où vous êtes présent et dans les affaires où vous pouvez mettre la main. Ce que vous avez fait suggérer à propos au sage de semaiîie (2) sur l'instance du nonce a produit un effet merveilleux auquel je vous avoue que je ne m'étais point attendu, vu le grand intérêt qu'a la République de ne donner point de dégoût au pape. Cependant, j'ai trouvé cent fois de suite dans la parte du Sénat ce que Trivelin n'ose faire qu'une fois à Scaramouche, un coup de pied au cul et puis une révérence (3). » La cauteleuse Seigneurie évita cependant de prendre un engagement irrévocable, et le roi écrivit à Bonsy (4) : « Les ambassadeurs de la République qui sont ici ne m'ont dit mot, non plus qu'à vous, du refus qu'ils ont fait de delà au pape d'accorder le passage par leur État à ses levées, soit que l'avis ne soit pas véritable, ou, s'il est vrai, qu'ils n'aient pas

(1) Le roi à l'évoque de Béziers, 6 mars 1603. Venise, 82.

(2) Les sages grands, au nombre de six, étaient des magistrats chargés de rapporter les affaires aux Pregadi ou Priés, c'est-à-dire au Sénat. Cliacun des sages grands recevait, à tour de rôle, les requêtes et les mémoires pendant sept jour?, et s'appelait sage de la semaine.

(3) 13 mars 1C63. Venise, 82.

^4) 27 mars 1663. Venise, 82.

voulu s'engager, en me le déclarant, à no pouvoir changer de résolulion, ou enfin qu*ils n'aient pas voulu désobliger si avant la cour de Rome, tirant mérite auprès de moi d*une chose qu'il ont cru que je publierais, ce qui Taurait encore plus piquée. »

Les Suisses furent moins faciles à intimider. Ils avaient alors pour ambassadeur du roi le publiciste et historien Jean de la Barde, marquis de Marolles, rendu assez présomptueux par le souvenir du crédit dont il avait joui auprès de Mazarin. Le pape ayant demandé à lever dans les cantons catholiques un régiment de seize cents hommes pour la protection des États romains, la Barde s'y était opposé avec éclat, et Louis XIV écrivit aussi aux sept cantons, que, loin de vouloir attaquer le saint-siège, il était prêt à verser pour lui tout son sang(l) (27 février 1H63) ; il prétendait que la proposition faite sous le nom du pape n'était que l'artifice coupable d'un secrétaire des brefs, « lequel, étant entièrement dépendant des parents de Sa Sainteté, a accoutumé d'y insérer tout ce qu'il leur plaît, le plus souvent au desçu de Sa Sainleté et contre son intention, » Le roi de France était d'autant moins fondé à critiquer l'enrôlement de seize cents hommes pour le service pontifical qu'en ce moment il poursuivait lui-même le renouvellement des capitulations (2), qui lui permettaient de recruter en Suisse une partie de son armée.

La Barde prétendit, sans ordre de sa cour, que la levée d*un régiment pour le pape serait une infraction à la paix perpétuelle négociée entre les deux nations et conseilla au roi d'ouvrir les hostilités : « Tous, dit-il, sont tellement aveuiflés du prétexte de piété envers le saint-siège que je ne sais qu'espérer. » — « Votre Majesté peut, si elle juge à propos, envoyer ordre, le plus promptement qu'il se pourra, à Lyon d'y arrêter et saisir tous les fromages de Suisse qui s'y trouveront, dont le canton de Fribourg tire, tous les ans, hors de la France

(1) Nous avons donné cette pièce tout eutière, dans noire premier arUcle sur V Affaire des Corses {Revue des questions historiques, juillet 1871).

(2) Les clauses en étaient arrêtées: il n*y avait plus qu'à dresser les instruments de rAlIiance, qui fut en effet jurée solennellement à Paris, le SnoTembre 1663. (La Barde & Lionne, 9 février 1663. SuUse, 39.)

700.000 livres. On pourrait aussi saisir àLyon tous les effets qui se trouveront appartenir à ceux de Fribourg"... » — « Les ecclésiastiques et les religieux ont tellement perverti l'esprit de ces gens-ci sur cette affaire que nnême les plus affectionnés à la France, dans les cantons catholiques, soutiennent qu'ils ne contreviennent point à la paix perpétuelle ni à Talliance en donnant des gens au pape pour la défense du saint-siège et de rÉtat ecclésiastique. Ils ont été très scandalisés de ce que j'ai fait entendre à tous que cela ne leur est point permis, et qu'ils feraient une action d'ennemis contre le roi s'ils accordaient la levée que le pape leur a demandée. — P. S. Des montagnes d'or ne seraient pas capables de les empêcher de faire ce qu'ils font, à cause de l'apparence de piété. Je crois même que les catholiques de Claris suivront l'exemple des autres, et Dieu veuille que Soleure n'en fasse point autant! (1) » La Barde ne néglige rien pour diviser les cantons catholiques. Soleure, écrit-il, « persiste jusqu'à présent à ne se vouloir point déclarer sur la levée pour Sa Sainteté, n'osant absolument la refuser, à cause de Tintérêt qu'il a de ne se point séparer des autres cantons catholiques, avec lesquels il est nécessaire qu'il demeure uni à l'égard des protestants (2). » Mais le roi est obligé de contenir l'ardeur de son agent, qui va mettre en péril les capitulations, et il lui écrit : « J'ai appris les diligences que vous continuiez de faire pour empêcher que les cantons catholiques n'accordassent au pape la levée de seize cents Suisses qu'il leur demande, jusqu'à leur avoir fait sentir qu'il ne s'agit de rien moins, en la délibération qu'ils faisaient, que de se départir par eux de la paix perpétuelle et de mon alliance, en quoi j'ai sujet de louer beaucoup votre zèle et de vous en savoir gré. Si, sur vos oppositions, cette levée a été refusée par lesdits cantons, il aura été bon que la cour de Rome ait reçu cette nouvelle petite mortification; mais, si la levée a été accordée, comme je le crois, je n'entends pas que cet incident change rien aux ordres que je vous ai ci-devant donnés de traiter avec tous les cantons pour

(1) Au roi, 16 et 23 février; à Lionne, 23 février. Suisse, 39.

(2) A Lionne, 9 mars 1863. Suisse, 39.

le nouvel instrument d'alliance... Car, outre que, m'étant fait apporter le traité de cette paix perpétuelle, il ne me semble pas qu'il soit bien clair que les cantons contreviennent au traité en permettant cette levée, je fais d'ailleurs si peu de cas de tous ces armements de la cour de Rome que je fus sur le point, lorsque j'écrivis dernièrement aux cantons, de vous ordonner non seulement de ne vous opposer point, mais de les pousser de ma part à accorder la levée, qui sera de beaucoup de dépense à ladite cour sans aucun fruit, et je ne m'en abstins que par une réflexionqui me tomba dans l'esprit que vous pourriez avoir déjà fait des démarches toutes contraires à cette affaire (1). » Mais les Suisses détournèrent sur la cour de France les mortifications qu'elle voulait attirer au souverain pontife. Ils avaient bien remarqué que la lettre royale du 27 février, pour leur persuader que le secours réclamé par Alexandre VII était superflu, protestait du dévouement des Français à TEglise et au saint-siège, à l'exclusion du pape et de sa maison ; ils réprouvèrent hautement celte distinction injurieuse : « Je joins avec cette lettre, écrivit la Barde, la copie de la réponse que les cantons catholiques font au roi sur la lettre que SaMajeslé leur a écrite le 27 février. Il n'y était point parlé delà défense du pape, mais bien de l'Église et du saint-siège, pour l'exaltation duquel Sa Majesté témoignait ne vouloir pas épargner son propre sang, s'il était besoin. Mais M. le nonce leur a persuadé de joindre dans leur réponse la personne du pape, dont le roi n'avait point parlé... Ils se donnent bien de garde de dire qu'ils ont pu accorder cette levée selon la paix perpétuelle et l'alliance; mais, en témoignant que ce n'est que pour une simple défense dont leurs ancêtres leur ont laissé l'exemple, ils prétendent être fort excusés, comme si une contravention de leurs ancêtres à la paix perpétuelle et à l'alliance leur donnait droit d'en faire d'autres quand il leur plaira. Enfin ces gens-là sont tout à fait

