‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 15 sur 16 · CONFÉRENCES DU PONT-DE-BEAUVOISIN · texte numérisé non relu

CONFÉRENCES DU PONT-DE-BEAUVOISIN

Sans attendre que ses préparatifs fussent achevés, Louis XIV fit aussitôt passer un corps français dans le Parmesan et dans le Modénais, dont il projetait depuis longtemps Toccupation et

à faire h des gens te/s que les Chigi, Dieu permaltant sansdoulc la conlinualion de leurs égarements parce quil ne veut pas que V étrange abus quils font de lettr puissance demeure impuni^ doq plus que ce grand mépris qu'ils ont par des intérêts particuliers pour tous les autres iutércUs de la chrétienté, lors même qu'elle est si dangereusement menacée par Tennemi commun. Comme il est arrivé que, nous étant de notre part notablement relâché^ pour cette considération dv bien et du repos de la chrétienté^ sur la plupart des points de raccommodement et même sur ceux qui paraissaient les plus durs à Rome, comme U semblait qu'il ne restait plus à convenir que sur le seul point de Castro, le nonce Rasponi a désiré de dépêcher un courrier à Rome pour apprendre les dernières intentions desdits Chigi, et la réponse que le courrier en a rapportée a été que S. S. ne pouvait accorder autre chose que de faire revoir la cause du duc de Parme par un des tribunaux de Rome, c'est-à-dire ou par la Chambre apostolique qui est sa partie, ou par la Rote, ou par le collège des cardinaux où la plur.lité des suffrages est toujours notoirement en la pleine disposition desdits Chigi. Il est même digne de remarque, pour faire mieux voir l'illusion des promesses de la cour de Romp, et avec quelle audace les Chigi se moquent de toutes les puissances qu'ils devraient le plus respecter, qu'après un si grand engagement ils ne nous ont fait que la même offre quils firent d'abord au duc de Créquy, à San Quirico, et qu'il rejeta comme ridicule, quand même il ue s'agissait aucunement de la restitution de Castro, puisque nous consentions alors à l'accommodement à d'autres conditions, sans rien exiger d'eux sur cette affaire. Nous ne doutons pas que V. M., en apprenant toutes ces circonstances, ne ressente la même indignation que nous d'un procédé si insoutenable et si scandaleux et qu'elle ne juge comme nous, ou que lesdits Chigi ne devaient rien promettre et bien moins y engager par écrit l'honneur de V. M. ("), ou qu'ayant obligé l'un de ses ministres à nous donner cette promesse, elle devait être plus sincèrement accomplie pour ne rendre pas commune aussi à Y. M. la nouvelle offense qu'il nous ont faite par un manquement de parole si formel. La cause d'une si honteuse action n'est pas difficile à trouver et aggrave encore leur faute; car, comme ils ont cru, par une feinte négociation pondant laquelle la saison s'est avancée, avoir échappé au moins cette campagne le péril du passage de nos troupes dans l'État de Castro, l'avidité du gain a prévalu sur toute autre considération, et, l'armement qu'ils ont fait leur fournissant un moyen plausible d'achever d'épuiser l'État ecclésiastique et tous les ordres religieux qui sont eu Italie et jusqu'aux pauvres Mendiants, la passion qui est eu eux prédominante d'accumuler de nouveaux trésors a continué de les aveugler. V. M. verra mieux qu'aucun autre ce que l'interposition de son nom par la signature de son ministre méprisée et violée avec tant d'insolence l'oblige de faire en pareille rencontre. Pour ce qui nous regarde, il nous suffit que V. M , qui a toujours témoigné avoir tant d'intérêt en cet accommodement, sache qu'il n'a point tenu à nous qu'il ne se soit conclu, puisque, tous les autres points étant comme arrêtés par les facilités que nous y avions apportées en considération de V. M.,

(a) On voit ayec quelle assurauco Louis XIV dénature tous les faits.

qu'il prétendait protéger malgré les princes de ces pays. Oi se rappelle que d'Aubevilie, qui avait pour instrucliw expresse de ne jamais lier son maître envers les deux ducs, leur avait cependant porté Tordre de conformer leur langage aux affirmations contraires du roi. Or, au même moment, Tagent français était chargé d'enchaîner leur liberté à la politique de leur prétendu protecteur. L'abbé Sirî(l), lui écrivait Lionne (2), doit insinuer de ma part au duc de Parme, <c qne la raison et la bienséance veulent qu'il envoie une promesse au roi qu'en cas que Sa Majesté le fasse rétablir dans l'État de Castro par les conditions de raccommodement, il s'engage en foi et parole de prince d*ètre éternellement attaché à ses intérêts et dans une entière dépendance de toutes ses volontés,.. Yous tâcherez de lui faire connaître que c'est le moins qu'il puisse faire pour un si grand bienfait et que peut-être, ne le faisant pas, raccommodement se pourrait conclure sa$ts qu'il fût parlé de Castro, » Le prince céda de mauvaise grâce; il proposa un projet d'engagement qu'on ne trouva pas assez clair, et il fut mis en demeure d'accepter le texte dressé par Lionne (3). D'Aubeville se conduisait déjà dans les deux duchés comme dans des provinces françaises et y marquait les étapes pour les troupes du roi : « Nous partons demain, M. de Saint-Martin et moi, écrivait-il, pour aller à Modène et y faire les logements de Tarmée du roi dans le Modénais...(4) » La crainte du ressentiment royal n'empêcha pas la duchesse-régente de Modène de s'opposer à roccupation française. Le cardinal d'Esté lui-même ne dissimula pas sa répugnance : « Il m'a fait réponse, écrivait Créquy (5), et, quoiqu'il me fasse connaître qu'il se remet absolument de

nous n'avons rien prétendu sur celui de Castro que Texécutioa d'une promedsc r{u ou nous avait donuéo et qui se trouvait d'ailleurs conforme à ce que nous avions stipulé ensemble au traité des Pyrénées ; après quoi nous espérons d'être pleinement justifié devant Dieu et les hommes de toutes tes suite» que pourra avoir ce nouveau manquement de foi ajouté à tous les outrages faits auparavant à notre dignité. Sur ce, etc. » {Espagne, 45.)

(1) Résident de Parme à Paris.

(2) 27 février 1663. Parme, 3.

(3) Lionne à d'Aubeville, 21 mars 1663, et les pièces suivantes, Parme, 3.

(4) A Lionne, 21 avril 1663. Parme, 3.

(5) A Lionne, 14 juin 1663.

lut ce qu*il plaira à Votre Majesté, il me semble qu*il ne s'exlique pas de manière qu'on puisse croire qu'il ait envie 'avoir des troupes dans son pays. » La cour de Parme était .ans les mêmes dispositions : la jeune duchesse venait de Qourir en couches, pendant les conférences de Lyon, et avec lUe disparaissait le principal appui du parti français. D'Au- )eville écrivait : « ... Cette cour est tout espagnole, dont je irais faire le portrait. Il ne faut compter pour rien M. le iuc de Parme. La duchesse-mère se mêle de tout, et le marquis Serafino sous ses ordres, et moi on me regarde ici comme ayant eu une grande intelligence avec feu la duchesse dont la mémoire est fort odieuse (1). » Aussi d'Aubeville, en vertu de nouveaux ordres datés du 21 juillet, alla sommer le duc et ses ministres de livrer passage aux troupes royales, s'il ne voulait pas qu'on traitât sans faire mention de Castro (2). Louis XIV tenait d'autant plus à précipiter cette démonstration militaire en Italie qu'à cette heure même TEurope attendait une action décisive entre les Portugais et les Espagnols (3). Pour détourner Philippe IV de grossir son armée de Portugal avec les garnisons du Milanais, la Feuillade lui annonça sans retard l'entrée des premiers régiments français à Parme et à Modène, et pour justifier cette grave résolution, la cour de France puhlia qu'elle était forcée de protéger les ducs ses alliés contre une invasion des troupes pontifica-

(1) D'Aubeville à Lioane, 26 mai 1663 — Lionoe lui répondit : « Quand TiUen lui-même y aurait mis la main, il n'aurait pas eu moins de traits fait plus au naturel que vous le portrait que vous ui'avez envoyé dans votre dépèche du 26 de l'autre mois. Je l'ai fait voir au roi qui Ta trouvé plutôt bien peint qu'agréable, et en effet il m'a fait souvenir d'une vieille que j'ai, de la main de Michel-Ange, qui, quoique fort laide, vaut 200 pistoles tant elle est bien peinte. » (15 juin. Parme, 3.)

(2) « Mémoire du roi servant d'instruction pour M. d'Aubeville étant pour Bon service en Italie. » Parme, 3.

(3) « Nous attendons avec impatience à satiàfaire notre curiosité sur ce qui se sera passé à Evora, que l'on mande d'Angleterre que les Portugais, après la bataille, étalent allés assiéger et que don Juan se proposait de secourir ayant rassemblé ses troupes et y ayant joint un corps de 5.000 hommes, qu'on présuppose qu'il a trouvés à Budajos avec 4.000 charrettes et 300.000 écus comptant. Ce qui se passera dans cette seconde action sera la véritable décision du bonheur ou malheur des uns ou des autres dans cette campagne. »

Lionne à l'archevêque d'Embrun, 16 juillet 1663. Espagne, 45.)

les. « Le roi, écrivait Lionne krarchevèque d'Embrun, envoie un corps de 3.000 hommes de pied et de 600 chevaux dani les États de Parme et de Modène, sur Pavis qu'il a eu que fw conseillait au pape d'y envoyer loger son armée (1) et d'eu décharger son Etat : ce que je vous dis îi'est pas un secfet gui iyiijmrte que vous y ardiez, >» — « ...Sa Majesté ne trouYaoi pas à propos que le Modénais et le Parmesan demeurent entièrement désarmés pendant que tous les États voisins sont couverts de soldatesque^ elle fait état d'y faire passer sans délai un corps seulement de 3.000 Français et de 600 chevaux, sauf, au printemps prochain, d'employer de plus forts moyens ... » pour vaincre TopiniAlreté des RomaÎDS. — Le courrier envoyé à Parme et à Modène revint hier « avec la réponse de ces princes, qui témoignent tous deux au roi d'attendre avec impatience les troupes que Sa Majesté veut bien leur envoyer, souhaitant fort de Jie demeurer pas exposés aux insultes des C/iif/iy dont on doit craindre toute folie et résolution imprudente... » (2) C'était un mensonge. Ni les deux ducs, ni personne en Europe ne prêta jamais de pareils desseins au souverain pontife. Aussitôt après la séparation des négociateurs au Pont-de-Beauvoisin, les gouvernements de Parme et de Modène, avisés des projets de leur protecteur, lui avaient répondu « quilsne croyaient pas aroir besoin, pour leursûreié. que Sa Majesté se mit en aucune peine et en dépense de leur envoyer avant l hiver un corps de troupes; que la protection dont Sa Majesté les honorait, qui n'était ignorée de personne. suffisait pour les garantir de tout le mal que leur voudrait faire la coui de Rome et mthne de toute appréhension [^Y » Ils objectaient en oulre la mauvaise récolte et l'épuisement du pays (4). Alexandre \I1 méditait si peu une agression qu'il

(1) Aucun document ne confirme cette assertion, et la suite de la correspon* dan>:e nous montre Louig XIV et ses ministres s'applaudissant du succès qui couronna leur fourberie.

(2) 22 et 29 juillet, et 5 août 1663. Espnf/ne, 45 et 46.

(3) C'est Louis XIV lui-même qui raconte cela dans ses ÎDStructioDS du 12 octobr.î 1663 à d'Aubeville! {/?o///e, 153.) — Le 22 juin, il écrivait à Créquy : Le cardinal d'Esté « a peu d'envie de voir passer de mes troupes dans l'État de son neveu. » {Home, 155.)

(4) V. aussi i\eguier, i)age 266.

venait précisément de licencier les troupes levées pour sa défense, parce que l'avancemenl de la saison ajournait jusqu'au printemps suivant le danger d'une descente, et que les Français se préparaient alors k la campagne de Lorraine, conduite par le roi en personne. Marsal ayant été occupé dans les premiers jours de septembre, Louis XIV reporta son attention sur Parme et Modëne; mais, dit encore Régnier, les princes « firent représenter de nouveau la difficulté, ou plutôt l'impossibilité de faire subsister des troupes dans leur pays. » — Lionne écrivait à Tévèque de Béziers : « Je vous dirai confidemment le sujet de l'envoi de ce courrier à Modène. Le roi veut, en toutes manières, que la duchesse reçoive même avant r hiver un autre corps de troupes pareil à celui que Sa Majesté a destiné pour le Parmesan,.,, capable de faire quelque bon coupy afin de tenir un peu en cervelle les Chigi, à présent qiiils ont désarmé^ ou les forcer à se rembarquer dans une dépense qu'ils auront bien de la peine à soutenir (1). » Et, quelques jours après, Louis XIV écrivait à d'Aubeville : La duchesse régente ne veut pas de nos troupes : la disette qu'elle allègue n'est qu'un prétexte, puisque j'offre de fournir leur subsistance. Je ne lui demanderai plus rien, pour ne m'attirer pas un second refus, c. dont le pape ferait un trophée, comme du premier (2). » La cour de Parme céda la première à la nécessité; la régente de Modène obéit le plus tard possible, et en stipulant la réparation des dommages que causerait cette protection forcée (3) !

L'armement français contre le pape ne contribua pas seulement aux victoires des Portugais sur les Espagnols-, il favorisa aussi les entreprises du Turc contre les Impériaux et les Vénitiens. Les manœuvres de Louis XIV ayant fait entrer de nouveaux adhérents dans Y Alliance du Rhin, l'Empereur manquades forces nécessaires pour résister aux hordes musulmanes qui envahirent tout à coup la Hongrie et répandirent l'épouvante jusque dans Vienne (4). Candie poussait des cris de dé- Ci) A Bousy, 12 octobre 4663. Venise, 83.

(2) 15 octobre 1663. Parme, 3.

(3) Mémoire du roi k d'Aubeville, 16 décembre 1663. Rome, 153.

(4) On 110U9 maode de Vienne qu'on abat les faubourgs et l'épouvante n'y

tresse, qui présageaient un désastre prochain. Mais le péril commun de TEmpire et de Venise répondait aux calculs de la cour de France, et elle ne s'en préoccupa que pour en tirer profit (1). La Seigneurie attendait vainement de Louis XIV l'assistance que le pape ne pouvait plus lui prêter: « Elle reçoit, à ce que j'apprends, écrivait Bonsy, des lettres de l'ambassadeur Sagredo qui lui ôtent toute Tespérance qu'elle avait aux secours du roi, lui étant répondu que F affaire de Rome empêche Sa Majesté de prendre aucune résolution. Ils conviennent que cela est raisonnable; mais ils voudraient qu*ou leur fît espérer, après l'accommodement, quelque assistance... » — « L'ambassadeur de Venise, répondait Lionne, est un ministre fort discret, que je ne vois guère qu'une fois le mois, à moins de quelque incident extraordinaire. En deux mots, je puis vous rendre compte pour toujours de ce qui se passe dans toutes nos audiences : demandes d'assistance pour la République et excuses de notice part surPembarras que nous donne ta ffaire de Rome; quelques questions sur la même affaire sans propositions d'aucuns expédients et lamentations du préjudice

saurait être plus grande. Us ont dépêché un courrier au premier viïir avec leurs dernières résolutions; mais, quoiqu'ils accordent tout, Us ne savent 8*ii sera accepté. >> — « Les affaires de Hongrie sont toujours au même état dMnccrtilude sur qui ira fondre l'orage des armes ottomanes qui menace la chré' tienlé. Il faut encore pour le moins quinze jours de temps pour avoir Téclaircissemeut de ce doute. »> (Lioune à Créquy, 49 juin el G juillet 1663. Bome^ 135.) (L) L'archevêque d'Embruu recevait de sa cour des assurances contraircfi, qui avaient pour but de tromper Philippe IV. Lionne 1 li écrivait le 29]uiUet 1663 : « Le conseil de V Alliance du lihin dont le roi est le chef a résolu, à Hatisbonne, où tons les députés des Alliés se trouvent, de douner à l'Empereur une assistance de 8.000 hommes dans le pressant péril qui le menace. S. M. D*avait que trop de raisons de se dispenser d'en fournir sa porli«»n, qui montera à près de 3.000 hommes, vu que l'Empereur assiste encore aujourd'hui [ce qui était faus] les Chigi contre elle; mais sa générosité et sa pitié prévaudront au jurte ressentiment qu'elle pourrait avoir de la mr.nière dont la cour de Vienne vit avec elle, et elle enverra ce corps en Hongrie et fera toute la dépense de son entretien, comme si elle ét'iit fort satisfaite de ladite cour. » {Espagne^ 45 et 40.) — La vérité est que. malgré le péril pressant^ Louis XIV ne faisait aucune levée pour défendre la chrétienté : il n*envoya son contingent en Hongrie qu'après l'ouvertura de la campagne de 1664, et le corps français qui prit part à la bataille de Saiut-Golhard (1^^ août 1664), sous le commandement de Coligny et de la Feuillade, fut tiré des troupe» deMinées à envahir les Et"tp romains.

que ce différend cause à la République^ et puis. Adieu! (1). » En attendant que les régiments français descendissent en Italie, Louis XIV poursuivait plus vivement que jamais, contre Rome, la guerre de plume qui lui avait si souvent réussi. Les formidables apprêts des Turcs servirent de prétexte à de nouvelles calomnies contre Alexandre VIL Lionne écrivit au cardinal François Barberini (2) : « N'est-ce pas la seule protection que Ton donne, à Rome, à un attentat si infâme, qui cause tous les maux que Votre Éminence déplore avec tant de raison ; protection qui scandalise toutes les nations ; qui fait gémir rÉtat ecclésiastique sous le poids de tant d'impôts insupportables; qui fait employer à armer sans nécessité (3) contre le fils aîné de TEglise et son plus grand défenseur (4) le même argent destiné contre les ennemis du nom chrétien par des dispositions testamentaires (5) et par conséquent sacrées et inviolables ; qui rend au siècle et profane les biens de TÉglise par des suppressions de couvents, par des aliénations et ventes de leurs revenus contre toutes lois divines et humaines (6); qui excite tant de joie dans le cœur de tous les hérétiques, qui bouleverse tout Tordre de choses, consomme les princes et les

(1) Bonsy à Lionne, 19 mai ; — Lionne à Bonsy, 15 septembre 1663. Kenwc, 83.

(2) 17 août 1663. ^orm, 155. — Lionne avait été secrétaire des commandements d'Anne d'Autriche, et le cardinal François Barberini avait compté sur ses bons offices pour prier la reine-mère de faire entendre au roi des conseils pacifiques.

(3) Sans nécessité î Et le ministre de la guerre prépare l'expédition d'Italie depuis six mois I Les marchés de fournitures sont passés, les étapes réglées, les logements faits depuis le mois de février 16tj3 1 Toutes les correspondances relatives à cet armement sont au Dépôt de la Guerre. V. notamment les Yol. 182 et 183 des Archives anciennes.

(4) Où et quand Louis XIV a-t-il jamais défendu l'Église?

