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de Choisy, était belle comme un ange, mais sotte comme uq panier. » Aussi la tête lui tourna-t-elle. Maltresse déclarée, elle s'abandonna tout entière à l'oi^ueil de sa haute fortune, passa devant la reine sans la saluer, et, au lieu de se conserver M"' de Montespan pour amie , lui rendit en échange de ses amitiés tant de dédains et d'insultes, qu'elle s'en fit une ennemie mortelle.
M^'^^^e Fontange était arrivée au comble de sa fortune; elle nageait resplendissante au milieu de cet éclat qui l'avait illuminée dans son rêve ; mais elle devait tomber, et elle tomba dans l'obscurité prédite.
La favorite accoucha d'un fils. C'était, on le sait, l'écueil dès maîtresses royales, M"* de Fontange s'y brisa comme M"' de La Vallière. La couche fut pénible et eut des suites fâcheuses : M"* de Fontange y perdit sa fraîcheur, puis son embonpoint, puis sa beauté. Elle vit que le roi, avec son égoïsme ordinaire, s'éloignait d'elle peu à peu. Elle ne put supporter cet abandon et demanda la permission de se retirer au couvent de Port-Royal, dans le fauboui^ Saint-Jacques. Cette permission lui fut accordée, et de plus le duc de La Feuillade reçut mission du roi d'aller prendre de ses nouvelles trois fois la semaine; mais, comme l'état de la pauvre femme empirait de plus en plus et que les médecins déclaraient qu'ils n'avaient aucun espoir, elle demanda pour dernière grâce de voir une fois encore le roi. Louis s'en défendit longtemps; mais son confesseur, dans l'espoir sans doute que l'aspect de sa mort serait pour le monarque trop mondain une haute leçon, le détermina à cette visite. Il vint donc au couvent, et trouva la mourante si changée que, tout sec qu'il était, 11 ne put retenir ses larmes.
— Oh! maintenant, s'écria M"' de Fontange, je pui^ mourir contente , puisque mes derniers regards ont vu pleurer mon roi.
Elle mourut eflectivemenl trois jours après, le 28 juin 1681 , à l'âge de vingt ans.
Madame dit dans ses mémoires : « Il est certain que la Fontange est morte empoisonnée ; elle a elle-même accusé de sa mort la Montespan. Un laquais que celle-ci avait gagné l'a fait périravec du lait. » Mais, nous l'avons dit, la princesse Palatine a toujours détesté M"* de Montespan, et jl ne faut point la croire sur parole.
Pendant ce temps-là commençait à apparaître dans la demiteinte la véritable rivale de M"" de Montespan : c'était la veuve
ScarroD , que nous avons vue il y a vingt ans sollicitant la survivance de la pension que la reine accordait à son mari comme son malade.
Scarron était mort en laissant pour tout avenir à sa femme la permission de se remarier. Cette permission, au reste, était une fortune, s'il fallait en croire certaine prédiction. Un jour qu'elle franchissait la porte d'une maison que Ton réparait, un maçon nommé Barbé, qui passait pour prophète, l'arrêta, et parodiant sans s'en douter la prédiction des sorcières de Macbeth :
— Madame, lui dit-^1, vous serez reine!
On comprend que la veuve Scarron n'attacha à cette prédiction que l'importance qu'elle méritait , surtout lorsque, ayant perdu sa pension par la mort de la reine-mère , elle se trouva forcée de se contenter d'une petite chambre pour elle et sa servante, chambre située au quatrième, et à laquelle conduisait un escalier étroit comme une échelle. Cependant cet escalier, si étroit qu'il fût , donnait passage aux plus grands personnages de la cour, qui avaient connu la belle veuve chez son mari, et qui, ayant apprécié son mérite, continuaient, toute pauvre qu'elle était, à lui faire leurs visites; c'étaient M. de Villars, M. de Beuvron et les trois Villarceaux. Néanmoins elle allait, cédant à sa mauvaise fortune, suivre M"' de Nemours, sœur de la duchesse de Savoie, en Portugal, où celle-ci se rendait pour épouser le prince Alphonse , lorsque enfin M*"' de Montespan présenta à Louis XIV une requête tendante à ce que la pension de Scarron fût rendue à sa veuve.
