‹ Louis XIV et son siècleChapitre 59 sur 69 · LES REGRETS DE L ABSENCE DU ROI · texte numérisé non relu

LES REGRETS DE L ABSENCE DU ROI

Les prez n'ont point tant de brins d'herbe*.

Le» granges n'ont point Uni de gerbes,

La mer n'a point tant de poissons,

Ny la fièvre tant de frisson*,

Ny li Beausse lant d alouettes ,

Paris n'a point tant de coquettes.

L'hyver n a point t int de glaçon".

L'été n'a point tant de moissons ;

L'Afrique n'a point t int do Mores,

Ny Balzac lant de métaphores;

Moulins n'a point tant de ciseaux,

CliasUllerauft tant de Cousteau* ;

Les flatteur* n'ont lant de lou mç?s,

Ny U Provence Util d'oranges:

Les ponte* ne font point tant d œufs,

Poissy ne vend point tant de bruT*.

Les fous n'ont point lant de cliiwéu -,

.Ny le Poitou tant de vipère* ;

Cupuiou n'a point tant de traits.

Et Vénus n'a point tint d'allr.ut»;

Les couvents n'ont point lant de motucs,

Ia» évesuues L<nt de eh s i f i ..., .i.. ... i......

n'a point tant de testes, is n'ont point Uni d'aircsles,

L'Espagne lant d»

Les iMie»u

tant de

Les ballets n'ont tant de lifure», Les voyageurs tant d aventures; L'Anjou n'a point tant doublons, Fontainebleau tant de salons:

Une hydre i Les poissons i

La Bourgogne tant' de raisins, La noblesse tant de cousins ; Estampes n'a tant d'escrevisscs, Ny les prestres tant de services; Saint-Jacques n'a tant de bourdons, Les roitisseur* tant de lardons; Les zélés n'ont point tant d'extases, Les pédants n'ont point tant de phrase* , Tabtriti n'a point tant d'onguents, Et Vemlnsme n'a tant de ginls; Smnt-Muhel n'a tant de coquille*.

Ny Meluu n'a point tant d'anguilles; llt'fda n'a poiut tant de chapeaux, Saint-Cloud n'a point tant Je gasieaux, Les marais n'ont tant de grenouilles, Et Troye* n'a point tant d r audouille* , Lyon n'a point tant de marrons l.es foresls n'ont tant de larrons, Un courrier n'a taut de déprsebe*.

LlC ibeil n a poiut tant J" pesches-

Les Indes n'ont tant de Ubac, Orléans tant de cotignac, Pont-Léresqucs Uni de fromages, Ny le» églises tant d'images, Les monarques Uni de subjets.

Et Mnzarin tant de projets; Les charlatans n'ont tant de drogues, El l'Angleterre tant de dogues ; Haience n'a tant de jambons, Les forces n'ont tant de charbons, Les pantalons tant de sonnettes, Ny les bouffons tant de !

Un amant n'a tant de soupire.

Et l'air n'a point tant de zéphirs.

Le Pérou n'a point tant de mine*, L'Orient tant de perles fines; Le printemps n'a point tant de fleura L'aurore n'a point tant de pleurs :

La nuit n'a point laut de phanlosmcs. Le soleil n'a point tant d'atosmes ; Enfin l'eau, u terre et les cieux Font moin» voir d'objets à nos yeui, Que je n'av d'ennuis que la Reine Tost a Paris le Roy ramène.

Note I, page 199.

Notons encore ici deux choses que nous lisons dans les auteurs de l'époque :

théâtre; mais cela gâte tout, et il ne faut qu'un insolent pour tout troubler. » Voilà pour la première, la seconde n'est pas moins curieuse : « C'était « une heure précise que les comédiens ouvraient leurs portes, le spectacle commençait à deux et devait être Qui à quatre et demie. On avait pris celte mesure à cause de la boue et des ûlous qui encombraieul alors les rues de Pans, fort mal éclairées la nuit. »

Ce mol de filous nous conduit droit à un autre détail de mœurs qni n'est point déplacé ici ; cl, puisque nous venons de voir ce qui se passait au théâtre, voyons un peu ce qui, une fois que le théâtre était fermé, se passait à la porte. Nous empruntons la citation aux Mémoires du comte de Rochefort, le même que nous avons vu jouer un rôle si actif et si terrible dans le procès de Chalais.