(5} Allusion au legs de Mazarin, dont la délivrance et l'emploi avaient été retardés par le roi lui-même, par le roi seul!

(6) Allusion à l'aliénation de biens ecclésiastiques et à la suppresssion de couvents en décadence permises par le pape sur le territoire de la Seigneurie, pour augmenter les ressources dont elle avait besoin contre les infidèles. Les canons autorisent jusqu'à la vente des vases sacrés, en cas de nécessité pressante pour rÉglise et pour l'État. Les biens dont il s'agit no pouvaient être acquis que par le clergé séculier ou régulier, sous la réserve expresse des charges imposées par les fondateurs. Quoi de plus honteux d'ailleurs que d'entendre Lionne défendre hypocritement les immunités ecclésiastiques contre le chef de rÉglise I

peuples en dépenses inuliles, ruine tous leurs principaux iotérètSy tient en alarme toute Tltalie, et, ce qui pis est, donne l'audace aux Turcs d'attaquer la chrétienté sans que personne puisse prêter la main ni aucun service aux États envahis (1)! Mais, ce qui est extrêmement déplorable, et dont je ne puis douter que le ciel ne prenne un jour vengeance quand les hommes ne la feraient pas, c'est que tout cela arrive, au moins jusqu'ici (car peut-être qu à Tavenir il faudra faire d'autres comptes), parce que MM. les Chigi n*ont pas voulu rendre justice à un prince notoirement opprimé (2), et que, pour pouvoir continuer celte vexation, ils ont voulu avoir plus d*égard à soutenir un contrat invalide, nul, inique... (3). » Adressez-vous donc à Rome « pour percer toute la surdité de ceux qui n'ont point d'oreilles pour écouter la raison, et qui témoignent si scandaleusement de se moins soucier des gémissements des peuples et du bien de la chrétienlé dont Tennemi est aux portes, que de satisfaire à leurs petites passions de vengeance et à leurs animosités particulières. » Louis XIV écrivait à son ambassadeur auprès de la Seigneurie : « Le pape se soucie peu de mettre tout en combustion, et encore moins que les infidèles fassent de grands progrès sur les princes chrétiens, ce qui est tout à fait étonnant et doit causer le dernier scancale dans les esprits des gens de bien. La consolation qui me restpy dans cette disgrâce publique, c'est qu'il ne m'en peut être rien imputé (4). »

Les gazettes et les pamphlétaires aux gages du roi répétaient avec lui et avec ses ministres qu'Alexandre VU employait contre les Français les 200,000 écus à lui légués par Mazarin pour faire la guerre aux Turcs. Or, nous le savons maintenant, Texécution do ce legs n'avait jamais rencontré d*autre obstacle que la volonté de Louis XIV. qui s'opposa pendant plus d'un an h sa délivrance ! 11 l'avait avoué lui-même et s'en

(1) Quelle BaDglaate condamnatioa Lionae prononce lui-môme coatre la politique françaiéc, seule cause de tous ces malheurs !

(8) Le duc de Parme opprimé pur le pape! Et Ton a vu plus haut qae c'est lui qui, repoussant Tintervention funeste du roi, a fait échouer les niissioiis de Millet, de Colbert et de d'Aubeville!

(3) V. plus haut, chapitre m.

(4) 15 septembre 1663. Venise, 83.

Jetait vanté dans son mémoire à M. de Bonsy, partant pour ^"Venise. Le pape ayant destiné cet argent à la défense de la - Songrie, le roi avait défendu aux héritiers du cardinal de s'en ' dessaisir et voulait qu il fût donné aux Vénitiens : <( La chosCy -disent les instructions du mois de septembre 1662 (1), de- ' meura fort longtemps daiis cet état; mais l'ambassadeur de la République ayant témoigné à Sa Majesté qu'elle croirait cette somme aussi bien employée pour son avantage^ quand TËmpereur la toucherait, aux conditions de la rupture que Sa Majesté prescrivait, comme si elle-même recevait cet argent, et, de Tautre, Je pape ayant fait donner parole positive par son nonce que TEmpereur n*en toucherait jamais un sol qu'après qu'il serait effectivement entré en guerre, Sa Majesté condescendit à faire remettre la somme entre les mains du nonce, » qui, par ordre du pape, la fit porter à son collègue de Vienne. Celui-ci garda le dépôt et en surveilla Temploi. Louis XIV voulut encore le faire revendiquer par les Vénitiens; mais la Seigneurie, si complaisante cependant pour lui, ne se prêta pas à cette manœuvre, et le roi, plein de dépit, laissa tomber sa proposition (2). Les 200.000 écus de Mazarin étaient depuis longtemps engloutis avec les sommes énormes que coûtait la défense de l'Europe centrale contre Tinvasion ottomane ! Aussi Régnier lui-même (3), écrivant sous les yeux de Louis XIV, s'indignait encore, en 1707, au souvenir de « ces gazettes de Paris, tantôt chargées d'invectives ouvertes contre la conduite des parents et des ministres du pape, et contre leur avidité à senrichir, et tantôt remplies de railleries piquantes sur leurs préparatifs de guerre et sur leur expérience et leur bravoure.//y avait déjà plus dun an, ajoute-t-il, que ces sortes

(i) Venise, 82.

(2) 1«' mai 4663. Venise^ 83. — «Je suis fort satisfait de ce que vous avez dit à la République par mon ordre, sur le divertissement que font les Cbigi des 200,000 écus du légat de feu mon cousin le cardinal Mazarin, et j'aurais attendu que le séDat, par sa réponse, aurait fait quelque instance ou quelque propositioQ d'agir de concert pour empêcher que cet abus et ce désordre n'aillent plus avant, mais je vois bien que la République aime mieux en souffrir le préjudice que de rien faire, quoique à son propre avantage, qui puisse désobliger la cour de Rome... »

(3) Page 263.

de satires publiques duraient sans discontinuation, et d'aborl elles avaient été reçues du monde avec chaleur et avec joie; mais, à la longue, elles vinrent à le fatiguer plutôt quà leri- Jouir, et enfin, soit qu'on s'en aperçût à la cour de France, soit qu'on en vînt à faire réflexion que ce n* était pas une assa noble manière de se venger de celle de Rome, on cessa tout d'à coup de lui faire ainsi la guerre par les gazettes, et on ne songea plus qu'à s'y prendre d'une autre sorte... » — « On» peut assez déplorer^ dit un autre contemporain, la disposilioi où se trouvèrent les ministres de France à Tégard de la cov de Rome, qui se firent une espèce de devoir fort mal entendi de maltraiter le pape dans toutes les gazettes presque qui parurent cette année sur l'article de Rome... Cette hardiesse que se donna le gazctier de France de se licencier à toutes les railleries qu'il fit des neveux de Sa Sainteté, de leur maison et du pape même, fut mal reçue de tous les gens de bien de ce royaume, où le saint-siège a toujours été dans une singulière vénération... (1) »

Grimani, ambassadeur de Venise à Paris, ne s'exprimait pas moins sévèrement; il écrivait à la Seigneurie : « Cette semaine, la gazette imprimée ici (16 janvier 1663) a donné comme à l'ordinaire, sous la rubrique de Rome, un article sur les événements... Ces publications passent sous les yeux de^ toute sorte de gens et répandent dans la multitude peu éclairée les sentiments les plus mauvais (2). » — « La gazette de cette semaine (20 février) est pleine de moqueries et d'injures contre les commandants, officiers et soldats rassemblés à Rome, et cela à tel point que le style de ces articles a excité le blâme, pour ne pas dire le dégoût, parmi les Français eux-mêmes. » — Le commandeur d'Ëlbène, flatteur intéressé de Louis XIV, atteste les mêmes faits : « M. le cardinal Chigi, dit-il, ne peut s'empêcher de me témoigner son ressentimement sur tout ce qui se met journellement dans les gazettes de France contre lui et sa maison; à quoi je répondis que s'ils n'avaient point armé et fait tout

(1) Mémoires du P. Rapin, t. III, p. 192 et suiv. Voir tout le passage, qui est fort carieux.

=à^Iem d'autres choses dont ils se seraient bien passés, ils ne se seraient pas attiré ces railleries-là; qu'il fallait espérer de la

--^bonté du roi qu'il les ferait cesser lorsqu'ils auront réparé

^ Foffense... (1). »

On ne peut plus mettre en doute la réprobation que soule-

- vait dans les consciences la conduite de la cour envers Alexandre VU. Quoique contenues par la peur de déplaire au roi, ces plaintes avaient troublé depuis longtemps le repos de Créquy ; avant son retour en France, réduit à se défendre contre ses correspondants de Paris, il le fit maladroitement. Le roi le sut et réprimanda son ambassadeur, qui répondit : « Lorsque j'ai écrit à Paris,... je n'ai jamais donné part à personne que de choses qui non seulement ne pouvaient être préjudiciables à votre service étant divulguées, mais qu'il semblait même avantageux que le monde sût, afin qu'en apprenant Taudace^ les attentats et la mauvaise foi de la cour de Rome^ on fût mieux éclairé du juste sujet que Votre Majesté a de s'en ressentir vivement. J'ai même eu pour oh^ei de détourner par là les impressions que je savais quon avait à Paris et qui, étant mandées à Rome, ne produisaient que de mauvais effets et ne faisaient qu'entretenir la confiance des ministres du palais (2)... » Ces impressions avait importuné Lionne lui-même dès les premiers jours : « La cabale des bigots murmure^ avaitil dit, mais elle est et sera impuissante (3). » Rentré en France, Créquy y trouva plus de censeurs encore, et Louis XIV laissa deviner un secret mécontentement contre son ambassadeur. Les Vénitiens Grimani et Sagredo écrivaient : « M. de Créquy est enfin arrivé : le roi Ta bien accueilli, mais selon moi, Grimani, plutôt afin de sauver les apparences et de ne pas donner de joie à Rome que pour exprimer une satisfaction sincère... » — Nous avons rencontré ce duc dans un bal chez Monsieur et, « pendant notre entretien avec lui, nous avons été

(4) A Lionne, 26 juin 1663. — Le même jour, M. d*Elbène, qui abusait de la confiance mise en lui par le pape, écrivit à Lionne une seconde lettre, plus secrète, pour solliciter une récompense de ses services clandestins, « plutôt en pensions qu'en bénéfices. » — « J'aimerais mieux, dit-il, 2,000 écus de pension qu'âne abbaye de 8,000 livres. n(/{ome, 155.)

(2) 20 novembre 1662.

(3) A Créquy, 31 août 1662. Rome, 146.

frappés Tiin et Taulre, Grimani et Sagredo, de son air «»cioux et triste (1). »

Lionne eut à subir des reproches presque publics sur lerftk qu'il jouait dans ce conflit avec Rome. Il y avait des bigots^mi les maréchaux de France et les courtisans particulièrement aimés du roi. Lionne, Colbert, Le Tellier et leur maître onl pu remporter un triomphe passager sur cette prétendue cahak mais ses murmures sont devenus la voix de la postérité. Od peut lire, aux Archives des AfTaires étrangères (2), plusieun lettres interceptées, qui avaient pour auteur un ancien protégé de Mazarin, Lorenzo Tonti, introducteur des tontines dans le royaume, et fort répandu alors dans les meilleures compagnies. Cet Italien écrivait, le 21 septembre 1663, à un ami résidant à Rome : « Pour vous dire maintenant quelques nou> velles do cette cour, vous savez que les aiTaires passent par les mains de M. de Lionne, et que ce ministre, ayant reçu peu de satisfaction du pape quand il était à Rome au sujet du cardinal de Retz, cherche maintenant à s'en venger, sous prétexte de son zële et de la réputation du roi. Il est seul à irriter sans cesse Sa Majesté et à la maintenir dans la ferme résolution d'imposer au pape des satisfactions inconciliables avec l'autorité de Sa Sainteté. C'est lui quia préparé Tarrèt du parlement d'Aix dans Taffaire d'Avignon et du Comtat Yenaissin : c'est lui qui proteste que ces provinces ne seront rendues

(1) 6 février leea.FiVza i30.

(2) Home, 156. — Les lettres que j'ai trouvées sont au nombre de six : la première, du 26 septembre, et la dernière, du 27 octobre 4663. Quoiqu'elles ne soient pas signées, l'identité de Tauteur est certaine. Le rédaotear très anden do la table qui est en tète du vol. Home^ 156, les y range soui le nom dâ Tonti: Nouveiles du sieur Tonti. Il y est fait de fréquentes allusions aux travaux de ToDti, aux circoustances les plus couaues de sa vie, aux tontines et à sa part daos les bénéfices de ces sociétés, h sa nombreuse fkmille, à Mazarin, aux personnages qu'il vo}'ait et notamment à Lionne qu'il avait connu en Italie. Je les ai d'ailleurs comparées avec une lettre authentique et signée, du 19 octobre 1663, rangée dans le vol. 117 his, des Mélanges Colbert (Bibl.nat., mu. fr.), et écrite en français, tandis que les six lettres interceptées sont en italien. J*ai rapproché des dépêches officielles les nouvelles données par Tonti i ton correspondant romain : ses informations étaient trôs sûres, et il ne pouvait les tenir que de personnes vivant dans Tintimité du roi et des miniatret. Il les vérifiait lui-même, et quand il s'apercevait d'une erreur, il U reotifltit par le courrier suivant.

que si le prochain pape prive du chapeau les cardinaux Impériale et Chigi, s'il châtie don Mario et fait rembourser les dépenses de la guerre par la maison Chigi... 11 assure que Sa Majesté, étant délivrée de l'affaire de Lorraine, va donner toute son application à tirer vengeance de Taffront qu*elle a reçu à Rome... C'est lui qui a fourni toutes les semaines à la gazette de Paris les articles en forme de relations, où tant de mépris était prodigué à votre gouvernement... Il dit aujourd'hui que la gazette ne parlera plus des affaires de Rome et que, si jusqu'à présent on a fait la guerre en paroles au pape et à ses parents, on la lui fera en action désormais et dès le printemps prochain. On ne saurait dire avec quel dédain il parle de votre cour en toute occasion, et en quelle dérision il tourne ses censures ; il dit que, si jamais elles sont fulminées en France, un arrêt du parlement les fera brûler par la main du bourreau, en vertu de cette maxime soutenue par les docteurs de Sorbonne, que des lois qui ne sont ni édictées ni reçues en France ne doivent être ni obéies, ni respectées (t). » Une autre lettre deTonti, du 26 octobre suivant, rapporte une conversation qu'avaient eue devant lui Lionne et le maréchal de Gramont, à la table de ce dernier (2) ; il écrivait (3) : « Je dînais mercredi chez le maréchal do Gramont avec un grand

(1) On yoit que certains passages se retrouvent en termes presque identiques, dans les écrits déjà cités des contemporains, Régnier Desmarais, Grimani, Lionne lui-même, Jeure-Millet, la note inédite de Colbert, etc. Les lettres de Tonti remplissent donc les conditions que doit exiger une sévère

critique.

(2) Antoine de Gramont, célèbre par ses brillants services et par la noble liberté de langage qu'il conserva jusqu'à sa mort, même en présence du roi. Sa franchise et sa familiarité avec Lionne s'expliquent d'autant mieux qu'ils avaient été envoyés ensemble à la diète de Francfort* en 1657, pour combattre Télection de Léopold à l'Empire.

(3) Une lettre du 19 octobre 1663 donnait déjà un curieux dialogue des mêmes personnages, entendu par le marquis de Crenan, qui l'avait rapporté à son ami Tonti. On a vu, dans la lettre du 21 septembre 1663, que Lionne avait promis de no plut envoyer d'articles contre le pape à la gasette t il ne tint pas sa promesse^ et le maréchal de Gramont lui dit : « La gazette a recommencé à parler. Vous ne pourrez donc vous tenir en repos? — Pardonnei-moi pour cette fols, répondit M. de Lionne; car cette épigramme de la gazette contre le pape, qui avait armé sans avoir d'ennemis et qui désarme sans avoir fait la paix, n'a été publiée ici qu'après avoir couru à Rome. — Ainsi, repartit le maréehai, on censure par* tout la conduite du pape I — Sans doute, dit M. de Lionne, puisque les btillts

nombre de seigneurs : parmi eux était M. de Lionne qni, vers la fin du fruit, nous dit : Les dernières nouvelles de Rome sont que le pape licenciait ses troupes pour en aider les Espagnols comme si le Turc était en Portugal! — Belle idée! répondit le maréchal; mais que fera maintenant le roi? S'il va porter le trouble en Italie, on dira que, dans son intérêt personnel, il empêche qu'on ne se réunisse pour résister ensemble à l'invasion ottomane ! — Vous préférez donc, répliqua M. de Lionne, que le roi oublie le soin de sa réputation et donne à Sa Sainteté toute liberté de secourir TEmpereur, lorsque le pape, qui devrait être le premier à défendre les intérêts de la religion, refuse précisément de satisfaire le roi pour avoir ce prétexte de laisser l'Empereur sans assistance? — Ainsi, dit le maréchal, si le pape fait mal, nous ferons comme lui? Il faut penser à nous et aux populations qui tombent dans l'esclavage ! — Il y a plus d'esclaves à présent, repartit M. de Lionne, qu*ilnVen aurait sous les Turcs. Ne faut-il pas que, tous les dix ans, les pauvres sujets de TÉglise pourvoient à la fondation d'une nouvelle famille princière pour les parents du pape^ qui passent subitement de la dernière misère au gouvernement et à la souveraineté, quand ils auraient besoin de tuteurs et même de pain?... Le roi est offensé. — Qu'il remette à Dieu le soin de le venger, dit le maréchal. — Oui, mais le pape n'en donne pas l'exemple, répliqua M. de Lionne, puisqu*il se rappelle les offenses des morts [Mazarin], pour s'en venger sur les vivants. — En ce moment, le maréchal se levant de table, lui dit : Aujourdhin comme toujours^ vous êtes trop brutal avec les prêtres, — Et sur cela ils se turent. »

Pour préparer l'opinion publique à Tinvasion des États romains, la cour de Franco s'empressa de consommer l'usurpation d'Avignon et du Comtat, dès que le duc de Créquy eut

sont faites ad xdificalionem et non ad desfructionem. — Assurément, répliqua M. de Gramont; et, sans cette buUe de Pie V [invoquée par Alexandre VH pour refuser la désincamération de Castro], il y a longtemps que rËtat ecclésiastique serait morcelé. — M. de Lionne qui le premier avait parlé de bulles se récria : Si la bulle de Pie V, dit-il, a été imaginée pour ne pas rendre ce qu'on a pris, elle est pire que la loi de Mahomet, en verta de laquelle le Turc ne renonce jamais à une conquête, dès qu'il y a étabU des mosquées... *» (Aome, 156.)

quitté la frontière de Savoie. C'est le 17 juillet que fut signée riostruction chargeant le procureur général au parlement do Provence de requérir au nom du roi la confiscation de Tenclave pontificale; et Louis XIV comptait si bien sur un arrêt conforme à sa volonté que, le môme jour, il avait envoyé au premier président d'Oppède Tordre de l'exécuter lui-même (1). Le 26 du même mois, le parlement d'Aix, premier modèle de ces Chambres de réunion, qui soulèveront un jour l'Europe et provoqueront la confédération d'Augsbourg, dépouille le saint-siège de deux provinces. Quelques jours auparavant, les factieux d'Avignon ayant mis à mort le barigel du pape, Louis XIV avait été troublé : il se sentait responsable du sang versé, puisqu'il tenait depuis longtemps le vice-légat prisonnier, qu'il avait chassé tous les officiers du souverain légitime et que la force était entre les mains des rebelles. Il demanda « quelle autorité avait sur cet officier la justice qui lui avait fait son procès; car il serait fâcheux au dernier point, disait-il lui-même, qu'on eût, par un seul emportement de passion, fait mourir un innocent. Pour ce qui regarde le déplaisir que ce nouvel incident causera à la cour de Rome, elle ne peut s'en prendre quà elle-même par beaucoup de raisons qu'il est inutile de dire... » Son ministre calma ses scrupules et lui persuada que ces personnes avaient la légitime autorité. « Pour les crimes dont le barigel a été convaincu, ajoutait Lionne, c'était à eux et non pas à nous à voir s'ils méritaient la mort (2) ! » — Une fois Tarrét rendu, Louis XIV annonça aux cours étrangères rétablissement du pouvoir royal dans cette conquête^

(!) «7 juillet 1663 : Ordre de finir l'affaire d'Avignon. — Même jour, de la main de Lionne, «< Mémoire du roi au sieur (VOppède premier président en son parlement de Provence : Comme le roi présuppose pour infaillible de la justice de sa cause que l'arrêt que le parlement de Provence doit prononcer sur les récpiisitions de son procureur général pour la réunion au domaine de sa couronne de la ville d'Avignon et du ComtatVenaissin, ordonnera cette réunion, S. M. a voulu par ce mémoire faire entendre audit sieur président d'Oppède quelles sont ses instructions pour la suite de cette affaire, quand l'arrêt aura été donné. » D'Oppède dut se rendre sur les lieux, prendre possession, faire prêter serment de fidélité à tous les ecclésiastiques^ même aux évéques, en cas de refus, les expulser et faire passer en Italie, établir tribunaux ^ etc.^ etc. {Rome, 153.)