— Ah ! s'écria le roi , encore une requête de cette femme ! c'est la dixième que je reçois.
— Sire, répondit M"*' de Montespan , je n'en suis que plus étonnée que Votre Majesté, dans ce cas, n'ait pas çncore fait justice à une femme dont les ancêtres se sont ruinés au service des vôtres.
— Eh bien! donc, dit le roi, puisque vous le voulez... Et il signa.
La veuve Scarron, assurée désormais de vivre, resta en France.
Quand M. le du(^ du Maine naquit , M"'* de Montespan se souvint de sa protégée. C'était , disait-on , une femme de mœurs austères, et qui vivait on ne peut plus retirée; elle avait pour directeur le fameux abbé Gobelin, qui, de capitaine de cavalerie, était
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devenu docteur en Sorbonne, et exigeait de ses dirigées autant de soumission qu'il en avait demandé autrefois à ses soldats. Tout cela lui donnait , malgré son esprit et ses hautes connaissances , bonne réputation dans le monde.
Il s'agissait de cacher la naissance de M. le duc du Maine et des autres enfants qui nécessairement devaient suivre celui-là. La veuve Scarron fut choisie pour leur gouvernante. On lui donna une maison au Marais et une pension pour les entretenir.
Bientôt la légitimation fit de ces enfants des princes ; la pension s'augmenta , mais aussi les devoirs de leur gouvernante. Ce n'était plus une éducation ordinaire qu'il fallait leur donner, mais une éducation presque royale. Des discussions à ce sujet commencèrent alors à s'élever entre M"'* de Montespan et M"' Scarron. Cette dernière voulut se retirer. M"' de Montespan , qui ne pouvait vivre avec elle et qui ne pouvait se passer d'elle , la rappela. Elle resta donc, mais elle mit à cette concession une condition absolue : c'était de demeurer indépendante et de ne rendre compté qu'au roi lui seul de l'éducation de ses enfants. Cette communication directe amena des lettres et des entrevues. C'était l'époque où toutes les femmes écrivaient bien , et , à l'exception de M"* de Sévîgné peut-être , M™* de Maintenon écrivait mieux que toutes les femmes. I^s lettres de la gouvernante produisirent donc sur le roi une impression que sa présence acheva.
C'était beaucoup, car Louis XIV détestait de lire. Un jour il disait devant le duc de Vivonne , fyère de M"*" de Montespan : — Mais à quoi donc sert la lecture?
— Sire i répondit le duc, qui était frais, vermeil et bien portant, la lecture fait à l'esprit ce que les bons dtners que je mange tous les jours font à mes joues.
Cependant une chose déplaisait à Louis XIY, c'était ce nom de Scarron que portait cette gouvernante si intelligente et si spirituelle.
Elle prit donc le nom de M""" de Surgères.
Mais ce nom ne put tenir : une plaisanterie de M"" de Montmorency le fit tomber; elle s'avisa un jour de le mal prononcer, et , comme M*"' Scarron avait toujours fait la prude et avait le début de donner des conseils, même quand on lie lui en demandait point, elle l'appela M"" Suggère.
Le ùiot fit fortune. Niuon, qiii avait remplacé M"** de Rambouillet et qui tenait bureau d'esprit, disait en parlant de M"'* Scarron :
— Ma foi l le nom est bien trouvé : en eflet, M— de La Sablière lui a suggéré d'épouser le cul-de-jatte Scarron; le maréchal d'Albret, le duc de Richelieu, les trois Villarceaux lui ont suggéré de le faire côcu ; Tabbé Gobelin lui a suggéré à^ faire la prude; on a suggéré kun maçon de lui prédire qu'elle deviendrait grande dame ; enfin l'ambition et l'ingratitude lui ont suggéré de ruiner dans Tcspritdu roi sa bienfaitrice, qui l'avait tirée de la misère pour lui confier ses enfants.
— Sans compter, ajouta M"'* de Montmorency , que c'est le mauvais ange de M*"' de Montespan qui a suggéré au roi de combler de biens la veuve Scarron.
Ce fut alors que la gouvernante acheta la terre de Maintenon ; mais elle n'y gagna rien , car Ninon , estropiant le nom à son tour, l'appela M*"' de Maintenant.