(1) 6 mars 1663. Lionne ajoute dans une dépêche particulière du même jour : <i Cette affaire [dcRome] n'atant duré que parce qu'elle n'altérait point la bourse [du pape]. Songeons donc, Monsieur, s'il vous plaît, à achever celle de nos instruments ; et, pour les levées des parents du pape, si les seize cents Suisses ne sufliscnt, donnez hardiment votre consentement pour le double et le triple; car, pour Tarmemeut dont est question, o non bisugna o non basta. » {Suisse^ 39).

déraisonnables et n'ont aucune foi pour Tobservation des traités... Je crois que le canton de Lucerne (1) enverra Ja réponse des cantons catholiques pour le roi au capitaine Pfiffer, avec ordre de vous la rendre ou peut-être à Sa Majesté, leur humeur n'ayant pas été de me l'envoyer pour Tadresser. Cela mériterait bien que Sa Majesté ou vous, Monsieur, la refusassiez pour leur faire connaître que, quand ils ont reçu une lettre par les mains de l'ambassadeur du roi, il doivent répondre à Sa Majesté par la même voie (2). »

Louis XIV ne refusa pas cette réponse et n'osa blâmer que son ministre : « Je ne ferais pas difliculté, lui dit-il (3), suivant ce que vous me suggérez, de témoigner au canton de Soleure ma satisfaction par une lettre expresse, n'était que je ne puis faire ce pas (ce qui serait peu de chose, et qu'ils auraient bien mérité), qu'il ne porte avec soi non seulement une répréhension tacite de ce qu'ont fait les autres cantons, mais un engagement formel à le leur faire réparer ou à rompre avec eux toute alliance. Car vous voyez bien que, si j'ai une fois déclaré que les dits cantons contreviennent à la paix perpétuelle en accordant la levée que demande le pape et qu'après cela ils passent outre, comme, dans Temportementoù ils sont, il est indubitable qu'ils ne manqueront pas d'envoyer ladite levée dès qu'elle aura le passage ouvert, je ne pourrai plus avec honneur parler d'achever avec les cantons TafTaire des deux instruments de Talliance... Je n'aurai donc tiré autre fruit de ma déclaration si ce n'est, d'un côté, ruiner en partie mes propres affaires dans la Suisse, et, de Tautre, donner à rire à ceux qui ne m'aiment pas quand ils verront aller, malgré moi et mes protestations, cette levée de Suisses dans TEtat ecclésiastique. Ce fut

(1) Où la diète 8*était tenue le 24 avril.

(2) La Barde à Lionne, ii mai 1663. Suisse, 39.

(3) 29 mai 1663. Déjà Lionne lui avait écrit le 8 : Le roi <c est aussi satisfait de la conduite du canton de Soleure qu'il a sujet de Têtre peu des autres cantons catholiques, qui, non seulement à Tégard de la dite levée où ils pouvaient considérer leur profit particulier, mais en tout le reste, ont fait paraître en ce rencontre une grande partialité pour la cause de Rome, quoique dans une cause fort odieuse. » Mais Lionne demande si on serait fondé à se plain dre, et s'il n'y a pas entre les cantons et les papes d'ancicus traités^ encore subsistants. {Suisse y 39.)

pour ces -mêmes considérations que j'aurais souhaité, des le commencement de raffaîrc, que vous l'eussiez prise d'un biais tout autre que vous n'avez fail.. »

N'ayant pas les mêmes raisons de ménager les Génois. Louis XIV traita ce petit peuple avec Tinsolence et la dureté qu'il montra toujours pour les faibles. Non seulement il exigea qu'ils ouvrissent leurs ports à ses flottes et leurs terres à ses troupes, mais il leur défendit de donner la moindre marque de sympathie au souverain pontife et à ses ministres. Le cardinal Impériale ayant quitté Rome pour n'être point un obstacle au retour de Créquy, et s'étant retiré à Gènes, Je roi de France réclama son expulsion. M. d'Aubeville fat chargé de rappeler au sénat que l'assassinat du 20 août avait été commis par des Corses, sujets de la République, et parles ordres ou à l'instigation d'un autre de ses sujets, le gouverneur de Rome (1) : « Sa Majesté se promettait donc que... la République voudrait bien, en ce rencontre qui était si sensible à Sa Majesté, lui donner de nouvelles preuves de son afTection et de la part qu'elle prenait en ses intérêts et en ses satisfactions. » Si Ton hésitait à obéir, M. d'Aubeville devait, dans une seconde audience, sommer en peu de mots le sénat de déclarer « son intention sur le cardinal Impériale et si c'était son dessein de lui donner protection contre Sa Majesté, ce que le Roi catholique n*avait pas voulu faire. » Le 31 janvier, la République informa le roi quelle avait chassé Impériale de son terri toire : « ,.. Siè dato da noi lo sfratto al cardinale Impériale dalla ciità e dominio di qiiesta republica (2). » Le 7 février, elle accordait le passage pour douze mille hommes de pied et six mille chevaux envoyés contre le pape, et elle suppliait

(1) « Mémoire du roi pour servir dlnslruction au sieur d AubevUle ailant de la part de S, M, à Gènes. » il janvier 1663. liomet 153.

(2) Elle fit procéder crimiDelIement conlre le sénateur Impériale, qui Toulat prendre la défense de son frère, et que la vengeance de Louis XIV poursuivit à Milan, sur les terres de Venise, dans le Mantouan et dans le Mootferrat. Le cardinal lui-même fut réduit à se déguiser et à se cacher de retraite en retraite pendant plus d'une année. Voir des détails odieux, que n'a pu dissimuler Régnier, sur la persécution subie par les deux frères (p. 222 à 225, 258 et 259).