(2) Lionne àLouis de Brancas,ducde Villars, 26 juin et 13 juillet 1663. i{ome,153.

442 cnAPITRE NEUVIÈME

le serment de dix mille nouveaux sujets, l'expulsion re8pe& l lieuse du vice-légat, conduit militairement jusqa'àla frontiëie dans un carrosse à six chevaux, la satisfaction indicible des peuples et les feux de joie allumés pendant trois jours dans tout le pays (1) ! L'allégresse de Lionne éclata en blasphèmes et en obscénités. C'est h un évèque qu'il écrivait en ces termes: « Gra?i minore e non per poca lena fera, je m'assure, en vos quartiers, la nouveauté d'Avignon. Le seigneur vice-légat s'est trouvé surpris et n a pas pu bien exécuter tous les ordres qu'il avait vraisemblablement dans sa poche ; car il s'en est allé désespéré et pleurant comme un enfant. Us y suppléeront sans doute, à Rome, par quelque bel interdit affiché ad vaivas (2). Le parlement d'Aix en fera le môme cas que s'il était attaché advulvas^ et le seigneur hoia (3) pourra bien ensuite consacrer la pièce tnro Dioiies (4). »

En m^me temps, pour ruiner dans l'esprit dos peuples le respect de cette autorité contre laquelle il multipliait les attentats, Louis XIV fît condamner par un tribunal séculier (juillet 1663) des thèses favorables à la suprématie pontificale (5), et ordonna (4 août) Tenrcgistrement dans tous les parlements des Six propositiojis arrachées récemment (8 mai) à la Sor-

(1) Le roi à Tévèque de Bézieri^, 7 août iGG3. Veni$e, 83.

(2) Paroles de la formule qui termine les bulles : Ad valvoi ecclesim LateranensiSf etc. Le pape, pour éviter majora scandala^ ne fit pas publier les censures portées par les canourt coutre les usurpateurs de biens ecclésiastiques, et qui étaieut d'ailleurs encourues ipso facto.

(3) En ital., le bourreau.

(4) A Vulcain, au feu; c'est-à-dire la brûler. — Le roi et Lionne à révèque de Béziera, 7 août 1663. Venise, 83.

(5) Lionne à Bourloiuont : » Je vous envoie Tarrèt du parlement de Paris qui a été donné au public ces jourti-ci sur les tbëses qui avaient excité tant de tumulte eu Sorbounc. Je voudrais bien en avoir beaucoup d'exemplaires pour en remplir Tltalie. » — « Je vous adresse huit copies de Tarrêt.... Il làudra que vous fassiez divers paquets et que vous les adressiez, à Rome et aillears, à des personnes les plus qualifiées, afin quVIles se puissent mieux répandre et sans qu'il paraisse que cela vient de nous. » (27 juillet et 3 août 1663. Rome, i55.) — « Je vous adresse, pour contenter votre curiosité, un arrêt du parlement de Paris coutre les doctrines ultramontaines et en ce pays-ci tout-À-fait apocryphes. La cour de Rome aura lieu de se ressentir à loisir de ses duretés et de ses injustices, et on lui prépare un nouveau dégoût, un peu plus amer gve tous les autres, dont vous anrez bientôt l'avis, m (Lionne à d'Aubeville, 3 août 1663, Parme, 3.)

TRAITÉ DE PISK 443

bonne contre les pérogatives du saint-siège. Mais le succès incomplet de cette entreprise sur la puissance spirituelle laissa un vif dépit chez ceux qui l'avaient inspirée et conduite : les six articles purement négatifs de 1663, beaucoup moins hostiles à la papauté que ne le seront les Quatre propositions de 1682, avaient provoqué une résistance que domptèrent avec peine les procédures tyranniques du parlement (1).

Louis XIV jugea enfin que Theure des suprêmes violences était arrivée. Colbert disait, dans la note inédite que nous avons déjà citée : « Après que TafTaire de Marsal fut terminée, voyant que la réunion à la couronne n*avait rien fait sur l'esprit du pape, et même qu'wwe infinité d autres moyens qu'elle avait mis en pratique pour lui faire prendre un meilleur conseil, avaient été tous inutiles, enfin Sa Majesté s'est résolue de faire passer des troupes en Italie, pour se mettre en état de les faire agir au mois d'avril de Tannée suivante, 1664. » En réponse aux instances nouvelles de Philippe IV, le roi donna, le 3 novembre, au marquis de la Fuenteun écrit, bientôt rendu public, qui faisait de Tarticle de Castro une condition absolue du traité et où les invectives contre Rome atteignaient un tel excès que Régnier renonce encore à les excuser : « L'âcreté des termes, dit-il, n'y avait pas été épargnée à l'égard des parents du pape; en quoi on avait peut-être été plua loin quil ne convenait à la bienséance et à la propre dignité du roi (2). » Le 20 du même mois, Louis XIV écrivit à Bonsy : Rome est plus opiniâtre que jamais sur Castro; je n'y renoncerai pas non plus. (1 Je vois bien que ces gens^-là me connaissent fort mal et l'état de mes affaires; car, quand je demande, il me semble que cest dire : Je veux et f aurai, ou au moins qu'il y a si peu de différence qu'elle n'est pas connaissable. On mande bien que le pape dit que la force peut tout; que j'aille prendre ledit État, et qu'il n'a pas le pouvoir d'y résister. Je ne croirai pas faillir, après cela, de m'accommoder à ses sentiments. Au moins n'aura-t-il pas sujet de se plaindre que j'aie fait ce que lui-même propose et à quoi je vois qu'il me convie d'autant

(1) V. no8 Recherches^ 2« édlL, Introduction.

(2) Page 270; et Preuve*, p. 139.

plus que, s'il y a de la violence, elle sera en toute raison pour Taccomplissement d'une parole qu'on m'a donnée eipour tirer (Toppressioii tin prince injustement dépouillé (1). »

Réduit aux nécessités de la plus légitime défense, Alexandre Vil avait fait appel aux princes italiens, à l'Empereur et au roi d'Espagne. L'Empereur, pressé entre les Turcs et l'Alliance du Rhin, donnait peu d'attention à l'Italie (2). Les guerres de Candie et de Portugal occupaient et ruinaient les Vénitiens et les Espagnols. Le grand duc ne redoutait rien tant que de voir les Français dans ses ports ou sur ses terres. Cependant, malgré leur embarras, ces quatre États pouvaient, en concerlant leurs efforts, s'interposer efficacement entre Rome et Louis XIV : ce prince le savait, et il mit toute son application à prévenir leur accord. Il fut d'ailleurs singulièrement secondé par l'égoïsme traditionnel de la maison d'Autriche et de Venise. Bonsy lui écrivait de cette ville : « On est ravi ici de ce qui s'est passé à Avignon... Ces messieurs se consolent fort de la mortification des Chigi, pourvu que leur repos n'en soit pas troublé et qu'ils n'y aient pas de part. Leur ambassadeur a écrit au sénat que, quand le pape sut la nouvelle d'Avignon, il demeura immobile un quart djheure avec une affliction extraordinaire, mais qu'il n'espérait pas, pour

(1) Ce vengeur des princes opprimés venait justement d*impo8er au duc de Lorraine l'odieux traité de Nomény (31 août 1663), qui consommait la spoliation commencée par le traité de Montmartre du 6 février 1662!

(2) Voici, copiée par Lionne lui-même, la réponse de TEmpereur aa pape : '< Februario 1663. Risposta data dair Imperatore ail' istanza del nanzio : che le... torbolenze col Turco non permeltono a Sua Maestà di smenbrar VesercitOf e che un socorso di due mila uomini, sicome riusclrebbe al papa di poco Biiffragio, cosi sarebbe alla Maestà Sua di grande impegno mentre si scorge che la Francia non va mcndicando che pretesti per romperla con 11 Anslriaci. — Ch' e^'sendo tuttavia bramoso l'Imperatore di fare palese la sua filiale osservanza verso la Santa Sede, si contenta di servar gli occhi accio possa mon* signore nunzio per Thereditarie provinzie di S. M. assoldare non solo lo tcritto di detti due mila nomini, ma anche numéro maggiore quando le aggradi, con réserva di non battere la cassa. In oltre si da il signore principe di Porcia, [ministre de Léopold] espresso con Sua Signoria lUustrissima che rimperatore s* inoltrera anche a piu forti e valide delibcrazioni ogni volta che il Re caitolico come interessato in causa voglia caminar di consenso per sostenere le ragioni del pontefice e la libertà d*ltalia contro chi si sia che pretendease In alcnn tempo d^involarla. » [Vienne, 18.)

cela, le porter à ce qu'il fallait. » — Les Vénitiens craignent que vos troupes, arrivées en Italie, ne veuillent une place forte et ne la demandent à la Seigneurie qui n'aurait pas la force de résister. Sur quoi, un des principaux a proposé de rappeler l'armée de Candie pour défendre la terre ferme; mais ils ne feront rien, « la puissance de Votre Majesté les contenant dans leur affection ancienne (1). » — D'un autre côté, en dépit de la lettre solennelle de Louis XIV à Philippe IV, les ministres d*Espagne à Rome n'avaient pas encore reçu Tordre d'y appuyer les prétentions des Français, et Lionne écrivait à Tarcbevéque d'Embrun (2) : Capobianco, confident du cardinal d'Aragon, soutient l'opinion que le pape ne peut ni ne doit désincamérer Castro. Ce cardinal est « tenu fort homme de bien, mais fort simple, fort crédule et tellement ébloui de la splendeur du pontificat ou préoccupé de la sainteté de la personne du pape qu'il ajoute foi à toutes les mSindres choses qu'il dit, comme s'il parlait non seulement ex cathedra^ mais avec l'approbation d'un concile œcuménique. »

Louis XIV compta sur la terreur qu'il inspirait, pour prévenir toute opposition des autres puissances et même pour obtenir leur concours actif. Par des courriers extraordinaires, expédiés de Saint-Germain le même jour, ses agents en Toscane, en Espagne et à Venise reçurent l'ordre d'inviter ces gouvernements à s'expliquer sur le bruit d'une ligue qui se formait entre eux contre lui. Lionne écrivit à l'abbé de Bourlemont, qui résidait alors à Florence (3) : « Je vous dirai que depuis quatre jours le roi a heureusement découvert, et par un accident assez rare qu'il n'est pas nécessaire de dire, la véritable raison de cette invincible opiniâtreté des Chigi à ne point désincamérer Castro, qui scandalise si fort tout le monde... Ils ont, il y a un mois, proposé à presque tous les princes une ligue dont ils promettent que le pape se rendra le chef, sous prétexte de la défense de l'Italie. L'avis en a été donné au roi de si bon lieu qu'il n'en peut pas douter ; car il vient du palais

(1) 25 août et 27 octobre 1663. Venise^ 83.

(2) 5 août. Espagne, 45 et 46.

(3) 16 décembre 1663. Borne, 156.

même du pape (1), et il a été confirmé par quelques-uns de ceux à qui on a fait les propositions qui ont été rejetées. » Sa Majesté se confie à M. le grand-duc et croit d'avance qu'il les a refusées. Elle écrit à Madrid et ne doute pas que le roi d*£8pagne ne lui donne aussi toute satisfaction là-dessus.

(1) La cour de France affectait de présenter comme clandestines et criminelles les démarches notoires et fort légitimes du pape en vue de se procartf l'assistance de ses chers fils les princes catholiques. Elle se faisait adresser de Rome par ses agents secrets ou avoués des rapports sur les menées ténébreuses, qu'il lui plaisait d'imputer au souverain pontife. Le prétendu secret découvert il y a quatre jours ou un mois^ raccident assez rare est tout simplement une des lettres que Lionne recevait toutes les semaines de ses correspondants romains, celle-ci par exemple ou une autre, de même autorité : J'apprends, lui écrit un de ses espions le 23 octobre 1663 {Rome 156), « par une personne de grande considération que le pape traite comme ane ligue avec l'Espagnol et un duc d'Italie... » le duc de Mantoue on le grand duc de Toscane. « Celui qui^onne cet avis et m'en donne d'autres est un signore appelé Galgano Ugargeri, cousin second de la belle-sœur du pape, qui est fort fâché de tous ces procédés qu'on a ici contre S. M. T. C. » Or, Tauteur de cette lettre était un des Minimes français, protégés de Lionne et imposés par lui au couvent de la Trinité du Mont, où ce ministre entretenait une révolte permanente contre les supérieurs romains, contre le général, le cardinal-protecteur et le pape lui-même! Il était venu de France avec le duc de Créquy, et c'est cet ambassadeur qui l'avait installé de force dans ce monastère. [Voir notamment Lionne à Créquy, 9 juin 1662 Romey 145.] Ce religieux qui 8*appelait de Neuillan et signait Noillan, était de bonne famille : il avait un frôre commandeur de Malte, et il était particulièrement connu des commandeurs, puis baillis, d'Elbène et de Souvré, Ces derniers, intimement liés avec Lionne, l'éclairèrcnt inutilement sur l'indignité de son protégé : Lionne se disait avec raison que d'honnêtes gens ne lui auraient pas rendu les services qu'il attendait de ses correspondants. Le 27 janvier 1664, M. d'Elbène écrivait de Rome à M. de Souvré : « ...Je vous prie de faire savoir adroitement à M. de Lionne que le P. Neuillan, minime, qui se dit tout À lui et savoir ses intentions en lui écrivant toutes les semaines, publie Ici mille choses impertinentes contre notre grand maître et notre ordre, chez les cardinaux et partout où l'on le veut écouter, et ce, de la part de notre ami [Lionne] etc.. Je sais que ses confrères ne sont pas satisfaits qu'il se mêle de tant d'affaires, sans leur su, qui ne sont pas dépendantes de celles de saint François de Paule, mais la considération de le voir porté par M. de Lionne retient un chacun et moi le premier,.. » — D'Elbène avait raison de craindre le P. de Neuillan et de se défier de Lionne. Ce ministre, formé par Mazarin, avait deux ou trois polices qui s'entre-surveillaient, et l'ambassadeur de Malte à Rome, sachant que des rapports avaient été faits contre lui-même, écrivit encore à M. de Souvré : » Cela ne peut venir que d'un homme qui a l'esprit aussi grossier que le corps; qui pêche les nouvelles par la ville et dans les antichambres et les met exprès sur le papier pour complaire à cf/i/t [Lionne] dont il fait ici la charge d'agent, publiant en sa faveur mille sornettes... C'est le P. Neuillan, minime, qui seul peut

Une note impérieuse fut envoyée à Tarchevêque d'Embrun, qui devait la présenter à Philippe IV. On y lisait: Sans la désincamérationde Castro, « il nepeuty avoird'accommodement, par deux raisons : Tune, que Sa Majesté est engagée d'honneur par cette promesse (1) et par conséquent ne s'en départira jamais; l'autre, qu'elle en a donné sa parole au duc de Parme (2) dès qu'elle eût la promesse du pape (3) par écrit, sur quoi personne ne saurait dire avec raison que Sa Majesté se soit trop avancée, puisque cette promesse était signée de deux ministres publics et qu'homme au monde n'avait présumé qu'un pape eût voulu manquer à une parole donnée avec tant de solennité. » La ligue méditée contre le roi ne peut avoir pour but que de *< lui faire perdre l'honneur. » L'archevêque d'Embrun demandera une prompte réponse à Sa Majesté catholique et la transmettra au roi qui prendra ses dernières résolutions ! Lionne, dans une lettre personnelle à l'ambassadeur^ se réjouissait avec lui du succès qu'il se promettait de ses manœuvres : Le roi espère, disait-il (4), que Sa Majesté catholique le satisfera sur « ce beau projet de ligue. Si cela n'arrive pas, nous ne nous en trouverons pas plus mal, et, pour vous en expliquer mes sentiments particuliers, vayade cueiito! Un jeune homme allant chez une courtisane faisait un raisonneavoir été capable d'une si lâche action... » C'est un « esprit fort inquiet et qui rCa de chrétien et de dévot que Vhabii quil porte. » Le couvent de la Trinité-du- Mont compte quarante religieux dont les meilleurs désirent qu'il soit retiré de cette maison. (26 mai 1664, Rome, 157.) Le P. Neuillan demeura, jusqu'à la mort de Lionne, un de ses correspondants les plus accrédités, et ses rapportSf qui témoignent du caractère le plus méprisable, sont conservés aux Archives des Affaires étrangères. Ou vient de lire un fragment de sa lettre du 23 octobre 1663. Voici ce qu'il écrivait le 3 décembre suivant, pour complaire, comme dit d'Elbène, au ministre son protecteur : « J'avais oublié de dire à V. Eic. comme tout le peuple est très mécontent du pape. Pour témoigner cette yérité, je vous envoie l'écrit ci-joint qui court par Rome, pourtant un peu en secret. On dit hautement que, si l'armée de France vit et traite doucement le peuple, on lui ouvrira partout les portes. » {Rome 156.)

(1) Art. 99 et 100 du traité des Pyrénées, qui n'étaient pas opposables au pape.

(2) Chacune de ces paroles est un mensonge.

