‹ Louis XIV et son siècleChapitre 33 sur 69 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Conduite do prince de Condé — Première» mesures de Maxarin. — Distribution de récompense*. — Simple coup d'œil sur U société parisienne i celle époque. — Françoise •! Aubipné, depuis madame de Main tenon. — Ses commencements. — Elle est déclarée morte — Grande misère. — Elle entre au couvent. — Son arrivée à Paris. — Comment elle fait la connaissance de Scorron. — Son mariage. — Se* succès dans la société. — Madame de LongueviUe se retire du monde. — Le prince de Marcillac fait sa paix avec la cour. — Mariage du prince de Conti. — Sarrasin négociateur. — Sa ûn. — Arrêt de mort contre Condé. — Vues de Mazarin i l'égard de Louis XIV. — Fétcs è la cour. — Le roi acteur et danseur. — 11 est sacré. — Sa première campagne. — Mort de Brousse!

Le prince de Condé avait dit à ceux qui le poussaient à la guerre : — Prenez garde, /e suis le dernier a prendre les armes, mais aussi je serai le dernier à les déposer. .

Il avait tenu parole. Certes il pouvait, au lieu de quitter Paris, faire avec la cour une paix honorable, puisqu'en l'exilant une seconde fois le cardinal, qui peut-être même ne l'exilait que pour cela, lui en

Arrestation du cardinal de Rets. — Pack '231.

offrait les moyens. Mais Condé était un de ces génies capricieux qui veulent essayer de tout : après avoi fait du généralat comme Turenne, il avait tenté de faire de la politique comme madame de Longueville, enfin las de la politique, il avait voulu tâler de la vie de partisan comme Sforza et le duc de Lorrirne. En conséquence, il était parti de Paris avec son cheval et son épée, avait rassemblé trois ou quatre mille hommes, s'était fut nommer général des troupes espagnoles, avait pris en passant ces villes que nous avons vu Mazarin lui reprendre, et enfin, forcé de reculer devant Turenne, il avait franchi, vers Luxembourg, la frontière de cette France qui, après les victoires de Rocroy, de Norlinden et de Lens, l'avait nommé son héros.

De retour à Paris, sûr cette fois de ne le plus quitter, le premier soin du cardinal avait été de s'occuper des finances de l'Etat, qui étaient fort délabrées, et des siennes, qui n'étaient guère en meilleure situation. Pour remplacer le duc de la Vieuville, mort au moment où l'on venait de le faire duc, on avait nommé surintendant en commun le comte de Servien et le procureur général Nicolas Fouquet, frère de cet abbé Fouquet. ami de Mazarin. qui l'avait été chercher à Bouillon. C'était une façon de récompenser en lui les services de son frère, et le ministre, en travaillant particulièrement chaque jour avec le comte de Servies,

prouva qu'il avait voulu lui donner une brillante position : voilà tout. Nous verrons plus tard ce que Fouquet fit de celte sinécure.

Puis on, avait récompensé, à droite et à gauche, l'ingratitude à la cause des princes ou le dévouement à la cause royale. Le duc de Guise entra au conseil suprême avec le maréchal de Turenne, qui avait servi le roi pour Mazarin, cl le maréchal de Grammonl, qui avait servi le roi contre Mazarin; le sieur de Lionne fut fait chevalier du Saint-Esprit et nommé maître do cérémonies de l'ordre; le secrétaire d'Etat Lelellier

Sacre «te l.oui« XIV — P»i. t 239

obtint la même faveur, en qualité de successeur de Cbavigny en la charge de trésorier; enfin, le comte de Palluau, qui avait pris Monlrond, et Miosscns, qui avait conduit successivement le nrince de Condé et le cardinal de Retz à Vinccnnes, furent faits maréchaux de France, l'un sous le nom de maréchal de Clerambault, l'autre sous le nom de maréchal d'Albret.

Tout était tranquille à Paris, si tranquille, qu'après avoir pensé à rétablissement de sa propre fortune, le cardinal se sentit assez fort pour pourvoir à celle de sa famille. Outre les trois nièces qu il avait déjà près de lui, il fil encore venir de Rome ses deux sœurs, veuves toutes deux, avec trois filles et un fils du

fini. — I m)! funnx H«r»« M ('". r« 4'Kihirtfc, I I Q

nom de ulancini ; une septième nièce et un troisième neveu étaient restés en Italie, prêts i aecoarir en France au premier signe de leur oncle.

