‹ Louis XIV et son siècleChapitre 50 sur 69 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

Gu<:rrv ^i-ii'r.ilo. — Nuuvrl m» i h. du Palnlin.it . — Luxembourg. — Le ninrccli.il de Durits — Le dauphin. — Câlin il.

— l'iix' (!.• Hiilip.-liouiy. — Il il iil!cs ïagniVs ut perdues. — Le prince Euçèno. — Suite de la guerr,' civile dot Ovvcniii *. — Tin l- rriblf dr i l I du f.lnyla. — Mort du prince de Cotid£. — Lutte entre madame de M.; ntenon et Louvoi/. — \.a i. i ,t |« ministre — Smin dos pincettes. — |jj gante mal placée. — La promenade et le r. onologuc.

— Wurl do Louvl. >. — KcVIniion sur » mort. — La reine d'Espagne meurt empoisonnée.

'Europe se trouva donc de nouveau livrée à une guerre générale, parce qu'une fenêtre de Trianon était plus petite que les autres, et que le roi avait eu le mallieur d'avoir raison sur son ministre. Celle nouvelle guerre eut pour résultat, sur mer, deux combats : l'un, celui de Béveziers (CC), gagné par Tourville; l'autre, celui de La Hogue, gagné par l'amiral Hussell. En Italie, la reprise des hostilités et le gain de la bataille de Slaffarde, qui amena pojir Amédée la perte de la Savoie et la plupart des places du Piémont; mais, avec le secours de l'Autriche, c'est-à-dire avec quatre mille hommes commandés par le prince Eugène, le duc recommença cetlc guerre de haies, de montagnes et de ravins, à laquelle se prêtaient si bien sou territoire et son génie. Le prince Eugène fit lever aux Français le siège de Coni, et le duc de Bavière, arrivant avec de nouveaux renforts, nous força de repasser 1rs .M pus. Ce fut la première fois qu'on entendit retentir vii toiicusement, à Paris, le nom du fils de la comtesse de Soyons. Destiné d'abord à l'Eglise, il avait jeté bas le petit collet et avait été faire la guerre aux Turcs. Au retour de cette croisade, où il s'était signalé, il demanda un régiment à Louis XIV, qui le lui refusa. Alors il écrivit au roi une lettre dans laquelle il lui disait que, sur son refus de l'employer, il prenait h service chez l'empereur. Louis XIV plaisanta beaucoup de celte lettre, qu'il regarda tomme une singulière impertinence de jeune homme, cl, le même soir, au jeu, il la passa à Yilleroi. à qui ce même prince Eugène devait tailler plus tard de si rude besogne, en lui disant : — Ne vous semble-t-il pas que j'ai fait là ii;:o grande perte?

En Espagne, le maréchal de Noailles prit L'rgel, qui lui ouvrait l' Aragon, et le comte d'Estrécs bombarda Barcelontie. Sur le Kliin, à défini de Condc mort depuis trois ans, et de Crèquy mort l'année précé- !r ut'\ Henri de Durfort, maréchal de Duras, fut chargé de. tenir la campagne sous les ordres de monseijCiierr le dauphin, lils de Louis XIV. Il avait entre autres lieutenants généraux Câlinai el VaubaD; ce deri : i i. vaii diriger le siège de Philipsbourg. où Monseigneur était appelé à faire ses premières armes. Au »u<;iwit fin départ, le roi le fit venir et lui dit : — Mon fils, en vous envoyant commander mes armées, je vous donne l'occasion de faire connaître votre mérite; allez le montrera toute l'Europe, afin que, lorsque je ne serai plus, on ne s'aperçoive pas que le roi est mort

I." dauphin partit, et, comme de tout temps, on le sait, nous avons chanté, il arriva devant la ville menai ce au refrain d'une chanson qui eut alors beaucoup de succès et à laquelle il eut le bonheur de donner un démenti (DD).

Philipshourg fut pris en dix-neuf jours; Maiibeim eo trois jours; Franckendall en deux; Spire, Worms et Oppeinheim se rendirent à l'apparition des Français, qui possédaient déjà Mayeuce et Heidelbcrg.