Au reste, comme elle ne pouvait pas changer de nom tous les jours et qu'elle en était à son troisième, elle se tint à celui-là.
Cependant l'apparition de M*"' de Maintenon et l'influence qu'elle commençait à prendre sur le roi attristaient déjà la cour. Un noël du temps consacre cette funeste influence et indique avec quelle peine on voyait s'éloigner les beaux jours des La Yallière et des Montespan. Il est intitulé le Messager fidèle; nous le donnons dans l'appendice. ^"^
Une autre influence venait d'ailleurs se joindre à celle de M"* de Maintenon pour amener une réforme dans les mœurs royales, et partant dans les mœurs de la cour : c'était l'influence du Père La Chaise.
Quelques mots sur ce jésuite , qui eut une si grande influence sur l'époque que nous essayons de faire connaître à nos lecteurs , et dont nous prononçons le nom pour la première fois.
Le Père La Chaise était neveu du fameux Père Cotlon dont nous avons parlé en son lieu et place, et qui était confesseur d'Henri lY. Son oncle paternel, le Père d'Âix, l'avait fait jésuite; il avait été recteur de Grenoble et de Lyon, puis provincial de la province. C'était un gentilhomme, et même d'assez bonne noblesse. Son père était bien allié, avait bien servi, et même aurait été riche pour son pays du Forez, s'il n'eAt pas eu une douzaine d'enfants. Un
de ses frères, se connaissant parraitement en chiens, en chasses et en chevaux, fut longtemps écuyer de l'archevêque de Lyon, frère et oncle des maréchaux de Villeroy. C'est le même qui fut capitaine de la porte et auquel son fils succéda.
Les deux frères étaient à Lyon, Tun remplissant son emploi de provincial, l'autre sa charge d'écuyer, lorsque le Père La Chaise fut appelé à Paris pour remplacer, en 1675, le Père Ferriez, con- Ifesseur du roi.
C'était au reste une belle chose, en supposant que les choses se développent toujours dans l'esprit qui a présidé à leur création , que cette coutume du catholicisme qui, près du roi absolu ne relevant d'aucun pouvoir, plaçait l'esprit visible de Dieu dans la personne d'un homme ne relevant que de Dieu. Xe confesseur, en ce cas, s'il remplissait sa mission sainte, était la sauvegarde unique du peuple et de la nation ; c'était lui qui venait offrir aux yeux du roi le tableau du juste et de l'injuste ; c'était lui qui venait opposer à l'inégalité de la vie l'égalité du tombeau. Or, les rois, en général, préféraient prendre leurs directeurs dans cet ordre des jésuites , d'ordinaire beaucoup plus savant que les autres ordres , et dont la constitution leur offrait cet avantage qu'ils faisaient vœu de n'accepter aucune fonction épiscopale, circonstance importante , on en conviendra, pour des hommes qui , une fois confesseurs du roi , avaient la feuille des bénéfices entre les mains.
« Le Père La Chaise , dit Saint-Simon chez lequel les éloges sont rares, était d'un esprit médiocre, mais d'un bon caractère, juste, droit, sensé, sage, doux et modéré, fort ennemi de la délation , de la violence et des éclats : il avait de l'honneur, de la probité, de l'humanité, de la bonté; il était affable, poli, modeste et même respectueux; et, chose extraordinaire, lui et son frère ont toujours publiquement conservé une sorte de reconnaissance et même une dépendance marquée pour les Villeroy, dont ils avaient été les obligés ou les serviteurs. Fort désintéressé en tout genre, il l'était pour sa famille non moins que pour lui. Comme il se piquait de noblesse, il favorisait la noblesse tant qu'il pouvait, faisant de bons choix pourl'épiscopat, où il fut fort heureux tant qu'il y eut un entier crédit. Il y avait bien contre lui certaines calomnies courantes comme contre tout ce qui est puissant (°); mais l'austérité de ses mœurs même avait sans doute
donné lieu à ces calomnies , et ceux qui les premiers répandaient ces bruits n'y croyaient pas.
Le Père La Chaise, comme nous Tavons dit, se trouva donc rallié naturel de M'"' de Maintenon. Ils eurent un mot de ralliement avec lequel ils firent tout faire au roi, le mot salut; et cependant le roi était encore jeune, puisque, à Tépoqueoii nous sommes arrivés , il n'avait que quarante-quatre ans.