Louis XIV d*agréer cette légère marque de son dévouement, «4 aggradire questo piccolo contrasegno délia nostra divotione, »

Louis !XIV n'avait pas craint d'inviter le grand-duc à s'unir avec lui dans une action concertée contre le pape, qui était originaire de Toscane. Ferdinand II de Médicis s'estima heureux que le roi se contentât d'étapes pour son armée. D'Aubeville écrivit à Lionne : « M. le bailli Gondi... me dit que M. le grand-duc lui avait commandé de me venir trouver pour me prier d'assurer le roi de son obéissance et de l'autorité qu'il avait dans ses Etats, desquels Sa Majesté pouvait se servir tant par mer que par terre, lui accordant le passage pour ses troupes, et l'entrée et la commodité des ports de Livourne et de Porto-Ferrajo. Et, quant à l'union que le roi désirait que M. le grand-duc fît avec Sa Majesté (si, me dit-il, on devait parler de cette manière de la part de Son Altesse, à l'égard d'un si grand roi), que, le roi étant très puissant, il n'avait pas besoin de Tunion de Son Altesse, et que, cela étant, Son Altesse suppliait très humblement d'agréer qu'elle conservât quelque bienséance avec le pape, avec lequel elle était obligée de se ménager à cause du voisinage. Je répondis... que le roi m'avait chargé de proposer l'union à Son Altesse parce que, l'affaire qu'a Sa Majesté avec la cour de Rome étant commune à tous les princes, le roi avait cru que Son Altesse y pouvait prendre part, mais que je savais très bien que, si Son Altesse avait des raisons pour s'enabstcnir, le roi les approuverait fortll)... »

C'est il Rome surtout que Louis XIV désirait entretenir l'fepouvante. En informant Créquy des instructions adressées aux agents français dans les cours catholiques, Lionne lui avouait les artifices personnels dont il usait pour amener peu à peu le roi aux partis extrêmes : « Toutes les résolutions dont Sa Majesté vous fait part dans sa lettre, dit-il (2), furent prises hier; mais, en la lui présentant ce soir à signer, j'y ai fait ajouter celle d'ordonner à M. de Bourlemont de sortir de Rome et de l'État ecclésiastique, et de n'écouter aucune négociation.

(1) A Lionne, 10 décembre 1662. Toscane, 7.

(2) 9 janvier 4663. Rome, 151 et 152. Cette lettre de Lionne et celle du 14 qui BUit sont tout entières autographes, quoiqu'en expéditions.

Je VOUS dirai môme confidemment que j'ai envie de proposer demain, avant le départ du courrier , qu'on ordonne la même chose aux cardinaux Mancini et Maidalchini; mais, comme je ne sais pas ce que le roi résoudra, je vous prie de n'en rien témoigner. » — 14 janvier. Ma proposition a été approuvée par le roi. « Je mande même à M. de Bourlemont qu'il induise les Français de qualité qui pourraient être restés à Rome d'en sortir avec les deux cardinaux, et à M. de Luzarches aussi (1), si son âge et ses infirmités le peuvent permettre : cela fera quelque bruit en attendant un plus grand (2). » — Louis XIV écrivit à Bourlemont : « Leur visée à présent n'est que de sauver aussi les instigateurs et les protecteurs de cet assassinat. Ma cause est si juste et celle que soutient la cour de Rome est si mauvaise etsi odieuse que je ne puis pas don ter que Dieu ne protège la raison et les hommes n'applaudissent à la justice de mon dessein, puisque je ne me propose d'autre objet que la conservation de mon honneur, lequel me sera toujours plus cher que tous mes Etats et que ma propre vie. » Informez les ambassadeurs de Venise, de Florence et de Malte que je ne veux plus d'accommodement. Quittez Rome sans voir le pape, ni personne de sa famille. Détrompez-ceux qui pensent que je pourrais accepter la médiation du roi mon beau-père (3). — Bourlemont obéit avec empressement et répondit (4) : «Je rends à Votre Majesté très humbles grâces de ce qu'il a plu à sa bonté de me faire sortir du lieu où ses fidèles serviteurs ne peuvent demeurer quavec Aorre/^r, jusquesà ce que, par de convenables réparations, l'on ait satisfait Votre Majesté de Tinjure qu'y a reçue son ambassadeur, et qu'ainsi Ton remette la ville de Rome dedans la société humaine dont il semble qu'elle se soit séparée.

(i) Ancien maître des côréuiouies de Tambassade française, auquel avait succédé M. de la Buissière.

(2) LioDue avait en ce moment un intérêt particulier à flatter les passions de son mattre : il faisait les fonctions de secrétaire d'État des étrangers, s&os en avoir le titre. Le moindre incident de cour pouvait faire échouer le traité quMl négociait avec le comte de Brieune : il prêta le serment de sa nouvelle charge le 20 avril 16G3. (Voir notamment la lettre de Lionne au cardinal d'Esté, 20 avril 1663. Rome, i:;4.)

(3) 13 janvier 1663. Ro?)ie, i;i4.

(4) 31 janvier. Rome, 154.

violant si barbarement le droit des gens. En partant. Sire, je n'ai vu le pape, ni ses parents, ni ses ministres, et je me suis défendu de tout mon possible de quelques civilités que me voulaient faire quelques prélats qui commandent dedans les villes de TÉtat ecclésiastique. »

En même temps, le duc de Créquy, à peine arrivé à Saint- Germain, flattait Tanimosité du roi contre les Romains par mille contes injurieux, par des plaisanteries orduriëres auxquelles il môlait le nom du pape et que Lionne répétait dans ses dépèches. Ce ministre choisissait volontiers pour confident de ses récits M. de Bonsy, évêque de Béziers, ambassadeur à Venise, qui fut toujours décrié pour ses mœurs, même dans un âge avancé et après qu'il fut devenu archevêque et cardinal (1). Ainsi, à propos des excès commis à Rome par les Français avant le 20 août, et dont Alexandre YII avait communiqué la relation authentique aux évéques du Puy et de Soissons, Lionne écrivait à Bonsy (2) : « Quand le pape se donna la peine de lire à ces deux évèques, qui ont dû vous le dire aussi, le procès-verbal (3), compilé par le cardinal Impériale, des insolences des Français, et qu'il fut arrivé à un certain article où il était traité de ce qu'avait dit un laquais français à une courtisane, Sa Sainteté prononça gravement jusqu'à trois fois comme le laquais : ... — ... — ... — (4). Ne vous en scandalisez pas, s'il vous plaît; car je crois que, sans manquer à la décence et à l'honnêteté, il peut bien sortir de ma plume en écrivant à un évêque-ambassadeur ce qui est sorti de la bouche du vicaire de Jésus-Christ en parlant à deux évèques, solliciteurs de la canonisation du bienheureux François de Sales (5). » Lionne promet à son correspondant d'autres obscénités, et termine ainsi, en reprenant son sérieux : «Pour conclusion, M. de Créquy nous a appris tant de choses que je

(1) V.notammeat Saiut-SimoD, t. III, p. 425-429, édit. Chéruel; etDangeau, t. IX, p. 244, addition de Saint-Simon.

(2) 6 février 1663. Venise, 82.

(3) Régnier, Preuves, p. 22 et 8uiv.

(4) Lionne écrit le mot en toutes lettres, comme le Père Duchesne.

(5) Bonsy répondit platement : « MM. les évèques du Puy et de Soissons ne m'avaient pas confié Vhonnéle discours du pape, et je vous suis obligé de ce qu'il vous a plu m'en communiquer. • (10 mars 1663. Venise, 82.)

