‹ Louis XIV [i.e. Quatorze] et son siècleChapitre 4 sur 29 · I.ODIS XIV KT S().\ Sikci.K. U · texte numérisé non relu

I.ODIS XIV KT S().\ Sikci.K. U

leudemaiii de la Toussaint; car, ayant prêché le jour de celte Tète à Saint-Gerinain, paroisse du roi. Leurs Majestés étaient venues au sermon, et il avait cru devoir aller les en remercier, lorsque, le 18 de décembre, surlendemain du jour où l'ordre avait été donné à Pradelle, M^'de Lesdiguières, sa cousine, le vînt voir, et lui dit qu'il avait tort de ne plus aller au Louvre, et que cela iV était pas bienséant. Comme le cardinal tenait M"'*" de Lesdi-

Kiûères pour une de ses fidèles amies, il lui avoua les causes pour

lesquelles il n'y allait pas.

— N'y a-t-îl que cela qui vous arrête ? dit-elle.

— Certainement, répondit le cardinal, et il me semble que c'est bien assez.

— En ce cas, allez-y donc et en toute sAreté, car nous savons le dessous des cartes : loin qu'il soit question de rien tenter contre votre personne, il a été tenu un conseil dans lequel, après de grandes contestations, il fut convenu qu'on s'accommoderait avec vous et qu'on ferait pour vos amis ce que vous demandez : allez-y donc, et dès demain.

En eflTet, comme M"" de Lesdiguières, ainsi qu'elle l'avait dit, savait ordinairement le dessous des cartes, le cardinal ne fit aucun doute que tous les rapports menaçants qu'on lui avait faits ne fussent des faussetés, et il résolut d'aller au I^uvre le lendemain ; ce qu'il fit avec cette imprudence providentielle des hommes que la main du Seigneur pousse à leur perte.

Lorsque le cardinal se présenta au Louvre, il était de si bonne heure que Leurs Majestés n'étaient point encore visibles. 11 passa alors chez M. de Villeroy pour attendre que le moment fût venu. L'abbé Fouquet, le même qui avait été annoncer à Mazarin son retour, courut alors chez le roi, et l'avertit que le cardinal de Retz attendait chez M. de Villeroy le moment de lui présenter ses hommages. Le roi descendit aussitôt chez la reine pour la prévenir de ce qui se passait. Sur l'escalier il rencontra le cardinal, et, dit M"** de Motteville, se servant en cette occasion de cette judicieuse modération qui a paru depuis si excellemment pratiquée par lui dans toutes ses actions, il lui fit bon visage et tui demanda s'il avait vu la reine. Le cardinal répondit que non. Le roi Je convia alors à le suivre chez elle. 11 y fut assez bien reçu ei V demeura quelque temps, tandis que le roi entendait la messe:

puis, ayant pris congé delà reine, il sortir. Mais dans rantichainbre il rencontra Villequier, qui était capitaine des gardes en quartier, et qui l'arrêta dans rantîchambre inémé. Le cardinal était si loin

de s'attendre à ce dénoûment, qu'il ne lit aucune résistance. Villequier remmena dans son appartement, où il le fouilla. Le cardinal n'avait sur lui qu'une lettre du roi d'Angleterre, dans laquelle ce prince le priait de tenter du côté de Rome si on ne pourrait pas l'aider en lui envoyant quelque argent, et la moitié d'un sermon qu'il devait prêcher à Notre-Dame le dernier dimanche de l'Avent.

Cette lettre et cette moitié de sermon sont encore aujourd'hui à la Bibliothèque du roi.

Cette inspection faite, les officiers de la bouche apportèrent au cardinal un dîner tout servi, car ce n'était que quelques heures plus tard qu'il devait quitter le Louvre.

Vers les trois heures, on l'avertit de se tenir prêt; puis on lui fit traverser la grande galerie. Son guide alors le conduisit par le pavillon de Mademoiselle, à la porte duquel il trouva un carosse du roi. 11 monta d'abord, puis Villequier, puis cinq ou six officiers des gardes du corps. Ensuite le carosse se mit en marche, escorté

de Hiossens à la tête des gendarmes, de M. de Yauguyon à la tète des chevau-légers, et de M. de Vienne, lieutenant-colonel du régU ment des gardes ; il sortit par la porte de la Conférence, fit le tour des boulevaiHls extérieurs, passa devant deux ou trois postes, à chacun desquels se tenait un bataillon de Suisses, les piques tournées vers la ville. Enfin entre huit et neuf heures du soir ou arriva à Yincennes.

Miossens connaissait le chemin : c'est là qu'il avait mené tour à tour le duc de Beaufort, le prince de Condé, et qu'il y menait enfin le cardinal de Retz.