(3) Il appelle promesse du pape récrit équivoque eitorqué à Grimani et à Iturieta.

(4) Le mémoire du roi, sa dépêche et celle de Lionne, portent la date du 16 décembre, comme la lettre à l'abbé de Bourlemont. [Espagne, 45 et 46.)

ment en lui-même qu'il ne lui pouvait arriver que du bien el de la satisfaction de ce dessein : car, disait-il, ou elle m *oqvrira sa porte et j'aurai sa jouissance ; ou elle ne m^ouvrirapas, et c'est ce qui me convient le plus. Faites, s'il vous plait, l'application. Ou le roi d'Espagne abandonnera les Chigi suivant sa parole, et ils seront traités comme ils le méritent; ou il les protégera, et les Chigi de l'Espagne ne s'en trouveront pas plus mal, sans que les nôtres s'en portent mieux; carie roi a, ce me semble, de quoi satisfaire à tout. Je prévois déjà révasion de M. le duc de Médina quand vous lui porterez vos plaintes: il avouera vraisemblablement qu'il a été parlé à Rome d'une ligue, mais seulement contre le Turc, en suite et en conformité des premier pourparlers qui en avaient été faits, il y a près de deux ans, où même les ministres du roi assistaient aux conférences. Vous lui répondrez, s'il vous plaît, que le roi est averti que cette ligue contre le Turc ne doitf servir que de prétextée celle que le cardinal d'Aragon traite pour la défense de l'Italie. » Exigez d'eux, comme preuve de leur sincérité, qu'ils vous « remettent en mains les ordres du gouvernement de Milan pour le passage de notre armée, » et un écrit du Roi catholique promettant de ne pas protéger les Chigi ; qu'ils dépèchent un courrier à Rome pour désavouer le cardinal d'Aragon et presser le pape de désincamérer Castro. « Dès lors toute l'affaire serait achevée, ou il faudrait conclure que lesdits Chigi sont fous à lier, puisqu'il est aisé à voir que, n'étant plus armés et n'ayant appui de personne, il leur est inévitable de faire ce que le roi demande... J'avoue que je perds le sens ou que tous les princes l'ont perdu, quand je songe qu'ils ont de si mortelles frayeurs du passage de Tarmée du roi de delà les monts et qu'ils ont en main un si facile moyen de l'empêcher, non pas, à dire vrai, en y opposant la force, mais seulement en déclarant tous ensemble au pape qu'il faut qu'il se résolve à désincamérer Castro, et que, s'il ne le fait, ils seconderont tous le dessein de Sa Majesté, qui a grande raison de vouloir se faire tenir la parole qui lui a été donnée et sur laquelle il a engagé la sienne au duc de Parme (1). Je ne pensais pas vous en tant dire quand j'ai

(1) Ce qui précède se lit déjà dans la lettre à l'abbé de Bourlemont : on ne trouve les deux lignes suivautes que dans la lettre à la Feuillade.

pris la plume, mais la matière, sur laquelle on m accuse d'être trop chaud, m'a emporté. »

Pour commettre les Vénitiens avec le pape, la cour de France fit semblant de croire et publia qu'elle avait été informée de la prétendue ligue par Basadonna^ ancien ambassadeur de la Seigneurie à Rome, rentré depuis peuà Venise(l), Le roi écrivit à Bonsy : Rendez-vous sur le champ au Collège et remerciez la République « de la conduite qu'a tenue en ce rencontre son ambassadeur, que je ne dois imputer qu'aux bons ordres qu'elle lui avait donnés, dont je me tiens très obligé et lui en ferai paraître mon véritable ressentiment aussitôt que jepourraiètredébarrassé,defaçonou d'autre, de cette aflfaire. » Lionne, après avoir rédigé cet ordre, répétait en italien à Tévêquede Béziers Tapologue obscène qu'il venait de composer en français pour l'archevêque d'Embrun : « Andava wio aputtane e faceva in se questo ragionamento : il mio dissegno Jion puol riuscire se non bene, perche, o ella m'aprira e la godero, o non rfiaprira^ e sara quello che mi conviene più. Faites l'application : ou le roi d'Espagne abandonnera les Chigi suivant sa parole, et ils seront traités comme ils le méritent; ou il les protégera, etc.. ; le roi a, ce me semble, de quoi satisfaire à tout. Abon entendeur, salut (2). » — Bonsy répondit (3) : J'ai remercié les Pregadi ; « Votre Majesté verra, dans la parle que le Sénat vient de m'envoyer, que ces messieurs se sont étendus le moins qu'ils ont pu sur la matière principale de mon audience, soit parce qu'ils ont été surpris qu'elle ait été informée d'une chose dont ils n'ont pas su tirer le mérite qu'ils devaient en donnant connaissance à Votre Majesté de ce qui avait été proposé à leur ambassadeur dans Rome, ou que, pour ne la pas aigrir davantage contre les Chigi, ils veuillent témoigner que l'on n'a pas été si avant qu'il a été écrit à Votre Majesté. » Bonsy ajoutait, dans une lettre à Lionne : a Je ne doute pas que cet éclat ne produise Feffet qu'on en doit attendre pour la gloire de Sa Majesté et pour la honte de ses ennemis, et que

(1) Il était sorti de Rome le 17 novembre 1663. {Re/azioni, t. II, page 259.)

(2) 16 décembre 1663; à la suite de deux dépêches royales, datées du même jour. Venise, 83.

(3) 5 janvier 1664. Venise, 84.

LOUIS XIV ET LE SAl.M-SIÈUE. — I. 29

4'iO r.IIAPITBE NEL'VifcSIK

le remercicmciil qui a été fait à la République, avec rassiirance que vous avez jugé à propos de lui donner des bonnes intentions de Sa Majesté, ne les continue dans les mêmes sentiments qu'elle a fait paraître, quand même on sérail assez malavisé, kMîidrid, pour donner les mains à ces lieaux projets de ligue et pour suivre les sentiments des ministres d*£spagnc qui sont en Italie ( l ) : ?7s sont persuadas qu(* le roi tôt ou tard vent rompre aver f Kspaf//ir (2)^ cl qn il vaut mieux être les premiers, sans lui donner plus de temps, dans lequel la France profile sans qu'ils aient le même avantage, et le fciirc sous le prétexte d'assister le saint-siège et d'avoir le pape de leur côté, dont ils croient, dans les suites, tirer d'autres avantages. Ces Messieurs [les Pref/adi] savent bien en conscience ce qui a été proposé à l'ambassadeur Hasailonna, et ils l'avouent dans leur parte en ne le niant pas, quoique cet ambassadeur a dit dans la ville, et m'en a fait mémo dire quelque cliose, quo Jamais ie pape ni personne ne lui a tenu des discours formels de lifjue (3), Ils ont

(1) Le cardinal d*Ar<ig.)ii et lambasitaddur Ponce <Ie Léon.

(2) El iU avaient raison, comme levènem^nt le ]>ronva bientôt.

(3) L«' papp, s'«*n tenant à une stricte défen-'ive, n'enten lait Dullemeotchanff.tr le syst»Mno des alliancos en Europe, ni former une coaiitioQ permanente de princes catlinlir|uos contre Louis XIV. Il rappelait seulement à ces princes leur d !voir de prolfgcr la fiiblesse du pontife romain contre l'injuste agression du tout-puissant roi d»î France. Bisa<l«)nna répéta ces déclaratioas à Bonsy dans il'autr.'s entretiens où, malifré sa malveillance vénitienne contre Home, il ne donna au roi que des louaui^i's ironiques, et démentit une fjis de plu4 lu calo'unie répanilue par los Français sur Tinfluence illégitime qu'Aloxandr ' VII laissait prendre à 9«'s parents. L'cvêque de Bèziers écrivit an roi, le 19 janvier \M\ : .M. Has.idonna nii.' dit « qur» V. .M. avait toutes les raisons du mont": que h sinn'rit' de ses irit^nlion^ était indubitable^ 9t que sa rlrtnenc; et sa tHodfnition niiiiitaieut l>;s ])lus grands élo,-zes; qu'il souhaiterait UU'? scnliî <'lios' «lu cnh'» di*. la Franc»» : un pom pin di compatimento per un g'trernn if/nnrantr... Il dit «jiie ]o pape est homme de bien, et que de celle bonne cause il ost r»''sult'î de trè^ mauvais effets, se persuadant que tout doit cédera sa piél»* iH^rs-unH'II-*, et riant inrauahli' dv. prendre c.ynseil de personne par la bonne opinion k\\\\\ a de s >i-m»'iiie; i[iie tes parente souhxitent si fort i\ii^f'o nniodt'.tncif (piils racli''t''raitfnt nirm»» par la mort du pape, s'ils pensai'Mil daiH la suite rtro «>n ri^pos; qu'ils auraient plus gagné dans Ii calme q-i'ils n'ont pu dérobiT dans l»>s IoviM's d.'puis b* 20 août, et qu'ils font tous leurs efforts pour n/diffcr l' pipe à sat/sfain: T. M.\ mais que ce mal, l'opiniàlnîté et le peu de prévoyance, viennent du clu'f... 11 entra alors dans le sujet de ma dernière audience, et me dit que la Ué[»ublique avait escroqué un nniorciem-'ut de V. M. qu'elle ue méritait pas, et que les propositions de

TRAITÉ DE PISE 45i

affecté d'être muets après mon audience, et moi j'ai cru ne devoir pas taire Tobligation que le roi professait à la République de Venise de s'être si bien conduite. Quelques-uns ont cru que c'était un artifice pour les engager avec nous, ou pour les mettre mal à Rome, et, quoi qu'il en soit, le parti que vous avez si prudemment pris ne peut que faire un éclat teirible et aussi utile au service de Sa Majesté que glorieux à votre ministère. )) Une lettre particulière, écrite le 19 janvier par Tévêque de Béziers à Lionne (1), montre que le roi et la Seigneurie se défiaient justement l'un de l'autre, et combien les propositions du pape étaient conformes à l'intérêt commun des Italiens : « Ces Messieurs, disait Bonsy, affectent de paraître.,, extrêmement Français. . . Je ne pense pas pourtant qu'ils soient jaloux de ce que tous les princes d'Italie logent des troupes du roi et qu'on ne leur en envoie pas, ni qu'ils songent moins à munir leurs places de terre ferme, comme vous le verrez par le billet ci-joint. » L'ambassadeur Sagredo annonce que le roi

ligue avaient été fort générales,.. L'ayant un peu questionné pur ce qui lui avait été proposé il y a longtemps et depuis peu, il m'avoua que, dans le corn* mencement des menaces deV. M., on lui tigura le péril pour toute 1 Italie et robligation des princes qui en aiment la tranquillité; que, depuis peu, on lui avait renouvelé les mômes discours avec uu peu plus d'empressement, mais sans aucune proposition formelle; qu'il avait bien vu élever des nuées et fomenter des desseins et que non seulement il avait déclaré les bons sentiments de la République pour le service de V. M., mais qu'il avait dissipé et étouffé dans leur naissance des projets informes qui auraient pu troubler la chrétienté* — Je ne pus m'empêcher de lui dire que la grande envie que MM. les ministres étrangers avaient d'accommoder cette affaire et la passion qu'ils en témoignaient au pape eu posture de suppliauts avait fait plus de mal que de bien. — 11 me confessa que son avis avait été de laisser là le pape sans lesoliiciler pendant quelque temps, et qu'il a vu une telle fatalité dans cette affaiFvi qu'il ne savait qu'en dire. Après cela, il me fit un grand discours de l'état présent des affaires de la chréUenté : que V. M. seule était en état de la sauver ; qu'il était de sa grandeur et de sa gloire de faciliter V accommodement et de n'en venir pas à l'extrémilé. — A quoi je répliquai que l'Église étaU aussi dans un déplorable état, et que Dieu avait fait naître ces conjonctures pour y remédier sans doute par le bras victorieux de V. M., de qui les p-édécesseur? l'ont toujours sauvée de ses plus grands dangers, ai que je comprenais^ parla relation qu'il venait de me faire de la cour de Rome, que tous les princes devaient songer à en corriger les abus, pour être mieux en étal., après une œuvre si agréable à Dieu, de réprimer les forces de l'ennemi commun, o (Au roi, 19 janvier 1664. Venise, 84.) (1) Venise, 84.

4«j2 chapitre neuvième

a do bonnes intentions pour la République. « Ces Messieurs en sont persuadés, mais cette terrible année qui se prépare leur fait craindre qu'en mangeant l'appétit ne vienne, et est capable de leur inspirer tout ce qu'on en pourrait désirer pour le service de Sa Majesté. »

En expédiant à Tarchevèquc d'Embrun ses ordres du 16 décembre 1663, Louis XIV exprimait son impatience d'avoir la réponse du Roi catholique. Il n'attendit cependant pas le retour de son courrier pour frapper un nouveau coup, qui précipita les événements. Colbert (i), qui perpétuait dans le conseil

(1) 11 était lui-même poussé n cette résolution par une antre créature du feu cardinal, ce Jeure-Millet, ancien sous-gouverneur de Monsieur, maréchal de camp, euvoyé eu 1658 à Rome pour l'affaire de Castro, et qui venait de lui remettre un <« Mémoire sur les sentimmls de la cour de Rome et des princn d'Italie,.. » Celte pièce fut communiquée au roi et a Lionne, dont les dépèches reproduisent ses ruisonoements et jusqu'à ses paroles, et c'est ainsi qu'elle a été rangée parmi les correspondances diplomatiques du temps. L'histoire saura désormais comment s'exprimaient sur le chef de l'Église des hommes vivant dans la familiarité de Louis XIV et dont il recherchait les conseils. Après avoir bassement injurié la famille Chigi, Jeure-Millet soatient i'opinîon qu'Alexandre VU est encouragé à la résistance par les lettres qu'il reçoit de Paris : « Je sais de bonne part, dit-il, que l'on écrit tous les ordinaires à Rome et en toute Tltalie qu'il n'y a rien à craindre de la part de la France pour la guerre contre le pape; que M. Je Tellier ne désire point de nouvelles aCTaires et qu'il éludera toujours les nouveaux mouvements; que M. Colbert a de la vigueur, mais qu'il est ménager, et que, voulant rétablir et remettre les affaires des tinances en bon ordre, comme il a commencé, et rendre parce moyen son maître puissant et riche, il ne consentira pas qu'une guerre précipitée interrompe l'ordre qu'il va donnant au bien de l'État pour l'avenir, et rainer le beau règlement qu'il apporte à toutes choses. Quant à M. de Lionne, qai pourrait avec moins de risque et de charge soutenir les bouillantes intentions de S. A/., les donneurs d'avis le croient si dépendant et si soumis aux senUments de ces Messieurs qu'il n'est pas capable de pousser unsenUment vigoureux contre leur avis. 11 n'y a rien si certain que toutes les cours d'ItaUe, et nommiimcut celle du pape, sont informées et averties en cette manière, si bien même que le public en est ici comme persuadé. L'on joint à ceci une cabale de bigots que l'on rend grande comme un fantôme, qui, quoique sans chef apparent, donne des espérances à la cour de Rome en cas de mouvement contre elle. Tout aide à flatter et tromper le pape et sa séquelle,.. J*ai peine à croire que l'Empereur ait part aux (iëres résolutions du pape; même que le Saint-Père espère d'eu être secouru; mais, s'il lève des troupes, j*e8lime qu'il le fera en Suisse. Il est d'ailleurs aisé à c>>nnattrd, par la tiédeur du duc de Parme qui a été soufflé d'ici par ses émissaires, qu'il n'est guère persuadé que l'on veuille tout de bon faire la guerre au pape. M. le Teliier a été pleinement informé de cette circonstance avant le départ de M. d'Aube-

la haine de Mazarin contre Alexandre VII, s*unit à Lionne pour presser Louis XIV de passer des menaces à Taction. Le 4 janvier 1664, avant même que Tarchevêque d'Embrun

eût exécuté complètement ses dernièresinstructions,LouisXIV déclara aux ministres d'Espagne et de Venise, la Fuente et Sagredo, qu'il donnait pouvoir à Tabbé de Bourlemont de traiter avec le plénipotentiaire pontifical sous les mêmes conditions qui avaient été proposées au Pont- de-Beau voisin par le duc de Créquy, et que, si elles n'étaient pas acceptées le 15 février au plus tard, l'armée française marcherait sur les États romains (1). Cet ultimatum s'adressait plutôt à Madrid qu'à Rome,, et la Feuillade fut chargé sans retard de le notifier au Roi catholique : «... Il est aisé à voir, écrivait Louis XIV (2), qu'une cour qui n'est pas naturellement fort brave, et qui n'ignore pas les apprêts de guerre que je fais, ne serait pas assez aveuglée pour se conduire de cette manière, si on ne lui donnait des espérances qu'elle sera appuyée par d'autres potentats, et ce soupçon^ en l'état présent des choses,

▼ille. // rCy a que les Espagnols qui puissent donner plus de poids aux affaires pour la satisfoction du roi, se trouvaat presque mêlés dans l'injure reçae, et qai pourront, possible, prendre des résolutions à l'assemblée qu'ils font à Gaête avec les cardinaux partisans d'Espagne, qui pourront faire craindre au pape d'être violenté de deux côtés à faire après coup plus qu'il ne voudrait de satisfaction. Car, en tout cas. il n'est pas possible, si le roi envoie des troupes en Italie^ que VEspagnol s'empêche d'armer pour sa sûreté, ce qui lui coûterait beaucoup et ferait une puissante diversion en faveur du Portugal. — Je crois aussi que, si les Vénitiens peu veut croire que Ton veut faire la guerre tout de bon, ils appréhenderont qu'elle soit cause que Ton leur retranche de deçà la subvention que le roi leur peut donner pour se défendre contre le Turc, et craindront aussi d'ailleurs que le pape ne retire, sous ce prétexte, les grâces annuelles qu'il leur fait, de manière qu'ils feront leurs derniers efforts à Rome pour convertir le pape à une plus douce et plus légitime manière d'agir... J'ose prendre la liberté de faire ce plan des affaires à M. Colbert, qui en sait toutefois plus que qui que ce soit; mais, possible, seraisje assez heureux pour tomber dans son sens et rencontrer partie de ses pensées. C'est un zèle qu'il d.it, s'il lui plaît, pardonner à un véritable serviteur et qu'il éprouvera, quand il lui plaira, en choses essentielles, qui ne présume rien de soi, mais qui lui est tout dévoué. » (Rome, 163.) Ce mémoire non signé est tout entier de la main de Millet, comme on peut s'en assurer en le comparant aux dépêches autographes et signées de cet agent. {Rome, 133.) 11 porte les annotations suivantes : i664, commencement de la dite année. — A garder.

(1) Régnier, Preuves, p. 141.

(2) A l'archevêque d'Embrun, 6 janvier 1664. Espagne, 49.

