CHAPITRE XXIX
Divisions entre les princes, — Suites de la querelle de M. de Nemours avec le duc de Beaufort. — Duel à mon. — Le prince de Condé reçoit un soufflet. — Mot du pr(^si(lent Bellièvre. — Monsieur perd son fils unique. — Nouvelle opposition du parlement — Nouveau départ de Mazarin. — Le roi rentre à Paris. — Embarras de Mademoiselle. — Départ des princes. — Ils sont déclarés criminels de lèsemajesté. — Rappel de Mazarin. — Motif qui le détermine à revenir. — Imprudence du Coadjuteur. — On songe à se débarrasser de lui. — La volonté royale commence à se manifester. — Arrestation du cardinal de Retz. — Fin de la seconde guerre de la Fronde. — Retour de Mazarin.
peine les princes eurent -ils remporté la vicloîre poliliquo que nous venons de raconter , que la division se mit entre eux. II fut décidé qu'à l'avenir il y aurait un conseil plus réglé que par le passé , et non seulement tout le monde voulut être de ce conseil, mais encore des dis- ^cussions s'élevèrent entre les princes étrangers et les princes Trançais sur les questions de préséance. 11 en résulta une querelle entre M. le duc de Nemours, qui était de la maison de Savoie, et M. de Vendôme, bâtard de la maison de France. Cette querelle inspira d'autant plus de crainte aux amis des deux princes, qu'elle était une recrudescence de la scène d'Orléans, dans laquelle, on s'en souvient, M. de Beaufort avait donné un soufflet à M. de
Nemours, et M. de Nemours avait fait sauter la perruque de M. de Reaufort.
\u premier bruit qui se répandit de celte querelle, Monsieur elM. le Prince firent donner parole au duc de Nemours que, de vingt-quatre heures, il ne tenterait rien contre M. de Beaufort. Quant à ce dernier, comme on s'accordait à dire que dans cette occasion il avait montré autant de patience que M. de Nemours d'aigreur, on ne sMnquiéta point de lui.
Mais M. de Nemours avait sans doute Tait quelque restriction mentale qui lui permettait de manquer à la parole donnée, car aussitôt quMl put être libre, il se mît à la recherche de son beaufrère. Or celui-ci n'était pas difficile à trouver, vu que c'était l'homme le plus connu et surtout le plus bruyant de Paris, et que partout oh il passait , il laissait trace de son passage. M. de Nemours apprit donc qu'il se promenait aux Tuileries avec quatre ou cinq gentilshommes de ses amis, et il s'y rendit aussitôt pour le rencontrer.
En effet, à peine Tut-il dansle jardin qu'il aperçut M. deBeauTort avec ses quatre amis : c'étaient MM. de Bury, de Ris, Brillet et Ilérîcourt. Le duc de Nemours marcha droit à lui et le provoqua.
M. de Beaufort était fort calme et n'en voulait nullement à M. de Nemours; aussi fit-il tout iau monde pour se dispenser de ce duel, alléguant qu'il ne pouvait se défaire de ceux qui étaient avec lui , et que mieux valait remettre la chose à un autre jour. Mais alors M. de Nemours répondit, en haussant la voix, que ce n'était point cela qui empêcherait la rencontre; qu'il amènerait, au contraire , un nombre égal d'amis et qu'ainsi la partie serait plus complète. Dès lors il n'y eut plus moyen de rien arranger, car ces messieurs, se voyant appelés ainsi, crurent de leur honneur de répondre, et répondirent en effet que, pour que le combat eût lieu sans retard, ils allaient attendre M. de Nemours et ses seconds au Marché-aux-Chevaux.
M. de Nemours revînt à son logis et trouva par malheur le nombre de gentilshommes dont il avait aifaire : c'étaient quatre jeunes seigneurs nommés M. de Villars, le chevalier de la Chaise, Campan et Luzerche. Ils acceptèrent la partie et s'en vinrent immédiatement où ils étaient attendus.
M. de Nemours avait apporté des épées et des pistolets, et pour
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ne point perdre de temps, il avait chargé les pistolets d'avance. Aussi, tandis que les seconds s'accommodaient entre eux, chacun choisissant son adversaire, M. de Nemours venant à M. de Beaufort voulut commencer à Tinstant même ; mais le duc essaya une nouvelle tentative de conciliation. — Ah! mon frère, dît-il, quelle honte de nous emporter comme nous le Taisons; soyons bons amis et oublions le passé.
Mais M. de Nemours jeta un pistolet tout chargé aux pieds de M. de Beaufort, et se reculant pour prendre l'espace nécessaire : — Non, coquin ! dit-il, il faut que je te tue ou que tu me tues.