VOUS puis dire que, si jusqu'ici le roi était con rtxgione imprito.adesso è con giiistizia infuriatOj^ivous enverrez les effeik\ Le 27 janvier 4663, Alexandre VU écrivit au roi, dea main, en italien, une lettre longue et touchante, où il émmérait toutes les concessions faites à San Quirico, se rendni le témoignage de n'avoir rien refusé de ce qu'il pouvait accorder senza offem di Dio e délia santa sede apostoiica. II terminait ainsi (1) : <c Le cœur nous saigne de voir que, pour ni accident de cette sorte {per questo accidenté), rancienne co^ respondance du saint-siège avec la France est discontinuée au grand contentement des hérétiques et à Tavantage deFeanemi commun. Mais nous espérons de la bonté de Dieu , et de la piété et de la générosité de Voire Majesté, que vous rétablirei bientôt avec nous celte union cordiale que méritent de Votre Majesté les vifs sentiments d'affection et de tendresse pate^ nelle avec lesquels nous l'aimons. Pour en donner une prenve cerlaine à Votre Majesté, quelque ressentiment que nous puissions avoir du départ du duc de Créquy, nous avons néanmoins déclaré que nous serions bien aise que la négociation pour l'accommodement durât toujours; et que, pour cet effet, nous enverrions partout où il serait besoin une personne avec plein pouvoir de traiter.... » Les rapports diplomatiques ayant cessé entre les deux cours par la seule volonté de Louis XIV, Alexandre VII avait adressé cette lettre aux ministres d'Espagne et de Venise en France, qui étaient alors le secrétaire Ituriela, suppléant le marquis de la Fuente, et Tambassadeur Alvise Grimani, et qui tentèrent vainement de la faire accepter par le roi. Cette nouvelle injure avait été prévue à Rome, et le pape avait laissé entendre que, pour faciliter la reprise des négociations, il permettrait d*y comprendre les affaires de Castro et de Comacchio : il s'était entretenu de cette pensée avec le cardinal d'Aragon et l'ambassadeur vénitien Basadonna, qui l'avaient communiquée, sous le sceau d'un secret absolu, àlturiola et à Grimani. Alexandre avait expressément défendu qu'on le liât envers le roi : Non H pare proprio che li signori minhtri lo dichianno né no. faccino motivo : on devait

(1) Regoier en a donné le texte et la traduction, p. 200 et Preuves, p. 131.

INTERVENTION DE GRIMANÎ ET d'itDRIETA 408

ise borner à écouter et à entendre (ascoltino e iîitendano) ce que

^demandaient les Français. En admettant que le cardinal d'Ara-

MTOD et Basadonna eussent interprété les paroles du pape dans

|tio sens trop favorable aux désirs particuliers de leurs souve-

|rains, le saint-père les autorisait tout au plus, en cas de néces-

= sîté, kprendre sur eux (prendino sopra dise) (1 ) qu'on examinât

de nouveau les prétentions de Parme et de Modène : « Cbe sem-

pre cbe il fine di venire con Tarmi in Italia sia Castro e Comac-

chio, Sua Santità dice che permettera che si tratti (per venire

ad un conveniente aggiustamento) anco sopra di questo^ per

publica quiele (2). »

« Cet ordre, dit Régnier (3), n'avait point été donné ou reçu si secrètement qu'on n'en eût été informé à la cour de France. » Le commandeur d'Elbène, ambassadeur de Malte à Rome, particulièrement estimé du pape, connaissait ses pensées intimes sur les affaires de France et ses désirs de pacification. Il en écrivit à l'un de ses correspondants ordinaires à Paris, le bailli de Souvré, « vecchio corteggiano, suddito e servitore del re (4), » qui montra sa lettre à Lionne, son ami et son compagnon de débauche. Au lieu de répondre loyalement à Fintention généreuse d'Alexandre YII, Louis XIV et Lionne tentèrent de se faire livrer ses confidences par Iturieta et Grimani afin d'en abuser contre lui, ou plutôt, comme ils disaient dans un style aussi peu royal que leurs sentiments, ils s'appliquèrent à tirer le fond du sac de Grimani et dlturieta sur Castro et Comacchio en sorte qu'il ne fût plus possible à Rome de s'en dédire {^), Ces deux étrangers résistèrent longtemps,

(1) « Che ascoltino e intendano e, se il fine fosse Castro et Comacchio, prendino sopra di se che si dara sodisfazione. »

(2) Régnier, Preuves, p. 133.

(3) Page 207.

(4) V. notamment les dépêches de Grimani du 13 février 1663. (Bibl. nat. Dispacci, etc. Filza 130.)

(5) Lionne à Créquy, 13 février 1663. Cette pièce est classée au vol. 153, Rome, comme sans date; mais aucun doute n'est possible. Elle contient ces mots : « Renvoyez-moi, s'il vous plaît, ce bref;... fen ai besoin ce soir pour renvoyer à Venise. » Il s'agit du bref du 27 janvier, dont Louis XIV avait refusé ostensiblement Toriginal, mais dont Iturieta et Grimani lui avaient remis officieusement une copie. Or le volume de Venise, 82, contient précisément, sous la date du 13 février 1663, une dépêche du roi à l'évêque de Béziers,

et Lionne écrivait le 24 février (1) : a Nous ne sommes pu encore au bout de nos négociations avec l'ambassadeur de Venise et le secrétaire de T ambassade d'Espagne. ... Je pensais, il y a huit jours, que nous pourrions vous faire savoir la résolution du roi par cet ordinaire, mais il y a encore quelque façon à y donner, et, pour tirer ce qu'on veut des prêtres, il faut leur tenir la briJe haute. »

Les dépèches de Grimani donnent le récit émouvant delà lutte soutenue vaillamment par lui et par le secrétaire espagnol : s'ils finirent par se prêter à un expédient équivoque, ilsy furent déterminés par la conviction qu'ils sauvaient Rome et l'Italie d'une guerre imminente, et ils ne pouvaient soupçonner toute la perfidie du piège tendu par les Français àleur loyauté (2). Ils furent personnellement aux prises avec Louis XIV et ses trois ministres Le Tellier, Colbert et Lionne. Dans ces conférences, les conseillers du roi affectèrent une vive indignation des préparatifs de défense militaire qu'on osait faire dans l'État ecclésiastique et se plaignirent que Venise n'eût pas parlé assez durement au pape pour Ten détourner, il n'était pourtant pas habile de contester à Rome, devant un Italien, le droit de se protéger contre l'arrivée d'une armée française

ambassadeur à Venise, lui faisant pari de ce bref et dont plusieun paisaget sont la reproduction littérale du billet adressé par Lionne à Créquy. La dépêche et le billet soui tout entiers de in main de Lionne. U y a dans le volume de Rome 153, un mémoire de Lionne, en tête duquel ce ministre a écrit : « Pour prouver au sieur Uurieta que le dernier bref... ne contient rien de satisfaisant. >< C*est dans le neuvième article que Lionne reproche au pape de n'avoir parlé en sou bref ni de Castro ni de Comacchio. On se rappelle que ces revendications formaient le premier des deux partis, dont le roi avait laissé lalteruative au pape. Rasponi Payant exclu à San Quirico, Alexandre Vil n'avait à s'expliquer que sur le second parti. Cette neuvième cjitiqne n'était pas mieux fondée que les autres.

(1) A l'évêque de Béziers. Venise^ 82.