4S4 CHAPITRK NEUVIÈME

jip peut tomber qup fiur le roi mon beau-père. Je veux croire, comme je vous l'ai déjàmamlé, que ces sortes de négociations se font sans ses ordres et môme sans son su, et que les ministres qu'il a en Italie croient le bien servir quand ils mettent cette ligue en état qu'il la puisse accepter ou refuser, selon qu'il estimera lui convenir; mais je veux croire aussi qu'il est trop prudent et trop exact observateur de ses paroles, pour ne vous avoir pas donné toute satisfaction sur les premières plaintes que vous lui aurez faites. // aura encore bien plus de raison d'en user de la manière que je dis, quand il saura une résolution que je pris avant-hier pour faire connaitre à toute la chrétienté, (^i principalement à lui^ la sincérité de mes intentions, et qu'en tout ce que je fais ou serai obligé do faire à l'avenir, je n'ai autre but ni ne me propose autre objet que la réparation de mon honneur... Sachant bien que le passage de mon armée de delà les monts, qui s'exécutera infailliblement au l*"' de mars prochain, donnera grande matière au public d'en discourir, chacun selon sa fantaisie, j'ai voulu jusqu'au bout mettre la cour de Rome dans son tort et faire avouer à toute la. terre que je n'ai embrassé ce dernier parti d'extrémité et de voies d(; fait qu'avec un extrême déplaisir et y étant tiré par force pour ne laisser point de tache & ma réputation. » Le roi ajoutait, dans une dépêche confidentielle : <i Vous verrez dans mon autre lettre la nouvelle résolution que jo pris avant-hier, pour donner moyen à la cour de Rome, si elle est enfin résolue de m'accorder la satisfaction que je demande, de se tirer de l'embarras où elle se trouve, en tirer aufisi tous les autres, etc. » Lioime se réjouissait déjà des humiliations qu'il préparait au souverain pontife : « Buon capo danno a Vostra Eccellotza, écrivait-il à l'archevêque d'Embrun, con rauijurio di quarenta altrianni appresso^ colmicTof/ni prosperità! Vous trouverez ci-joint, avec la dépêche du roi, deux papiers assez curieux pour vous divertir quelques instants. Je ne crois pas que la cour de Rome sache se prévaloir du nouveau moyen que le roi lui donne de sortir de tout embarras, tant elle se flatte agréablement de ses belles pensées d'une ligue, et de pouvoir, par ce moyen, nous satisfaire aux dépens des Espagnols en les faisant entrer enjeu, et leurs

Etats se renconlrant les premiers sur le chemin de la marche de noire armée (i). »

La cour de Madrid ne se soumit pas sans avoir fait entendre à Louis XIV de dures vérités. Dans une audience de trois heures, le duc de Médina rappela au ministre de France tout ce que Philippe IV avait fait pour complaire à son gendre, et comment cette bienveillance élait récompensée. Nous vous avons accordé, dit-il, le passage du Milanais pour vos troupes, et nous avons ordonné à notre nouvel ambassadeur de différer son entrée publique dans Rome. Vous, au contraire, vous envoyez aux Portugais des hommes et de l'argent , et des levées se font publiquement en France pour les assister. Malgré la parole que vous avez donnée, vous voulez marier Mademoiselle de Montpensier à don Alphonse. Vous êtes en traité avec le duc de Mantoue pour lui acheter Casai. Vous attaquez de toutes paris « la augiistissima casa de Aiistria par des alliances avec différents princes sous la condition de son exclusion dans tous les traités. » Sa Majesté catholique aurait donc le droit de s'unir avec le pape et d'autres princes contre vous, et cependant elle n'en a pas l'intention. Si elle désire former une alliance, c'est contre le Turc. — La Feuillade poursuivait ainsi le récit de son audience : Le duc ajouta que son maître (c convierait Votre Majesté d'entrer dans celte ligue, et qu'il n'en userait pas comme l'on avait fait en d'autres, où Ton avait demandé pour premier article son exclusion; que la France n^ était pas si éloignée du fléau delà colère de Dieu quilne ptit passer jusqu à elle^ et que, pour lui, il ne pouvait pas comprendre comme Votre Majesté voulait se résoudre de faire passer une armée en Italie dans l'état présent de l'Europe; qu'elle privait la chrétienté, par ce trouble domestique, du secours de ses forces qui étaient aujourd'hui si puissantes; qu'elle divertissait celles des autres potentats chrétiens; du pape, qui devait songer à sa défense; des princes d'Italie, qui se mettaient par nécessité sur leur garde, et du Roi catholique, qui avait ses raisons de défiance ; et que toute cette confusion avait pour principe et pour objet la ruine de don fulano Chi-

(1) 6 janvier 1664. Espagne, 49.

gi (d), objet indiqué non seulement de la colère de Votre Majesté, mais de celle de plusieurs de ses sujets qui auraient pa châtier par mille moyens son insolence... » — L*archevèque d'Embrun affecta d'écouter avec dédain « ce prône qui dura près d'une demi-heure d'une haleine. » Il savait cependant, la postérité sait comme lui, après avoir pénétré tous les secrets de cette époque, que tous les reproches du ministre espagpnol étaient fondés, et que les machinations de Louis XIV contre la m/gusiissima cosa étaient plus perfides encore qu'on ne le supposait à Maririd. La Feuillade était d'ailleurs trop intelligent pour prendre lui-même au sérieux sa réponse à son interlocuteur : « Je demeurai d'accord,... écrit-il au roi, que Votre Majesté n'avait jamais prétendu que le Roi catholique abandonnât les intérêts du saint-siège, dont elle se professait elle-même lephts pumant et le plus zélédéfenneur^ mais qu'elle avait toujours fait distinction des intérêts du pape et du saintsiège d'avec la mauvaise administration de ses neveux, qui avaient fait un outrage insigne à son ambassadeur et qui détenaient les Etats des princes ses alliés... » Sur les malheurs de la chrétienté, je répliquai « que je convenais avec lui sans dîfficulté de toutes les funestes conséquences de Taffairede Rome, qui ne pouvaient être assez oxagérées, mais que je niais absolument que Ton en pût imputer le moindre désordre à Votre Majesté;... qu'elle n'avait point recherché l'assassinat attenté contre son ambassadeur; qu'elle avait quasi-sollicité^ durant six mois, la réparation de l'injure pour en étouffer les suites malheureuses; qu'elle était entrée dans la protection des ducs de Parme et de Modène par la nécessité de la défense, pour avoir une retraite en Italie pour ses troupes, et qu'enfin elle s'était saisie d'Avignon, avec quelque déplaisir, pour réduire le pape, par un moyen pacifique de ses propres intérêts^ à faire justice;.... que toutes ces remontrances avaient bien plus de force contre le pape que contre Votre Majesté, et qu'elles tachaient son pontificat d'un reproche inexcusable, puisque Votre Majesté avait ouvert si souvent des moyens si faciles d'accom-

(1} D'un simple parliculier. Fu/ano, en espagnol, veut dire tel ou tel.

modement où Sa Sainteté ne répondait que par la dureté et par rindifférence (1)... »

Louis XIV avait pensé qu'une concession simulée, qui n'était que Tabandon d'une prétention inique, fournirait aux Espagnols et aux Vénitiens un prétexte de céder plus complaisamment à ses désirs. Il voul ut bien leur laisser entendre qu'il daignerait restituer Avignon au saint-siège : « Sa Majesté, écrivit Lionne à Tarchevêque d'Embrun (2), n'ajamais eu aucune intention de s'approprier un Etat qui a une fois appartenu à l'Église, quoiqu^il eût d'ailleurs de justes titres de le retenir, et partant elle trouve bon, s'il est nécessaire ou utile, pour porter le pape à désincamérer Castro, que le Roi catholique prennesursoid'obtenirdeSaMajestélarestiluliond'Avignon.» Mais cette ouverture fut faite en termes équivoques, dont Farchevêque d'Embrun essaya encore de mieux déguiser le sens (3). Lionne écrivait à Tévéque de Béziers : « Il n'est

(1) 3 janvier 1664. Espagne, 49.

(2) Mémoire du 16 décembre 1663. Espagne, 45 et 46.

(3) « Ou l'offre que j'ai faite à M. le duc de Médina, avec la réserve que j'y ai ajoutée, sera acceptée, et l'affaire est entièrement terminée, puisqu'il ne faut point douter que le pape ne cède à l'autorité du Roi catholique soutenue par les armes de V. M. dans la frontière de ses États; — ou elle ne sera point acceptée, et je n'ai rien engagé n ayant pas même déclaré si ouvertement que je le pouvais les offres de V, M. L'on pourra aussi, en ce cas, reconnaître la partie secrète et la maladie véritable de cette affaire, afin que V. M. puisse donner quelque chose au temps et prendre ses résolutions pour engager ou ne pas engager une armée rovale en Italie dans le printemps prochain. » (L'archevêque d'Embrun au roi, 3 janvier 1664, Espagne, 49 ) — La Feuillade dissimulait à la cour de Madrid ce qu'il y avait de plus insoutenable dans les eiigences du roi sur Castro : « Je vous dirai maintenant en coufidence, écrivait Lionne à Bourlemont, que je crains un peu que M. d'Embrun n'ait fait naître un embarras nouveau dans votre négociation, pour ne s'être pas, ce me semble, assez clairement expliqué en parlant aux ministres du Roi catholique des intérêts de M. le duc de Parme. Car je comprends, par sa dépêche même, que, n'ayant insisté que pour obtenir la désincamération de Castro, il pourrait arriver que les dits ministres eussent cru que cette simple désincamération suffirait pour accommoder l'affaire, laissant, après ce pas-!à fait, aux tribunaux de Rome le pouvoir de juger et décider à qui appartient cet État, à la Chambre ou audit duc. Or vous savez bien que ce n'est pas-là notre compte... Ce qui serait, à dire vrai, une pure moquerie, et il faudrait nous tenir pour dit que nous verrions bientôt une nouvelle incamération dudit État de Castro. » (23 janvier 1664. Rome, 157.) — V. aussi la dépêche de Louis XIV, 27 janvier 1664, rappelant à l'archevêque ses instructions antérieures, et la lettre de Lionne du même jour : « 11 faut qu'il y ait quelque démon qui prend plaisir à trou-

458 CHAPITRE NEDVIÈMK

point vrai que j*aie jamais dit crûmontel clairement à M. Tarnbassadeur Sagrotio : Ilpaparenda Castro al ducadi Parmat, nel concederglilo, vi pom/a la conditione che cio non segua^ ne il re non roalitiiisce ancora lui Avignone alla Santa Sede. Ce que j'ai (lit, et pas davantage, cestquejaiincessammcut demandé Castro et déclaré que, sans cela, il n y aurait riea à faire nia espérer pour raccommodement, et, comme M. Sagredo me pressait sur Avignon^ disant que le pape souffrirait plutôt le martyre et de voir égorger tous ses parents que de rendre Castro sans rentrer dans Avignon, et partant qu*il était d'une nécessité indispensable que le roi expliquât ses intentions sur Avignon, si on avait ici quelques dispositions à ajuster les choses, après m'ôtre longtemps défendu do rien dire, je lâchai seulement ce mot, ou plutiM je fis cette question : Le pape n'est-il pas le maître, quand il déclarera qu'il veut rendre Castro, d'y mettre la condition qu'il voudra? Ce sera, après, au roi à dire s'il la veut recevoir ou non. Si de cette question que je fis, on en a tiré la conséquence que porte le billet, je n'en puis mais (1). »

Aucun artifice ne fut négligé pour vaincre les derniers scrupules du faible, mais honnête Philippe IV. Louis XIV donna, le 26 janvier, « une longue audience secrète » au marquis de la Fuente, encore étourdi des menaces qu'il avait été chargé de transmettre à Madrid, et prétendit que les Cffigi « avaient fait indirectement parvenir jusqu'à lui » les mêmes propositions de ligue qu'avait reçues d'eux le Roi catholique. 11 communiqua le môme avis i\ rarchevêque d'Embrun, dans les termes les plus injurieux pour la cour pontificale : « Ce sont méchantes gens, disait-il, qui se soucieraient peu de voir toute la chrétienté en trouble, pourvu qu'ils puissent se satisfaire à laisser dans C oppression leur principal ennemi^ qui est le duc de Parme ^ k cause que Paul IIP, chef de tous les Farnèse, a autrefois ruiné ce fameux banquier, Augustin Chi-

blor DOS utîairos les plus claires, si ce n'est plutôt le ciel qui veat en toutes fuçous se servir du roi pour abolir dans l'Église le pernicieux abus du népotisme, car je suis assuré que vous avez parlé suivant les intentions et les intérôts de S. M... >» (EspaynCy 49.) (1) 25 décembre 1663. Venise, 83.

gi (1), chef de leur famille (2). » Mais lorsque cette dépêche parvint en Espagne, Philippe avait promis d'abandonner le souverain pontife au ressentiment de Louis XIV. Les Portugais venaient de remporter de nouveaux avantages sur l'armée espagnole, et, au même moment^ toutes les lettres du Milanais racontaient la marche rapide des troupes envoyées par Louis XIV en Italie. Un Français, Tabbé Lenet, attaché au prince de

(1) Les ressentimeats personnels, s'il en avait existé, étaient depuis longtemps oubliés, et il y avait alors une grande union entre les deux familles. Alexandre VII avait pris pour majordome le prélat François-Marie Farnèse, l'avait nommé cardinal et lui avait ensuite confié l'importante et difficile légation de Bologne. La famille Cbigi avait acheté aux Farnèse un fief de ce nom, et redevait sur le prix 128.000 écus romains : le cardinal Farnèse, auquel cette créance était échue, en fit remise à don Agostino Cbigi. (Bourlemont a Lionne, 28 février 1668. Rome, 189.)

(2) 27 janvier 1664. Espagne, 49. — Louis XiV et Lionne prétendirent que le cardinal Orsino, à l'instigation du cardinal Cbigi, se serait offert pour être l'agent d'une négociation secrète entre les deux cours. Voici la vérité : Orsino, publiquement rangé dans le parti français et pensionnaire du roi, était depuis longtemps dans un profond décri, et tout le monde savait que, s'il avait encouru momentanément la colère de Louis XIV pour avoir siégé au consistoire du 21 août 1662, il préparait sa rentrée en grâce par un redoublement de servilité. Ses patrons de France étaient accablés de requêtes et de suppliques, qui sont conservées aux Archives des Affaires étrangères ; ils étaient les premiers à le mépriser et n'ignoraient pas qu'il était justement odieux au pape. — L'archevêque d'Embrun écrivit au roi : Le duc de Médina me dit « que M. le cardinal d'Aragon avait dépêché ici un courrier, qui était arrivé le jour auparavant, pour donner avis au Roi catholique comme V. M. traitait une ligne avec le pape peur attaquer le royaume de Naples; que S. S. avait envoyé quérir M. le cardinal d'Aragon pour lui faire cette confidence, lui ayant dit que, con un poco diperqamino e di piombo, elle se délivrera facilement de la guerre des Français par la désincamération de Castro. » (!•«• février 1664. Espagne, 49.) — Lionne répondit : « S. M. a été surprise au dernier point... que d'une bouche qui doit être l'oracle de la vérité il soit sorti une aussi indigne menterie et fausseté que celle que S. S. a bien voulu dire à M. le cardinal d'Aragon, qu'elle soit recherchée et sollicitée par le roi d'une ligue pour attaquer le royaume de Naples... Je vous assure que, si le roi eût eu la moindre disposition du monde à sortir d'afi'aire avec la cour de Rome par cette voie-là, 11 y a longtemps que S. M. aurait été pleinement satisfaite. Je ne puis pas m'expliquer davantage, et si on le croit autrement à Madrid : dat veniam corvis, vexât censura columbas. Cependant, comme dans votre entretien M. le duc de Médina avait appuyé ses ridicules soupçons sur les négociations de M. le cardinal Ursin, et qu'il s'était rencontré en effet qu'encore que, depuis la faute pour laquelle le roi l'a chassé du rang de ses serviteurs à Rome, on n'ait voulu rien entendre ici qui vint de sa part, il n'avait pas laissé d'y vouloir entamer une nouvelle négociation à la suggestion du cardinal Chigi^ et cela sans doute, (comme il se voit aujourd'hui), pour faire

Condé (1) et chargé par lui d'une mission à la cour d*Espagne, écrivait de Madrid à Lionne le i6 janvier (2) : « Il arriva ici, avant-hier (M janvier), un courrier d'Italie, dépêché parle comte de Peùaranda, el quai ha pueslo estos sefïores en grandes recelas por el movimiento y enlrada de las iropes del rey nostro seTior en lia lia , ce qui fait qu'ils laisseront, à ce que Ton dit, les troupes qu'ils ont de ce côté-là sans les faire venir pour la guerre de Portugal, comme on en avait envie, lesquelles, à ce que Ton assure, sont au nombre de 8.000 hommes de pied et 4.000 chevauK dans TÉtat de Milan^ toutes vieilles troupes, et 7.000 hommes de pied et 1.800 chevaux dans le royaume de Naples. »

C'était, en effet, une terrible armée, comme on le disait à

mieux tomber le cardinal d'Aragon dans le piège qulls lui tendaient de cette belle ligue que tous savez par la jalousie et la crainte que le cardinal Unin en traitât une autre avec eux par ordre du roi, S. M. m'a chargé de faire Toir à M. le marquis de la Fuente deux lettres originales du cardinal Ursin, adressées depuis le lo' janvier au marquis Justiuien [Giustiniani, de GèneB) poar moi, et une copie d'une autre qu'il avait écrite eu même temps à M. de Bourlemont; auxquelles toutes il n'a été fait aucune réponse. On lui a même renvoyé une lettre qu'il s'était dispensé [donné la liberté) d'écrire au roi par la voie dudit sieur de Bourlemont » etc., (21 février. Espagne^ 49.) Or, on peut lire au volume de Rome^ 157 : 1° deux lettres du cardinal Orsino à Lionne et à Giustiniani, du l«r janvier 1664 : il propose de se rendre en France, à Moulins, auprès de sa tante la dncbesse de Montmoroncy, sous prétexte d'affaires persont nelles. Si on veut Taboucber avec un ministre ou agent dn roi, il ee fait forde réduire le pape à toutes les cou'iitions qu'on vmidra bien lui imposer, et il n'a pas d*autre secret que celui-ci : » Non couoscendo io in questo negotio mezzo megliore, se non che il papa si rimelia intieramente aUa volontd deirè; ■ 20 une lettre du même cardiunl à Lionne, du 22 janvier 1664 sur un entretien qu'il prétend avoir eu avec le cardinal Cbigi. Il en résulte seolement, i supposer que cette entrevue ait eu lieu, qu'Orsino avait tenté vainement de faire accepter son entremise : « havendo io altre volte signiflcato che si saria potuto con oblationi alla cortc di Francia dar soddisfationi al ré. » Et, comme il appartenait notoirement à la faction française, Chigi lui aurait demandé naturellement s'il avait des pouvoirs pour négocier, mais sans lui faire aucune proposition.

(1) Cet ecclésiastique, frère de Leuet, procureur général au parlement de Bourgogne, qui avait joue un rôle important dans la Fronde, soUicitait de Philippe IV le payement d*une somme de 100.000 écus, pour laquelle le prince de Condé avait engagé les pierreries de sa femme, pendant la guerre de Bordeaux. Ses démarches étaient approuvées et appuyées par Louis XIV : il correspondait avec Lionne, et sa présence en Espagne donnait quelque ombrage à l'archevêque d'Embrun.

