CONFÉRENCES DU PONT-DE-BEAUVOISI V
faire des Corses au triomphe du Portugal. Déjà au mois d'octobre 1662, le duc de Médina s'entre tenant à Madrid, avec Tarchevêque d'Embrun, avait avoué ingénuement l'embarras et les craintes de son maître. L'ambassadeur écrivait à Louis XIV : le Roi catholique voudrait « que Votre Majesté fît aussi de son côté quelque considération sur l'état de ses affaires. Il est engagé dans une grande guerre contre le Portugal pour remettre sous son obéissance des sujets rebelles; la moindre diversion de ses forces lui est extrêmement préjudiciable par le besoin qu'il en a pour cette fin principale; il serait obligé d'armer dans ses États d'Italie pour leur défense contre les princes voisins qui se mettraient en armes et qui pourraient se prévaloir de l'occasion, voyant une armée de Votre Majesté entrer en cette province... » Mais Tarchevêque d'Embrun terminait sa dépêche par cette réflexion qui allait décider de la conduite de Louis XIV : « La guerre de Portugal... est une blessure ouverte toujours dans le corps de l'État, qui lui cause d'étranges faiblesses, et qui ne doit être fermée de longtemps pour le bien de la France (1). »
Louis XIV tentait vainement d'obtenir par la persuasion que le Roi catholique appuyât auprès du pape son intervention en faveur de Parme et de Modène, et la cour de Madrid résistait honnêtement à la proposition de saisir Bénévent en garantie de Castro et de Comacchio. Dès le mois de décembre 1662, le duc de Médina représentait à l'ambassadeur français « que la voie du séquestre ne lui paraissait point non plus fondée en justice, puisqu'il s'agissait de deux procès liés par-devant les officiers du pape,ywye5 inco?itestables dans ces affaires; que, dans l'un, le duc de Modène ne voulait ni poursuivre ni produire; que, dans l'autre, le duc de Parme ne pouvait se plaindre que de quelque lésion où il avait donné lieu, son procès ayant été jugé par une sentence définitive donnée dans Tordre;... qu'il fallait considérer que l'un et l'autre étaient
(1) Politique à courte vue : qu'a gagné la Fraoce au triomphe de la maisoQ de Bragance, qui n'ôta le Portugal à l'Espagne que pour en faire une pro- TÎnce anglaise ? Louis XIV préparait le démembrement de la monarchie espagnole, au momen t où il rêvait déjà d'y faire régner la maison de Bourbon ! L'archevêque d'Embrun au roi, 24 octobre 1662. Espagne^ 44.)
vassaux et feudatmrp^ de Sa Sainteté, qui avait une autorité légitime pour rendre le jugement de la cause; que les rois n'avaient point de juges sur la terre pour le temporel, mais qu aussi ils ?i étaient pas établis les juges de celui du pape pour examiner ou pour revoir ses sentences (I). » Ce langage cachait une si juste réprobation des efforts faits pour arracher au souverain pontife le démembrement de son domaine temporel, que Louis XIV ne compta plus que sur la violence pour réduire les Espagnols à se faire, comme avait dit l'archevêque d'Embrun (2). les solliciteurs de sa satisfaction auprès d'Alexandre VII, et, le 10 j'iillet, il annonçait à Philippe IV sa résolution de porter la guerre dans les Etats romains (3).
(1) Histoire des ni^qociations de V archevêque d* Embrun, p. 180. Espagne, 16. — L'arcbevèque d'ËmbruD au roi, 20 décembre 16G2. EspaynCy 44.
(2) Au roi. 2* octobre 1662. Espagne^ 44.
(3) u Très haut, itc... La rupture des couférenres qui se faisaieDt au Pontde-Beauvoi^iu, eu Ire notre cousin le duc de Créquy et le plénipotentiaire de Notre Saint-Père le pape, est un événement dans le monde assez important, et qui tirera nécessairement après soi d'assez (landes conséquences de toutes ni;inières pour nous convier, tant par la raison de l'union qui est entre nous, laquelle nous est si clière et si cousidérable, que par l'intérêt particulier que V. M. y peut avoir, a ne différer pas un moment de lui faire part de ce qui s'y est passé et principalement de lui faire entendre l'indispensable nc^cessité où U'^us nous sommes trouvé réduit d'ordonner à notredit cousin de se retirer auprès de nous et de n*amu8er pas plus longtemps la chrétienté d'une négociation inutile, que nous ne pouvions plus laisser continuer ni avec dignité ni avec aucune espérance de bon succès. V. M. se souviendra qu'après tant de chicanes et d'indignités de la cour de Rome dans les pourparlers de San Quirioo, nous n'avions consenti au renonement de la négoi^iation qu'à ronditi3n que S. S. nous satisferait aussi ««ur les point? de Castro et dti Comarciiio, en quoi nous avons eu en vue l'exécution de deux articles du traité des Pyrénées, non moins pour satisfaire à la justice en faisant cesser l'oppression manifeste et scandaleuse que deux princes souffrent depuis si longtemps, que pour arracher une bonne fois jusqu^à la racine le sujet de toutes les divisions qui pourraient rallumer quelque jour la guerre en Italie. V. M. se souviendra encore que. toutes les paroles des Chigi nous étant fort suspectes et avec grande raison, comme IVivénement ne l'a que trop confirmé, nous désirâmes, avant que donner notre consentement à la reprise des conférences, que S. S. chargeât des ministres publics de nous promettre par écrit qu'en traitant raccomniod»'ment elle nous donnerait aussi satisfaction sur les points de Castro et de Comacchio, ce qui fut enfin fait et acccordé de la sorte, et non seulement nous avons en main cette promesse signée d'un ministre de V. M. et de l'ambassadeur de Venirie, mais elle a depuis été ratifiée par S. S. à leurs collègues à Rome. Il est vrai que toutes pré* cautions et toutes promesses même par écrit sont bieu inutiles quaad on a