(2) Voir surtout les Dispacci du 16 janvier au 27 février 1663 {Fiiza 130). Toutes ces dépêches sont signées à la fois par Alvise Grimani, qui était arrivé au terme de sa mission, et par Alvise Sagredo qui allait désormais représenter la Seigneurie en France. Une dépêche du 27 février annonce que Sagredo fera très prochainement son entrée publique à Paris. La négociation délicate dont il s'agit fut dirigée par Grimani. Au surplus, les Dispacci désignent toujours avec soin quel est celui des deux ambassadeurs qui a foit telle démarche, prononcé ou entendu telle parole, donné ou pris telle audience : (I Jo' Grimant... Me' Grimani,., »

INTERVENTION DE GRIMANI ET d'iTDRIETA 407

qui se formait sous les yeux de Grimani lui-même. Cet am« bassadeur n'abandonna pas le pape : « Ces bruits d'armement à Rome sont-ils exacts, dit-il? Pour moi, je n'en sais rien de positif. Si le pape recourt à cette mesure extrême, n'y est-il pas réduit par la force et par la crainte, apprenant que les troupes françaises vont prendre le chemin de ses États? Et cette précaution n'est-elle pas plutôt dirigée contre les mouvements de sujets factieux (i) et de princes voisins (2) que contre Tarmée du roi? Si Ton a trouvé cet avis dans les dépèches du 23 janvier, celles du 29 apportées par un courrier extraordinaire donnent une nouvelle plus considérable, très différente et certaine : c'est que le pape désire uniquement accommoder cette affaire et accorder toute satisfaction au roi, en députant un plénipotentiaire au lieu que Sa Majesté voudra bien désigner (3). » Grimani et Ituriela demeurèrent inébranlables pendant sept jours ; puis ils désespérèrent de résister à de nouveaux assauts (4). Le Tellier leur ayant signifié l'ultimatum royal, ils essayèrent de se soustraire à la nécessité de donner un écrit; mais ils s'aperçurent bientôt que, s'ils ne cé-

(1) La cour de France, Don contente d'avoir soulevé Avignon et le Comtat et d'exciter les Espagnols à s'emparer de Bénévent, entretenait la plus active correspondance avec le duc Gesarini et quelques barons factieux. Nous avons déjà cité des lettres écrites à Lionne par Gesarini, le 26 avril et le 2 mai 1663, et annonçant qu'il n'attendait que les ordres et les secours des Français pour prendre les armes à Rome et sur d'autres points des États romains.

(2; Sans parler des ducs de Parme et de Modène et d'autres princes italiens que Louis XIV pourrait porter à quelque entreprise contre les États romains, certains Vénitiens, comme on l'a vu plus haut, auraient voulu profiter des embarras. du pape pour étendre à ses dépens les frontières de la République.

(3) «... Ghe io non sapeva effettivamente se fosse vero; che il pontefice non potrebbe mai farlo che necessitato per forza o per paura, sentendo cbe l'armi del re harevano da incaminarsi a quella volta, piu per il riguardo di sudditi proprii e de' principi vicini cbe per opporsi aU'armi délia Maesta Sua; che se le littere de 23 li havevano portato quest' awiso, l'estraordinario con quelle de 29 ne rendeva un piu considérable, molto diverso e certo, che il pontefice non desiderava che di aggiustare l'afi'are, e di soddlsfar in tutto il re, con mandar soggetto dove fosse stato il reggiocompiacimento... »(i3 février 1663. FUza 130.)

(4) M Per il corso di sette giomi doppo l'arrivo del corriero, essendo caminate le negociationi predette, vedendo che le cose non solo caminavano irreparabiimente al sconcerto, ma erano rotte, e che la forma cauta tenuta da me, Grimani, ne bastava ne valeva per profittare alcun beae... » (20 février. FUza 130.)

408 CHAPITKE HUITIÈME

daicnt pas, la rupture serait définitive entre le roi et le pape (1). Après s'être défendus de ces déclarations positives qui excédaient trop évidemment]eurmandat(2)etpouvaientconrimettre Venise et l'Espagne avec la France, les deux ministres laissèrent deviner qu'ils feraient un pas de plus, si le roi les affranchissait de toute garantie pour l'avenir par une de ces contrelettres que la langue diplomatique appelle indemnités ou réversales (3). Ils tentèrent les derniers efforts pour obtenir do nouveaux délais pendant lesquels les armements français seraient suspendus; mais cette condition fut brutalement refusée, et ils prirent leur suprême résolution sous la menace d'une prochaine entrée en campagne : a Le sieur Iturieta et moi, dit l'ambassadeur de Venise, ayant réfléchi qu'il n'y avait rien de pis que de rendre la guerre inévitable, et qu'il fallait saisir une occasion d'en supprimer le motif et le prétexte, nous décidâmes d'échanger les papiers souscrits par le duc de Créquy et par nous (4). » — « Enfin, dit Régnier, l'ambassadeur Grimani et le sieur Iturieta en vinrent où on avait eu dessein de les faire venir qui fut qu'ils donnèrent un écrit par lequel ils disaient : Qu'en vertu de ce qui leur avait été écrit de Rome par le cardinal d'Aragon et par l'ambassadeur de Venise, Basadouna, ils promettaient que, si le roi voulait con-

(1) •< Che altrimente non se sarebbe ripigliato truttato ne fatto aggiustamentOj ma portate le cose alla rottura. » (27 février. Filza 130.)

(2) u Che l'eccedere del potere con dichiarationi cosi particolari non era possibile ne faltibile. » (27 février. Filza 130.)

(3) Indemnité est le titre donné à cet acte par Régnier, (Preuves^ page 135.) On remarquera que, d'après cet auteur, l'écrit d'Iturieta et de GrimaDi est du 26 février, tandis que la promesse et l'indemnité de Créquy seraient da !•' et du 3 mars 1663. Mais Louis XIV avoue lui-même, dans son instruction du 22 avril suivant au duc de Créquy, que ces engagements réciproqaes amient été simultanés : « Après diverses contestations, disent U roi et Lionne, lesdits deux ministres firent et signèrent un écrit. » Créquy souscrit en même temps les conditions acceptées par la cour de France : » Ces deux écrits ayant été respectivement échangés^ dit ensuite l'i/ij/rwc/ion, Iturieta renvoya son courrier au cardinal d'Aragon le 27 février, etc. >» {Home, 151.) Nous avons sous les yeux l'expédition authentique de Vinstructiouy portant la signature de Louis XIV et le contre-seing de Lionne.

(4) H Fattosi pero riflesso dal s. Iturieta e da me non v'era peggio dl rompère ed obligare alla guerra, ma che anzi bisognava lovar ogni fmpegno e pretesto del farla, rissolvessimo di sottoscrivere la caria e farlui fermare Taltra. >. (27 février. Filza 130.)

INTERVENTION DE GRIMANI ET d'iTURIETA 409

sentir au renouement du traité, le pape permettrait aussi quon traitât sur Castro et Comacchio et qu'ils prenaient sur eux que Sa Sainteté donnerait satisfaction là-dessus (i). »

Il fallait maintenant obtenir que le souverain pontife acceptât cet engagement des deux ministres avec le sens forcé et absolu qui n'était pas dans leur pensée. Par un de ces artifices dont nous avons déjà cité tant d'exemples, Louis XIY employa l'ambassadeur de Malle pour faire parvenir ses menaces jusqu'à Foreille d'Alexandre VIL Le jour même de la convention passée avec Iturieta et Grimani, Lionne rédigea de sa main la lettre suivante que le bailli de Souvré écrivit au commandeur d'Elbène (2) : «... Aussitôt que j*eus reçu votre dépêche, je donnai les conseils au sieur Iturieta de ce que je crus qu'il devait faire pour mieux acheminer sa négociation... Il n'y a eu nul lieu de réussir à faire recevoir le bref, et il en fût arrivé de même de l'autre point de la reprise de la négociation, si ces messieurs, l'ambassadeur de Venise et Iturieta, ne se fussent résolus, suivant le pouvoir qu'ils doivent en avoir reçu, à promettre à Sa Majesté que, consentant que Ton traite de nouveau, on lui donnera aussi satisfaction sur Castro et Comacchio; car, sans cette promesse, nous ne pouvions rien avancer à cause des engagements que le roi a pris depuis l'embarquement de M. de Créquy. Un ministre m'a assuré, et, à ce qu'il m'a semblé, de bonne foi (3), que, si Ton agit de delà sincèrement, en cette reprise de négociations, pour donner satisfaction au roi tant sur Castro et Comacchio que sur les autres choses qui ont été déjà accordées, l'accommodement se fera; mais que, pour peu qu'on reconnaisse que celui qui viendra n'ait pas pouvoir de conclure et veuille chicaner et traîner en longueur pour gagner le temps des chaleurs, M. de Créquy aura ordre de rompre l'abouchement, et que ce sera pis

(1) Régnier, page 209. — «< Sua Saotità periiiettera che si tratti anco sopra Castro e Comacchio. E percio prometliamo le cose sudette, preodendo sopra di Doi che sara data sodisfazionea Sua Maestà sopra Castro e Comacchio. » (Régnier, Preuves , p. 134.)