Et, à ces mots, il lâcha la détente de son pistolet, et, voyant que son adversaire n'était point touché, se rua sur lui l'épée à la main. Il n'y avait pas à reculer : M. de Beaufort ramassa le pistolet, tira presque sans ajuster, et M. de Nemours tomba frappé de trois balles.
Plusieurs personnes qui étaient dans le jardin de l'hôtel de Yendôme, lequel était tout proche, accoururent au bruit, et entre autres M. l'abbé de Saint-Spire. 11 se précipita sur le blessé ; mais celui-ci n'eut que le temps de murmurer : Jésus, Maria. Après quoi il lui serra la main, et il expira aussitôt.
En même temps, trois des témoins de M, le duc de Beaufort tombaient grièvement blessés : c'étaient les comtes de Bury, de Ris et Héricourt. Le comte de Bury en revint ; mais de Ris et Héricourt moururent de leurs blessures.
Le lendemain, la chose recommença entre le prince de Tarente, fils du duc de la Trémouille, et le comte de Rieux, fils du duc d'Elbœuf : c'était encore pour une question de préséance. M. le Prince, qui se trouvait là, prit alors parti pour le prince de Tarente, qui lui était proche parent. Dans la discussion, le comte de Rieux fit un geste que M. le Prince interpréta à oflense et auquel il répondit par un soufllet. Le comte de Rieux riposta aussitôt par un autre. M. le Prince, qui n'avait point d'épée, sauta sur celle du baron de Migcnne ; M. de Rieux tira la sienne ; alors M. de Rohan se jeta entre eux et fit sortir le comte de Rieux, que Monsieur envoya à la Bastille. M. le Prince voulait le suivre pour lui demander raison ; mais tous ceux qui se trouvaient là lui soutenaient que c'était un coup de poing qu'il avait reçu et non un soufflet. M. le Prince se débattit longtemps; enfin, jugeant
que sou courage bien éprouvé le mettait au-dessus de toutes les insultes, î\ se rendit de bonne grâce, et le même soir, entrant chez
la fllle de Monsieur: — Ma foi! lui dit-il, Mademoiselle, vous voyez un homme qui a été battu aujourd'hui pour la première fois de sa vie.
Pareille chose avait failli arriver dans la première Fronde, et n'avait été arrêtée que par une plaisanterie du président Bellièvre. M. de Beaufort, trouvant quelques empêchements à ses projets dans M. le duc d'Elbœuf, s'emporta et, cherchant un moyen d'arriver à son but, s'écria :
— Si je donnais un soufflet à M. d'Elbœuf, ue croyez-vous pas que cela changerait la face des choses?
— Non, Monseigneur, répondit le président; je crois que cela ne changerait que la face de M. d'Elbœuf.
Quelques jours après toutes ces aventures, le fils unique de Monsieur mourut : c'était un enfant de deux ans, beau de visage, mais qui ne parlait ni ne marchait, ayant une jambe toute cambrée ; ce qui venait, disait-on, de ce que Madame s'était tenue continuelement de côté pendant sa grossesse. Monsieur fut extrêmement
affligé de cette mort ; il en fit part à la cour, eu demandant la permission de faire enterrer le petit prince à Saint-Denis ; mais cette permission lui fut refusée dans une lettre fort dure, où on lui disait que cette mort venait du ciel, et que c'était une punition de sa rébellion contre son roi.
Nous avons dit que le roi avait rendu une ordonnance qui transférait le parlement à Pontoise. L'obéissance ou le refus était également embarrassant pour Thonorable compagnie ; mais elle s'en tira par son biais ordinaire, en disant qu'elle ne pouvait obéir aux ordres du roi ni même entendre la lecture de ces ordres, tant que le cardinal Mazarin serait en France. Eu outre la compagnie rendit une ordonnance par laquelle il était défendu à chacun de ses membres de s'éloigner de Paris, et enjoint .aux absents d'y revenir.
Alors le conseil du roi comprit, et Mazarin lui-même contribua à lui faire comprendre que cet état de choses était intolérable. Le ministre offrit sa retraite, et elle fut acceptée. En conséquence, le 12 août, étant à Pontoise, le roi rendit une ordonnancesur l'éloignement du cardinal.
C'était d'une excellente politique : le coup d'état de l'Hôtel-de- Ville, dans lequel trois ou quatre conseillers, deux échevinsetuiie trentaine de bourgeois furent tués, avait indisposé le parlement contre MM. les princes. La nomination de Monsieur comme lieutenant-général n'avait passé qu'à la majorité de cinq voix; ce qui dénotait une opposition de soixante-neuf membres contre soixante-quatorze. Le départ de Mazarin enlevait le prétexte des troubles; lui parti, l'opposition parlementaire devenait de la rébellion politique, et il savait trop la grande lassitude que chacun avait de la guerre pour craindre que cette guerre continuât quand le prétexte en serait enlevé.