Mais une circonstance venait en aide aux deux réformateurs : le roi, qui avait toujours eu une excellente santé. Tut atteint d'une fistule. Le cas était grave, et la chirurgie, infiniment moins avan-
cée qu'elle ne l'est de nos jours , donnait des craintes sérieuses. Le Père La Chaise et M""* de Maintenon , loin de les calmer, s'en servirent pour effrayer le roi. On lui montra M"** de Montespau comme l'esprit tentateur qui le pouvait perdre.
Le roi pria M*"' de Maintenon , son bon ange , de dire à M"' de Montespan que tout était fini entre eux , et qu'il ne voulait plus avoir aucun commerce avec elle. M"' de Maintenon se fit longtemps prier pour accepter cette commission, disant que c'étaient là de grandes paroles, et qu'elle ne les voulait pas porter légèrement, attendu que le roi aurait peut-être de la peine à les soutenir; mais
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le roi insista. M"*' de Maintenon eut l'adresse de faire convertir la prière en ordres, et alors elle obéit. Le moyen de désobéir à Louis XIV!
M"* de Maintenon avait déjà , depuis un mois ou deux , rempli cette délicate mission, lorsqu'il fut décidé que le roi, pour sa santé , irait prendre les eaux de Barèges. Ces voyages étaient la pierre de touche de la faveur ; on attendit donc avec anxiété les nominations que le roi allait faire. Il nomma M°'' de Maintenon et fit dire en même temps à M"'* de Montespan qu'elle resterait à Paris.
La favorite sentit le coup : il était profond et presque mortel. Elle alla se renfermer dans la maison des Filles Saint- Joseph , et y fit appeler M"" de Miramion, la plus fameuse dévote du temps, pour y prendre d'elle des leçons de résignation et de piété. Maïs , à tout ce que put lui dire la sainte femme, elle ne répondit autre chose que ces mots : — Ah ! Madame, Madame, comme il mie traite ! Il me traite comme la dernière des femmes, il me chasse comme sa maîtresse! Dieu sait que je ne le suis plus, puisque, depuis la naissance du comte de Toulouse, il ne m'a pas même touché le bout du doigt.
l-e lendemain M'"' de Montespan , que la violence de ses sentiments forçait au mouvement, quitta Paris pour Rambouillet. Le roi permit à M"* de Blois de la suivre, mais il le défendit au comte de Toulouse.
Au bout de huit jours Louis XIY se trouva mieux, et le voyage fut contremandé.
Alors, par un dernier mouvement de faiblesse sans doute, il fit dire à M*"* de Montespan, qui devait le lendemain se retirer à Fontevrault , qu'il ne partait pas.
M"" de Montespan prit cette attention pour un retour et accourut à Versailles pleine d'espérances; mais ces espérances furent trompées : ce qu'elle avait attribué à la passion n'était, dit l'abbé de Cboisy, que pure politesse. Le roi avait quitté M"** de Montespan par lassitude; il continua de passer tous les jours chez elle en allant à la messe, mais en réalité il n'y faisait que passer, et toujours accompagné de quelques courtisans, de peur qu'on ne l'accusât de vouloir reprendre ses chaînes rompues. D'ailleurs, ces visites d'un instant faisaient tellement contraste avec ses longues
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assiduités cliez M"* de Maintenon , que personne ne doutait plus de la disgrâce de Tune et de la faveur de Tautre.
Vers ce temps la reine fut prise d*une maladie que Ton coDsidéra d*abord comme une indisposition, et qui acquit bientdt la plus grande gravité : c^était un abcès sous le bras. Fagon la fit saigner mal à propos , et lui donna Témétique par-dessus la saignée , si bien que le chirurgien , qui se nommait Gervais, recevant Tordre du médecin, s'écria : — Y songez-vous bien, monsieur Fagon? Saigner la reine , mais c'est sa mort !
Fagon haussa les épaules. — Faites ce que j'ordonne, dit-il.
Alors le chirurgien se mit à pleurer à chaudes larmes, joignant les mains et disant : — Mais vous voulez donc que ce soit moi qui tue la reine, ma bonne maîtresse?