Ce fut au milieu de cette guerre qu'arriva le fameux ordre de Louvois, de tout réduire en cendre et de faire du Palatinat un désert. Ainsi se trouvaient rallumées, pour un plus vaste incendie, les flammes dont Turenne avait brûlé deux villes et vingt villages. A la lueur de cet incendie, Guillaume, affermi sur le trône de son beau-père, repassa la mer pour venir nous combattre sur le premier terrain où il nous avait déjà rencontrés. C'était un homme qui nous avait trop appris, à nos dépens, ce qu'il pouvait faire, pour que nous ne cherchassions pas à lui opposer un rival digne de lui. Le roi choisit Luxembourg, tombé depuis deux ou irois ans dans la disgrâce de Louvois, qui haïssait ce maréchal comme il avait' haï Turenne. comme il haïssait enfin tout ce qui était grand et fort. Au moment de partir, Luxembourg exprima au roi quelques craintes sur celte haine qu'il laissait derrière lui. Mais Louis XIV, qui savait si bien vouloir quand la cb«se était uéeessuire et souvent inemu quand elle ne l'était pas, lui répondit : — Parle/ tranquille,

j'aurai soin que Louvois marche droit. Je l'obligerai de sacrifier au bien de mon service la haine Qu'il a contre vous; vous n'écrirez qu'à moi, et vos lettres ne passeront point par lui.

Luxembourg débuta dans cette campagne, qui lui valut le titre de tapissier de Notre-Dame, par la victoire de Fleurus; deux cents drapeaux ou étendards furent le premier envoi qu'il fit à la métropole. Ce fut dans cette campagne encore qu'eurent lieu les fameux sièges de Mons et de Namur, commandés par le roi en personne, et les deux batailles de Steinkerque et de Nerwinde, où le duc de Chartres, fils de Monsieur, alors âgé d'environ quinze ans, fit ses premières armes. Nous reviendrons plus tard, a propos du regent, sur ce premier début. M. le Duc, Louis III, petit-fils du grand Condé, mari de mademoiselle de Nantes, obtint aussi une mention honorable dans ces deux balai. les. Mais ce n'était pas le tout que ces guerres extérieures. La France était en proie à une guerre civile qui lui rongeait les entrailles. La révocation de l'édit de Nantes poitait ses fruits; les flammes du Palatinat avaient gagné les Cévennes. On se rappelle ce prêtre terrible, ce missionnaire implacable envoyé à Mende comme inspecteur des missions. L abbé du Chayla avait été fidèle à ses principes et avait appliqué la loi nouvelle dans toute l'étendue de sa rigueur. Il avait enlevé des enfants à leurs pères et à leurs mères, les avait mis dans des couvents, el, pour qu'ils y tissent pénitence d'une hérésie qu'ils tenaient de leurs parents, on les avait soumis à de tels châtiments qu'ils en étaient morts. Il était entré dans la chambre des agonisants, non pas pour leur apporter des con- } dations, mais des menaces. Il s'était penché sur leur lit comme l'ange des colères célestes pour leur dire qu'en cas de mort sans conversion, procès serait fait 4 leur mémoire, el que leur corps, sans sépulture, serait jeté à la voirie après avoir été traîné sur la claie. Enfin, quand des enfants pieux, essayant de sous traire l'agonie à ses menaces ou le cadavre à ses persécutions, emportaient entre leurs bras leurs parents moribonds ou morts, afin qu'ils eussent ou un trépas tranquille, ou une tombe chrétienne, il avait déclare coupables de lèse-religion ceux-là mêmes qui avaient ouvert une porte hospitalière à celte sainte désobéissance, laquelle, chez les païens, eût obtenu des autels. Aussi, comme depuis quatre ans il était toujours prêt aii martyre, il avail lait creuser d'avance sa tombe dans l'église de Saint-Germain, qu'il avait choisie parce qu'elle avait été bâtie par le pape Urbain IV lorsqu'il était évèque de Mende.