La déclaration du roi, qui annonçait le départ du cardinal, arriva à Paris le 1 3 et produisit l'effet attendu. Les deux princes se rendirent au parlement et déclarèrent que , le principal motif de la guerre n'existant plus, ils étaient prêts à déposer les armes, pourvu qu'il plût à Sa Majesté de donner une amnistie, d'éloigner les troupes qui étaient dans les environs de Paris, et de retirer celles qui étaient en (luyenne.
La négociation fut longue : les princes voulaient des garanties, le roi Taisait ses réserves ; les princes voulaient que tout fût oublié , et U y a^ait des choses dont le roi tenait à se souvenir. Dans celle circonstance il arriva ce qui arrive ordinairement, c'est que loul en ayant Tair de soutenir la cause générale, chacun traitait |)our soi : Monsieur, par Tintermédiaire du cardinal de Retz; M. le Prince par celui de Chavigny. Mais ni l'un ni l'autre ne réussit ; Monsieur n'eut que des réponses vagues , et M. le Prince ne put obtenir ce qu'il désirait, et tout malade qu'il était, pour s'être, dit Guy-Joly, approché d'une comédienne , il fut obligé de quitter Paris. Mais comme il crut que son envoyé Chavigny avait mal soutenu ses intérêts, il se mit, avant de partir, dans une telle colère contre lui , que Chavigny fut pris d'un saisissement dont il mourut quelques jours après.
MM. de Beaufortet Broussel donnèrent tous deux leur démission, l'un de gouverneur de Paris, l'autre de prévôt des marchands.
Le 17 octobre le roi arriva à Saint - Germain , les chefs de la garde bourgeoise et les députés de la ville y coururent aussitôt et revinrent ramenant en triomphe l'ancien gouverneur de Paris, le maréchal de l'Hôpital, et l'ancien prévôt des marchands, le conseiller Lefèvre. Ils annonçaient en outre que le surlendemain le roi ferait sa rentrée dans la Capitale.
Cette nouvelle produisit une joie générale dont Monsieur put , du Luxembourg , entendre les éclats , et dont il s'apprêtait à prendre sa part, lorsque Mademoiselle reçut du roi une lettre par laquelle Sa Majesté lui faisait savoir que, revenant à Paris et n'ayant d'autre logement à donner à son frère que le palais des Tuileries, il la priait de quitter ce logis assez promptement pour qu'en y arrivant le surlendemain le duc d'Anjou pût le trouver vide.
Mademoiselle répondit qu'elle obéirait aux ordres du roi, et qu'elle allait prendre ceux de Son Altesse royale.
Avant de se rendre chez son père , Mademoiselle envoya chercher ses deux conseillers ordinaires , le président Viole et le conseiller au parlement Croissy. Tous deux accoururent et le président Viole lui dit que le bruit se répandait que Monsieur avait traité particulièrement avec la cour ; il lui montra même les articles du traité en disant : — Dam ! vous connaissez Son Altesse aussi bien que moi , je ne réponds de rien.
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En effet , Mademoiselle conoaissait Monsieur aussi bien que personne. Elle trouva son père Tort inquiet pour lui-même, et par conséquent fort insensible à ce qui pouvait arriver aux autres ; aussi ne fit-il pas même à sa fille Toffre d'une chambre au Luxembourg ; alors Mademoiselle lui demanda la permission d'aller loger à r Arsenal , permission que Monsieur accorda avec sa légèreté oixlinaire.
Mais en rentrant chez elle, Mademoiselle y trouva M'"* d'Eperuon et M°" de Châtillou, qui venaient se lamenter en sa compagnie de ce qu'elle était forcée de quitter les Tuileries, qui étaient le plus charmant logement du monde , et qui lui demandèrent où elle comptait aller.
— A l'Arsenal, répondit Mademoiselle.
— Ah ! mon Dieu ! s'écria M"" de Châtillou , qui vous a donc donné un pareil conseil?
— MM. Viole et Croissy.
— Mais ils sont fous ! s'écria M'"' de Châtillou, à quoi songezvous d'aller à l'Arsenal ? pensez- vous faire des barricades? et croyezvous pouvoir tenir contre la Cour dans l'état où vous êtes? ne vous mettez pas cela dans l'esprit et songez seulement à faire votre retraite , car je vous dis que Monsieur a traité pour lui , mais pour lui seul; il a même dit, et je le tiens de source certaine, qu'il ne répondait point de vous , et tout au contraire vous abandonnait.
La journée se passa pour Mademoiselle à chercher une retraite. Vingt logis différents furent discutés et écartés. Le soir Mademoiselle, qui ne s'était encore arrêtée à rien, alla coucher chez M'"* de Fiesque.