Fagon insista : il n'y avait point à résister, le roi avait la plus grande confiance en lui. Le 30 juillet 1683, à onze heures du matin « la reine fut saignée; à midi on lui fit prendre l'émétique; à trois heures elle était morte.
C'était une digne et excellente femme , mais d'une profonde ignorance, et, comme toutes les princesses espagnoles, ayant de la grandeur et sachant bien tenir une cour. Elle croyait aveuglément tout. c& que lui disait le roi, le bon comme le mauvais. Elle avait les dents noires et gâtées; et cela venait, disait-on, de ce qu'elle mâchait éternellement du chocolat. Elle était grosse et petite, paraissant plus grande quand elle ne marchait ni ne dansait; car, lorsqu'elle marchait ou dansait, elle pliait sur les genoux , ce qui la rapetissait fort. Comme la reine Anne d'Autriche, sa tante, elle mangeait beaucoup, mais seulement par tous petits morceaux et toute la journée. Elle aimait passionnément le jeu, jouant presque tous les soirs la bassette , le reversis ou l'ombre , mais ne gagnant jamais , parce qu'elle ne savait bien jouer aucun jeu.
Elle avait une grande afiection pour le roi. Quand il était en sa présence, elle ne le quittait pas des yeux, le dévorant du regard et cherchant à deviner ses moindres désirs. Alors , pourvu que le roi la regardât et lui sourît , elle était heureuse et gaie toute la journée. C'était bien autre chose quand le roi, qui , ainsi que nous l'avons dit, couchait avec elle toutes les nuits, lui donnait quelque preuve d'amitié plus intime encore; alors elle racontait sa bonne
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I liât 1-e Vinexe-à
Il latine oUetc^
fortune à tout le monde, riant, clignottant des yeux, et frottant Tune contre l'autre ses deux petites mains.
Le roi ne Taimait point d'amour, mais Testimait sincèrement. 11 fut donc, comme le dit M*"' de Caylus, plus attendri qu'affligé de sa mort. M'"*' de Maintenon, que la reine avait prise en amitié par haine contre la marquise de Montespan, à qui elle ne pouvait pardonner le mal que cette femme lui avait fait, resta près de la mourante jusqu'à son dernier moment, et, la reine expirée, voulut revenir cbez elle. Mais M. de La Rochefoucauld la prit par le bras, et la poussa chez le roi en lui disant : « — Ce n'est pas l'heure de quitter le roi, il a besoin de vous. »
Elle entra, mais ne resta qu'un moment avec Louis, et revint dans son appartement conduite par M. de Louvois, qui l'invitait à passer chez la Dauphine pour l'empêcher de suivre le roi à Saint-Cloud. Louvois faisait en effet observer que M"" la Dauphine , étant grosse et venant d'être saignée, se trouvait dans un état qui réclamait des soins. M*"* de Maintenob insista, et dit que, si M"'' la Dauphine avait besoin de soins, le roi avait besoin, lui, de consolations. Mais Louvois haussa les épaules, geste qui d'ailleurs lui était habituel, en disant: — Allez, Madame, allez, le roi n'a pas besoin de consolations, et l'État a besoin d'un prince.
Effectivement, M"" de Maintenon se rendit chez la Dauphine, oii elle s'installa , tandis que le roi partait pour Saint-Cloud. Il y demeura depuis le vendredi , jour où la reine mourut, jusqu'au lundi, qu'il partit pour Fontainebleau. M"""* la Dauphine, remise de son indisposition, alla l'y rejoindre toujours accompagnée de M"** de Maintenon. Toutes deux avaient pris le grand deuil et s'étaient munies de figures si affligées , que le roi ne put s'empêcher de leur faire quelques plaisanteries sur cette grande tristesse. « Ce à quoi , dit M"*'' de Caylus , je ne jurerais pas que M*"' de Maintenon ne répondit comme le maréchal de Grammont à M*"' Héraut.
Maintenant, comme notre lecteur, moins versé que M*"* de Caylus dans les anecdotes du temps , pourrait ignorer comment le maréchal de Grammont répondit à M"'*^ Héraut, nous allons le lui dire.
