RETRAITE DR CRÉQUT EN TOSCANE
prends la liberté de représenter à Votre Majesté qu'il serait de son intérêt qu'il lui plût de m'envoyer un pouvoir fort ample de négocier et de conclure dans cette affaire tout ce que je jugerai de plus convenable à sa dignité et à son service, et cependant, pour y donner encore plus de force, j'estimerais aussi qu'il serait avantageux pour Votre Majesté qu'elle essayât d'engager tous les princes d'Italie dans ses intérêts en leur faisant connaître qu'elle ne demande que la réparation du droit des gens violé ; et que, dans le même pouvoir, elle me donnât aussi celui de traiter avec eux, en cas que l'on ne satisfît pas Votre Majesté comme elle souhaite, et me déclarât lieutenant général de ses armées en Italie, avec ordre aux vaisseaux et aux troupes de la côte de Provence de concourir conjointement avec mot à tout ce que je leur ferais savoir être du service de Votre Majesté... Que si, avec tous les soins que j'apporterais, je ne pouvais obliger le pape à donner à Votre Majesté des satisfactions convenables à la grandeur de l'offense qui vous a été faîte, et que la cour de Rome fût assez mal conseillée pour vouloir se servir des bonnes troupes qu'elle a et de l'expérience du marquis Mattei qu'elle a mis à leur tête, j'oserais bien répondre à Votre Majesté qu'elle n'aura pas besoin d'employer contre eux ni la capacité de M. le Prince, ni celle de M. de Turenne, et j'ai assez de vanité pourTassurerque, pour de telles troupes et pour un tel général, j'en sais même plus qu'il n'en faut (!).)>
Louis XIV avait devancé les désirs de son ambassadeur, et d'Aubeville était déjà chargé de négociation avec les cours italiennes. Dès le 8 septembre, le roi écrivait à Créquy : « Je suis sur le point de dépêcher d'Aubeville à Parme et à Mo dëne... lequel aura ordre de s'entendre avec vous. » Et Lionne ajoutait : « Je crois que le voyage de M. d'Aubeville à Parme et à Modène leur donnera bien la puce à l'oreille et avec raison (2)... » Cette mission était, en effet, bien calculée pour inquiéter le souverain pontife et même faire craindre une guerre générale. Après avoir raconté l'action des Corses,
(1) 13 septembre 1662.
(2) 8 septembre. Rome y 146.
« la plus vile canaille de la terre, poussés à cela par les parents et ministres de Sa Sainteté », le roi posait en fait que le duc de Parme, Rainucce II, n'avait pas moins à se plaindre que la France du pape Alexandre VU. D'Âubeville devait doue rappeler à ce prince « que Sa Majesté avait hérité du feu roi, avec sa couronne, des mêmes sentiments d'estime et de tendresse que ce grand prince avait pour le feu duc Odoard et pour toute sa maison, lorsque, par son entremise et son autorité, il fit restituer le même État de Castro, que les Bai*berini avaient porté le pape Urbain de faire enlever sous le même prétexte qu*on a depuis renouvelé du défaut de paiement des montistcs; qu'elle avait toujours vu avec un grand déplaisir la seconde usurpation que commença d'en faire le feu pape Innocent et que celui d*à présent a achevé de consolider par rincamération dudit État... » Le roi offrait son aide au duc Rainucce II pour se remettre en possession de Castro, et lui demandait a s'il avait dessein de ne se manquer pas à soimême en cette occasion ; si aucune considération ne l'empêcherait de se déclarer ouvertement contre la cour de Rome, à l'exemple du feu duc Odoard, son père, qui en avait acquis tant de gloire. » Le duc de Parme était invité à réclamer du Roi catholique la protection promise par le traité des Pyrénées. Philippe IV ne manquerait sans doute pas de se joindre à Sa Majesté pour la venger du 20 août, et il craindrait d'ailleurs do voir les Français entrer seuls en Italie. L'ambassadeur de France à Madrid avait déjà le pouvoir de conclure une alliance en vue d'une action commune, et, en cas de refus, l'ordre de demander le passage par le Milanais de douze mille hommes de pied et six mille chevaux qui allaient être envoyés « pour appuyer le bon droit du sieur duc. » D'Aubeville irait de Parme à Modëne pour faire au duc François II les mêmes déclara^ tions. — Voici pourtant qui gâte un peu les protestations de tendresse que Louis XIV faisait porter à ses protégés : Castro et Comacchio deviennent tout à coup un prétexte pour réunir au royaume Avignon et le Comtat ! « Le sieur d'Aubeville dira ensuite que Sa Majesté, cherchant autant qu'elle peut les voies de ne pas commettre le duc de Parme que dans le cas d*une dernière et absolue nécessité, a pensé à un expédient bien