Depuis que l'abbé du Clmla était arehiprétre des Cèveones, chaque jour avait été marqué par quelques arrestations, par quelques tortures ou par quelques exécutions capitales. C'étaient surtout les prophètes protestants qu'il avait poursuivis comme véritables ferments de l'hérésie. Deux ou trois prophètes ou prophélesses apparurent, qu'il lit condamner presque au moment de leur apparition. L'une de ces malheureuses, dont on ignore le nom, fut brûlée à Montpellier, une autre, qu'on appelait Françoise des Drez fut pendue. Enfin un troisième prédicateur, qui se nommait Laquoile, allait être roué vif, lorsque, le matin du jour fixé pour le supplice, on ne le retrouva plus dans sa prison, sans qu'on ait jamais su de quelle façon il en était sorti. Le bruit se répandit aussitôt que, conduit par le Saint-Esprit, comme saint Pierre par l'ange, il avait passé invisible au milieu des soldats.

Mais ce prophète, sauvé miraculeusement, redevint visible pour prêcher à son tour la mort de l'abbe du Chayla, qu'il représenta comme {'Antéchrist. Tous ceux qui avaient souffert par lui, tous ceux qu'il » avait habillés de deuil, el le nombre en était grand, se réunir», m à sa voix, et, sous le commandement d'un nommé Laporte, maître forgeron, et d'un nommé Esprit Sèguier, qui, après Laquoile, était le plus révéré des vingt ou trente prophètes que possédaient à cette époque les hérétiques, s'acheminèrent vers l'abbaye de Montvert, où l'archiprétre faisait sa résidence. Toute (a troupe était armée de faux, de hallebardes, d'epées; quelques hommes même avaient des pistolets et des fusils.

L'abbé était dans son oratoire, lorsque, malgré l'ordre qu'il avait donné de ne jamais le déranger pendant ses prières, un de ses serviteurs accourut tout effaré, lui annonçant que des fanatiques descendaient de la montagne. L'abbe pensa que c'était un rassemblement sans consistance, qui venait pour enlever six prisonniers qu'il tenait dans les ceps. Alors, comme il avait autour de lui une garde de soldats, il fit venir le chef qui la commandait, et lui ordonna de marcher aux fanatiques et de les disperser. Mais, en voyant le nombre inattendu des rebelles, le chef jugea qu au lieu d'attaquer, il n'avait rien autre chose à faire qu'à se défendre. Il fit fermer les portes de l'abbaye et plaça ses hommes derrière une barricade élevée à la hâte sous une voûte qui conduisait aux appartements de l'archiprétre. Ces préparatifs étaient à peine achevés, que la porte extérieure vola en éclats sous les coups d'une poutre dont les assiégeants se servaient comme d'un bélier. Aussitôt ils se répandirent dans la première cour, demandant à grands cris les prisonniers. L'abbé du Chayla répondit à ces menaces par I ordre de faire feu. L'ordre fut exécuté : un huguenot tomba mort, deux autres furent blessés. Les assaillants se précipitèrent aussitôt sur la barricade, qu'ils enlevèrent en quelques instants et avec ce courage irréfléchi des enthousiastes qui se battent pour une cause qu'ils croient sainte. A leur tète étaient toujours Lapone et Esprit Séguier, qui avaient à venger, l'un la mort de son père, l'autre celle de son lils, exécutés tous deux par les ordres de l'abbé. Les soldats se réfugièrent dans une salle basse située au-dessous de la chambre où l'abbé était eu prières avec ses serviteurs. Dans celte attaque, les fanatiques avaient eu deux hommes tués et cinq autres blessés, de sorte que les deux chefs, craignant une résistance désespérée, ouvrirent l'avis de délivrer ' d'abord los prisonniers cl ensuite de. briller 1 abbaye.

Une portion de la troupe se mit en quête, tandis que l'autre veillait â ce que personne ne sortit. Les prisonniers furent bientôt retrouvés, car, se doutant que c'étaient leurs frères qui venaient à leur secours, ils les appelèrent à grands cris. On les tira de leur cachot où depuis huit jours ils demeuraient, les jambes prises entre des poutres fendues. C'étaient trois jeunes garçons et trois jeunes filles qu'où avait surpris au moment où ils allaient fuir de France. On les rt trouva enfles par tout le corps, ayant les os à demi brisés et ne pouvant plus se soutenir sur leurs jambes. A la \ue de ces martyrs, la colère et la haine des assaillants redoublèrent, si c'était possible. Les < ris : Au feu! Au feu! se firent entendre, et, en un instant, les ban':*, les chaises, les meubles entas; es dans i'ci-caiier et à la porte de la salle basse, furent euflammés & l'aide d'une paillasse r endue sur l«« - - h.< e i C< pcud-int l'abbé, s m,' msi les flammes monter jusqu'il