(2) Espagne, 4y.

Venise (1), qui se dirigeait vers les États romains. J'ai lu, au Dépôt de la Guerre, toutes les correspondances auxquelles elle donna lieu, et qui sont résumées dans le Rapport général d'un contemporain. Elle devait comprendre, y est-il dit, trois cents et tant de compagnies d'infanterie et environ quatrevingts compagnies de cavalerie. « // en était déjà passé en Italie trente-deux compagnies d'infanterie et cinquante-trois de cavalerie,\es six du régiment royal de dragons et celle des gardes de M. de Bellefonds comprises. Tout le reste s'était avancé, savoir : l'infanterie en Provence et la cavalerie en Dauphiné ou es environs, lorsque le traité de Pise fut conclu. Le roi avait choisi ses meilleures troupes pour s'en servir en cette occasion, même une partie des compagnies des régiments de ses gardes françaises et suisses, et presque tous les plus anciens corps de son infanterie... Après avoir fait acheminer les troupes en Dauphiné et dans les provinces voisines, on envoya des ordres à toutesles compagnies qui ne s'étaient rendues qu'en Auvergne et en Bourbonnais pour s'avancer aussi dans le Dauphiné, où il leur fut prescrit de se rendre dès le premier du mois de mai's. Ces ordres furent expédiés dès le mois de janvier 1664. Dès le commencement du même mois, le roi fit pourvoir à tout ce qui était à faire pour avoir le passage de toutes ses troupes sur les terres dés princes et États d'Italie pour les faire rendre dans ceux du pape.... Pendant cela, on travaillait incessamment à Toulon à préparer les vaisseaux nécessaires pour porter t infanterie par mer en Italie et, comme le pape vit que c était tout de bon qu'on allait porter la guerre dans ses États ^ il résolut avec les cardinaux de désincamérer Castro et de donner d'ailleurs entière satisfaction au roi . » Louis XIV avait placé l'armée sous les ordres d'officiers du plus grand mérite, le maréchal du Plessis-Praslin, commandant en chef, et les lieutenants généraux de Fourilles, de Duras et de Bellefonds. Le maréchal avait déjà reçu son pouvoir « d'entrer dans l'État ecclésiastique, d'assiéger et faire battre les villes et châteaux et toutes les places qui refuseraient d'obéir au roi, y donner assaut, les emporter de force, s'il était possible, ou les prendre par

(1) L'évêque de Béziers à Lionne, 19 janvier 1664. Venise^ 84.

462 criAPiTRi:: neuvième

composition, combattre les ennemis du roi, leur livrer bataille, etc. (i). »

Le pape cependant ne se rendit qu a la dernière extrémité, et lorsqu'il connut la déclaration faite par Philippe IV au nonce lïonoUi. Le iO janvier, le Roi catholique avait mandé auprès de lui le ministre pontifical, « sans en demander conseil à personne (2), ot lui avait dit (3) : Je vous ai envoyé appeler pour vous dire que vous écriviez de ma part à Sa Sainteté qu'il n'y a déjà que trop de temps que les différends qu'il a avec la France durent, et que je ne puis pas permettre qu'ils passent plus avant au grand dommage de toute la chrétienté; et qu'ayant égard tant à ce qui convient à Sa Sainteté qu'à rhonneur du roi mon neveu, je vois quelques ouvertures faciles pour sortir de cette all'airc avec beaucoup d'avantages pour le bien public. Le duc de Médina a charge de vous en dire

plus de particularités Le nonce avait été aussi surpris de

cette harangue que d'un coup de tonnerre, et il demeura si intordit qu'il eut peine à trouver la porte de la chambre où le roi lui avait donné audience. » L'archevêque d'Embrun écrivit à sa cour : Le lendemain de cette scène, le duc de Médina m'informa « que, pour la désincaméraliou de Castro, le Roi catholique avait résolu de s'y engager de tout son pouvoir; qu'il convenait que l'article du traité de la paix portait quelque obligation pour Sa Majoslé^... mais que cela s'entendait sous les conditions de la remise d'Avignon et de la sortie des troupes fran-

(1) Dt'pAt i\o. la Tiucrre. Archives a?triejvtes, vol. 182.

(2) Le duc (le Mediua déclinait baiitenieut toute participatioQ à cet acte de poil maître; il le r6pé«a pluàieurs fois à la Feuillade, qui écnvait encore : • Le Hoi catbolique a plutôt suivi ses mouvements propres que ceux de son conseil. » Le duc avait proposée que la dé^ïincamératiou fût négociée seulement à Rome par l'anibas^sadour de Plùiiope IV; et le conseil d Espagne, ne voyaut aucun rapport entre Cnstro et 1 alfa ire des Corses, était d'a^lB que l'on «'en tint aux bons ofllces, conformément au tra'Lé des Pyrénées. —(Même lettre.)

(3) a Os he enviado lUmur para deciros que cscrivais en mi nombre a Su Santitad que barto tiempo durau estas diferoncias cou la Fraociai y que noo se puede permitir ({ue viiynn mas adelante en daîio de toda la chrisllandad y que mirando tanto por la conveuiencia de Su Santidad como por la honn del rey mi sobrino, veo alu'una abiertura facil para salir de este negoUo con el beneficio publicn, y el duque de Médina tienc orden do decbros mas particularitadcs... >> La traduction que nous donnons est de Lionne; dans une lettre à UourlomoDt, du 2o janvier 1064. (/{ome, 157. )

çaises de lllalie, suhant les déclarations que j'avais failes et dont Ton ne pouvait pas douter; que, pour le dernier point des ouvertures de raccommodement, le Roi catholique avait résolu, dans le même temps que je dépêcherais le courrier de Votre Majesté, au plus tard dans deux jours, d'en dépécher un autre iente y viniente avec des lettres de Sa Majesté au pape et à tout le collège des cardinaux, qui contiendraient les moyens de terminer ce différend en forma de protesta, s'ils n'étaient point acceptés, pour tous les malheurs qui pouvaient arriver de ce trouble à la chrétienté, et qu'au cas que le pape ne se rendît poinl à des semonces si fortes. Sa Majesté était résolue d'employer toutes les voies d'autorité pour obtenir l'effet que Sa Majesté désirait; qu'il croyait que je serais content de ces résolutions, où il lui semblait que Ton ne pouvait rien ajouter de plus efficace pour les volontés de Votre Majesté... Je demeurai d'accord sur le troisième point [reprise de la négociation], que Sa Majesté Catholique ne pouvait pas prendre une résolution plus forte que celle des lettres au pape et au collège des cardinaux en forme de protestation^ qui étaient les avantcoureurs des dénonciations de guerre contre la cour de Rome. . . » Le secrétaire d'Étal, don Blasio de Loyola, étant allé communiquer à l'ambassadeur français les dépêches préparées pour Rome, la Feuillade, fidèle exécuteur des volontés de son souverain, répondit à une démarche si humble de la manière la plus insultante pour le pape et pour le roi d'Espagne : Je remontrai à don Blasio, dit-il, « que cet ordre n'était pas tout à fait si fort que M. le duc de Médina me l'avait fait entendre ; car il ne contenait quhme menace de protestation et non pas une protestation effective , que l'on devait aussi faire entendre une chose au pape, qui était que toute la confiance

que Votre Majesté avait eue pour Sa Majesté catholique ne portait aucune suspension ni pour ce que les troupes de Votre Majesté, arrivées dans le Parmesan et dans le Modénais, pourraient entreprendre, ni pour les nouvelles levées que Votre Majesté faisait en France, d'où il pourrait arriver que les accidents nouveaux du temps pourraient changer la face de cette affaire, ôter au Roi catholique le pouvoir de servir le pape et obliger Votre Majesté à de plus hautes conditio?îs, comme par

exemple les frais de la guerre, et qu'ainsi il fallait écrire à Rome

qae l'on ne retardai point Texpédilion du courrier Don

BlasiodeLoyolaapprouvalaréflcxion, etil m'assura qu'il aonil soin de faire insérer exprès un article là-dessus dans la dépèche de Rome. Ce n'est pas que, comme le Roi catholique concourt aujourd'hui par un engagement positif à la désincamération de Castro, les délais ne peuvent plus avoir de mauvaises suites à regard de Votre Majesté, et ils incommodent beaucoup tEspagne par la méchante perspective qu'un corps français fait si avant dans Tltalie. J'eus le même jour, le soir, un billet... qui assure le départ des deux courriers en même temps (1). »

Il était à craindre que le sang n'eût déjà coulé, lorsque ces nouvelles parviendraient à Rome et à Saint-Germain. En effet, le premier corps de l'armée française « avait achové de se rendre par brigades, partie dans le Parmesan, partie dans le Modénais (2) », et se préparait à pénétrer sur les terres pontificales, par les chemins qu'avait depuis longtemps indiqués le cardinal d'Ëste, traître à l'Eglise et à lltalie (3). Le pape céda sans déshonneur à un tel excès de violence. La honte était pour le Roi très chrétien, qui perdait à ce point le respect dû au souverain pontife, le sentiment de la justice et de sa propre dignité, — et pour les princes ingrats et imprévoyants dont Alexandre VU flétrit la conduite par une bulle secrète du 18 février 1664 : « Pour prévenir, dit-il, les desseins de Sa Majesté Très Chrétienne, et la détourner d'accomplir ses menaces, après avoir tenté auprès d'elle les moyens les plus propres et qui convenaient mieux à notre zèle paternel; et, après nous être laissé aller jusqu'à consentir à des satisfactions exorbitantes, qui n'étaient aucunement dues, comme il est pu-

(1) L'archevêque d'Embrun au roi, 15 janvier 1664. Espagne^ 49.

(2) Heguier, page 2*73.

(3) M Nous partons demain, M. de Saint-Martin et moi, poar aller à Modène et y faire les logement de l'armée du roi dans le Modénais, qui doit partir de là pour entrer dans TÉlut ecclésiastique. — A/, le cardinal [d'Esté] examina par où Vai'mée du roi, sortant des États de M. le duc de Modène, pourrait entrer dajis l'État ecclésiastique, et me dit qu'il n'y avait que deux routes, Tane du côté de Ferrare, et Tautre du côté de Bologne... » — Nous conTenoDS de passer par Bonport [Bomporto, sur le Pauaro, à quelque lieues de Modèae]. (D'Aubeville à Lionne, 21 avril et 7 mai 1663. Parme, 3.)

bliquemeiit connii de tout le monde; ne voyant point sa colère s'apaiser et ne trouvant aucune voie d'accommodement et d'accord, nous nous préparâmes Tan passé à la défense de nos sujets et nous destinâmes à ce besoin une somme de deux millions, dépense que nous avons faite et même excédée en la présente année, espérant obtenir les secours que nous avions demandés à l'Empereur, aux rois, à la république de Venise, et à tous les princes catholiques et Électeurs de l'Empire. Mais, aucun d'eux n'ayant contribué de la moindre somme à notre défense; tous ayant, pour s'excuser, allégué plusieurs empêchements de divers genres;... le gouverneur de Milan ayant de plus accordé le passage aux troupes françaises pour nous venir attaquer et l'ayant refusé à celles que nous avions levées en Suisse pour notre défense ; les Vénitiens ayant fourni à la susdite armée offensive des munitions de bouche et de guerre, ainsi qu'ont fait à son passage les Génois et le duc de Savoie, et ainsi que la France l'espère des deux ducs de Toscane et de Mantoue ; enfin les ducs de Parme et de Modène ayant fait de très fortes levées de soldats,... nous avons été contraint de céder par la force, par la violence... » — Pendant qu'on s'applaudissait à Saint-Germain de l'isolement auquel on réduisait sa faiblesse (1), le pape, avec l'approbation du sacré collège, invitait Rasponi à se mettre en rapport avec le plénipotentiaire français.

L'intelligence et Ja droiture déployées par le ministre pontifical à San Quirico, à Lyon et au Pont-de-Beauvoisin, justifiaient la confiance que lui accordait Alexandre VII. Basadonna, quittant l'ambassade de Rome au mois de novembre 1663, le signalait lui-même aux Pregadi comme un des meilleurs conseillers du souverain pontife : « Sa réputation est méritéCy dit-il ; Rasponi est un parfait homme de bien, absolument désintéressé, ne mettant rien au-dessus d'une bonne conscience, sans empressement pour s'élever, et supérieur à ses emplois. J'ai entendu louer sa capacité par les juges les plus compétents, et il n'est personne qui n'admire en lui la

(1) La cour de Rome sera « bien étoardle du coup de massue que lui porte ce courrier» parti de Madrid le 16 janvier. <— (Lionne à Bourlemont, 23 janvier 1664. Rome, 157.)

courtoisie, la discrétion, la sincérité et toutes les qualités qui font le plus grand charme de la société polie (1). » Bourlemontélaitchargédesuivrclané^ociation au nomde Louis XIV. Cet ecclésiastique qui, avec son frère Tarchevêque de Toulouse, avait passé de la clientèle de Mazarin dans celle de Colbert,jugeaqu'il touchait au moment critique de sa carrière. Lorsqu'il n*était que Tauxiliaire de Créquy, il avait plus d'une fois blâmé et modéré la passion de Tambassadeur : il Tégala, s'il ne la dépassa point, dès qu'il eut reçu les pleins pouvoirs du roi. Les conférences s'ouvrirent à Pise, où résidait alors le grand duc, dont les bons offices ne purent adoucir que rarement les dégoùls prodigués au pape. En attendant Raspooi, Bourlemont pressa ce prince de laisser entrer les troupes françaises à Pontremoli, et prétendit transmettre lui-même les ordres aux chefs militaires du pays : le grand duc répondit avec fermeté qu'il écrirait à ses officiers et séparément au roi pour Tinformer de son consentement, mais que ses commandements ne passeraient point par les maius d'un étranger.

Avant même d'avoir vu l'envoyé du pape, Tabbé lui prèle rintcntion de prendre la qualité de nonce, et proteste. Il blâme d'avance celui des deux qui soulèvera une querelle d'étiquette ; mais dès qu'il aperçoit Rasponi, il s'olfense de son habit violet et le dénonce à la susceptibilité des Toscans. Le Romain prend aussitôt rhabit noir, mais Bourlemont se plaint à Lionne qu'il ait grossi son train de quelques serviteurs appartenant au nonce de Turin : « Pour moi, dit-il, j'ai cru qu'il suffisait de faire le

(1) n ... Se QOD ingaana la fama, Kaspoiii è ua perfeUo uomo da beoe, libero da qualsivoglia iDt»>Te8se, che vive cootento délia buoua coïicleaza, noa aspira con anaia a gmodezzo, porta e non si fa portar dalle caricbe. Ho sentito a lodarlo di capacità da persone che poBsono formare giuitiiio, e tatU egualmente poi esaltauo il tratto cortese, la discrnlezia, riagenuiU e tuUe qii»*ne partielle nella civile conversatioue hanuo maggior attrativa. » {Relazioni, t. II, p. 273.1 — II fut nommé cardinal par Alexandre VII et mourut à Tàge de soixante ans : pendant sa dernière maladie, Tabbé de Bouriemuot écrivit a Pomponne : « Ce sera une gi*ande perte que fera rÉgli«e, parce que c'est un homme de bien, fort intelligent et qui a beaucoup de mérite. » Le cnrdinal d^Estrées, qui était alors à Rome, lui rendit le même hommage : « S. M. y perd un cardinal bien intentionné et persuadé de sa protection autant qu'aucun autre, et Tàme du cardinal Chigi, le sujet apparemment le plus papable de toutes les créatures. » (19 At 26 novembre 1675. Rome, 241.)

mien plus fort que ce qui est efifeclivement à lui, sans emprunter rien de personne (1). » Les deux adversaires se montrent leurs pouvoirs, et Rasponi admet sur-le-champ celui de l'abbé; mais Bourlemont critique cinq passages dans celui qui émane du pape : il veut même interrompre la négociation jusqu'à ce qu'il en soit venu un autre de Rome. Le grand duc obtient qu'il y ait des conférences provisoires : Bourlemont y apporte son humeur intraitable. Dès que Rasponi touche un point grave, Tabbé répond : Cela se verra en négociant; en négociant, on parlera de cela, — ou même il ne répond pas. Le |ep février, arrive de Rome un chirographe nouveau : Bourlemont y découvre aussitôt une impertinence, Rasponi expédie au pape un courrier pendant la nuit : le lendemain matin^ Tabbé signale dans la même pièce quatre autres défauts! Nouveau courrier à Rome. Ces procédés déplurent à Lionne luimême, qui lui reprocha de n'avoir pas entamé sérieusement les affaires, au moins le l®*" février. Il fallait, dit-il, faire comme à Munster, et ouvrir la négociation sur la parole donnée par Rasponi (2). On aborda en (in les articles : le terme du 13 février était si rapproché que tout le monde craignait de le voir expirer sans accommodement. Le grand duc ayant pressé Bourlemont d'en écrire à sa cour, l'abbé refusa, déclarant que la volonté du roi était immuable. Ses pouvoirs furent pourtant prorogés jusqu'au 17, puis jusqu'au 25, mais il mit son orgueil à ne point dépasser la date primitive (3). Le traité de Pise fut conclu le 12 aux conditions suivantes : Désincamération de Castro et sursis de huit ans accordé au duc de Parme. — Indemnité au duc de Modène pour Comacchio. — Légation du cardinal Chigi en France pour présenter d'humbles excuses.

— Déclaration déshonorante exigée de don Mario sur le fait du 20 août. — Voyage en France du cardinal Impériale pour se justifier. — Honneurs extraordinaires à rendre par les parents et ministres du pape au duc et à la duchesse de Créquy.

— Bannissement du barigel : défense au pape d'employer les

(1) A LiouDe, 22 janvier (deux dépèches); 27 janvier et 2 février 1664, Home, 157.

(2) A Lionne, 2 février. — Lionne à Bourlemont, 9 février. HomCf 157.

{3) V. surtout les dépôchiis au roi et à Lionne des 12 et 13 février. Rome^ 157.

Corses à son service : pyramide et inscription infamantes. — Réintégration du cardinal Maidalchini. — Amnistie auxAvignonnais; indemnités au duc Cesarini et autres factieux .