Paris présentait un nouvel aspect : la société de la régence. et celle de la Fronde étaient presque dispersées; Gaston, qui tenait cercle Jeux fois par semaine, était à Blois; Mademoiselle, en partant pour Saint- Fargeau, avait emmené avec elle srs maréchales de camp et ses dames d'honneur; Condé avait disparu avec son brillant étal-major d'officiers et les dames de son parti; mesdames de Châtillon, de Rohan, de Montbaion et de lieaufort avaient quitté Paris; tous les amis du coadjutcur, le duc de Drissac, Châteaubriand, Renaud de Sévigné, Lametn, d'Argenteuil, Château-Regnault, d'Humières, Caumartjn et d'Hacqueville s'étaient exilés; M. de Montausier et sa femme étaient en Guyenne; le duc de la Rochefoucauld achevait sa convalescence à Dampvilliers ; mademoiselle de Chevreuse venait de mourir; madame de Chevreuse faisait pénitence de ses péchés en se remariant; la princesse de Condé et madame de Longueville étaient toujours à Bordeaux ; M. de Conti s'était retiré dans sa terre des Granges, près Pézénas ; Scudéry et sa sœur étaient en Normandie; madame de Cboisy avait suivi son mari à Blois; le pauvre cul-de-jatle Scarron était resté seul, et cela peut-être par cette seule raison qu'il lui était impossible de fuir.

Nous avons dit à la fin du chapitre précédent qu'il s'était marié; tournons un instant les yeux vers sa jeune femme, dans les salons de laquelle va se transformer la société parisienne.

Françoise d'Aubigné était petite-fille de Théodore Agrippa d'Aubigné, et lille de Constant d'Aubigné. baron de Surimeau. Ce dernier, qui, sans le consentement de son père, s'était marié avec Anne Marchand, veuve de Jean Couraut, baron de Chatellaillon, ayant surpris sa première femme en flagrant délit d'adultère, la tua, elle et son amant, puis se remaria, en 1627. avec Jeanpe de Cardillac, fille du gouverneur du Château-Trompette, en eut d'abord un fils, puis une fille qui naquit, le 27 novembre 1635, dans les prisons de la conciergerie de Niort.

Cette fille, dont la destinée commençait d'une façon si sombre, qu'elle avait pour tout horizon les murs d'un cachot, était Françoise d'Aubigné, qui épousa en premières noces le poète Scarron, et en secondes le roi Louis XIV. Elle fut baptisée par un prêtre catholique. Le duc François de la Rochefoucauld, père de l'auteur des Maximes, et Françoise Tiraqueau, comtesse de Neuillani, furent ses parrain et marraine. Quelques mois après la naissance de cette petite lille, madame de Villetle, sœur de Constant d'Aubigné, l'ayant visitée dans sa prison, fut touchée de la misère de toute la pauvre famille, et emmena sa nièce au château de Murcey, où elle passa quelques années. Mais, au bout de ce temps, le prisonnier ayant obtenu d'être transféré au Château-Trompette, madame d'Aubigné réclama sa fille.

Elle avait quatre ans lorsque, louant dans cette prison avec la fille du concierge, qui avait un ménage en argent, celle-ci lui reprocha de ne pas être aussi riche qu'elle. — C'est vrai, répondit la petite Fran çoise, mais en échange je suis demoiselle, et vous ne l'êtes pas.

Enfin, en 1639, d'Aubigné sortit de prison; mais, ne voulant pas abjurer le calvinisme, il ne put obtenir du cardinal de Richelieu de demeurer en France, et fut forcé de s'embarquer pour la Martinique. Pendant la traversée, la petite Françoise devint malade, tomba en léthargie et fut déclarée morte parle médecin. On allait la jeter à la mer, selon l'habitude des cérémonies mortuaires à bord des bâtiments, lorsque sa mère, se penchant sur ellé pour l'embrasser une dernière fois, sentit une légère haleine sur sa bouche, une légère pulsation à son cœur, et remporta toute délirante dans sa cabine, où l'enfant rouvrit les yeux sur ses genoux. La petite Françoise était sauvée.

Deux ans plus tard, à la Martinique, comme sa mère et elle, assises sur l'herbe, allaient manger une jatte de lait, elles entendirent à quelques pas d'elles un léger bruit accompagné d'un sifflement aigu. C'élait un serpent qui s'approchait, le corps rampant, la tête haute et les yeux flamboyants, attiré par IV deur du lait. Madame d Aubigné prit sa fille par la main et l'entraîna avec elle. Mais le serpent, au lieu de les poursuivre, s'arrêta à la jatte, but le lait qui était dedans, et se retira comme il était venu. Décidément, la main de Dieu était sur cette enfant.

Cependant, grâce aux soins de madame d'Aubigné, les affaires des pauvres exilés commençaient de prospérer â la Martinique, lorsque son n.ari eut Ht fatale idée de l'envoyer en France pour voir si elle ne pourrait pas tirer quelque parti de ses biens séquestrés. Madame d'Aubigné partit. En son absence, son mari joua, perdit toute sa nouvelle fortune, et, lorsqu'elle revint sans avoir rien pu terminer, elle le trouva ruiné pour la seconde fois.

