‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 6 sur 16 · RETRAITE DE CRÉQDY EN TOSCANE · texte numérisé non relu

RETRAITE DE CRÉQDY EN TOSCANE

plaît, sans pouvoir rentrer à Paris ni mettre quelque ordre à ma maison (1)... »

Louis XIV félicita sans retard son ambassadeur d'avoir si bien prévenu ses commandements : « Soyez assuré, disait le roi, que je suis plus échauffé que vous... — Il a été bon que vous ayez, par votre propre sentiment et avant qu'avoir reçu mes ordres, porté mes satisfactions aussi haut que vous avez fait par ladite lettre [du 6 septembre] (2)... Je ne puis qu'avoir fort approuvé votre sortie de Rome, puisque je vous ordonnais la même chose... Il est vrai que le fait se trouve aujourd'hui tout autre, car il y a grandje différence entre sortir de Rome par les ordres du maître qui vous en relirait, et en être chassé par le traitement qu'on vous a fait. » Aussi, j'ai forcé le nonce « de vider incontinent du royaume et je ne lui ai pas fait, comme l'autre fois (3), porter cet ordre par un secrétaire d'État, mais par un lieutenant des gardes de mon corps, le faisant accompagner jusqu'au Pont de Beauvoisin par trente cavaliers commandés par Gazaux, qui ne lui laissera avoir communication avec personne et ne lui permettra non plus de prendre le chemin d'Avignon, quand il voudrait s'y re-

(1) a ...E Tcro che alla larga mi havevano messa una guardia. Ma andava dissimulaDdo, e mi era riescito d'abboccarmi un'altra volta con monsigaore di Lionne, quando arrivato quest' ultimo gentiluomo del sigoore duca di Crequy rappresentô si aspramente la pretesa nécessita d'escire Sua Ecceiieuza dallo Stalo ecclesiastico et irrita tanto gli animi, che non vi è stato modo di ritenere et sospendere pin Tesecallone del rigore già moito prima decretato contro di me. Sospetto bene che il timoré concepito dalla corte che io non publicasse tutto il seguito et par ticolar mente i brevi di Sua Santità et le sue santissime inlenlioni di dare ogni adequata sadisfaltione al re, che havrebbe dimostrato Tinsussistenza de* concetti da loro divulgati, non habbia fatto aggiungere quest' altra rigorosa difesa che io non possa parlare con alcuno. ... Mi hanno porto sul camino di Lione, ma sono obligato d'andare dove essi vogliono, et marciare ancora secondo la lora volontà, seoza essermi stato permesso di entrare in Parigi a dar qualche ordine alla mia casa... » (Le nonce Piccolomini au cardinal Chigi, 14 septembre 1662, de Corbeille. Nunziatura di Francia, 121. Arch. du Vatican).

(2) « Je ne sais pas, Sire, de quelle sorte V. M. aura reçu ce que j'ai fait en cette occasion. Les propositions sont à la vérité grandes en quelques chefs, mais l'offense commise est si atroce dans toutes ses circonstances qu'appréhendant que ce que je marquais ne fût trop peu de chose pour satisfaire V. M., je n*ai osé le traiter que de moyens par lesquels il fallait commencer à lui donner contentement. » (13 septembre.)

(3) Quand le roi avait prétendu le reléguer à Meaux.

tirer (1). » Cazaux et ses mousquetaires menèrent militairement Piccolomini à la frontière de Savoie, Tobligeant à faire dix lieues par jour, l'entraînant hors des routes fréquentées, pour qu'on ne lui rendît pas les honneurs dus à son caractère, et s'opposant même à ce qu'il reçût les dépêches d'un courrier pontifical (2)!

Le roi et son ambassadeur rivalisèrent d'extravagance dans la recherche des humiliations qu'ils pourraient infliger au souverain pontife. Créquy écrivait (3) : « Je dois le dire à Votre Majesté, jamais conjoncture ne lui fut plus favorable que celleci, pourvu qu'elle s'en veuille servir... Ce n'est pas moins la cause publique du droit des gens que la querelle particulière de Votre Majesté qu'elle a présentement entre ses mains... Pour tirer des satisfactions convenables de cette aSaire, il la faut porter avec une extrême hauteur, étant certain qu*on ne gagnera jamais rien à Rome par les voies de la douceur, et qu'il n'y a qu'un procédé vigoureux qui puisse opérer quelque chose dans ces esprits qui deviennent orgueilleux quand on les ménage et qui ne font jamais rien de bien que par crainte... Pour être entièrement satisfaite, il faut que Votre Majesté continue avec la même vigueur qu'elle a commencé, et plus elle fera d'éclat, plus la cour de Rome intimidée se portera à la contenter. (Va été danscette vue que, nonobstant lesaviscontraires, j'ai estimé que, dans les cinq propositions que j'ai envoyées aux ambassadeurs et ministres étrangers à Rome, Ton ne pouvait mieux faire que s'attaquer directement aux parents du pape; d'autant qu'outre que cette hauteur de procédé est digne, ce me semble, de la grandeur de Votre Majesté, Tappréhension qu'ils auront qu'on ne pousse les choses contre eux à l'extrémité, les obligera à donner dos satisfactions plus grandes pour se tirer d'affaire... » Créquy se voyait déjà conduisant une armée française à l'assaut du château Saint-x\nge : « Comme il est constant, disait-il, que partout et principalement en Italie, ce qui donne le plus de branle aux affaires, c'est le crédit et la considération de ceux qui les traitent, je

(1) 15 et 16 septembre. Home^ 147.

(2) Rcguicr, Preuves, p. 15.

(3) 13 et 21 septembre et toutes ses dépêches sans exception.

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