Louis XIYne s'inquiétait pas desressentiments trëslégitimes que laisserait à Rome ce prétendu traité de paix. L'approche de ce qu'il regardait comme un triomphe de la royauté sur le saint-siège ne fléchit ni son orgueil ni sa haine. Le 8 février 1664, pendant que Bourlemont et Rasponi discutaient encore les articles, Lionne écrivait à un Français, M. d^Alibert, afin qu'il le répétât dans les cercles de Rome (1) : « ... Pour ce qui regarde la cour de Rome, je vous assure que, de quelque manière qu'elle se conduise à l'avenir à Tégard de cette couronne, ce sera toujours un des moindres soîicis de notre jeune monar' que^ qui a démêlé depuis dix-huit mois plusieurs mystères secrets qui paraissaient aux yeux du monde tout autrement qu'ils ne sont en efifet. Aussi ne crois-je pas qu'on s'y avise de longtemps de prendre et de considérer un roi de France pour un roi du Japon, et, si le gouvernement d'aujourd'hui ne s'est fait sage à ses dépens, il n'est pas éternel et l'exemple servira pour les autres... » Le mépris de la cour de France pour l'autorité de Rome et les règles de l'Église se manifeste à tout propos. Bourlemont écrit à Lionne : Le grand duc me dit « que M. Rasponi était fort curieux de savoir en quelle forme l'on désirait l'absolution des censures encourues, tant pour avoir chassé le nonce comme pour le fait d'Avignon, et que le pape ne ferait point de difficulté de Taccorder. Je vous assure, Monseigneur, que je ne pus m'empêcher de rire et de répondre que Sa Sainteté était excessive en semblables offres ; que, dès à présent, on tenait cette grâce pour reçue, et que l'on pouvait garder tels régals pour les Espagnols qui les recherchent avec tant de joie... M. Rasponi avait encore fait une autre proposition de semblable étoffe, à ce que m'avance Son Altesse, qui était de savoir si le roi ne ferait point casser les décrets de Sorbonne sur l'infaillibilité du Saint-Père et sur les autres points de son autorité par-dessus les conciles. A cela je repartis que les points de doctrine ne se cassaient point comme des arrêts,

(1) Rome, 457.

TRAITÉ DE PtSE 469

et qu'il fallait convaincre ceux qui avaient cette opinion, et qu'ainsi M. le légat pouvait conduire avec soi des théologiens de Rome pour disputer avec nos Sorbonistes, lesquels changeraient de créance, s'ils demeuraient confondus (1). » Rasponi ayant prié directement Bouriemont, après la rédaction des articles, de transmettre au roi une requête qui concluait ainsi — ordonner au parlement d'Aix de prendre l'absolution des attentats commis contre le saint-siège, et faire révoquer les récents décrets de la Sorbonne, — Tabbé écrit à sa cour : « Je vous avoue, Monseigneur, que j'eus pitié de la pauvre pratique de ces gens-là, et compassion du mémoire si gaffo (2). Je dis au secrétaire de M. Rasponi qu'il emportât son mémoire et que je ne m'en voulais point charger. Et ayant vu après M. Rasponi, je lui dis que cette pièce-là méritait d'être présentée au roi par le légat (3). »

Le 17 février, Alexandre VII, prenant encore une fois le sacré collège à témoin de l'extrémité où il était réduit, prononça la désincamération de Castro et ratifia le traité de Pise; mais, le lendemain, il déposa, dans un acte secret^ une protestation ineffaçable contre la violence de son persécuteur. Cette bulle a été révélée au public français par Daunou, qui l'avait trouvée dans les archives du Vatican, transportées à Paris après l'enlèvement de Pie VII. Elle remplit seize pages in-8® du livre que Tex-oratorien composa, par ordre de Napoléon, sur la puissance temporelle des papes [i) : « Pour qu'il soit manifeste ànos successeurs et à la postérité, disait Alexandre VII, que nous avons été contraint à ces transactions par la force, par la violence, par la juste crainte des armes de Sa Majesté très chrétienne et par l'étroite nécessité de prévenir de plus grands maux que produirait en Italie une guerre entreprise par une main si puissante contre le siège apostolique, abandonné de tous les princes catholiques qu'on avait requis de le secourir ; quand d'ailleurs le Turc, non content d'avoir mis le

(1) i2 février 1664. Rome, 157.

(2) Niais, absurde.

(3) 13 février 1664. Rome, 157.

(4) Tome II, page 172 et suiv., édition de 1818. Cette protestation est rédigée en italien : je suis la traduction de Daunou.

pied dans Candie, menace toutes les autres tles du domaine vénitien, et la Dalmatie et le Frioul, et qu'ayant déjà occupé une grande partie du royaume de Hongrie, il se prépare à ouvrir, avec des forces formidables, une nouvelle campagne : dans ces circonstances, et par ces motifs, de notre propre mouvement, de notre parfaite science et pleine puissance, nous protestons devant le Dieu béni, devant les glorieux apôtres saint Pierre et saint Paul, que nous n'avons ni approuvé, ni fait, ni ordonné, et ne sommes pour approuver, faire ni ordonner aucun des actes susdits, aucune des satisfactions diverses qu'on dit avoir été accordées, spécialement celles qui concernent l'affaire des Corses, non plus que celles qui nous ont été demandées pour le duc de Modëne, ou qui sont relatives à l'affaire du duché de Castro et du territoire de Romiglione et de leurs dépendances ; déclarons que lesdits actes et lesdites satisfactions ne sont point des efl'ets de noire volonté libre, mais bien de la force insurmontable, de la pure violence, de la nécessité d'obvier et de remédier aux plus grands dommages et préjudices qu'entraînerait pour la religion, pour le stint-siège, pour tous ses Etats, pour ses sujets et vassaux, une guerre que la France allumerait en Italie, en même temps que le Turc, employant toute sa puissance et ayant déjà envahi tant de lieux, étend plus loin ses menaces ot se met en mouvement pour attaquer rÉglise, etc. Nous déclarons en conséquence que l^s susdites choses... se doivent attribuer aux susdites force, violence et nécessité, auxquelles nous ne pouvons résister seul, et point du tout à aucune volonté qui nous soit propre, ni à aucun consentement donné par nous... De plus même, nous admettons des ce moment les protestations et déclarations^faites et à faire, en quelque forme que ce soit, par toute personne, particulièrement ecclésiastique, sur la nullité et Tinconsistance des satisfactions ainsi accordées Nous ordonnons que les présentes protestation et déclaration par nous écrites soient valides, qu'elles aient leur véritable, plein et total effet et toute leur force, bien qu'elles ne soient point enregistrées dans les actes publics... Ce dix-huitième jour de février de l'année 1664... Axexander, PAPA YII, manuproprifK »

C'est assurément après ce cri de Tinnocence opprimée qu'il

convient le mieux de citer des pièces plus accablantes encore, s'il est possible, pour la mémoire de Louis XIV, et ignorées jusqu'à ce jour : elles contiennent l'aveu formel que Taccident du 20 août 1662 fut un prétexte perfidement choisi pour humilier la papauté, et que ni le roi ni ses conseillers n'avaient jamais cru un seul mot des accusations portées par eux, pendant dix-huit mois, contre Alexandre VII, contre sa famille et son gouvernement. Le 24 février 1664, Lionne annonça le traité de Piseau comte de Comminges(l), ambassadeur en Angleterre, et à l'archevêque d'Embrun, ambassadeur en Espagne (2) : « Quand je pourrai, dit-il, vous envoyer tout le traité en forme vous reconnaîtrez encore mieux que nos illustres athlètes, malgré toute leur bravoure et leurs deux armements (3), au fait et au prendre, ont mis chausses à bas^ jusqu'aux talons^ei que, malgré les murmures secrets de nos bigots^ nous n'avons eu aucun scrupule de les fouetter à dos et à ventre et leur faire payer cette fois-ci de vieilles affaires Aoni nous étions fort mal sortis, comme quand le pape Innocent fit investir le palais du bailli de Valençay par toute lasbirerie de Rome pour f/ prendre ui prisonnier^ dont il ne fut autre chose (4) ; et comme quand le cirdinal Barberin fit mettre au pont Saint-Ange, sur un poteau, la tête de du Rouvray avec cette inscription : Questa è la testa

\) \\ signait Comenge,

2) Espagne, 49 : Addition aux Retires de MM. de Comminges et d*Embrun. Cette pièce, 8aD<« rature, est une copie de la main de Pachau, premier commis d( Lionne, qui était alors alité; mais le brouillon avait été certainempot écrit 01 dicté par Lioune, dont le style est bien reconoaissable, et gui d'ailleurs cite lù-même sa lettre du 24 février, dans une lettre postérieure et autographe qj'on lira ci-après.

(3) Ces paroles confirment ce que nous avons dit plus haut et le passage siivant de ]& protpstation poutifirale du 48 février : «... Pour prévenir les œsseins de S. M. T. C. ... nous nous préparâmes^ l'an passée à la défens" de ion sujets et nous dostioàmes à ce besoin uue somme de deux millions, iépeuse que nous avons faite et même excédée en la présente année... »

(4) C'est un des mille incidents provoqués par les ambassadeurs français, :iui recelaient dans leur quartier, à prix d'argent, les malfaiteurs poursuivis par la justice romaine. 11 faut que, cette fois, aucun agent ponliflcal n'ait donné la moindre prise contre lui, car la haine de Mazarin contre Innocent X et l'irascibilité du bailli de Valençay recherchaient toutes les occasions de querelle et n'auraient pas laissé échapper celle-là. On peut lire, sur les violences de ce dernier ambassadeur, d'étranges récits dans le livre de Chantelauie intitalé : Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeau (2 vol., Paris, i878),

472 CHAPITRE NEUVIÈBfE

del cavallerizzo delF ambaaciatore di Francta(i), dont toute la satisfaclion qu'en eut le feu roi fut que Ton ôta sa charge à un notaire, quoique je croie cette injure- là plus grande que fmsidte faite à M. le duc de Créquy qui, après tout, était un as

(1) Puisque Lioune précise ici les faits et les noms, nous pouvons remonter à l'évéuement dont il parie et qui s'était passé, sous Urbain VIII, en 4639, vingt- trois ans avant V affaire des Corses! Nous en empruntons le récit à on écrivain peu favorable à la papauté, mais qui du moins a composé son livre sur les documents conservés aux Archives des Affaires étrangères, n Uc certain Biasone, sujet du pape, s'était mis au service de Rouvray, écuyer dn maréchal d'Estrées, ambassadeur, et entretenait ouvertement un brelan malgré la défense faite par le pape à toute personne de donner publiqneneDtà jouer. Pour empêcher les officiers du pape de faire visite dans la maison où se tenait le jeu, on plaça au-dessus de la porte les armes de l'ambassadeur de France. Informé du brelan qui s'y donnait, le maréchal ordonna qie ses armes seraient ôtées. Biasone continua de donner à jouer, qnoique le cardinal Barberin l'eût fait avertir de cesser. Biasone ayant été juridiqucmeot dénoncé comme réfractaire aux ordres du pape, les magistrats In firent irriter Il fut condamné aux galères et mis à la chaîne. Lorsqu'on le conduisat avec les autres galériens, Rouvray, homme brave, mais téméraire et vi«lent, prit deux ou trois domestiques du maréchal, attendit la chaîne str le chemin^ et présentant le pistolet il obligea de relâcher Biasone, Un pariil attentat contre l'autorité du souverain et des magistrats fut généralemeat blâmé. Le maréchal se borna à désavouer Rouvray qui fut aussitôt poirsuivi au criminel, condamné à mort et sa tête fut mise à prix. L'ambassadeir de France devant revenir de Frascati pour voir le pape, on Vavertit de le point amener Rouvray avec lui et même de ne lui permettre de sorUr de la maison que bien accompagné, parce que certaines personnes se préparaiat à le tuer, pour avoir la récompense promise & celui qai apporterait sa tèe. Rouvray, ayant dédaigné de prendre des sûretés, fut tué d'un coup de mouquet tiré à travers une haie, lorsqu'il était encore sur le grand chemin. Sa tte fut incontinent portée chez le gouverneur de Rome et exposée en public [ir le bourreau, criant que c'était là la tête de Vécuyer de Vambtusadeur U France; et, accompagné de cinquante Corses, il alla la jeter dans un endrdt où se déposaient celles des criminels décapités. » (De Flassan, Histoire de a diplomatie française, t. III, page 51, édil. 1811.) — Flassan ajoute en note : « h maréchal d'Estrées fut dans la suite rappelé à cause de ses brusqueries; il a eut tant de dépit qu'il refusa de venir rendre compte à la cour de sa coi> duite. » Un auteur, beaucoup plus hostile au saint-siège que Flassan M. Valfrey, avance que les brusqueries du maréchal allaient bien loin « Son caractère hautain, dit-il, ses manières brusques, la liberté extrême de son langage et de sa conduite étaient une source intarissable de conflits auprès d'un gouvernement dominé par l'humeur agitée et irascible des Barberini. A la suite de démêlés sans nombre et qui avaient eu même quelquefois une issue sanglante, la cour de France, renonça à maintenir plus longtemps à Rome un ambassadeur qui n'avait jamais, à la vérité, laissé porter atteinte aux droits et prérogatives de son souverain, mais dont les allures diplomatiques devenaient de plus en plus périlleuses dans une cour à laquelle la royauté

FORTUIT. Si j'étais en la place de quelqu'un des Chîgi, je me pendrais de désespoir à tous les moments que je ferais réflexiofi que, dès la première heure , ils pouvaient sortir d affaire avec ttnpeu d'eau bénite^ c'est-à-dire avec un compliment honnête et la penderie de deux ou trois Corses : car, en ce cas, nous aurions été bien en peine que leur demander au delà, sans que tout le monde nous eut blâmés! Cependant considérez, je vous prie, ce qui leur en a coûté dans les deux seuls premiers articles [Castro et Comacchio], qui ne faisaient même rien au cas dont ÉTAIT QUESTION, et étant une matière tout à fait étrangère, pour ainsi dire ^eu égard à la nature de notre diff'érend {i).Pa,v\eipve' mier, on leur fait rendre gorge d'un État, auquel ils avaient mis toutes leurs affections, comme il s'est vu par l'opiniâtreté de la contestation qui dure depuis dix-huit mois: et, par le second, pour une prétention rance de soixante-dix ans qu'ils ont cent fois pu accommoder pour trente ou quarante mille écus^W leur en coûte quatre cent mille et la collation à perpétuité de deux abbayes, dont Tune vaut douze mille écus et l'autre six mille. Je suis, etc. » — Le 9 mars, Lionne envoya le texte imprimé du traité à l'archevêque d'Embrun, et ajouta de sa main : « J'apprends d'Italie qu'on en tient à Rome les conditions fort secrètes; mais, comme l'injure avait été publique, il est juste que la réparation le soit aussi. Cependant je m'aperçois que je vous fis dernièrement un article sur cette matière en autres termes qu'Une devait être écrit à un prince de f Église ; mais, tant que vous serez à Madrid, vous trouverez bon que je ne vous considère que comme P homme du roi{2). » — LaFeuillade se considérait lui-même comme tel, car il félicita aussitôt Louis XIY d'avoir montré, dans cette affaire, « ton les les vertus, la sagesse, la justice^ la piété et le courage. » La liste est longue ;

française était attachée par taot d'intérêts de premier ordre. » (Hugues de Lionne^ ses ambassades en Italie, P* ^'O — ^^ n^est donc pas la cour de Fr^ce, mais Rome seule qui avait à se plaindre des vieilles affaires rappelées par Lionne.

(1) Donc le pape avait eu raison de rejeter ces deux monstrueux articles à San Quirico, à Lyon et an Pont-de-Beauvoisin. S'ils ont été signés à Pise, Louis XIV nous dira bientôt lui-même qu'Alexandre VU n'y a consenti que le poignard à la gorge, et la bulle du 18 février contient la vérité absolue, en fait comme en droit.

(2) Espagne, 49.

l'archevêque reprend haleine pour ajouter : « Mais celle qui a éclaté davantage a éiè la modération de la puissance,,.. [Votre Majesté] s'étant contentée des conditions lesplusavantaçeuses et les plus glorieuses qui pouvaient convenir à la qualité de fils aîné de TEglise! » Ce langage et le rôle joué personnellement par ce mènne prélat, dans le cours des négociations, ses efforts efficaces pour empêcher TEspagne de secourir le pape, donnent plus de prix encore à la lettre suivante qu'il écrivait le même jourà Lionne, et où il proclamait, comme ce ministre, l'innocence du gouvernement romain et de la famille pontificale : « Je ne m'étendrai point, dit il, à exagérer les avantages de l'accommodement des diiïérendsde Rome; mais il est manifeste, par les articles qu'il vous a plu de m'envoyer et par la voix publique, que le roi ne pouvait prétendre déplus grands avantages, ni pour la protection de ses alliés, ni pour la réparation d'un ACCIDENT PEUT-ÊTRE AUSSI FORTUIT QUB CELUI DE LA F0I:DRE du CIKLQUl tombe SUR UNE MAISON ET DONT PERSONNE n'eST OBLIGÉ DE PAYER LE DOMMAGE (l). »

Les félicitations arrivèrent de toutes parts à Saint-Germain. Le comte de Comminges répondit de Londres à Lionne : J'ai fait distribuer des copies du traité « aux plushonnôtes gens de cette cour, qui ne peuvent trop louer la générosité du roi dans le relâchement d'Avignon et Comtat Venaissin, comme du soin qu'il a eu de l'intérêt de ses alliés dam des prétentions onbliées et qidne faisaient rien au f ait {t\ dont l'une étaitquasi prescrite... Enfin je vous dirai que l'airaire a fait ici beaucoup d'éclat; qu'elle a été considérée comme un chef-d'œuvre de puissance et de bonne conduite, et je ne doute pas que, dans toutes les autres cours, elle ne produise le même elfet. Vous savez pourtant, Monsipttr, quen bonne philosophie qui prouve tout ne prouve rien : je crams tout des moines et des bigots et je ne fais pas (jrand état de leur parole. Teniez les toujours deprès: faites leur voir t éclair de temps en temps, afin qu'ils soient toujours en crainte que Jupiter ne lance la foudre (2). »

(1) Au roi et à Lionue, 14 mars 1604. Espagne, 49.

(2) 3 mars 1664. Ang/eterrje, 82. — La conduite de Louis XIV et le langaffe de son ambassadeur pouTaienUils inspirer au fils de CliarleB I"' le respect de rÉglise et le désir d*y rentrer ?

Un compliment plus conforme encore au goût de Lionne, parce que les sarcasmes contre les prêtres y étaient aiguisés d'un trait obscène, lui fut adressé par M. d'Alibert, auquel, pendant les conférences de Pisc, il avait confié le secret de la politique royale contre le saint-siège : *< Je prends trop de part, lui écrivait son ami (i), à ce qui touche Voire Excellence» pour m*empècher de lui dire qu'elle s'est acquis une gloire immortelle d'avoir su dans ce rencontre donner avec tant d'esprit le paroli (2) aux prêtres de toutes leurs subtilités qu'ils avaient cru jusquesici impénétrables et sans égales. Vous ne pouvez, Monseigneur, vous figurer jusques oiî Ton a élevé la conduite de cette négociation dans toutes les antichambres de Rome et combien Ton a fait de cas des détours que vous avez su si adroitement donner. In fine^ non si dice altro che U preti son siaii coïonatissimi e son restati tutti con un palo di naso. J'en dirais beaucoup plus à Votre Excellence, si je ne craignais d^abuser de ses bontés. »

Le traité de Pise fut promptement suivi d'événements funestes pour les puissances catholiques dont Tégoïsmc avait facilité Toppression du souverain pontife. La première frappée fut la maison d'Autriche qui, dans ses revers, avait trouvé à Rome un médiateur toujours équitable et généreusement porté

(i) 21 inar3 1664. Rome^ 158. — Qu'on ne s'étoDue pas de ces épanchements inUmes entre Lioune et d'Alibert. L'un et Tautre avaient vécu ensemble dans la familiaritô de Mazarin. D'Alibert, qui se faisait aussi appeler le comte d Alibert, fils d'an partisan qui était trésorier et surintendant de Gaston, avuit cooimencé par acheter une charge de conseiller au parlement de Metz; mais, la chambre de justice de 1661 ayant condamné son père à des restitutions énormes^ il avait quitté la France pour s'établir à << Rome, où il mangea et joua en fort peu de temps près de 100,000 livres, ce qui le réduisit à s'attacher à la reine de Suède,... qui le fit son secrétaire d'ambassade,., >» Chargé par Cbri^Uae d'ane mission en France après l'affaire des Corses, il y avait renoué ses relations et il restait en correspondance avec Lionne : il aspirait à l'emploi à'agent du roi à Rome, qu'exerçait l'abbé Elpidio Benedetti. Il cherchait à refaire sa fortune par les plus honteuses pratiques : il trafiquait du crédit de Christine, tenait un théâtre qui portait son nom et qui existe encore, des jeux de paume et de basselte, etc. Il est souvent cité dans les lettres qui ont passé sous mes yeux, et notamment dans un mémoire très intéressant, rédigé en 1690 par Tabbé de Gesvres, plus tard cardinal. (Rome, 368.)