LOUIS XIV ET SON SIECLE. Zo\

lui, a\ait, à la prière d'un de ses valets, essayé de fuir par la fenêtre. Mais les draps dont il se senait pour descendre étant trop courts, il avait été" obligé de sauter à terre d'une assez grande hauteur, et, en tombant, s'était cassé la jambe. Il ne put donc que se traîner jusqu'à un angle de murailles où il essaya de se cacher, mais où bientôt la réverbération de l'incendie, en l'éclairant, le dénonça à ses ennemis. Alors il se vit enveloppé d'un seul élan ; un seul cri retentit : Mort à l' arc Inpr être l Mort au bourreau! Mais Esprit Séguier accourut, étendit les mains sur lui et s'écria. : Rappelez-vous les paroles du Seigneur. Il veut, non pas que le pécheur meure, mais qu'il vive et se convertisse. — Non, non, s'écrièrent toutes les voix, non! qu'il meure sans miséricorde, comme il a frappé sans pitié. A mort, le (ils de Déliai ! à mort! — Silence ! cria le prophète d'une voix qui dominait les autres, car voici.ee que Dieu vous dit par ma bouche : Si cet homme veut nous suivie et remplir parmi nous les fonctions de pasteur, qu'il lui soit fait grâce de la vie qu'il consacrera désormais a ta propagation de la vraie croyance. — Plutôt mourir mille fois, dit l'archipiètre, que de venir en 3ide à l'hérésie.— Meurs donc! s'écria" Laporteen le frappant de son poignard; tiens ! voilà pour mon père, que lu. us fait brûler à Nimes.

Et il passa le poignard à Esprit Séguier. L'arcbipcétre ne poussa pas un cri; ou eût pu croire que le poignard s était émousse sur sa robe, si l'on n'eiït vu couler de sa poitrine à terre une traînée de sang. Seulement il leva, les mains et les yeux au ciel, en prononçant ces paroles du psaume de la. pénitence : — Des profondeurs de l'abime j'ai crie vers vous, Scigucur, écoutez ma voix.

Alors Esprit Séguier leva le bras et le frappa. à son tour en disant : — Voila pour mon fils, que tu as fait rouer vif à Montpellier.

Et il passa le poignard à un troisième fanatique. Mais lie coup n'était pas encore mortel. Seulement un autre ruisseau de saug se lit jour, cl l'abbé dit d'une voix plus faible : — Délivrez-moi, ô mon Sauveur, des peines que méritent mes actions.sepgjanleii, et je publierai avec joie votre justice.

Celui qui tenait le poignard s'approcha et frappa a sou tour eu disant : —Voilà pour mon frère, que lu as fait mourir dans les ceps.

Cette fois le coup avait porté au cuiur; l'abbé toœJa» en iBuroMiranl : — Ayez pitié de moi, mon Dieu, selon votre miséricorde.

Et il expira. Mais sa mort ne suffisait pas à la vengeance de ceux qui n'avaient pu l'atteindre vivant. Chacun s'approcha donc de lui et le frappa comme avaient fait les trois premiers,' au nom de quelque ombre qui lui était chère et en prononçant les mêmes paroles. de malédiction. El l'abbé reçut ainsi cinquante-deux coups de poignard. Après une pareille vengeance* il n'y avait pas de grâce à espérer, et cette guerre d'extermination, qui lait un si terrible pendant à la Sainl-Barliitkmv, commença, moinsexcusable qu'elle, car elle était moin* nécessaire. Nous ne la suivrons pas daus sès détails si connus, mais nous verrons, plus tard, apparaître un instant à la cour de Louis XIV un de ses chefs les plus redoutés, le fameux Jean Cavalier.