Cependant, malgré les bruits qui couraient sur Monsieur, et auxquels de trop nombreux antécédents avaient donné créance, il u'y avait aucun traité de fait, non pas que Monsieur ne l'eût point proposé, mais parce que cette fois le roi, ou plutôt son conseil , n'eu avait point voulu sigucr. En effet, le lundi, 21 octobre au matin, Monsieur reçut de Sa Majesté une lettre qui lui enjoignait de quitter Paris.
A peine Monsieur eut-il reçu cette lettre, que, sans en rien dire à personne, il courut au palais assurer le parlement qu'il n'avait fait aucun traité , qu'il ne séparerait jamais ses intérêts de ceux de la compagnie , et qu'il périrait avec elle.
Comme \a compagnie ignorait ce qui s'était passé, elle remercia Monsieur, lequel rentra chez lui fort maussade, et cherchant quelqu'un k qui s'en prendre de cette disgrâce.
Eu ce moment Mademoiselle accourait au Luxembourg. Elle cuira dans le cabinet de Madame , oii se trouvait Son Altesse royale.
— Oh! mon Dieu! Monsieur, lui dit-elle, est-il donc vrai que \ous ayez reçu l'ordre de vous en aller?
— Que j'aie reçu ou non cet ordre, répondit Monsieur, que vous importe ! je n'ai point de comptes à vous rendre.
— Mais moi , demanda Mademoiselle , vous pouvez bien me dire si je serai chassée.
— Ma foi, répondit Son Altesse, il n'y aurait rien d'étonnant à cela; vous vous êtes assez mal gouvernée vis-à-vis de la cour pour en attendre ce traitement; cela vous apprendra une autre fois à ne pas suivre mes conseils.
Quelque bien que Mademoiselle connût son père , cette réponse la déconcerta un instant. Cependant elle se remit en souriant , quoiqu'elle fût fort pâle et fort agitée en dedans :
— Monsieur, dit-elle, je ne comprends pas ce que vous me dites; car, lorsque j'ai été à Orléans, ce fut par votre ordre. Je n'ai point cet ordre écrit, c'est vrai , attendu que vous me l'avez donné verbalement, mais j'ai vos lettres, beaucoup trop obligeantes, je l'avoue, par lesquelles vous me louez de la conduite que j'ai tenue.
— Oui , oui , murmura Monsieur, aussi n'est-ce point d'Orléans que je veux parler; mais votre affaire de Saint-Antoine, croyezvous qu'elle ne vous ait pas nui à la Cour? vous avez été bien aise de faire l'héroïne et de vous entendre dire deux fois que vous aviez sauvé notre parti; eh bien ! maintenant, quoi qu'il vous arrive de mal, vous vous en consolerez en vous rappelant les louanges que vous avez reçues.
Mademoiselle eût certes été démontée si quelque chose eût pu la démonter de la part de son père.
— Je ne crois pas , Monsieur, répondit-elle , vous avoir plus mal servi à la porte Saint-Antoine qu'à Orléans, car ces deux actions si reprochables, selon vous, je les ai accomplies par votre ordre , et si elles étaient à recommencer, je les ferais encore , parce que mon devoir m'y obligerait; je ne pouvais pas, étant votre fille, mo dispenser de vous obéir et de vous servir; si vous êtes malheu-
reux, il est juste, par la même raison , que je partage votre disgrâce et votre mauvaise fortune; quand je ne vous aurais pas seni, je ne laisserais pas que d'y participer. Je ne sais ce que c'est que d'être une héroïne , mais je sais ce que c'est que d'être d'une grande naissance , ce qui m'impose l'obligation de ne jamais rien faire que de grand et d'élevé. On appellera cela comme on voudra ; quant à moi j'appelle cela suivre mon chemin j étant née à n'en point prendre d'autre.
Mademoiselle voulut sortir, mais sa belle-mère la retint. Alors se retournant vers Son Altesse Royale :
— Maintenant, Monsieur, dit-elle, vous savez que je suis chassée des Tuileries, voulez -vous bien me permettre de loger au Luxembourg?
— Ce serait avec grand plaisir, répondit Monsieur, mais je n'ai point de logement.
— 11 n'y a personne ici qui ne me cède le sien, autorisez-moi donc seulement à prendre celui qui me conviendra.
— Mais il n'y a personne non plus ici qui ne me soit nécessaire, et ceux qui y sont n'en délogeront point pour vous.
— Alors, dit Mademoiselle, puisque Votre Altesse refuse absolument de me recevoir, je vais aller loger à l'hôtel de Condé où il n'y a personne.
— Oh! quant à cela, s'écHa le prince, je ne le veux point.
— Mais enfin , où voulez-vous donc que j'aille ?
— Où vous voudrez. Et il sortit.
Mademoiselle coucha cette nuit là chez M™* de Montmort, sœur de M"' de Frontenac, espérant toujours qu'elle recevrait quelque lettre de Monsieur, qui lui permettrait de l'accompagner; mais au contraire, le lendemain, dès le matin, elle reçut un billet qui lui apprenait que Son Altesse Royale était partie pour Limours. Mademoiselle expédia aussitôt à son père le comte de Holac , qui était attaché à son service et qui rejoignit Monsieur près de Berny.