Dès lors il ne leur resta plus pour vivre que les appointements d'une simple lieulenancc , encore ces appointements étaient-ils tellement engagés, que, lorsque Constant d'Aubigné mourut, eu 1645, et que sa femme voulut revenir en Europe, elle fut obligée de laisser sa petite fille, comme une espèce de gage, entre les mains de son principal créancier; mais celui-ci se lassa bientôt de nourrir l'enfant, et la renvoya en Fran-,e. La jeune Françoise aborda à la Rochelle, où sa mère apprit qu'elle était arrivée sans avoir même su son départ. Madame d'Aubigné était plus pauvre que jamais, et madame de Yillette, qni déjà s'était chargée de l'enfant, la pria de la lui laisser une seconde fois. Madame d'Aubigné y consentit aver crainte, car madame de Yillette était calviniste, et elle tremblait qu'entre ses mains sa fille ne changeât de religion. En effet, au bout de quelque temps, ses t rahîtes se réalisèrent; la petite fille se fil calviniste Mais alors malame de Neuillant, sa marraine, qui était près de la reine Anne d Autriche, obtint un ordre pour retirer la jeune fille de la maison de se tante, et pour la prendre chez elle, où tout fut mis en œuvre pour la ramener â la religion catholique. Mus, prières, exhortations, conférences, tout fu» inutile; celle qui devait révoquer un jour l'Edit de Nantes commençait par être le martyr de la religion qu'elle devait persécuter.

Madame de Neuillaul résolut de la vaincre par l'humiliation : elle était chargée des soins les plus infimes de la maison ; c'était elle qui gardait les clefs, qui faisait mesurer l'avoine des chevaux, qui appelait les domestiques quand on avait besoin d'eux, car les sonnettes n'étaient pas encore en usage - Ce n'ut pas tout: la bonne dame était fort avare et la laissait mourir de froid. Un jour, elle manqua d'être asphyxiée

f»ar du charbon qu'elle avait porté dans un vase de cuivre pour cliaJilïer sa chambre. Ce dernier accident a lit réclamer par sa mère, qui la mit au couvent des Ursulines de Niort. Mais là, ni madame de Neuillant, qu elle avait quittée, ni madame de Villette. qui craignait de la voir revenir à la religion catholique, ne voulurent payer sa pension. Enfin, vaincue par la nécessité, bien plus que par les instances de sa mère, et sur l'assurance que lui donna son confesseur que. malgré son hérésie, sa tante, qu'elle adorait, ne serait point damnée, elle se fit catholioue

Les Ursulines la gardèrent un an; oui*, voyant que, contre leur espoir, madame de Neuillant et madame de Villette demeuraient inflexibles, elles la mirent à la porte du couvent. La pauvre enfant ne revint «ers sa mère que pour h voir mourir, entre ses bras, de chagrin et de misère. Alors, écrasée de douleur, elle resta trois mois enfermée dans une petite chambre, à Niort, ne sachant pas si mieux ne valait point rejoindre sa mère au tombeau par une mort volontaire, que d'essayer d'aller plus loin dans une vie où tout semblait se changer pour elle en obstacles et en impossibilités. Elle en était à ce point de doute et de désespoir, lorsque madame de Neuillant, se laissant loucher par tant de misères, la reprit et la mit au couvent des Ursulines de la rue Saint-Jacques, où elle fit sa première communion. Enfin, madame de Neuillant vint demeurer à Paris, et la prit dans sa maison aux mêmes conditions où elle avait déjà été. Parmi les personnes qu'elle recevait, était le marquis de Villan >nu\. amant de Ninon de Lenclos: ce dernier fut si frappé de la beauté naissante de la jeune fille, qu'il i fit une cour assidue, si assidue même, que Bois- Robert, a l'affût de toutes les intrigues politiques <-\ inwitreuscs du temps, adressa au marquis la lettre suivante :

l i constance est incomparable.

Et! devant ta flamme durable, 'Les Ama tu, les Céladons. N'eussent paru que Mirniidous liais j'en vois peu. je le confesse, Don! la grâce c( la gentillesse Puissent causer cette langueur Dont ton œil accuse ton cœur.

Serait-ce point certaine brune, Dont la beauté n'est pas commune, Et qui brille de mus cotés Par mille rares qualités?

Outre qu'elle est aimable et belle.

Je t'ai tu lancer devers elle De certains regards languissants, Qui n'étaient pas trop innocents.

Je lui sois des attraits sans nombre :

Ses yeux bruns ont un éclat sombre.

Oui, par un miracle d'amour, Au travers des cœurs se fait jour, Et suit éblouir la paupiéru Mieux que la plus fnrlc lumière.

Dans son esprit et dans son corps Je découvre plus de trésors Qu'elle u'en vil jinuis paraiti Dans le climat qui l'a vu naître (I).

Si c'est cette rare beauté Qui tient ton esprit enchanté Marquis, j'ai raison de te plaindre, Car son humeur e»t tort à craïudru :

Elle a presque autant de fierté, Ouille a de grèce et de beauté.

Bois-Robert ne se trompait pas, et cette be?ute était trop tière pour céder au marquis, et pour devenir la rivale de Ninon. Sa poursuite fut donc complètement inutile.

Ce fut vers le même temps que mademoiselle d'Aubigné fil chez sa tante aussi la connaissance du chevalier de Méré, qui, jeté dans la société des précieuses du temps, passait au milieu d'elles pour un homme

(1) On h croyait née en Amérique, nuit c'était une erreur.