Pendant la période que nous vc nous de parcourir, deux hommes étaient morts, qui avaient largement marqué leur place dans le siècle, l'un comme général, l'autre comme ministre. L'un était M. le prince de Conde, l'autre le marquis de Louvois. Le grand Condé, que la mort avait tant de fois épargne sur les champs de bataille, mourut à la suite d'une visite qu'il avait faite à sa petite-fine madame la Duchesse, atteinte de la petite vérole. C'était le dernier représentant de cette grande seigreurie qui avait succédé à la grande vassalité; c elait le dernier prince qui devait faire, au grand jour, la guerre ;i son roi. Aussi, son talent militaire ètaii-il bien plutôt le talent orulal et instinctif des époques de chevalerie que le talent raisonne, et, si l'on peut dire, mathématique. desTurenne, des Catinat, et, plus tard, «lu maréchal de Saxe. Depuis sept ou huit ans Condé vivait séparé de laucour. Était-ce lui qui s était éloigné de Louis \|V, dont la grandeur le blessait? Etait-ce Louis XIV qui V avait éloigné, de lui, parce qu'il ne pouvait admettre ce surnom de Graud, donné de son vivaut à uu homme qui avait été un instant son ennemi ? A son lit de . mort, cependant, il y eut retour du prince au roi, et, après sa mort, retour do roi au prince. Le moribond sollicita de Louis XIV la rentrée du prince de Couti, nui était en pleine disgrâce, et, quand le roi reçut la lettre et apprit en même temps que celui qui l'avait écrite n'était plus : -- Je perds la, dit-il, mon meilleur capitaine.

Et il accorda la grâce demandée. Bossuel fut charge de l'oraison fuuèbre : il appartenait au plus graud orateur du temps de louer le plus grand capitaine. (Juant à Louvois, sa mort fut triste et pleine de mystères.

Nous avons dit plus haut qu'à lutter contre madame de Maintenon t'énelon perdait sa faveur et l.umois peut-être la vie. Expliquons ce que nous avons dit. A peine iwiéc, la situation de madame de Maintenon éclata de toute sa nouvelle splendeur : elle n'osa- porter les armes de son mari, qui étaient les armes de la France, ma s elle supprima celles de Scarron, et ne porta plus que les siennes seules et sans les conl -li, res qui indiquent le veuvage Huit jours après la célébration de ce mariage, un appartement lui fut donne à Versailles, eu haut du grand escalier, vis-à-vis de celui du roi et de phnii-pied avec lui. En quelque lieu qu'elle lût, à partir de ce moment, elle élait toujours logée aussi proche et toujours de plain-pied autant ue la chose était possible. 11 y eut plus: le travail, depuh cette époque, se lit habituellement chez clic, eux fauteuils étaient disposés à côle de la cheminée, l'un pour elle, l'autre pour le roi. et devant la table deux tabourets, l'un pour son sac à ouvrage, l autre pour le miuistre. Pendant le travail, madame de Maintenon lisait et s'occupait de tapisserie. Elle entendait donc tout ce qui se passait entre le roi et le ministre,

3ui parlaient tout haut; rarement elle mêlait un mot à la conversation ; plus rarement encore ce mot était e quelque conséquence. Souvent le roi lui demandait son avis. Alors elle répondait avec de grandes mesures, ne paraissant s'intéresser ni aux choses ni aux personnes dont il élait question, mais ayant d'avance tout arrangé avec le ministre. (Juant à ses autres relations, les voici : elle allait voir quelquefois la reine d'Angleterre, avec qui elle jouait, et à son tour la recevait aussi de temps en temps chez elle. Jamais elle n'ai bit chez euetw» prit. -esse du su nu. même chez Mn.lant". Aucune d'elles non plus n'allait jamar «!.-•;

madame de MaiuteuOD, à moins <pie ce ne fût par audience ; ce oui était extrêmement rare, et ne manquait jamais de faire nouvelle. Si elle avait à parler aux princesses, filles du roi, elle les envoyait chercher; et, comme c'était presque toujours pour les gronder qu'elle leur faisait cette faveur, elles arrivaient toutes

Louyou.

tremblantes et sortaieut d'ordinaire tout en larmes. 11 va sans dire que celte étiquette n'existait pas pour M du Maine, devant qui les portes s'ouvraient a quelque heure que co filt, et qui était toujours reçu à bras ouverts par son ancienne gouvernante.