(2) « Lettre que M. le bailli de Souvré pourra écrire à M. l'ambassadeur de Malte. » {fiome^ 154.)

(3) Qu'on ne Toublie pas, c'est le bailli de Souvré qui est censé parler, et c'est Lionne qui tient la plume.

410 CHAPITRE HUlTifeME

que jamais, et que, si les troupes passent une fois les monts on qu'on les embarque, comme on prépare pour cet effet soixante tartanes avec les vaisseaux et galères que le roi a déjà, on mettra alors d'autres conditions sur le tapis dont on n*a point encore ouï parler et qu'il dit devoir être de plus dure digestion. Je veux espérer que la prudence de Sa Sainteté et de ses ministres sera telle qu'elle préviendra toute sorte de maux et de désordres par Tample pouvoir qu'elle donnera au ministre qui viendra traiter. Je le souhaite en mon particulier comme mm salut j et demeure, etc. »

Ce n'était pas assez, et Lionne, pour mieux tromper le pape et d'EIbëne lui-même, ordonna au bailli de Souvré d*adresserà ce dernier, par le même courrier, une seconde lettre dont il écrivit aussi la minute (1) : « Je vous fais cette lettre à part pour vous seul, pour vous dire que je me suis servi fort à votre avantage, auprès du roi, de la confiance que vous m'avez faite en m'envoyant la copie que vous aviez eue de l'écrit que M. le cardinal d'Aragon et M. l'ambassadeur de Venise avaient été priés d'envoyer ici à M. Grimani et au sieur Ituricta touchant Castro et Comacchio. Je fus d*abord le porter à Sa Majesté et n*oubliai pas de lui dire que vous m'aviez donné charge de le lui montrer, afin qu'elle 8*en pût prévaloir pour son service. Sa Majesté m'a ordonné de vous assurer qu'elle vous en sait beaucoup de gré, et qu'en temps et lieu elle aura mémoire d'un service que vous lui avei rendu si à propos. Tout ceci est demeuré dans le dernier secret comme vous le pouvez désirer et y demeurera toujours. L'ambassadeur ni Ilurieta n'ont eu garde de le pénétrer et il n'y a eu que le roi et les trois personnes (2) que Sa Majesté emploie le plus en ses affaires et M. de Créquy, qui en aient eu connaissance. Ajustez maintenant de delà pour faire que la promesse, que les dits ambassadeur et Iturietaont donnée, soit ponctuellement et sincèrement accomplie : autrement nous tomberions de fièvre en chaud mal, et, outre tout ce qu'on a

(1) << Lettre particulière de M. le bailli de SouTré à M. rambateadeur de Malte. » Même date. {Rome, 154.)

(2) Le Tellier, Colbert et Lionne.

INTERVENTION DE GR1MAN1 ET d'iTURIETA 4H

dit contre votre cour, on la chargerait encore dans toute la chrétienté d'un manquement formel à sa parole. »

Il faut dire encore, pour expliquer la capitulation de Grimani et d'Iturieta, que les Français n'avaient pas reculé devant la fraude. Louis XIV et Lionne Font avoué cyniquement : « Sa Majesté (d ) leur fit répondre qu'elle ne pouvait consentir à la reprise des négociations parce qu'elle avait été obligée de prendre des engagements avec d'autres princes (2) qui ne lui laissaient plus la même liberté, qu'elle avait auparavant, de faire un accord sans y comprendre leurs intérêts, et que, comme la cour de Rome avait toujours témoigné grande aversion à entendre parler de ces affaires-là, toute nouvelle négociation paraissait fort inutile et ne serait de la part de la dite cour qu'un amusement pour arrêter les résolutions que Sa Majesté pouvait prendre de se satisfaire par d'autres voies. » Quelques promesses qu'eût faites le roi de France aux ducs de Parme et de Modène, elles n'auraient pas été plus opposables à la cour de Rome que les articles 99 et 100 du traité des Pyrénées, auquel ni les deux ducs ni le pape n'avaient été parties. Mais le prétexte allégué était mensonger. Les agents de Louis XIV avaient toujours reçu l'expresse défense de le lier envers ces princes, « d'autant plus, ajoutait Lionne (3), que Vaffaire des Corses na aucune connexité ou relation à celle-ci^ comme la cour de Rome a déjà bien su le dire par ses réponses au premier parti. » Et, le 27 février. Lionne s^empressa d'écrire encore à d'Aubeville : « Sa Majesté a résisté aux deux ministres quinze jours durant, disant qu'elle avait pris de nouveaux engagements depuis l'embarquement de M. de Créquy, qui lui avaient ôté la liberté de s'accommoder aux mêmes conditions... » Informez le duc de Parme et la duchesse régente de Modène de ce qui s'est passé, et invitez-les à « ne rien dire de delà de contraire à ce que Sa Majesté a dit ici des nouveaux engagements qu'elle a pris avec eux; car, encore qu'elle n'en ait aucun et que ce qu'elle fait pour leur avantage procède seulement de

(1) Même iDStractido du 22 avril 1663. Romey 151.

(2) a... Impegni con Parma eModenadopo la partenza di Crechi. » (Grimani, 13 février. Filza 130.)

(3) A d'Aubeville, 28 novembre 1663. Turin, 56.

sa pure bonne volonté, il importe extrêmement^ pour le bon succès de la iiégociation, que la cour de Rome demeure toujours persuadée que ces engaf/ements sont véritables. » Louis XIV el Lionne s'applaudirent de leur fourberie et avertirent les agents français à Tétranger du parti qu'ils comptaient en tirer contre le souverain pontife. Le roi écrivit à rarchevêque d'Embrun : « ... J'ai longtemps résisté aux instances que m'ont faites Tambassadeur de Venise et Iturieta pour me faire consentir... (1) » Lionne s'ouvrit avec plus d'abandon k Tévêque de Béziers : « Vous verrez, dit-il (2), que nous n'avons pas mal négocié avec M. l'ambassadeur de Venise et le secrétaire Iturieta et qu'on peut aujourd'hui avoir plus d*espérance de l'accommodement qu'on n'avait encore eu raison d'en concevoir, pourvu que la cour de Rome y veuille marcher de bon pied et avec plus de sincérité qu'elle n'a fait par le passé. En tout cas, nous r aurons jetée ^ après tant d'autres fautes, dans un manquement de paroles bien formel après lequel, s'il arrive, je ne crois pas qu'elle puisse attendre ni secours, ni même la compassion d'aucun prince ou potentat. »

Iturieta et Grimani n'étaient pas sans inquiétude sur les suites de leur faiblesse, et ilsessayèrentdelajustifier auprès de leurs souverains et à Rome. Un courrier de France étant arrivé à Venise, les Pregadi furent aussitôt réunis, et, après qu'on eut fait sortir les sénateurs qui comptaient des ecclésiastiques dans leur famille (3), on donna lecture de la dépêche de Grimani (4). L'ambassadeur disait quelle lutte il avait soutenue contre les ministres du roi. « Il avait été fort surpris et s'était vu obligé conune parforce^ pour moyenner cet accommodement si passionnément désiré par la République^ de signer l'écrit avec le secrétaire d'Espagne. Il donnait avis ingénuement au Sénat de ce qui lui était arrivé^ pour sa décharge^ ne sachant pas où la cour avait pu pénétrer le secret si fort recommandé par l'ambassadeur Basadonna, n'ayant communiqué sa dé-

(1) 27 février 1663. Espagne, 39.