Gc

de goût : aussi reconuul-il dans la jeune tille autre chose que de la beauté. C'était un esprit fin et charmant, d'autant plus original, que personne ne s'était occupé de lui donner une direction, et qu'il s'epanouissait naturellement comme ces fleurs des haies, qui ont de si vives couleurs et de si doux parfums.

Méré s'attacha à celle qu'il n'appelait que sa jeune Indienne, lui apprit le monde et les belles manières, mais la petite Françoise était si malheureuse, qu'à toutes ses leçons elle secouait la tète, en disant qu'elle ne désirait rien que de trouver une âme charitable qui payât sa dot pour qu'elle pût entrer dans un couvent. Scarron demeurait dans la maison en face de celle" de madame de Neuillant. Tout poète et gueux qu'il était, il se permettait de temps en temps quelques-unes de ces bonnes actions qui font hausser les épaules aux gens riches. Le chevalier de Méré lui parla de sa petite protégée; Scarron promit de puiser dans la bourse de ses connaissances et dans la sienne ce qui était nécessaire pour payer la dot de l'orpheline. De Méré alla porter celte bonne nouvelle à la petite Françoise, qui, toute joyeuse, accourut chez Scarron pour le remercier; mais, en la trouvant si jeune, en la voyant si jolie, en l'entendant s'exprimer si élégamment, Scarron changea d'avis. — Mademoiselle, lui dit-il, depuis que vous êtes là j'ai réfléchi; je ne veux plus rien vous donner pour vous cloîtrer

Mademoiselle d'Aubigné jeta un cri de douleur. — Attendez donc, dit Scarron ; je ne veux pas que vous soyez religieuse, parce que je veux vous épouser. Mes gens me font enrager, cl je ne puis les battre, nies amis m'abandonnent, et je ne puis courir après eux; quand lisseront commandés 'par une jeune maîtresse, mes laquais m' obéiront; et, quand ils me verront une jolie femme, mes amis reviendront chez moi. Je vous donlie nuit jours pour réfléenir.

Tout cul-de-jalte qu'il était, Scarron était à la mode ; il avait une réputation de bonté et de gaieté qui surpassait encore sa réputation de poète; à force de leregarder, mademoiselle d'Aubigné s'habitua à sa personne; enfin le huitième jour elle donna son consentement, et tout fut décidé. Quelques jours après ce mariage, elle écrivait à son frère .

« Je viens de contracter une union ou le cœur entre pour peu de chose, et où, en vérité, le corps n'entre pour rien, n

Scarron ne s'était pas trompé. Sous la direction de leur nouvelle maîtresse, les valets obéirent; à l as pect de la jeune femme, les amis revinrent. La maison de Scarron fut bientôt le rendez-vous des gens d'esprit de fa cour et de la ville, et, à l'époque où nous sommes arrivés, c'était une mode, une fureur d'aller chez lui.

Mais Scarron avait fort marqué dans la Fronde ; une partie des pièces satiriques qui avaient été lancées contre Mazarin étaient sortie de son arsenal, f t d'ailleurs c'était trop juste : dans un jour d'économie, le ministre avait supprimé la pension que le poète touchait comme malade de la reine, et le poêle, qui ne pouvait rien supprimer au ministre, s'était vengé avec les armes que Dieu lui avait données.

Malheureusement, le ministre était revenu plus puissant que jamais, et la charmante madame Scarron, qui avait eu pour première lâche de faire obéir les domestiques récalcitrants et de ramener les amis désertés, eut pour seconde tâche, bien autrement difficile que l'autre, de raccommoder son mari avec la cour Celte tache, la jeune femme l'entreprit. Malgré son intimité avec Ninon, nul n'avait jamais médil d'elle, et Ninon, quarante ans plus tard, disait à propos de madame de Maintenon : — Dans sa jeunesse, elle était vertueuse, par faiblesse d'esprit; j'aurais voulu la guérir de ce travers, mais elle craignait trop Dieu.

Aussi, madame Scarron avait-elle deux amies intimes, Ninon la courtisane et madame de Sévigné la prude.

Cette réputation de vertu incontestée, cette réputation de beauté incontestable, ouvrirent à madame Scarron toutes les portes. Les sollicitations multipliées qu'elle fut forcée d'entreprendre pour que son mari ne fût point exilé de Paris, montrèrent tout ce qu'il y a ail dans cette jeune femme, qui se révélait ainsi par le dévouement, de charme dans la conversation et d délicatesse dans la prière. Les marquises de Riche- !ieu, de Villarceaux et d'Albret s'intéressèrent à elle liiifin elle obtint ce qu'elle sollicitait, c'est-à-dire que son mari restât à Paris. Cette permission une fois obtenue, la maison de Scarron redevint comme autrefois, el même bien plus qu'autrefois, le rendez-vous de toute la société élégante.