Cette arrestation fit grand bruit, comme on le pense bien, quoique, par fatigue de tant d'événements, le peuple ne s'en émut point; mais les amis du cardinal s'eiTrayèrent, craignant que, pour s*en débarrasser sans bruit, on ne l'empoisonnât. En conséquence, ils tinrent un conseil pour imaginer un moyen de lui faire parvenir du contre-poison. Ce fut M'"' de Lesdiguières qui, ayant à se re- ^ procher d'être la cause de l'arrestation du cardinal , se chaigéa de la commission. Yillequier, celui-là même qui avait conduit le pri-sonnier à Yincennes, lui faisait la cour; elle s'adressa à lui, et le pria de faire remettre au cardinal un potd'opiat. Yillequier y. consentit; mais, au moment de remplir la commission, il alla en demander la permission à la reine. Anne d'Autriche voulut voir le pot d*opiat, le fit décomposer par un chimiste, et apprit ainsi qu'il contenait du contre-poison. Elle se mit alors dans une grande colère et s'empressa de raconter le fait aux ministres. Servien proposa d'enlever l'opiat et de mettre en place un poison véritable; mais J^tellier s'y refusa formellement, et l'on se contenta de laisser le crardinal sans antidote.

Ainsi finit cette seconde guerre de la Fronde. Le cardinal de Retz

en avait été le premier chef, il en fut la dernière victime. Dans le

premier acte de cette tragi-comédie, il avait joué un rôle actif et

brillant; dans le second, il fut pâle, indécis, ne donnant que de

mauvais conseils, ne faisant que des fautes. Ce rusé politique, qui

voulait rivaliser de finesse avec Mazarin et d'audace avec Riclie-

Heu, se laissa prendre aux paroles d'un enfant qui avait reçu de

ses ennemis sa leçon toute faite ; ce galant prélat, si habile aux

intrigues amoureuses, se laissa duper par les insidieuses coquet*

ferîes d'une vieille reine qui le haïssait; enfin cet observateur si

atleulif, qui avait vu arrêter presque devaot lui uu prince à qui la reine avait confié deux jours ses enfants et qu'elle avait hautement proclamé le plus honnête homme du royaume, qui avait vu conduire en prison le vainqueur de Rocroy auquel elle venait de serrer la main , qui avait noté ces deux événements pour les consi> guer plus tard dans ses mémoii*es , crut que ceux qui avaient eu la main si légère pour saisir au collet le petit-fils d'Henri lY et le premier prince du sang, n'oseraient pas attenter à sa liberté : c'était plus que de Taveuglement, c'était presque de la folie.

Voilà la nouvelle que le cardinal Mazarin attendait pour rentrer à Paris. En l'attendant, il avait occupé son temps au profit de la France. Le 17 décembre, c'est-à-dire deux jours avant l'arreslation de Gondy, il était parti de Saint-Dizier et était allé rejoindre l'armée qui assiégeait Bar-le-Duc, et le 22 décembre il avait assisté à la reprise de cette ville. Après Bar-lc-Duc, Liguy s'était rendu; alors Mazarin, comme pour faire annoncer son retour par des victoires, avait voulu reprendre encore Sainte-Menehould et Rethel ; mais le grand froid avait empêché de mettre le siège devant ces deux villes, et il avait fallu qu'à leur défaut, il se contentât de Château-Porcian. Enfin , ayant appris que le comte de h'uensaldagne s'était emparé de Yervins, il avait si bien excité l'armée, harassée de cette campagne d'hiver, qu'elle s'était remise en marche, et que, devant elle, les Espagnols avaient abandonné la ville, sans même essayer de nous la disputer. Alors seulement Mazarin avait pensé qu'il lui était permis de revenir à Paris.

Le roi alla au-devant de lui jusqu'à trois lieues pour le recevoir et le ramena dans son carosse. Les courtisans avaient été jusqu'à Dammai^in.

Un grand festin attendait au Louvre le ministre exilé. Sou entrée fut un véritable triomphe. Le soir, il y eut devant le logis royal un feu d'artifice magnifique, et avec sa dernière lueur et sa dernière fumée s'évanouit le souvenir de M. le Prince, de M. de Beaufort et du cardinal de Retz, ces trois héros de la Fronde, dout le coui*age, la popularité et l'inOueuce avaient été vaincus par la laborieuse patience de l'élève de Richelieu et du maître de Colbert.

Le même soir que Mazarin rentrait ainsi à Paris, y rentrèrent aussi, conduites par la princesse de Carignan, ces trois nièces au\- ([uelles le maréchal de Villeroy avait, on se le rappelle, le jour do

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leur arrivée, prédit un si magnifique avenir, et qui*jusque-là n'y avaient guère préludé que par l'exil et le deuil.

Pendant cette année, si fertile en événements, moururent M. le duc de Bouillon qui, après avoir fait la guerre au cardinal, était devenu non seulement son ami, mais encore son conseil; le vieux maréchal Caumont de la Force, qui avait si miraculeusement échappé au massacre de la Saint-Barthélémy, et cette charmante M"* de Chevreuse, qui dit adieu au monde juste à temps pour ne pas voir la chute de ce cardinal de Retz qu'elle avait tant aimé et qui fut si ingrat envers elle.

Ce fut aussi pendant le cours de celte même année 1652, que le poète Scarron épousa, vers le mois de juin, Françoise d'Aubigné, petite-fille d' Agrippa d'Aubigné, ce sévère compagnon d'Henri IV, plus fidèle que son roi en ses amitiés et surtout en ses croyances.

T. Il

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