— Ah! lui dit Son Altesse en l'apercevant, je suis aise de vous voir pour que vous disiez à ma fille qu'elle s'en aille à Bois-le- Vicomte, et qu'elle ne s'amuse pas aux espérances que lui pourraient donner M. de Beaufort ou M"" de Montbazon , de servir M. le Prince par quelque action considérable qui remettrait ses
affaires en bon état. 11 n'y a plus rien à faire, car moi qui suis plus aimé et plus considérable qu'elle, le peuple de Paris m'a vu partir sans s^ émouvoir. C'est pourquoi il faut qu'elle s'en aille et ne s'attende plus à rien.
— C^est bien son intention , Monseigneur, répondit le comte de Holac; aussi Mademoiselle, sachant la route que vous prenez, va-l-elle vous suivre à l'instant même.
— Non pas, non pas, dit le prince, qu'elle aille à Bois-le- Vicomte , comme je l'ai dit et comme je le dis encore.
— Mais , Monseigneur, reprit Holac , j'aurai l'honneur de faire
observer à Yotre Altesse que la chose est impossible : Bois-lc-
Vicomte est une maison au milieu de la campagne, les armées sont
loul autour et pillent ce qui passe; Mademoiselle, en demeurant
à Bo\s-le-Vicomte, ne pourra s'approvisionner de rien; d'ailleurs
Mademoiselle en a fait un hôpital pour les blesses du combat Saint-
Antoioe. 11 est donc impossible qu'elle se retire dans ce château.
— Eh bien! dit Monsieur, qu'elle aille oîi elle pourra, pourvu que ce ne soit point avec moi.
— Alors, répliqua Holac, elle ira avec Madame.
— Impossible, impossible, dit Gaston, Madame est prête à accoucher et elle l'incommoderait.
— Je dois dire à Votre Altesse, reprit Holac, que quelque défense qu'elle lui fasse , je crois Mademoiselle disposée à la venir rejoindre.
— Qu'elle fasse ce qu'elle voudra, répondit Monsieur; mais qu'elle sache que si elle y vient, je la chasserai.
H n'y avait pas à insister davantage. Holac revint rapporter cette conversation à la princesse. Monsieur continuasaroute sur Limours, et le lendemain Mademoiselle, moins avancée que son père, sortit de Paris sans savoir oii elle irait.
Nous avons raconté cette anecdote dans tous ses détails pour excuser Monsieur d'avoir successivement abandonné Chalais , Montmorency et Cinq-Mars. H pouvait bien abandonner ainsi ses amis, pnisqu'en semblable occasion il abandonnait sa propre fille.
La veille au soir, le roi était rentré dans Paris et était descendu au Louvre au milieu des acclamations de la multitude, amenant à sa suite une de nos anciennes connaissances, perdue de vue depuis longtemps, Henri de Guise, l'archevêque de Reims, le vainqueur
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de Coligny , le conquérant de Naples et le prisonnier de T Espagne. Depuis quinze jours il était rentré en France, rappelé par les sollicitations de M. le Prince.
Le lendemain le roi donna une déclaration d'amitié dont étaient exclus les ducs de Beaufort, de La Rocheroucauld , de Rohan, dix conseillers au parlement, le président Pérault, de la chambre des comptes, et tous les serviteurs de la maison de Condé.
Pendant cette seconde guerre, voici, outre les choses que nous avons racontées, ce qu'on avait pu voir encore :
L'archiduc nous avait repris Gravelines et Dunkerque; Croinwell, sans aucune déclaration de guerre, s'était emparé de sept ou huit de nos vaisseaux ; nous avions perdu Barcelonne et Casai, dont l'une était la clé de l'Espagne, l'autre celle de l'Italie: la Champagne et la Picardie avaient été ravagées par le passage des armées lorraines et espagnoles que les princes avaient appelées à leur secours; le Berry, le Nivernais, la Saintonge, le Poitou, le Périgord, le Limousin, l'Anjou, la Touraine, l'Orléanais et la Beauce étaient ruinés par la guerre civile ; enfin , on avait vu les étendards d'Espagne se déployer sur le Pont-Neuf, en face de la statue d'Henri IV, et les écharpes jaunes de Lorraine avaient flotté dans Paris avec la même liberté que les écharpes bleues et isabelles, couleurs des maisons d'Orléans et de Condé.