M""' Héraut avait pour charge à la cour d'avoir soin de la ménagerie , et , comme elle perdit son mari , le maréchal de Grammont , toujours bon courtisan , prit son air le plus lugubre pour lui faire T. H. • 29
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son compliment de condoléance, auquel M""' Héraut répondit :
— Ab! par ma Toi! le pauvre cher homme, il a bien fait de mourir.
— Vraiment, répliqua le maréchal, le prenez- vous sur ce tonlà? je ne m'en soucie pas plus que vous.
Vers le même temps reparut à Paris, mais non à la cour, notre ancienne connaissance , le duc de Lauzun. Disons quelques mots de lui , car nous aurons encore à le retrouver dans deux ou trois affaires de première importance.
Nous Tavons laissé à Pignerol, oii Fouquet, son compagnon de captivité , le tenait pour fou , et où la permission qu'on leur donna de se voir ne put parvenir à ôter cette idée de la tête de Texministre.
Lauzun avait quatre sœurs qui toutes étaient pauvres : Taînée était fille d'honneur de la reine-mère , qui lui fit épouser en 1663 Nogent , capitaine de la porte et maitre de la garde-robe ; il était fils de Nogent Bautru , dont nous avons parlé souvent comme du bouffon de la reine-mère, et fut tué au passage du Rhin. La seconde de ses sœurs avait épousé M. de Belzunce et passa sa vie avec lui en province ; la troisième fut abbesse de Notre-Dame de Saintes, et la quatrième, abbesse du Romeray, à Angers.
M"*' de Nogent était la plus habile des quatre : ce fut elle que, pendant sa captivité , Lauzun chargea de la gérance de ses biens. Elle plaça l'argent des brevets de ses places , qu'il avait eues pour rien et qu'il fut autorisé à vendre ; elle prit soin du fermage de ses terres et en accumula si bien les revenus , que , même à part les magnifiques donations que Mademoiselle lui avait faites , Lauzun , tout prisonnier qu'il était, se trouvait inunensément riche.
Mademoiselle cependant était inconsolable de cette longue et dure prison , et faisait toutes les démarches possibles près du roi pour obtenir sa liberté. Le roi songea à la lui accorder, mais en enrichissant son fils bien aimé, le duc du Maine. Il parut donc céder aux instances de Mademoiselle, mais à la condition qu'elle ferait donation au jeune prince et à sa postérité du comté d'Eu , du duché d'Aumale et de la principauté de Dombes. Malheureusement elle avait déjà fait don des deux premiers à Lauzun , ainsi que du duché de Saint-Fargeau et de la belle terre de Thiers en Auvergne ; c'était donc lui qui devait' renoncer à Eu et à Aumale pour que
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Mademoiselle en disposât. D'ailleurs c'élait une spoliation si patente et surtout si considérable, que Mademoiselle elle-même, quelque désir qu'elle eût de revoir Lauzun , ne pouvait se décider à le revoir à ce prix. D'un autre côté Louvois et Colbert lui assuraient que , si elle continuait de refuser, Lauzun était prisonnier pour toujours. C'était une vieille vengeance que le roi tirait d'elle : il punissait autant dans Lauzun l'ancienne expédition de Mademoiselle à Orléans et le canon de la Bastille que les impertinences dû Tavori. Mademoiselle comprit donc qu'il n'y avait eflectivement rien à espérer, et elle déclara que cette renonciation ne la regardait pas, mais bien M. de Lauzun, et qu'elle ferait dans ce cas ce que M. de Lauzun lui-même déciderait de faire.
Or, pour que le duc pût prendre une décision , il fallait qu'il fût libre, ou du moins qu'il parût l'être. On lui accorda donc, en 1679, la permission d'aller prendre les bains à Bourbon FArchambault, où il devait rencontrer M*"' de Montespan, et débattre avec elle les conditions de sa sortie. D'ailleurs sa liberté n'était que factice , M. de Lauzun étant accompagné et gardé par un détachement de mousquetaires commandé par M. de Maupertuis.
Lauzun vit plusieurs fois M""' de Montespan ; mais, indigné comme l'avait été Mademoiselle de ce grand dépouillement qu'on exigeait de lui , il aima mieux se faire reconduire à Pignerol que de céder.