(2) Môme jour. Venise, 82.

(3) C'était 1 usage quand ou avait à délibérer sur des affaires intéressant la cour pontificale et la religion.

(4) L*évêque de Béziers à Lionne, 24 mars. Venise, 82.

INTERVENTION DE GRIMANI ET DITURlETA 413

pêche qu'à son secrétaire, et il conjurait la République, pour sa réputation et pour l'heureuse et prompte conclusion de cette réunion, d'employer vivement ses offices à Rome pour l'exécution de son écrit... » Bonsy terminait ainsi son curieux rapport : « Je ne suis pas surpris qu'on ait pénétré, en France, que le pape donnait les mains à quelque satisfaction sur Castro et Comacchio, et M. Basadonna recommandait le secret pour faire plaisir au pape et faire valoir la chose; car on sut ici, quand le cardinal d'Aragon dépêcha son courrier (1), que le pape écouterait des propositions sur Castro et Comacchio. »

La cour de Madrid fut indignée du rôle que les Français avaientimposé àlturiela, mais de nouvelles menaces obligèrent Philippe IV à contenir sa sympathie pour le souverain pontife. Louis XIV écrivit à la Feuillade (2) : « Quelque mauvaise volonté que puisse avoir le duc de Médina contre ma gloire ou mes intérêts, je ne puis assez m'élonner qu'il ait eu l'imprudence de la faire éclater aussi visiblement... Je vois qu'il ne s'est pas contenté de désapprouver ce que l'ambassadeur de Venise et Iturieta avaient fait ici, sans quoi pourtant je n'eusse pu accorder la reprise de la négociation à cause des engagements que f ai pris depuis le retour du duc de Créquy avec les ducs de Parme et de Modfene ; mais qu'il a voulu encore donner toute raison à la cour de Rome si elle veut manquer à une parole qu'elle a si soleniiellement donnée. Et, à dire vrai, s'il arrive que l'avis aille à Rome qu'un tel discours soit sorti de la bouche dudit duc en parlant à vous-même, il ne faut plus espérer d'accommodement, et bien moins encore si l'on y sait la seconde partie de son discours, c'est-à-dire cette belle maxime qu'il a établie qu'il serait difficile, les choses se portant aux extrémités, que l'Espagne abandonnât le saint-siège, pour parler aux termes du duc, quoique je n'aie aucun différend qu'avec les Chigi qui veulent injustement se couvrir d'un manteau qui ne leur appartient pas. Je vois en cela que le duc n'a peut-être pas bien considéré que, si le cas arrivait, c'est-àdire que je fusse nécessité, pour mettre mon honneur à couvert,

(1) Qui porlait à SainUGermaia le bref du 27 janvier avec les dépêches à Iturieta et à Grimani.

(2) 6 mai. Espagne^ 46.

de faire passer mes forces en Italie et que quelque autre prince prétendît appuyer contre moi par ses armes une si mauvaise cause, je pourrais bien laisser là les Chigi que je ne manquerais pas de châtier par d'autres moyens, pour ne m'en prendre qu'à cette puissance qui aurait voulu avec tant d'injustice les protéger; et, si le duc vous tenait encore une fois un pareil discours, vous pourriez bien laisser aller quelque mot qui lui fil concevoir la crainte de ce que je viens dédire. Quant à ce que le même duc a voulu soutenir que le pape n'avait pas rautorite de rompre Tincamération de TEtat de Castro, il ne prend pas garde qu'il pourrait être mis lui-même à l'Inquisition pour soutenir cette doctrine contre la maxime fondamentale qu'établit toujours la cour de Rome que Papa omniapotesty et, àdire vrai, il serait étrange que, in favorabilibus, le pape eût un pouvoir absolu et sans limites, et qu'il ne se trouvât borné et défectueux que quand il s'agit de prendre quelque résolution qui ne lui plaît pas ou qu'il croit lui être préjudiciable, d

Alexandre YII était en droit de désavouer ce qu'avaient fait Iturietaet Grimani ; mais il ne se départit pas des dispositions conciliantes qu'il avait laissé deviner : il do?ina les mains à quelque satisfactio?î; il promit d'écouter des propositions sur Castro et Comacchio. Les dettes dont les papes étaient cautions dépassaient la valeur de ces États (d), et Tincamération leur était onéreuse : on pouvait donc transiger de plusieurs manières sur l'exécution du traité d'Innocent X et relever partiellement le prince de ses déchéances. Louis XIV lui-même a inséré dans ses instructions au duc de Créquy (2) la déclaration du souverain pontife : <(... Parla réponse, dit-il, qu'un nouveau

(1) « L'ambassadeur de Florence me coofie en secret que le trésorier de la Chambre, Corsini, Florentin, et qui administre l'État de Castro, lui avait protesté que la Chambre payant seulement une partie des rentes aux créanciers pour lesquelles TÉtat de Castro a été incaméré, et acquittant les autres charges et réparations, y remet plus de cinq ou six mille écus par an. » — « Il me dit que les principaux du collège rétabliraient tout d'un abord le duc de Parme dedans ses biens s'ils en sont faits juges, croyant que Tincamération est invalide et que ces terres sont à charge à la Chambre à cause de la dépense^ et néanmoins j'ai su d'une personne digue de foi que M. le cardinal Sacchetti a dit qu'il tient cette incamération juste et valide. >> (Bourlemont à Lionne^ 15 et 23 janvier 1663. Borne, 154.)

(2) 22 avril 1663. Rome, loi.

INTERVENTION DE GRIMANI ET d'ITURIETA 415

courrier parti de Rome le 15 mars a apportée, on a su que le pape avait écrit au cardinal d*Aragon et à l'ambassadeur Basadonna, dont voici les propres paroles que l'on a trouvé moyen d avoir d'un autre ministre auquel il a été adressé : Ha Nostro Signore gradite molto e commendate le fatiche dei signori ministri sostenute in Parigi col zelo,... ed, havendo veduto Sua Santità la dichiaratione sotloscritta da loro nella quale hanno preso sopra di se che negli affari di Castro e di Comacchio sara qui data conveniente sadisfazione, Sua Beatitudine procurara di adempirla con tutte quelle facilita che le siano permesse dalla giiistizia e dalla convenie?iza. A questo efFetto ha Sua Santità deputato suo plenipotenliario M*'^ Rasponi, con ordini di portarsi subito a Lione con piena tacoltà di trattare e concludere un conveniente aggiustamento anco circa lo Stato di Castro e le valli di Comacchio... » Le pouvoir donné à Rasponi, seul acte qui put engager Alexandre, est en effet conformewaux paroles de ce pontife (1) : « Visâque propterea subscriptione ab eisdem factâ, quâ in se ipsos curam susceperunt quod hic etiam convenienter satisfiet postulatis super vallibus Comacchii et ducatu Castrensi, quodque nos, qui a^quum et justum semper amavimus, faciles erimus in liis concedendis quae justifia suadebit ac recta conscientiae norma permittet. » Régnier et les historiens qui l'ont suivi prétendent qu'aussitôt après la convention passée avec Iturieta et Grimani « tout commença à se disposer, en France, à la reprise de la négociation (2). » Des pièces authentiques prouvent que rien n'est moins vrai. On sait que, dès le 26 janvier, Lionne écrivait à Bourlemont, en confidence : « Il nous convient que l'accommodement ne se fasse pas si tôt (3)... » Rasponi reçut ses pouvoirs le 23 mars et ceux de Créquy sont datés du 22 avril seulement (4). Un mémoire rédigé tout entier par Lionne et intitulé : « Moyens pour traîner l'accommodement de Rome » traça d'avance et point par point la con-

(1) Régnier, Preuves j p. IS*.