D'ailleurs, tout se calmait à l'intérieur. Il y avait bien du côté des Pays-Bas, où Condé s'élait réfugié, un point menaçant à l'horizon , mais le coaôjuteur était arrêté et tenu sous bonne garde à Vincennes; le parlement était décimé et contenu ; madame la Princesse el son fils avaient quitté Bordeaux et étaient allés rejoindre leur mari et leur père; le prince de Conli continuait de résider dans sa terre des Granges; enfin, madame de Longucville, en revenant rejoindre son mari resté calme et tranquille au milieu des dernières émotions, s'était arrêtée à Moulins, chez l abbesse des filles de Sainte-Marie, sa parente. Or, cette abbesse de Sainte-Marie n'était autre que la veuve de Montmorency, décapité à Toulouse par ordre du cardinal de Richelieu, et dont la mort avait autrefois fait répandre tant de larmes à madame de Longucville,

auand la nouvelle de cette catastrophe était venue la frapper au milieu de sou insoucieuse jeunesse. Alors, ans ce séjour de calme, au pied de l'autel où la veuve en deuil avait tant pleuré, au milieu du bruit du inonde qu'elle avait peut-être un peu trop occupé d'elle-même, madame de Longucville avait commencé ce lonK retour vers Dieu, dont Viflefort nous a conservé tous les détails dans son histoire de la véritable vie d'Anne-Geneviève de Bourbon, duchesse de Longucville.

Pendant ce temps, l'amant de la belle pénitente, M. le prince de Marrillac, devenu duc de la Rochefoucauld par la mort de son père, guéri de la cuerre civile par les deux blessures qu'il avait reçues, l'une à Brie-IJomie-Robert, dans la première Fronde, en se battant contre Condé, l'autre dans la seconde, en se battant pour lui, était, comme nous l'avons dit, en convalescence à Dampvilliers. La solitude et la per.? du sang avaient produit un salutaire effet sur l'auteur des Maximes, et, presque aussi repentant que madame de Longueville, il n'avait plus qu'un désir, c'était de se réconcilier avec la cour pour conclure le mariage de son lils, le prince de Marcillac, avec mademoiselle de la Roche Guyon. unique hèritièir les Duplessis-Lianrourt.

Dans le but d'arriver à celte union, M. de la Rochefoucauld envoya Gourville. son homme lige (I;, à Bruxelles, pour demander au prince de Condé son consentement à ce mariage. Or, comme Gourville avait

• fort marqué dans la Fronde, et récemment encore venait d'enlever le directeur des postes Burin, lequel n'avait racheté sa liberté qu'en payant une rançon de quarante mille écus, Mazarin avait les yeux sur lui, et, ayant appris qu'il était momentanément à Paris, avait juré qu'il n en sortirait pas. Gourville fut averti

Ju'il était tombé dans le piège; alors, en homme (le ressource qu'il était, il résolut d'aller bravement auevant du danger ; et, au moment où Mazario venait de mettre toute sa police ù ses trousses, il lui fit demander une audience. Mazarin l'accorda, et Gourville, au lieu d'être amené devant le ministre comme un coupable, se présenta comme un ambassadeur.

Mazarin était sur toutes choses homme d'esprit; il comprit que celui qui avait trouvé un pareil biais pour se tirer d'affaire n'était point à mépriser. 11 le reçut, lYcouta, vit tout le parti qu'il pouvait tirer de cet adroit et intrépide agent, lui fit des propositions qui furent acceptées, et, séance tenante, se l'attacha. Cette audience amena la réconciliation du duc avec la cour, et la pacification entière de la Guyenne. Enfin, le 2-i juillet 1655, par l'intermédiaire de Gourville, la paix fut officiellement signée entre Mazarin et la ville de Bordeaux.

Ce fut alors que Mazarin, tranquille à l'intérieur, peu inquiété au dehors, commença à s'occuper sérieusement de l'établissement de sa famille, et jeta les yeux sur le prince de Conti pour en faire le mari d'une de ses nièces. Le moment était bien choisi : le prince de Conti ayant surpris une lettre de son frère, dans

* laquelle celui-ci ordonnait ù ses gens de guerre, tout en ayant I air d'obéir au prince, de n'obéir effectivement qu'au comte de Marsin, s était brouillé avec lui, et ne demandait pas mieux que de se raccommoder avec la cour. En consèqueuce, on chercha un homme qui eût la confiance du prince de Conti, et l'on songea à Sarrasin.

Jean-François Sarrasin, connu dans l'histoire littéraire de France comme un des beaux esprits du dixseptième siècle, était d'origine normande. Il vint à Paris a l'époque où brillaient les précieuses, fut recommandé à mademoiselle Paulet, gui le trouva à son gré et le produisit dans les salons comme un homme de bon lieu, quoique son père ne fût rien autre chose que le parasite du trésorier de France Foucaut, dont il avait épousé la gouvernante. Bientôt il eut l'occasion d'être présenté au coadjuteur, et, étant devenu un de ses courtisans les plus assidus, celui-ci le recommanda au prince de Conti, qui, sur sa recommandation, le prit pour secrétaire.