(2) Terme du jeu de bassette. Donner, rendre le paroli à quelqu'un, l'égaler ou enchérir sur lui en ce qu'il a dit ou fait de bien ou de mai.

à protéger les vaincus. L^élite des régiments français prête à envahir les États romains fut aussitôt dirigée sur la Hongrie pour former le contingent que la France, comme membre de Y Alliance du Rhin^ fournissait aux cercles de l'Empire contre les infidèles. L'envoyé de Louis XIV à Francfort lui écrivait : « Ce nest pas sans raison que les ministres impériaux ont une si grande répugnance à une pareille jonctiony puisqu'ils confirment par là V Alliance qui leur est odieuse et quils fie craignent pas moiwi que le Turc (1). » Aussi la victoire de Saint- Gothard fut-elle stérile. Le roi de France n avait pas déclaré la guerre au Grand Seigneur, et n'avait enrôlé ses soldats sous lo drapeau impérial que pour avoir une occasion d^étendre son influence parmi les princes allemands. Léopold s'empressa d'accorder au grand vizir le traité de Temeswar et de renvoyer chez eux les six mille Français qui, après avoir été sur le point de combattre le pape, avaient fait la guerre au Turc, « deux choses bien différentes, » comme disait le comte de CoHgny (2). Et le ministre de France à Vienne écrivait à sa cour qu'on excusait presque publiquement TEmpereur d'avoir signé une paix si peu avantageuse, par la nécessité de se préparer contre les grands desseins du roi (3). — La branche espagnole de la maison d'Autriche était réservée à une destinée plus cruelle. Philippe IV, qui touchait à sa fin. savait quels regards de convoitise son gendre jetait sur sa succession; que des médecins français, envoyés pour observer en secret son fils don Carlos, supputaient ce que le débile enfant avait d'années à vivre (4); et que Ton se disposait, en France, à la guerre des droits de la reijie. Pendant que les troupes italiennes, rendues libres trop

(i) V. Documents iuédits cités par G. Rousseti dans son Histoire de Lomois, t !«', pages 36 et suiv.

(2) CommandaDt les troupes françaises dans la campagne de Hongrie. V. ses Mémoires publiés par la Société de l'Histoire de France.

(3) « Si les ministres de TEmpereur manquaient souTent de dignité, Us ne manquaient pas toujours de clairvoyance. Les desseins qu'ils redoutaient et qu'ils s'efforçaient de prévenir étaient bien ceux que Louis XIV avait conçus, » (C. Rousset, t. !«', page 68.)

(4) « Sanguin est retour d'Espagne : on lui a fait voir le prince une seconde fois avant son départ; jusqu'ici toutes les apparences sont qu'il ne ^ivra pis tant que son père, ce qui soit dit en secret, s'il vous plaît. » (Lionne à Créquy, 30 juini662. Rome, 145.)

lard par le traité de Pise, tentaient vainement de reprendre la supériorité sur les Portugais, Louis XIV contemplait avec joie la ruine presque consommée du prince qui avait pensé se jeter entre le pape et lui (1). — Venise, qui avait fourni des munitions de guerre et de bouche à Tarmée française, sollicita les secours de Louis XIV pour reprendre la Canée et chasser les Turcs de Candie. Mais, quelques semaines après le traité de Pise, le roi répondit dédaigneusement à l'ambassadeur Sa* gredo, « qu'il ne pouvait ni ne devait entendre à un pareil dessein (2). » Le 17 octobre suivant, Lionne écrivait à Créquy : « Si nous avions attendu à faire le traité de Pise jusqu'à présent que la paix de Hongrie est conclue, nous aurions trouvé M. Rasponi un peu moins traitable qu'il ne Ta été sur les conditions de l'accommodement. Je plains bien la pauvre république de Venise, sur qui la colère des infidèles se déchargera vraisemblablement, la campagne prochaine (3). » Et, quand la Seigneurie renouvela ses instances importunes, Lionne se moqua des cris qu'elle poussait « comme si indubitablement elle allait être engloutie (4). » — Le bombardement de Gènes par Seignelay, en 1684, acquittera la dette de reconnaissance contractée par Louis XIV, en 1663, envers cette république.

— Tous les princes de la Haute- Italie, qui ont montré la même complaisance que les Génois et les Vénitiens, seront plus que jamais menacés par Tambition de la France. Le duc de Mantoue est déjà forcé d'entrer en marché pour la vente de Casai.

— La cour de Turin est le théâtre d'intrigues, dont le résultat sera aussi funeste à la France qu'à l'Italie. — Florence qui, au commencement du siècle, nous donnait encore une reine, va devenir la plus obscure et la plus inutile province de la péninsule. — La maison de Modène qui aimait mieux, comme disent les Mémoires du cardinal d'Esté, conserver en pied ses

(1) « Comme je seatais que la guerre de Portugal était une espèce de mal îDtestiD dont la durée affaiblissait infiniment TEspagna, je me proposai, pour fentretenir^ de marier le roi de Portugal avec Mii« de Nemours... » (Mémoires de Louis XIV, éd. Dreyss, t. I, p. 111. Année 1666.)

(2) Le roi à Tévêque de Béziers, 10 mars 1664. Venise, 84.

(3) Rome, 161.

(4) A Créquy, 31 octobre 1664. Rome, 161.

vaines prétentions sur Ferrare, que d'avoir des millions en bourse^ rendit elle-même impossible la révision de son procès avec la Chambre apostolique ; elle n'obtint pas plus les millioos que Comacchio ou Ferrare, et elle abandonna bientôt la France. dont la protection intéressée ne méritait aucune gratitude : le duc Kinaldo épousera une princesse allemande, deviendra le beau-frère de l'empereur Joseph I*' et se rangera parmi les ennemis de Louis XIV. — Quant au duc de Parme, il ne sut aucun gré au roi de ne lui avoir conservé son droit de retour sur Castro qu'à la condition de rembourser au pape les sommes avancées aux créanciers des Farnèse. L'occupation du Parmesan donna lieu d'ailleurs à des scènes sanglantes. Les protégés no voulurent pas supporter les exactions ni la licence dos protecteurs : un grand nombre de Français furent tués, le chevalier do Soui dis et le marquis de la Feuillade blessés (1). Le roi eut, celte fois, la sagesse de ne pas renouveler le scandale du 20 août, et de dissimuler un ressentiment mieux justifié. Vainement Louis XIV cherchera encore à réveiller chez les ducs de Parme le souvenir de Castro ; ils ne se détacheront plus du pape sous son règne, et c'est la suzeraineté du saintsiège qui sera leur meilleure sauvegarde contre les Impériaux, pendant la guerre de la succession d'Espagne.

Les conséquences politiques et religieuses que TatTaire des

(1) « Le n un soir, nous eûmes nouvelle a Modëoe que M. de la Feaillade et M. le chevalier de Sourd is avaient été assassinés dans Parme, la Duit du 16 au 17, à trois heures d'Italie... M. de Bellefouds, de qui j*appri8 cette nouvelle, me demanda ce que je peusais de cette affaire. Je lui rôponrtîjt quil fallait en être informe pour en pouvoir juger, et que cependant je croyaU quHl rtnit bon de dire^ lorsfju'on en parlerait, que les (utsansins de ces messieurs sortaient mépris et ffu'ilsles avaient pris puur d'autrea.,, » (D'Auhevilie à Lionne, 21 niar.^ 1664.) — J'ai vu le duc de Parme, qui ne ma pas parlé de cet événement, «c ce qui m'a semftlérfre très tuai de sa part. » (Le même au même, 2i mars.) — » Le désonlre continue à être très grand au prix des vivres dau» cet État, ear quoi j'ai fait de grandes plaintes, qui nont produit aucun effet. Pour le reste de ce qui peut conserver les troupes, ou s'y conduit aussi mal; car le peu de soiîis que Von apporte à rliàtier cewr qui manquent fait que de temps en temps on tilesse et tue de vos soldats, de sorte qu'on a bien de la peine à les retenir. Les halfitants de cette ville blessèrent encore hier deux soldats à mori, et le même jour, à Fouruoue, [Foruovo] ... trois soldats furent tués par des patfsans, et cela demeure impuni. . (30 mars.) — // s'est fait quantité d'assassinats en cet État à V^gard des troupes du roi et l'on n'a pourtant puni que celui de MM. de la Feuillade et clievalier de Sourdis, (6 avril 1664. Parme^ 3.)

TRAITÉ DE PISB 479

Corses eut pour la France elle-même furent loin de répondre aux vœux de Louis XIV et de Lionne. D'une part, il lui avait semblé prodigieusement habile de menacer à la fois Rome et TËspagne, pour empêcher cette couronne de soumettre jamais les Portugais révoltés. Mais Tindépendance du Portugal ne pouvait être utile à notre pays qu'à la condition de faire prédominer l'influence française à Lisbonne. Or, la cour de Saint- Germain, qui violait le traité des Pyrénées en assistant les Portugais, ne fut pas plus loyale avec ses protégés qu'avec Philippe IV {\ ). Elle eut beau marier successivement M"* de Nemours aux rois Alphonse VI et Pèdre II, elle ne fit que préparer la domination anglaise en Portugal! A l'époque même dont nous parlons, si Louis XIV prêtait des officiers à Tarmée portugaise, c'est surtout l'Angleterre qui la fournissait de soldats payés avec rargentfrançais(2). Puisque leroide France aspirait dès lors à l'héritage de Philippe IV, pourquoi le démembrer d'avance? N'aura-t-il pas à regretter, lorsqu'il enverra Philippe V régner à Madrid, d'avoir attaché luimême une province anglaise au flanc de la monarchie espagnole?

La déception n'^n fut pas moins profonde quand Louis XIV voulut poursuivre ses avantages contre Rome dans le domaine religieux. La royauté très chrétienne espérait profiter de tout ce que les six articles, encore timides, de 1663, venaient d'enlever au pontife romain. Ii^lle croyait rester orthodoxe en conservant un lien presque nominal avec le saint-siège; mais

(i) La médiation entre Madrid et Lisbonne fut offerte à Louis XIV : « Les Mémoires de ce prince prouvent, dit Cliéruel, qu'il meUait peu de loyauté dans cette négociation. Il s'efforçait d'entretenir la guiTre entre le Portugal et l'Espagne, en promettant au roi de Portugal des secours qu'il ne pouvait pas ou ne voulait pas lui fournir : Je travaillais seulement, dit il, à Tentreteuir d'espérance, sans m*engager à rompre avant le temps les mesures que j'avais prises. » {Journal d'Olivier d'Ormesson, t. II, p. 454, note.)

(2) L'armée portugaise était « recrutée parles Anglais, au moyeu des sommes cousidérables que Louis XIV avait accordées secrètement aux Portugais. Le comte de Villaflor, secondé et dirigé parle comte de Scliomberg, la commandait. 11 marcha au secours d'Evora... ». — Louis XIV donna 600,000 livres, en 1662; 600,000 en 1663; 600,000 en 1664, et 900,000 en 1665. Frémont d'Ablancourt et Gravier étaient s«'S agents payeurs. (Mignet, Négociations relatives à la succession d'Espagne^ t. !•', p. 317.)

elle regardait la Sorbonne et les parlements comme formant, avec le pape, les rouages également divins du gouvernement spirituel, dont le chef réel ne pouvait être que le roi de France, Cependant Tarchevêque d'Embrun avertitlui-mêmeLouisXIV, dans rivresse du triomphe, que cette entreprise mettait la foi en péril, et que, s'il tenait à combattre les jansénistes, le gallicanisme leur préparait une arme qui les rendrait invincibles. Il lui écrivait, dès le 20 décembre 1663 (i) : « J'ai su fort certainement que le conseil de llnquisition faisait ici examiner parles plus habiles théologiens les propositions de la Sorbonne qui ont été imprimées, suivant les ordres qu'il en a reçus de Rome, et, bien qu'il agisse par des voies très secrètes, j'ai pénétré toutefois ce mystère, et j*ai su même que l'université de Salamanque a reçu les mêmes ordres, d'où il faut conclure que le pape en aura ainsi usé dans les autres Etats catholiques, afin de procéder à une censure qui soit appuyée de l'avis des docteurs plus fameux de diverses provinces. Il ne faut point douterque toutes ces propositions, dans les maximescommunes de Rome et de l'Espagne, recevront quelque mauvaise qualiiication, comme au moins de fausses et de téméraires^ mais le jugement des théologiens plus habiles et moins passionnés que je connais ici est qu'il n'y a que celle qui est contraire à r infaillibilité du pape sans le consentement de lÉglise qui puisse être exposée à la note d'hérésie» L'on pourrait dire aussi, suivant le peu de connaissance que j'ai de ces matières, que la Sorbonne est entrée fort maiW^ttïQïii dans toutes ces questions^ où la trop grande précaution a fait croire à Rome que Ton avait quelque crainte, mais surtout dans celle de F infaillibilité du pape, qui ne doit jamais être disputée ou au moins condamnée pour les grands inconmnients du gouvernement de lÉglise, Car, sans parler de la vérité de la proposition affirmative (2), qui est fondée sur plusieurs passages de la Sainte-Écriture ^W est facile de voir que, si l'opinion contraire a lieu, Ton ne pourra trouver un juge légitime des nouvelles doctrines qui peuvent s'élever dans l'Église. D'un côté, il y a une impossibilité morale

(1) Au roi. Espagne f 45 et 46.

{'2) Le pape est infaiUible. La Sorbonne s'était bornée à dire : Ce n'est poM notre opinion que le pape soit, etc.

d'assembler un concile général dans Tétat présentde l'Europe, et, de Tautre, le pape se trouve comme réduit à la qualité de docteur particulier, La France est aussi plus intéressée qu'aucun autre Etat catholique dans la défeiise de Ihifaillibilité du pape avec les circonstances accoutumées^ par la tolérance de rhérésie de Calvin et par la délivrance du tribunal de Tlnquisition. » Ces sages conseils ne sont pas écoutés. Le gallicanisme va faire la première épreuve de la force que lui apportent les six propositions de la Sorbonne, et l'affaire des Corses a mis en relief plusieurs ecclésiastiques réunissant les qualités qu'exigera Louis XIV pour les évêchés et pour le cardinalat : Bonsy, évêque de Béziers, qui montera bientôt sur les grands sièges de Toulouse et de Narbonne, et l'abbé de Bourlemont, qui prendra place à l'Assemblée de 1682, comme archevêque de Bordeaux. Les prédictions de l'archevêque d'Embrun vont se réaliser sous le pontificat d'Alexandre VII; la situation sera la même après la mort de Louis XIV, et le gallicanisme perpétuera, sous le règne suivant, lA querelles religieuses qui ébranleront la monarchie. Le jeune roi et ses ministres ne s'étaient pas moins gravement trompés en croyant mettre le trône à l'abri de toutes les révolutions, lorsqu'ils bravaient les censures ecclésiastiques encourues par leurs attentats contre les droits du saint-siège. Lionne écrivait à l'archevêque d'Embrun dans l'une des principales crises de ce démêlé : « Je vous avoue que j'ai grand'peine à supporter avec patience ce que M. le duc de Médina vous répèle si souvent touchant les ambas espadas [les deux glaives] de la cour de Rome. Je voudrais bien qu'il sût une bonne foi que, pour les têtes des rois de Frafice, il n'y a point de foudres à Rome mais seulement des bénédictions. Le connétable de Lesdiguières avait accoutumé de dire, pour les particuliers mêmes, que l'excommunication était une épée qui ne valait rien que dans le fourreau. Aussi ai-je vu la République, le Grand duc et le duc de Modène faire la guerre, deux ans, au pape Urbain, sans qu'il voulût ou osât tirer cette épée de son fourreau contre le moindre d'entre eux. Si les Chigi étaient plus imprudents et plus téméraires, l'armée du roi ne devrait pas sortir d Italie qu'elle ri eût fait une punition exemplaire de leurs personnes

dans Rome même (d). Ces sentiments et cette doctrine n'ont porté bonheur ni au règne ni à la dynastie (2).

(1) 4 mars 1663. Espagne, 44.

(2) Louis XIV fit représenter sa victoire sur le bronze, sur le marbre, 9ur le« tapisseries. Une de ses médailles porte d'un cài6. Rome et la pyramide, avec les mots : Os nrfanduii scrlijs a Coksis bditum in oratohbm rrgis FRAna.E, et de lautre le roi donnant audience au légat, avec ces paroles : Cgrsicum faoicca ExcusATUM. — Legato A LATRRR nisso. Le monumeut païen érigé par le duc de la Feuillade sur la place des Victoires ne pouvait manquer de rappeler un fait si douloureux ponr l'Église, et que les adorateurs du roi croyaient si glorieux pour lui. La pyramide des Corses avait sa place dans un bas-relief sur les piédestaux des groupes de colonnes qui supportaient quatre fanaux de bronze doré : elle était ainsi rangée au nombre des vingt-quatre principales action» de Louis XIV, célébrées dans des inscriptions latines et françaises, œuvre de l'abbé Régnier Desmarais. V. Description du monument érigé à la gloire du rci par le maréchal duc de la FeuiHadCt avec les inscriptions de tout Vouvrage (Paris, chez Cranioisy, 1686) :

Jussa erigi et concessa tolli, vindcx lipsi legati moles.

Rex memorem infandi casus dal tollere molem,

Roma, fovere pium, Ixsumque timerc mémento. ê La pyramide élevée et ensuite abattue par la permission du roi. 1664-1668.

Un même lustre a vu, par même autorité, La pyramide, à Rome, élevée et détruite. Rome, connais Louis, et désormais instruite Redoute sa colère et chéris sa bonté,

LMnternonce Lauri signala aussitôt à sa cour ces « versi composti in lattoo e poi tradolti in francese da un medesimo aulore, che si chiama Tabbate Renier, il quale si trovava con il duca di Crequy per segretario deU* ambasclata quando succese quel fatto et hora continua tuttavia la sua dimora appresso il medesimo duca. » (Au secrétaire d'État, {" avril 1686. Cifre con Pabbal^ Lauri, lOfiA-iefie. Sunzintura di Francia,47i. Arch. Vatlc.)

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