Cependant bientôt tant «I honneurs secrets et pour ainsi dire solitaire» uc lui sulureut plus, et elle vou-

lut être déclarée. Ce fut encore M. du Haine et Bossuetque l'on fil agir pour obtenir du roi cette déclaration. Le roi Qéda devant l'amour de l'un et devant l'éloquence de l'autre, et promit tout ce qu'on lui demandait.

Mais Louvois. qui dépensait plus de cent mille francs pour sa police intérieure du château, apprit

iwvsf s"Kr se

Madame do Maititenoo.

bien vite et les manèges de madame de Maintenon pour se faire déclarer, et la promesse que le roi avait eu la faiblesse de donner, il mande aussitôt l'archevêque de Paris, M. de Uarlay, qui avait été présent a la célébration du mariage, et, au sortir du dîner, prend des papiers, se rend avec le prélat chez le roi, et, comme il faisait toujours, entre droit dans les cabinets. Le roi, qui allait sortir pour la promenade, s'arrête

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étonné, el demande a Louvois ce qui l'amène à une heure où il n'a pas l'habitude de venir : — Quelque chose de pressé el d'important, répond Louvois, et qui exige que je parle seul à Votre Majesté.

Les courtisans et les \alets d'intérieur sortirent aussitôt ; mais ils laissèrent les portes ouvertes, de sorte que non-seulement ils entendirent tout ce qui se dit, mais encore virent tout ce qui se passa, par le moyen des glaces. Louvois venait supplier Louis MV de se rappeler la promesse qu'il lui avait faite ainsi qu'à M. de Harlay, de ne jamais déclarer son mariage. Le roi, se voyant pris par son ministre en flagrant délit de dissimulation, balbutia, se défendit mal, s'embrouilla dans Île faibles et transparents détours, et, sans défense contre sa parole royale, se mit à marcher pour gagner l'autre cabinet ou étaient les valets et les courtisans, et se débarrasser ainsi de celui qui le pressait. Mais Louvois se jetant entre lui et la porte, el tombant à ses genoux, tire de sa ceinture une courte épée qu'il portail d habitude, el en présentant la garde au roi : — Sire, lui dit-il tuez-moi, afin que je ne voie pas mon roi manquer à la parole qu'il m'a donnée ou plutôt qu'il s'est donnée à lui-même.

Le roi. furieux, trépigne, insiste, ordonne à Louvois de le laisser passer. Hais, au lieu d'obéir, le ministre le serre davantage, et va, de peur qu'il ne lui échappe, jusqu'à le saisir à bras-le-corps, lui représentant l'horrible contraste que fait sa naissance avec celle de madame de Main tenon, l'opposition de cette première misère si humble avec cette seconde fortune si haute dont elle ne sait pas se contenter, et pour la seconde fois obtient de lui sa parole de ne jamais, Louvois mort ou vivant, déclarer ce mariage.

Madame de Mainlenon attendait, pleine d'espoir, espérant à chaque instant que le roi allait lui annoncer l'heure où elle serait déclarée. Huit jours se passèrent sans qu'il fût question de rien. Alors ce fut clic qui se hasarda à lui rappeler la promesse qu il avait donnée a M. le duc du Maine el a Dossuet. Mais le roi coupa court à celte nouvelle instance, en priant madame de Mainlenon de ne lui plus jamais parler de cette affaire. Madame de Mainlenon, qui avait aussi sa police, chercha, s'informa, apprit ce qui s'élait passé entre le roi et le ministre, et commença dès lors a préparer la perte de ce dernier, qu'elle méditait depuis longtemps.

Or, ceci se passait au milieu de l'incendie du Palatinal ; et, malgré le profond respect que Louis XIV avait imposé pour sa personne et ses artes. le retentissement de cette cruauté avait produit, même à la cour, un fâcheux effet. Madame de Mainlenon saisit un de ces moments de doute comme Louis XIV en avait quand les mesures ordonnées ne venaient pas de lui. Elle éveilla en faveur des Bavarois ses scrupules reli-

gieux, endormis a l'endroit des Cévenols, et en arriva jusqu'à lui dire que, quoique la mesure vînt du ministre, la haine qu'elle inspirait retombait sur le roi. Mais, comme Louis avait adhéré à ces mesures, il ne lit aucun reproche à Louvois, seulement il commença d'éprouver en sa présence ce malaise qu un coupable ressent en présence de son complice.