Si embrouillées que parussent les aflaires au premier coupd'œil , en quelques jours on vit clair dans le grand échiquier politique sur lequel venaient de se passer tant de choses. Le roi et la reine étaient rentrés dans Paris au milieu d'acclamations qui prouvaient que la royauté était encore la seule institution immuable, le seul centre autour duquel se ralliât éternellement le peuple. Le coadjuteur, qui s'était tenu coi et tranquille pendant tous les événements que nous avons racontés , et dans lesquels son nom ne se trouve mêlé que pour annoncer sa promotion au cardinalat, était venu des premiers les féliciter à leur entrée. Le duc d'Orléans, après avoir fait toutes sortes de protestations de fidélité à venir, s'était retiré à Blois avec l'assentiment de la cour. Mademoiselle, après avoir erré à droite et à gauche, avait enfin pris sa demeure à Saint-Fargeau, qui était une de ses maisons. Le duc de Beaufort, la duchesse de Montbazon et la duchesse de Chàtillon avaient quitté Paris. Le duc de La Rochefoucauld, blessé
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gricvement, on se le rappelle, au combat du faubourg St-Antoiue, s'élail fait trarnsporter à Bagneux , à peu près guéri de son double amour pour la guerre de partisan et pour M"" de Longueville. M"** la Princesse, M. de Conti et M"" de Longueville étaient à Bordeaux , non plus à titre de souverains et maîtres de la ville , mads comme de simples hôtes.
Enfin le duc de Rolian, que Ton tenait pour un des plus fidèles serviteurs des princes, avait si bien arrangé ses petites alTaires. que huit jours après leur rentrée le roi et la reine tenaient son fils sur les fonts de baptême.
Restait donc, pour seul et unique ennemi, M. le Prince, qui , tout terrible qu'il était, n'avait pas moins, par son isolement , perdu près des trois-quarts de sa force. Le roi n' hésita donc point, dans son lit de justice du 13 novembre, à publier une déclaration portant que les princes de Condé, de Conti, la duchesse de Longueville, le duc de La Rocheroucauld, le prince de Tarente et tous leurs adhérents ayant rejeté avec mépris et obstination les grâces à eux offertes, et s'étant ainsi rendus indignes de tout pardon , avaient irrévocablement encouru les peines portées contre les rebelles criminels de lèse-majesté, perturbateurs du repos public et traîtres à leur patrie.
Le parlement enregistra cette déclaration sans dire mot, et en voyant cette docilité le roi regretta sans doute de ne pas y avoir ajouté un paragraphe qui mentionnât le rappel de Mazarin; mais il n'en demeura pas moins si visible pour la Cour que ce rappel ne souffrirait désormais aucune difficulté, que la reine lui expédia, dans sa solitude de Bouillon, où il s'était retiré, l'abbé Fouquet, avec jnission de lui dire que tout étant calme et tranquille à Paris, îl y pourrait revenir quand il voudrait.
Cependant , chose étrange , quoique le cardinal eût déjà reçu même avis par une lettre particulière de la reine , ce fut lui qui fit l'irrésolu et qui discuta longtemps avec l'ambassadeur pour savoir s'il ne valait pas mieux qu'il préférât les douceurs de sa retraite aux agitations du Palais-Royal; mais, soit bonne foi, soit qu'il eût vu que cette résistance n'était que feinte, l'abbé Fouquet insista de telle façon, que le cardinal parut ébranlé; et, comme ils se promenaient dans la forêt des Ardennes : Tenez, monsou l'abbé, dit Mazarin, voyons un peu ce que le
sort nous conseillera dans cette importante aflaire , car je suis décidé à m'en rapporter à lui.
— Et de quelle manière le consultera votre Éminence? demanda rabbé.
— Rien de plus facile, dît le cardinal ; voyez-vous cet arbre ? Et il montra un pin qui s'élevait à dix pas d'eux, et qui étendait au-dessus de leur tête sa cime verte et touffue.
— Sans doute que je le vois, répondit Tabbé.
— Eli bien ! je vais jeter ma canne sur cet arbre : si elle y demeure, ce sera un signe inraillible qu'étant retourné à la cour, j'y demeurerai comme elle ; mais si elle retombe, ajouta-t-il en secouant la tcte, ce sera une marque évidente que je dois rester ici.
Et, ce disant, il jeta sa canne en haut de l'arbre, où elle demeura si bîen que trois ans après on l'y montrait encore.
— Allons, dit le cardinal, la chose est décidée; puisque le ciel le veut ainsi , nous partirons donc, monsou l'abbé , aussitôt que j'aurai reçu une nouvelle que j'attends.
Pendant ce temps, une dernière mesure de grave importance se prenait à Paris.