a Le hasard, dit Rochefort, ayant voulu que je fisse coterie avec le comte d'Oarcourt, cadet du duc d'Elbœuf d'aujourd'hui, je me trouvai un jour engagé dans une débauche, où. après avoir bu jusqu'à l'excès, on proposa d'aller voler sur le Pout->'euf. Celait un des plaisirs que M. le duc d'Orléans avait mis à la mode vers ce temps-là. Aussi, j'eus beau dire avec quelques autres que je n'y voulais point aller, les plus forts l'emportèrent et il me fallut suivre malgré moi. Le chevalier de Rieux, cadet du marquis de Sourdéac, qui avait été de mon sentiment, ne fut pas

filus tôt arrivé sur le Pont-Neuf, qu'il me dit que, pour ne point faire comme les autres, il nous fallait monter sur c cheval de bronze, et que nous Terrions de là, tout à notre aise, ce qui se passerait. Aussitôt dit, aussitôt fait. Nous grimpons du côlé de la tète, et, nous servant des rênes pour mcltrc noire pied, nous fîmes si bien que nous nous assîmes tous deux sur le cou. Les autres étaient cependant à guetter les passants, cl prirent quatre à cinq manteaux. Mais un des volés ayant été se plaindre, les archers vinrent, et nos gens, ne trouvant plus la partie égale, s'enfuirent d'une grande vitesse. Nous en voulûmes faire autant, mais les rênes ayant cassé sous le pied du chevalier de Rieux, il tomba sur le pavé, tandis que moi je demeurais perché comme uu oiseau de proie. Les archers n'eurent pas besoin de lanterne pour nous découvrir : le chevalier de Rieux, qni s'élait blessé, se plaignait de toute sa force, et, élaiiUaccourus au bruit, ils m'aidèrent a descendre malgré moi et nous conduisirent au Châlclet. »

Noie J, page 213.

Nous ne parlons ici que du caractère de l'écriture ; quant au style et à ln façon dont Mademoiselle mettait l'orthographe, on en jugera par la lettre suivante; Mademoiselle avait trente-huit ans quand elle l'écrivit.

< A Choisy, ce 5 aoust 1665

o Monsieur, le sieur Segrais qui est de la cadimic cl qui a bocoup travalic pour la gloire du Roy et pour le

i»ublic aiant este oublie lannée pasée dans les gralilications que le Roy a faicts aux baus esspiïl ma prie de vous aire souueuir de luy. set un aussi homme de nîcrilte et qui esl a moy il y a longlams jespcre que sela ne nuira pas a vous obliger a auoir de la considération pour luy, set se que je vous demande et de ine croire,

o Monsieur Colbert,

a Votre afeclionnée amie, kvn Marie Louise d'Orléans. » NotcK, page 242

La lettre du roi conlenanl simplement l'autorisation pour la Mcilleraic d'agir comme il le tait à l'égard du cardinal de Retz, nous avons cru inutile de la transcrire.

Noie L, page 215.

Les passages suivants, extraits textuellement des Mémoires de fjtporte, qui élait, comme on le sait, premier valet de chambre du jeune roi Louis XIV, donneront quelques éclaircissements sur le fait auquel nous faisons allusion dans notre texte

o Vers la fin de juin (1052) le roi lil quelque séjour à Meltin ou, pour se divertir, il fit faire un petit fort au bord de l'eau, et tous les jours il v allait faire collation. Le jour de la Saint-Jean de la même année, le roi (il avait alors treize ans et neuf moisi avant diné chez son Eminencc el étant demeuré avec lui jusque vers les scpl heures du soir, il m'envoya dire qu'il se voulait baiener. Son bain étant prêt, il arriva tout triste, et j'en connus le siijxt «ans qu'il fùl nécessaire qu'il me le dit. La t'ho>c était si terrible qu'elle me mil dans la plus grande peine où j'aye jamais été, et je demeurai cinq jours à balancer si je la dirais à la reine; mais considérant qu'il v allait de mon nonneur et de ma conscience de ne pas prévenir par un avertissement de semblables accidents, je la lui dis enfin, dont elle fut fort satisfaite, et me dit que je ne lui avais jamais rendu un si grand service; mais comme je ne lui nommai pas l'auteur de la chose, n'en avant pas de certitude, cela fut cause de ma perte. »

En effet. Lapone fut di gracié, mais au bout de quelques mois seulement, et il attribue sa disgrâce au cardinal Mazarin. Dans une lettre à la reine, ou il essaye de se justifier, il dit encore *.

« Votre Majesté connaîtrait bien la vérité si elle voulait se donner la peine d'examiner la chose a fond; car voici le sujet de m'a disgrâce. Je donnai avis a V. M. a Melun en que le jour de la Saint-Jean, le roi dînant chez M. le cardinal me commanda de lui frire apprêter son bain sur les sixlieures dans la rivière; oe que je lis, el le

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