Sarrasin, à tort ou à raison, passait pour faire beaucoup de choses pour de l'argent : le cardinal lui fit offrir vingt-cinq mille livres si l'affaire se terminait a sa satisfaction. Sarrasin se mit aussitôt en campagne, et, grâce A la situation d'esprit où le prince était vis-à-vis de son frère, il éprouva moins de difficultés qu'on ne s'y attendait. Le prince de Conti accepta, à la condition qu'on lui laisserait le choix entre toutes les nièces du cardinal; on y consentit, et il choisit Anne-Marie Martinozzi, laquelle était presque fiancée au duc de Candale, qui avait jusque-là répugné à cette mésalliance, et fut fort étonné de voir un prince du sang prendre, de son propre choix, celle qu'il avait presque refusée. En conséquence de cet arrangement, le prince, ayant résigné tous ses bénéfices à l'abbé deMontreuil, vint à Paris, où Mazarin lui fit force caresses. Quelques jours après, il fut marié dans le cabinet du roi, à Fontainebleau.

Sarrasin survécut peu au mariage dont il avait été la cheville ouvrière : d'abord, le bruit du temps veut qu'il n'ait pas touché un denier des vingt-cinq mille livres promises par le cardinal ; ensuite, Segrais raconte qu'un jour, dans un de. ces fréquents mouvements de mauvaise humeur que le prince de Conti éprouvait à la suite de son mariage, et qui étaient causés par la géne où il se trouvait, ayant résigné quarante mille écus de bénéfices pour n'avoir que vingt-cinq mille écus de rente, il donna au pauvre Sarrasin un coup de pincettes à la tempe. Si-grais ajoute que ce mauvais traitement impressionna tellement Sarrasin, qu'il en eut une fièvre chaude dont il mourut au bout de quelques jours. Il est vrai que Tallemant des Héaux raconte cet accident d'une autre façon. Selon lui, jamais le prince de Conti ne se serait porté sur son secrétaire à une semblable voie de fait, et Sarrasin aurait été empoisonné par un Catalan dont il avait débauché la femme : ce qui donnerait quelque poids à celte dernière assertion, c'est que la femme mourut de la même maladie, le même jour et presque à la même heure que lui.

En même temps que le prince de Conti épousait la nièce du cardinal, le parlement, tous les magistrats étant en robes rouges, rendait un arrêt par lequel Cordé, convaincu des crimes de lèse-majesté et de félonie, et, comme tel, déchu du nom de Bourbon, était condamné à recevoir la mort en telle forme qu il conviendrait au roi. Condé répondit à cette condamnation en prenant Rocroy, et Turenne, réduit, à cause du peu de soldats qu'il avait, à éviter une action générale, ne put répondre à ce succès que par un succès à peu près pareil : il prit Sainle-Menehould.

Cependant Mazarin, voyant grandir Louis XIV et assistant à chaque heure au développement de ce caractère qui devait être si impérieux un jour, avait compris qu'une nouvelle influence allait surgir, et,

5our s'attacher le jeune roi, il se détachait peu à peu d Anne d'Autriche, retenue elle-même à lui par trop e liens pour qu'elle osât jamais se plaindre publiquement de ce qu'elle appelait l'ingratitude italienne. Depuis quinze ans il régnait par la mère; il vit qu'il était temps de changer de système et de régner à favenir par Je fils.

Louis XIV était naturellement enclin au plaisir : Mazarin appela les plaisirs à son aide. Malgré la pénurie de la cour, l'hiver se passa en fêtes et en réjouissances : la princesse Louise de Savoie épousa le prince de Bade, et la ville de Paris donna des repas. On célébra la solennité de la Saint-Louis, et ce fut une nouvelle occasion de s'amuser. En outre, les représentations théâtrales allaient leur train. Louis XIV donoait les premiers symptômes de ce goût qu'il eut ensuite pour les lettres, en assistant à la représentation de Pertharite, ce qui n'empêcha point l'oeuvre du grand Corneille de tomber à plat. En revanche, son

(1) Celui-là même qui noui a la<s;é de curieux mémoire* sur toute cette époque.

î~» LOUIS Xl\ ET SON SlrXLE.

î'. ère Thomas donna deux nouvelles pièces qui réussirent, et uu jeune homme nommé Ouinaull. sa pre- . niière comédie, qui lit fureur.

Outre la troupe de I hôtel de Bourgogne et celle du Petit-Bourbon, qui donnait ses représentations dans jnc galerie, seul reste de l'hôtel du connétable de Bourbon, qu'on avait démoli, trois autres troupes couraient la province. Mademoiselle, qui, malgré sa vieille gouvernante, ses deux dames d'honneur, ses perroquets, ses chiens et ses chevaux anglais, s'ennuyait fort à Saint-Fardeau, en entretenait une. Il y en avait une autre qui était restée avec la cour a Poitiers, et qui l'avait suivie à Saumur. Enfin, une troisième troupe donnait, à Lyon, une comédie en cinq actes dont le retentissement arrivait jusqu'à Pans : c'était l'Etourdi, de Molière.