Nous avons dit que le coadjuteur, maintenant cardinal de Retz,
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avail élé le premier à aller féliciter le roi et la reine de leur retour et la reine lui ayant dit publiquement que ce retour était son ouvrage, le cardinal s'était, par ces belles paroles, tellement cm assuré de la faveur royale que, lorsque, pour l'éloigner de Paris ou 1 on jugeait sa présence dangereuse, on lui fit proposer la direction des affaires de Rome pendant trois ans, le paiement de ses dettes et un revenu suffisant pour faire brillante figure dans la capitale du monde chrétien, au Ueu d'accepter la mission avec reconnaissance, il voulut faire ses conditions. En conséquence il demanda un gouvernement pour le duc de Brissac, un emploi pour le comte de Montrésor, une charge pour le sieur dé CauinarUn, un brevet de duc et pair pour le marquis de Fosseuse une somme d'argent pour le conseiller Joly, et enfin, comme il le dit lui-même , quelques autres misères, telles qu'abbayes, places et dignités.
C'était une grande imprudence de demander quelque chose comme ami, quand cette fois, contre les coutumes reçues, les ennemis eux-mêmes n'avaient rien obtenu. Aussi, à partir de ce moment, la résolution de se débarrasser de l'exigeant personnage fut-eUe prise dans le conseil du roi, ou plutôt à Bouillon où était Mazarin; car, qu'il fût au mUieu de la forêt des Ardennès ou au bord du Rhin, rien ne se faisait que par ses conseils, et peut-être n'avait-il jamais été si puissant et surtout si bien obéi, que, depuis qu'exilé de la France, son génie seul y était resté.
Cependant les amis du ministre sentaient que la situation devenait chaque jour de plus en plus difficUe pour lui. Le jeune roi grandissait et donnait de temps en temps des marques de ce caractère absolu qui devait amener plus tard le fameux mol : l'État, c'est moi. Deux circonstances avaient pu faire juger aux hommes de prévoyance le d^ré de volonté auquel était arrivé Louis XIV. Lorsque le président de Nesmond était allé à Compiègne avec une députation du parlement pour y lire les remontrances de la compagnie et demander l'éloignement de Mazarin, Louis XIV, rougissant de colère, avait interrompu l'orateur au milieu de sa harangue «îl, lui arrachant le papier des mains, lui avait répondu qu'il en délibérerait avec son conseil. Nesmond avait voulu faire quelques remootrances sur cette façon d'agir; mais l'enfant couronné, fronçant Je sourcil, avait répondu qu'il agissait comme doit agir un
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roi. Et la dépulation avait été forcée de se retirer sans pouvoir obtenir de lui d'autre réponse.
Voilà pour la première. Voici pour la seconde :
Il avait été décidé que la cour Terait sa rentrée à Paris le 21 octobre, et, comme cette décision avait été prise en l'absence du jeune roi, on avait aiTêté qu'il irait à cheval près du carosse de la reine, et qu'il serait entouré par le régiment des gardes suisses et par le reste de l'armée. Mais Louis XIV ne voulut pas accédei* à cet arrangement, quelques instances qui lui fussent faites : en conséquence il décida qu'il entrerait à cheval à la tète du r^iment des gardes françaises, seul en tète du cortège. Ce fut, en effet, ainsi qu'il entra à la lueur de dix mille flambeaux , entoure d'un peuple immense, sur lequel cette sécurité produisit une sensation qui dépassa toutes les espérances. Ce qu'il y a de plus prudent en France, c'est le courage.
Les amll du cardinal de Retz l'invitaient donc à se défier de cette jeune volonté royale qui, à défaut d'être instruite par les hommes, avait pris leçon des événements, et le président Bellièvre, entre autres, lui exprima ses craintes ; mais le cardinal lui répondit : — J'ai deux rames en main qui empêcheront toujours mon vaisseau de sombrer : l'une est ma masse de cardinal, l'autre est la crosse de Paris.
Le peuple lui-même sembla l'avertir du danger qu'il courait; car, comme il assistait à une représentation de Nicomède et que l'acteur venait de prononcer ce vers qui se trouve dans le 1" acte, scène 1",
Quiconque entre au palais porte sa tète au roi ,
le parterre se retourna vers le nouveau cardinal , lui faisant l'application de la maxime; ce qui était l'inviter à en faire son profit. Ce ne fut pas tout : la princesse Palatine, qui s'était ralliée à la cour, mais qui cependant avait conservé pour Gondy cet intérêt qu'inspire toujours un esprit supérieur, vint le trouver et l'exhorta à fuir, lui disant qu'on était décidé à l'écarter à tout prix, même au sacrifice de sa vie ; mais il ne voulut pas plus croire la princesse Palatine qu'il n'avait voulu croire le président Bellièvre , ni cette voix du peuple qu'au temps de sa prospérité luimême appelait la voix de Dieu.
Tu incident survint qui fit déborder la colère royale déjà montée
au bord du vase. Nous avons dit comment le roi tînt, le 13 de
novembre , un lit de justice dans lequel il déclara M. le Prince
criminel de lèse-majesté. La veille il envoya Saintot, maître des
cérémonies , pour dire au cardinal de Retz de se rendre à cette
séance ; mais celui-ci lui répondit qu'il priait bien humblement
Sa Majesté de le dispenser de celte charge, attendu que dans les
termes oit il se trouvait avec M. le Prince , îl n'était ni juste ni
bienséant quMl donnât sa voix pour le condamner.
