‹ Louis XIV et son siècleChapitre 10 sur 69 · A LA VIERGE · texte numérisé non relu

A LA VIERGE

Par vous de ccllc'mcr j'évite le* orages.

De ce port, plein d'écucils cl finiciu en naufrage*. Tous m'avi-i fait trouver un asile en te lieu Trop hi urcuT si jamais, dans nia sainte retrsiUS, Je pouv.iis oublier la perle que j'ai Hiile En perdant Hicl.clicu.

Cet esoril sans pircil. ce erand et digne maître, Va donne tout l'éclat où I on m'a ru paraître; Il m'a d heur et de j-loirc au mon le environna. C'étaient biens passagers el sujets i l'envie ; Mais quand il m'a donné l'exemple de sa vie, M'a-t-il pas tojl donne?

C'est toi seul que je pleure en cette solitude, Ou je vivrais sans peine el sans inquiétude.

Si je n'avais point vu ce visage si doux.

Puisque l'on m'a privé de cet honneur insigne. Vierge, mon seul refuse, enlin rendo-moi digno De lu revoir en vous.

Mais, tout *en trouvant les vers fort beaux, le cardinal laissa l'auteur en exil. Ce n'est pas que les amis de Bois-Robert, cmilre l'habitude, n'eussent fait ce qu'ils pouvaient pour le servir. Cilois. le médecin du cardinal, surtout, n'avait pas oublié son ancien ami, qui faisait si fort rire Son Eminence en lui racontant les historiettes du bonhomme Racan el de mademoiselle de Goumay. line fois, entre autres, c'était à l'époque où M. le cardinal était si malade à Narbonue, que, malgré son courage, il se plaignait sans cesse, ne pouvant reprendre un instant de bonne humeur : — Ma foi, monseigneur, lui dit Cilois, ma science est a bout, el je ne sais plus que vous donner, si ce n'est une chose qui vous faisait tant de bien autrefois. — Laquelle ? demanda le cardinal. — Trois ou quatre grains de Bois-Robert après votie repas. — Chut I monsieur Citois, dit sévèrement le cardinal, ce n'est pas encore le temps.

Cependant, à son retour à Paris, tout le monde parla au cardinal pour le pauvre Bois-Robert, qui manquait réellement à la cour; et, quoique Richelieu tint bon, Mazarin. qui commençait d être en grande faveur, écrivit a l'exilé : — Venez me demander tel jour, el fussé je dans la chambre de Son Emiuence, venez me trouver.

Bois-Robert ne se le fit pas dire deux fois et accourut. Alors Mazarin, prévenu qu'on le demandait, sor- * tit et rentra tenant par la main Bois-Robert, qui se courbait jusqu'à terre. Mais, contre l'attente de ceux qui se trouvaient là et qui s'attendaient à une grande colère de la part du cardinal, celui ci ne l'eut pas plutôt vu, qu'il lui tendit les bras en éclatant en sanglots; car le cardinal aimait fort ceux dont il croyait être aimé.

A ce spectacle de son ancien maître pleurant de joie de le revoir, Bois-Robert fut tellement étourdi, que, malgré la puissance qu'il avait sur sa glande lacrymale, il ne put trouver une larme. Mais, comme il était excellent comédien, il s'en tira en faisant le saisi. — Voyez, monseigneur, s'écria alors Mazarin, qui le voulait servir, voyez le pauvre homme, il étouffe !

Et, comme la bouffonnerie italienne lui soufflait en ce moment à l'oreille de pousser la plaisanterie jusqu'au bout : — Et vite, continua-t-il, il s'en va mourir d'apoplexie; un chirurgien ! un chirurgien I

Citois accourut. Il n'y avait plus à reculer. Il fallut que le pauvre Bois-Robert, sous preipxte qu'il était suffoqué par son émotion, se laissât tirer trois palettes de sang; ce qui fui exécuté, quoiqu'il se portât le mieux du monde, au grand attendrissement du cardinal, qui mourut div-ueuf jours après.

Mais Bois-Robert ne pouvait pardonner à Mazarin ces palettes de sang qu'il lui avait fait tirer. — Je n'ai pu obtenir de lui aucune autre chose, disait-il, et cette saignée est le seul bien que le ladre ait jamais eu 1 inteution de me faire.

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