Cependant Louvois se félicitait, au contraire, des lenibles exécutions du Palatinal, et, marchant toujours dans la même voie, il vint proposer à Louis XIV de brûler Trêves, dont il était a craindre que l'ennemi ne fît une place d'armes dangereuse. Cette fois, bien loin d'applaudir a la proposition, le roi refusa net. Le ministre insista; mais le roi tint ferme, et lieu ne fut décidé. Louvois étant parti, madame de Maintenon ne manqua point d'abonder dans le sens de Louis XIV, cl de faire ressortir tout ce qu'il y avait de froide cruauté dans le conseil du ministre.

Mais, par l'anecdote de la fenêtre de Trianon, on a pu voir que Louvois n'était pas homme à céder facilement, même à celui à qui toutes choses cédaient. En conséquence, â quelques jours de là, étant venu, selon son habitude, travailler chez madame de Mainlenon, à la fin de la 6éance : — Sire, dit-il au roi, j'ai bien vu l'autre jour que c'était un scrupule de conscience seul qui vous empêchait de consentir à une mesure aussi nécessaire que l'est l'incendie de Trêves; j'ai donc pris cet a te sous ma responsabilité comme je le prends sur ma conscience, et je viens de faire partir un courrier avec l'ordre que Trêves soit brûlée.

Sans doute le roi était a bout de sa patience, car, à peine ces paroles furent-elles prononcées, que lui, si calme d'ordinaire et si maître de ses sentiments, se jeta sur les pincettes de la cneminée et allait en frapper le ministre, si madame de Maintenon ne s'était précipitée entre eux d'eux en s'écriant : — Ah ! sire, qu'allez-vous faire?

Cependant Louvois gagnait la porte, mais, avant qu'il ne fut sorti, Louis XIV lui cria: — Faites partir à l'instant même un second courrier, et qu'il ramène le premier; vous m'en répondez sur votre lête.

Louvois n'eut pas besoin de faire partir un second courrier, car le premier attendait, tout botté, le résultat de la tentative audacieuse qu'il avait résolu de faire et qui venait d'échouer.

Lue Seconde aventure acheva de perdre Louvois dans l'esprit dn roi. Louis XIV avait formé le projet de prendre Mons au commencement du printemps de iti'Jl, et il avait décidé que comme à Namurles dames seraient du siège; mais Louvois s'y opposa formellement, déclarant que l'on n'était plus assez riche pour l'aire de pareilles folies. Louis XIV fut profondément blessé de se trouver impuissant pour la première fois. Cependant il céda devant l'inexorable volonté des chiffres, et Mons n'eut pas l'honneur d'être pris en présence des dames.

Enfin, à ce siège arriva un petit événement qui fut la goutte d'eau sous laquelle déborda le vase. Le roi, se promenant autour de son camp, trouva une garde ordinaire de cavalerie mal placée à son avis, et la replaça autrement , Le même jour, le hasard ayant fait qu'il repassât devant cette même garde, il la retrouva à l'endroit qu'il lui avait déjà fait abandonner. Il fut surpris et choqué d'une pareille inconvenance, et demanda au capitaine qui l'avait mis où il le voyait. — Sire, repondit celui-ci, c'est M. de Louvois qui vient de passer il y a une heure. — Mais, lui demanda le roi, vous n avez donc pas dit à M. de Louvois que c'était miii qui vous avais place où vous vous teniez? — Si fait, sire, répondit le capitaine. —Voilà bien Louvois! dit le roi en se retournant vers sa suite, ne le reconnaissez-vous pas là, messieurs?