— Prenez garde à ce que vous allez faire, dit Saintot, car quelqu'un ayant prévu devant la reine l'excuse que vous venez de me donner. Sa Majesté a répondu que cette réponse ne valait rien, attendu que M. de Guise, qui devait sa liberté à M. le Prince, s'y trouverait sans discussion, et qu'elle ne comprenait pas que vous eussiez plus de scrupule que M. de Guise.
— Monsieur, répondit le cardinal, si j'étais du même état que M. de Guise, j'aurais grand bonheur à l'imiter, surtout dans les belles actions qu'il vient de Taire à Naples.
— Ainsi, dit Saintot, votre Éminence s'en tient à sa première Dissolution.
— Tout à fait , répondit le cardinal.
Saintot alla reporter cette réponse aii roi et à la reine.
Nous avons vu que le projet de se débarrasser de Gondy était arrêté ; on décida de saisir la première occasion.
Plusieurs jours se passèrent sans que cette occasion se présentât, car, si le cardinal n'était pas assez effrayé pour quitter Paris, il n'était pas non plus assez confiant pour aller au Louvre.
On résolut alors de ne plus attendre et de l'arrêter partout où îl se trouverait. L'ordre en fut donné de vive voix à Pradelle, capitaine au régiment des gardes; mais Pradelle fit observer au roi qu'il désirait fort avoir cet ordre par écrit, attendu que le cardinal ferait certainement résistance, et que, pour ne pas le laisser fuir, lui, Pradelle, serait peut-être forcé de le tuer. Le roi y consentit, et remit à Pradelle l'ordre suivant :
De par le roi ,
Il est ordonné au sieur PradeUe, capitaine cl*une compagnie d'infanterie au r^iment des gardes françaises de Sa Majestù, de saisir et arrêter le sieur c«irdina! de Retz ^éele conduire en son château de la Bastille ponr y être tenu sons bonne et sûre
08 LOUIS XIV BT SON SIBGI.K.
garde, jusqu'à ce qu'il en soit aulrcmcnt ordonné; et au cas que quek|ucs personnes, de quelques conditions qu'elles fussent, se missent en devoir d'empêcher l'exécution du présent ordre, Saditc Majesté enjoint pareillement audit sieur Pradelle de les arrêter et de les constituer prisonnières, et d*y employer la force si besoin est, en sorte que l'autorité en demeure a Sa Majesté; laquelle enjoint à tous les officiers et sulijects d'y tenir la main, sous peine de désobéissance.
Fait à Paris, le 16* de décembre 1652.
Signé Loiis.
De la main inèmQ du roi était écrit eu manière de post-scriptuui :
« J'ai commandé à Pradelle l'exécution du présent ordre en la personne du cardinal de Retz , et même de l'arrêter mort ou vir en cas de résistance de sa part. »
Diverses mesures furent prises comme accompagnement de cet ordre. Touteville, capitaine aux gardes, ayant loué une maison assez proche de celle de M™' de Pommereux, où allait quelquefois Gondy, y aposta des gens pour l'arrêter, et un oflicier d'artillerie, nommé Le Fey, essaya de corrompre Peau, son contrôleur, pour savoir à quelle heure de la nuit son Éminence avait l'habitude de sortir.
Sur ces entrefaites, M. de Brissac vint faire visite au cardinal, et lui demanda si son intention n'était point d'aller le lendemain à Rambouillet; le cardinal répondit qu'oui. Alors Brissac tira un papier de sa poche et le Ivi présenta : c'était un billet anonyme qui lui était adressé pour qu'il prévint Gondy de ne point aller à Rambouillet, où il devait lui arriver malheur.
Celte fois, l'avertissement était positif, et l'aventureux prélat résolut d'en avoir le cœur net ; il prit avec lui deux cents gentils^ hommes, et alla à Rambouillet.
« J'y trouvai, dit-il lui-même dans ses mémoires, un très grand nombre d'ofltciers des gardes ; je ne sais s'ils avaient dessein de m'attaquer ; mais je sais bien que je n'étais pas en état d'être attaqué : ils me saluèrent avec de profondes révérences ; j'entrai en conversation avec quelques-uns d'entre eux que je connaissais, et je revins chez moi, tout aussi satisfait de ma personne que si je n'eusse pas fait une sottise. »
En effet, le roi put voir à quel point 'était dangereux un homme qui trouvait en une demi-journée deux cents gentilshommes prêts pour l'accompagner dans une promenade.
Le cardinal de Retz n'avait donc pas été au Louvre depuis le