(2) Page 210.

(3) Rome, 154.

(4) RegDier, Preuves, pp. 136 et 137.

416 CHAPITRE HUtTlÈMIi:

duite que devait tenir Tambassadeur du roi (1). Les prétentions de Louis XIV y étaient développées dans les termes les plus durs. Le duc de Créquy doit réclamer la jonction des deux partis, et « poser... comme deux principes indubitables, . . : 1° Que Sa Sainteté est engagée et a promis de donner satisfaction au roi sur Castro et Comacchio, et, comme ce n a été que sur ce fondement et à cette condition-là que le roi a condescendu à la reprise du traité, il doit faire appréhender à Rasponi qu'il a ordre de rompre bientôt cet abouchement, s'il reconnaît que, de la part de Rome, on ne procède pas avec sincérité pour Texécution de cette promesse et qu'on veuille y user de cavillations et d'interprétations captieuses, sous le prétexte de \r justice et de la convenance, dont il est fait mention sans aucune nécessité (2) dans le dernier écrit que Sa Sainteté a envoyé au cardinal d'Aragon » ; 2* que les articles du second pai'ti ont été précédemment approuvés par le pape et ne peuvent plus être retirés. Le roi daigne prévoir que la jonction provoquera « de grandes réclamations et de vives plaintes. » L'ambassadeur devra répondre que le roi avait autrefois oiïert ralternative, mais qu'il a recouvré sa liberté entière depuis qu'on a laissé partir le duc « pour une petite pointillé de paroles »; qu'en vue de se procurer justice parles armes il a fait des dépenses dont il veut être indemnisé ; qu'au surplus la jonction a été acceptée par le pape dans ses confidences avec le cardinal d'Aragon. L'excès manifeste de ces prétentions parut causer quelque embarras à la cour de France. Avant même la réunion des plénipotentiaires, les instructions de Créquy subirent un singulier changement : l'article de Castro passa du premier rang au dernier. « La visée du roi,enlui faisant tenir cette nouvelle conduite de laisser le point de Castro à traiter pour le dernier, était de se rendre

(1) Mars 1603. Rome, i.->4.

(2) L'iDterprétalion du pape était conforme à celle de Grimani et d*Itarieta. Grimaoi avait écrit au pape daos les mômes termes dont se servait Alexandre vu. llacoutaut ses conférences particulières avec le secrétaire d'Espagne, il écrivait le 20 février : '< Mostrai perô [al Iturieta], per ayantaggiodinegotio, che il partito di Castro e Comacchio potessc intendersi entro H termini délia convenienza c che parcva cou questo havessero a cadere Taltre soddisfattiooi prctese nelli pnuti del cardinal Impériale e rastanti ancora... » {Filza 130.)

INTERVENTION DE GRIMANI ET d'iTURIETA 417

plus maître de conclure à point nommé ou ne conclure pas l'accommodement^ selon que Sa Majesté Teslimerait plus avantageux au bien de son service, et avec cela de faire tomber sur la cour de Rome de vives et pressantes instances de tous les autres princes (1). »

C'est au moment où Rasponi s'apprêtait à partir pour Lyon que le sacré collège reçut enfin une réponse de Louis XIV à sa lettre du 21 novembre 1663, et l'on chercherait vainement, sous les paroles royales, le désir d'une réconciliation sincère. Lionne avait essayé de justifier ce retard par de puériles chicanes sur des formules irréprochables; mais personne ne se méprenait sur la raison de ce silence. Grimani écrivait : « Non seulement on n'a pas répondu à la lettre des cardinaux, mais il parait qu'on refuse de Touvrir... On se propose même de la renvoyer pour apprendre à Rome que, si le roi a jusqu'à présent attaché beaucoup de prix à l'élection de ponlifes bien intentionnés pour sa couronne, il ne s'en souciera plus désormais... Il n'a pas besoin de Rome, c^est Rome qui a grand besoin de lui. On veut montrer au sacré collège qu'il est enveloppé dans le même dédain (2). » Enfin, le 16 mars, Louis XIV adressa aux cardinaux une réponse où il se posait en vengeur deleurs libertés opprimées par Alexandre VII, et qui était aussi offensante pour eux que pour le pape (3); il leur disait : « Il importe encore plus à votre honneur commun qu'un assassinat inouï, dont le cardinal Impériale peut avoir été complice et

(1) Dans Texpéditiou uuthenlique que j'ai sous les yeux, cette Addition porte la date du 4 mai 1663. {Romey loi.)

(2) Filza 130. — Grimani était bieu au couraut des idées qui dominaient à Saint-Germain : il traduit presque littéralement, dans cette dépêche, le passage suivant des instructions données au duc de Créquy, en cas de con» vlave : u 11 y a même plus de hauteur, de réputation et de dignité pour le roi de ne recommander ni exclure aucun candidat, S. M. n'étant pas, Dieu merci, duns la même nécessité que la plupart des autres princes et rois, qui souffrent dans leurs intérêts des préjudices extrêmes quand ils n'ont pas la cour de Home favorable. La France peut beaucoup mieux se passer de celte faveur que les papes ne peuvent se passer de Vaffection du roi et de son royaume... En l'étal de gloire où sont aujourd'hui les affaires de S. M., on peut juger si elle a si f/rand intérêt à avoir un pape plutôt qu'un autre... » (Haootaux, Instructions aux ambassadeurs de France^ vol. VI. Rome, 1. 1, p. 128.}

(3) Rome, 154. Cf. nos Recherches, 2c édit, p. 10, et l'Affaire des Corses. Revue des questions historiques, juillet 1871.)

CHAPLTRK HUITIÈME

instigateur, comme il a été notoirement Tauteur de révasion de tous les assassins, ne soit pas mis à couvert sous le manteaa de celte pourpre dont le lustre serait bien plus terni par l'impunité du criminel que par son châtiment... Vous aurez vousmêmes du regret d'avoir mis la main à la plume pour une si méchante cause dont néanmoins je ne vous impute rienf sachant assez que, si vos suffrages eussent été libres^ et que la cabale^ les factions, la complaisance ou des intérêts particuliers n eussent point eu de pari en vos délibérations, vous n'auriez pas soulFert, autant qu'il eût dépendu de vous, que le repos de la chrétienté pût courir risque d'être altéré par une invincible opiniâtreté de soutenir un coupable, que Tautorité du népotisme vous a engagé à favorisersous le prétexte spécieux d'un intérêt commun. » C'était un fâcheux indice des dispositions que la cour de France allait porter aux conférences de Lyon.

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