Et aussitôt il replaça le capitaine et sa garde où il les avait déjà mis le matin. Aussi, après le retour de Mons, l'éloiguemeut du roi pour Louvois ne lit il qu'augmenter et devint-il si visible, que lui, qui se croyait l'homme nécessaire, le conseiller indispensable, 1- ministre suprême, commença à tout apprehendcr/Un

jour que la maréchale de Rocheforl et madame tic Ulansac, sa fille, étaient allées dîner chez lui à Meudon, il leur proposa, après le dîner, de les mener à la promenade. Elles acceptèrent, et il les lit monter dan* ■ne calèche légère qu'il menait lui-même. Alors elles l'entendirent, oubliant qu'elles étaient là, se parler tomme s'il eût été seul, rêvant profondément, et, tout en rêvant, répétant à diverses reprises : — Le feral-il?... Le lui fera-t-on faire? Non... Mais cependant... Oh! non, il n'oserait...

Pendant ce monologue il allait toujours, quittant le chemin, suivant une pelouse, si bien qu'au bout d'un instant la voiture se trouva au bord d'une pièce d'eau, et que la maréchale n'eut que le temps de se jeter sur les mains de Louvois et de retenir les rênes. Au cri qu'elle poussa, Louvois se réveilla comme d'un profond sommeil ; il recula de quelques pas en disant : — Ah ! oui, c'est vrai, je songeais à autre chose.

Le 16 juillet 1691, sans aucune maladie qui pût faire prévoir cet accident, le bruit se répandit tout a coup, vers les cinq heures du soir, que Louvois venait de mourir.

La surprise fut grande; on s'inquiéta, on s'informa. On apprit qu'au travail chez madame de Maintenon, il s'était senti un peu indisposé, et que le roi l'avait forcé de s'en aller; qu'il était retourné à pied chez lui, où le mal avait subitement augmenté; qu'il avait demande son fils Barbezieux, et que celui-ci, quoiqu'il fût dans le même hôtel et qu'il n'eût pas perdu une minute pour accourir, avait trouvé son père déjà expiré.

Au moment où il venait de mourir, le roi, au lieu d'aller voir ses fontaines, suivant son habitude, et de diversifier sa promenade comme il le faisait toujours, ne fit qu'aller et venir le long de la balustrade de 1 Orangerie, d où il voyait, en revenant vers le château, le bâtiment où Louvois venait d'expirer et qui était le logement de la surintendance. Tendant qu'il se promenait ainsi, un officier du roi d'Angleterre vint, le visage tout contrit, complimenter, au nom de Leurs Majestés, le roi sur cette mort. — Monsieur, lui répondit Louis XIV, d'un (on plus que dégagé et dans lequel il était impossible que la meilleure volonté vit le moindre regret, monsieur, faites mes compliments au roi et à la reine d'Angleterre, et dites-leur de ma part que mes affaires et les leurs n'en iront pas moins bien.

La soudaineté du mal et la rapidité de la mort de Louvois firent tenir quantité de discours, d'autant plus que l'ouverture de son corps donna, à ce qu'assure Saint-Simon, la preuve qu'il avait été empoisonné. Le ministre était grand buveur d'eau, et en avait toujours un pot sur la cheminée de son cabinet, à même du-

J|uel il buvait. Il avait bu de cette eau avant d'aller travailler avec le roi, et cela un instant après qu'un rotleur du logis était entré dans son cabinet et y était reste quelques moments seul. Le frotteur fut arrêté et mis en prison ; mais à peine u était-il demeure quatre jours, et la procédure commencée, qu'il fut élargi par ordre du roi, et ce qui avait été fait jeté au feu avec défense de continuer aucune recherche (1).

Entre ces deux morts, une autre arriva, qui fit non moins de bruit, et sur laquelle Louis XIV lui-même eut soin qu'il m restât pas de dôme, lu juir. a son lever, le roi dit tout haut : — Messieurs, la reine d'Espagne est morte empoisonne.!.' ; le poison a été prépare dans une tourte d'anguilte; la comtesse de Pernilz, et les caméristes Zapata < t Vma, qui en ont mangé après elle, sont mortes du même poison.

Cette reine d'Espagne ei.nl Marie Louise d'Orléans fille de Monsieur et de madame Henriette, et elle fut empoisounëe pour avoir révèle a Louis XIV l'impuiss nici du roi Maries II, son mari. Hn avait été prévenu d'avance de la probabilité de ce malheur, et 1 on avait envoyé de Versailles du contre-poison qui arriva malheureusement deux ou trois jours après sa mort.

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