Enfin l'année suivante Lauzun fut ramené à Bourbon l'Archambault, et, soit que les conditions cette fois fussent meilleures, soit qu'il se lassât de la prison , il tomba d'accord avec M*"' de Montesrpan, qui revint triomphante à Paris. La donation demandée fut donc signée, et aussitôt Lauzun , qui ne conservait plus des grands biens de Mademoiselle que Saint-Fai^eau et Thiers, fut mis en liberté, à la condition cependant qu'il ne quitterait pas l'Anjou ou la Touraine.
Cet exil dura près de quatre ans; il succédait à une prison qui en avait duré onze. Mais Mademoiselle se fâcha, cria contre M"*' de Montespan et contre son fils, se plaignit hautement et publiquement qu'on l'avait effroyablement rançonnée , et cela si haut et si ferme qu'il fallut bien rompre le ban du proscrit. Lauzun obtint permission de revenir à Paris et liberté entière, pourvu qu'il se tint à deux lieues de toute résidence où le roi serait.
Il fit sa rentrée comme il convenait à un homme qui savait rempli
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un si gi-and rôle à la cour. Il était encore jeune, plus méchant que jamais, et, malgré ses spoliations, presque riche comme un prince. Il se mit à jouer un jeu eflroyable et gagna. Monsieur lui ouvrit le Palais-Royal et Saint-Cloud ; mais le Palais-Royal et Saint-Cloud n'étaient point Marly ni Versailles, et Monsieur n'était pas le roi. Lauzun, habitué au soleil de la cour, n'y put tenir : il demanda et obtint la permission d'aller en Angleterre, où nous le laissons jouant gros jeu , et où nous le retrouverons remplissant un grand rAle.
I /époque que nous venons de parcourir, et qui embrasse les années comprises entre 1672 et 168& , années pendant lesquelles Louis XIV passe de l'âge de trente-quatre ans à l'ftge de quarantesix , est la belle et éclatante époque de son règne comme c'est la belle et éclatante époque de sa vie. Pendant cette période sur laquelle plane M'"'' de Montespan , et que la favorite semble colorer du reflet de son esprit brillant et de son caractère hautain , le roi Tait de la France une puissance maritime ; il tient seul contre toute l'Europe; il donne à Turenne, qui fait la guerre aux Impériaux, une armée de vingt-quatre mille hommes; à Condé, qui fait la guerre au prince d'Orange, une armée de quarante mille; une flotté chaînée de soldats va porter aux Espagnols la guerre à Messine ; il prend pour la seconde fois la Franche-Comté déjà échappée de ses mains ; Turenne est tué, il oppose Condé à Montécuculli, et Condé, avec deux campements, arrête les progrès de l'armée allemande; enfin, avec la paix de Nimègue qu'il impose à quatre puissances ennemies et dont il recueille les bénéfices, il rend à l'Europe la paix qu'il lui a ôtée, faisant dans l'un et l'autre cas de sa volonté l'arbitre du trouble ou du repos du monde.
La paix n'arrête pas l'impulsion donnée : la paix a ses grandeurs comme la guerre a ses gloires. Strasbourg , mattresse du Rhin , formant à elle seule une puissante république, fameuse par son arsenal qui renferme neuf cent& pièces d'artillerie, est prise sans que les quelques coups de canon qu^elle coûte tirent l'Europe de son repos; Alost, qu'il a oublié de comprendre dans le traité de Nimègue, est arraché violemment au faisceau de villes que l'Espagne possède encore dans les Pays-Ras; Casai est acheté au prince de Mantoue, qui mangeait son petit État ville à ville; le port de Toulon est construit; soixante mille matelots sont organi-
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ses; nos ports renrerment cent vaisseaux de ligue, dont quelquesuns portent jusqu'à cent canons; enfin une invention inconnue, terrible , dont Louis XIV fera le premier Tessai , va lui permettre de bombarder cet imprenable AJger, qu'un de ses petits-fils prendra cependant
N'oublions pas de consigner une mort qui eut lieu dans cette dernière période, pendant le mois d'août 1679. Le cardinal de Retz, qui , pendant son séjour à Rome, avait disputé la papauté à Innocent XI et obtenu huit voix , de retour à Paris depuis trois ans, quitta ce monde où il avait fait un instant si grand bruit, et qui depuis vingt ans l'avait à peu près oublié.
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