Non-seulement, comme nous l'avons dit, le roi se plaisait av.x représentations théâtrales, mais aussi le goût des ballets commençait à lui venir. Comme l'hôtel du Petit-lîourbon touchait à l'église Saint-Germainl'Auxerrois, et par conséquent s» trouvait près du Louvre, où logeait le roi, on choisit ce théâtre pour les fêles de la cour. Ce fut là que se donnèrent les fameux ballets royaux d^ui firent tant de bruit, ballets exécutés par le roi, par le duc d'Anjou son frère, par les seigneurs de la cour, par les dames de la suite de la reine, et enfin par les acteurs, qui avaient donné des conseils aux illustres débutants et mis en scène les pièces qu'ils jouaient, dansaient et chantaient. Benserade, qui était fort en honneur à cette époque, eut le privilège exclusif de composer les vers de ces ballets, et si ce ne fut point la source de sa réputation, ce fut du moins celle de sa fortune.

Cependant le premier de ces ballets, où le roi figura, fut encore joue au Palais-Hoyal : il était intitulé la Mascarade de (lassandre; ce n'était pour ainsi dire qu'un essai. Le roi en avait été si satisfait, qu'il en demanda promptement un second plus long que le premier. Celui-là fut intitulé la Nuit, et joué au théâtre du Petit-Bourbon. Le roi y remplissait plusieurs rôles : d'abord il paraissait sous la ligure d'un des jeux qui accompagnent Vénus, et, à la suite de quelques autres stances, disait celle-ci. qui donne une idée des leçons qu'on offrait au monarque de quinze ans :

I j jeunesse a mauvaise grâce, Qu.iml trop sérieuse elle passe Suis voir le pilais île l'Amour .

II faut qu'elle entre, et pour le u^, Si ce n'est point son vrai séjour, C'est un gîte sur son passage.

Le roi paraissait encore à la fin, mais cette fois sous les traits du xoleil levant, et il déclamait ces vers :

Déjà seul je conduis mes chevaux lumineux, Qui traînent la splendeur et l'érbt ipiv* eux Une divine main m'en a remis les rênes :

l'ne grande déesse a soutenu nœi droits; Nous avous même gloire : elle est l'astre des rein. Je suis l'astre des rnis

Ce fut dans ces ballets, où Louis XIV s'habitua à être regardé, comme un dieu, que M. le duc d'Anjou s'habitua à être regardé comme une déesse. Sa jolie figure faisait que presque toujours on lui donnait à remplir des rôles de femmes; de là peut-être les goûts pie nous verrons plus tard se développer en lui. et qui influèrent si étrangement sur tout le reste de s., vie.

Ce fut cette même année que, pour rendre les communications plus fréquentes entre les habitants de Paris, on inventa la petite poste. Cette invention fut célébrée par la muse historique de l.tfret. — Ou mit, .dii-il,

Des boile* nombreuses et drues Aux petites et grandes rues.

Ou, par soi-même ou ses laquais.

On pourra porter de* piquets, Et dedans à toute heure metlre Avis, billet, missive, Ici Ire, Que des gens commis pour rela Iront rhereber et prendre là, Pour, d une diligence habile, t es porter par toute la viii.

Nous avous dit qu'il u y avait que deux théâtres à Paris : celui de l'Hôtel de Bourgogne et celui du l'etit-Bourbon. Bientôt le goût du spectacle se répandit tellement, que ces deux théâtres ne suftirent plus, et qu'il fallut rouvrir celui du Marais, le même dont la troupe italienne, dirigée par Mondori, avait parfois déridé le soucieux visage du cardinal de Richelieu. Une des premières pièces que l'on y joua fut (Ecolier de Salammiquc ; elle eut un prodigieux succès et un personnage surtout, jusqu'alors inconnu a notre scène, réunit toutes les sympathies du public : ce fut celui de Crispin, qui devint un type entre les mains de Molière.

Pendant ce temps, les ballets allaient leur train. On en joua successivement trois nouveaux : celui «les Proverbes, celui du Temps, celui de The lis et Pelée. Les deux premiers, qui ne demandaient pas grande mise en scène, furent join s dans la salle des gardes; le troisième, pour lequel on fit venir des comédiens de Mantoue, et qui parut supérieur à tout ce qu'on avait l'ail jusque-là dans ce genre, fut joué sur le théâ-

LOUIS XIV Kl SON SIÈCLE.

tre du Petit-Bourbon Louis MV y paraissait sous cinq costumes différents, remplissant successivement les rôles d'Apollon, de Mars, d une furie, d'une dryade et d'un courtisan; il y eut un tel succès, qu'il le lit jouer tout l'hiver et jusqu'à trois fois dans la même semaine.

Cependant toutes ces fêtes coûtaient beaucoup d'argent, et l'Etat était pauvre. Mazarin avait, on se le rappelle, an lieu et à la place du duc de la Vieuville mort, nommé deux surintendants : le comte Servien, lequel avait donné l'utile conseil de substituer du poison â l'opiat que faisait passer madame de Lesdi* guières au coadjuteur, et le procureur général Fouquet, dans lequel il récompensait l'abbé Fouquet son frère et adoucissait le parlement. Mazarin donc, ayant besoin d'argent, s'adressa a Servien, qui demeura court. C'était le moment qu'attendait Fouquet : homme de ressources, financier habile, ambitieux de pouvoir et d'argent, parce que l'un donne l'autre, et que tous deux réunis donnent sinon le bonhear, du moins le plaisir, H se leva, déclarant que, si l'on voulait s'en rapporter 4 lui, il trouverait de l'argent, non-seulement pour les fêtes, non-seulement pour la guerre, mais encore pour une cérémonie à laquelle on n'osait

penser, vu la pénurie du trésor, c'est-à-dire pour le sacre. Mazarin, peut-être même ù cause de son caractère timide et retenu, aimait les gens hardis et entreprenants, surtout lorsque ces gens prenaient sur eux toute responsabilité : il laissa carte blanche A Fouquet, qui dès lors devint le seul et véritable surintendant des finances. Au bout de trois mois, Fouquet avait tenu toutes ses promesses, et Mazarin confiait à l'audacieux trouveur d'argent, non-seulement les finances de l'Etat, mais encore le soin de sa propre fortune.

Le moment fixé pour le sacre arriva; mais alors on s'effraya de l'isolement dans lequel on allait sacrer le roi de France. Monsieur le duc d'Orléans, exilé à Blois, avait refusé de quitter, sans bonnes conditions, son exil pour cette cérémonie, et, comme on n'avait pas voulu lui faire ces conditions, il ne fallait pas compter sur lui ; Mademoiselle, toujours à Saint-Fargeau, ne pouvait assister à une solennité à laquelle n'assistait point son père; M. le prince de Condé, condamné à mort, était à la tète des Espagnols; M. le prince de Conti, pressentant la difficulté de sa position, avait demandé et obtenu la permission de quitter sa jeune femme pour aller prendre le commandement de l'armée du Roussillon; M. le coadjuteur était en prison; dix mille Français, des premières maisons de France, avaient suivi Condé à l'étranger ou boudaient avec le cardinal de Retz; les Montmorency, les Foix, les la Trémouille, les Coligny, brillaient, comme on l'a dit depuis, par leur absence. Mazarin, comme cela se fait au théâtre quand les premiers sujets manquent, se décida a faire remplir les rôles par des doubles. La cérémonie ne fut donc point retardée, car, grâce â Fouquet, la chose principale ne manquait point, l'argent. Elle s'accomplit â Reims dans les formes ordinaires. Le lendemain, le roi reçut l'ordre du Saint-Esprit, qu'il conféra aussitôt à son frère, et le surlendemain, usant du premier privilège de l'oing du Seigneur, il toucha les malades des éc rouelles, au nombre de plus de trois mille.

Le jour suivant, le roi partit de Reims pour rejoindre l'armée. On voulait enlever Stenay au prince de Condé, et le roi devait commencer son apprentissage militaire en assistant â la prise de cette place. Il arriva à Relhel le 28 juin, et de là gagna Sedan, où il visita les lignes. On croyait à un siège long et meurtrier, car, selon toutes les probabilités, M. le Prince défendrait la ville; mais, au lieu de cela, après avoir jeté quelques secours dans la place, il avait conduit toutes ses forces contre Arras. Stenay fut donc pris, et ce fut sans doute ce premier sucrés qui donna à Louis XIV ce grand amour des sièges qu'il manifesta toujours depuis. Stenay reconquis, on résolut de marcher aux Espagnols. Une partie de l'armée alla rejoindre le maréchal de Turenne; l'autre, ob demeura le roi, s'étant accrue de tous les renforts qu'on avait pu envoyer, forma deux corps sons le commandement du maréchal de la Fertè et du maréchal d Hoc-

quiucourt. On s étendit alors autour des Espagnols, et quelques combats sans importance furent livrés, préludant à une attaque générale que l'on voulait accomplir le jour même de la Saint-Louis, dans l'espérance qu'à son double litre d'aïeul du roi et de patron de la France, le héros de Taillebourg, le pèlerin de Mansourah, et le martyr de Tunis veillerait à la gloire de nos armes. Les pieuses espérances ne furent point trompées : les quartiers des Espagnols et des Lorrains furent enlevés. Mais le prince de Condé, qui s'était réservé pour le moment décisif, vint se jeter avec son impétuosité naturelle au milieu des vainqueurs, fit des merveilles de courage et de chevalerie, gui ne purent toutefois empêcher le canon et les bagages de l'ennemi de tomber entre nos mains, non plus que la levée du siège d'Arras, où le roi entra quelques jours après et félicita ses trois généraux, et particulièrement M. de Turenne, sur leur victoire. Puis il revint à Paris et fit chanter un Te Daim.

Le lendemain de cette cérémonie, qui rendait grâce à Dieu d'un siège levé et d'une ville prise, mourut dans l'obscurité et le silence le conseiller Broussel, qui, cinq o'u six ans auparavant, météore populaire, avait jeté tant d'éclat et fait tant de bruit.

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