OPINION POPULAIRE SUH LES MORTS FATALES DANS LA FAMILLE ROYAL'B
Bruits sur l'erapoisoBnement des princes. — Opinions médicales. — ÂccusatioDs sur le duc d'Orléans. — Émeutes de Paris contre le Palais-Royal. — Le prince dénoncé devant le roi. — Circonstance de ces accusations. — Commencement de procédure. — Soupçons sur l'empereur. — Les probabilités.
Lorsqu'une épidémie, une famine terrible déciment un peuple, ou bien encore lorsque la mort avide prend une race royale et la jette dans l'éternité, il est difficile que des bruits vulgaires, des accusations passionnées, ne s'élèvent pas dans la foule pour donner des causes extraordinaires à ce qui n'est quelquefois que l'horrible coup de la destinée ; alors la voix publique désigne avec rage des circonstances souvent innocentes; on ne veut pas que la fatalité ait tout fait, on envenime les soupçons, et il faut que l'autorité soit bien haute, bien impartiale, pour ne pas se laisser dominer par la voix entraînante et fougueuse des multitudes.
Rien n'avait produit un effet plus profond à Paris que ces morts si tristement multipliées; quoi! le dauphin, chéri des halles et des bourgeois, Adélaïde de Savoie, si aimante et si gaie, M. le duc de Bourgogne, son mari, le bel et digne élève de Fénélon et de Beau- Yilliers, si intimes des parlementaires; toutes ces tètes adorées avaient disparu comme par un seul coup de faux de la mort ! cet événement était-il naturel ? Comment croire que des existences si fraîches, si fortes, avaient été enlevées si fatalement? n'y avait-il pas poison subtil? A la bonne heure pour M. le dauphin avec son ventre rebondissant ; il pouvait avoir été emporté par une apoplexie; mais M. Iç
duc et M™" la duchesse de Bourgogne, n'était-ce pas l'art des Brinvilliers qui avait servi un grand criminel ? il était si aisé de se débarrasser d'une tête qui faisait ombrage ! Paris était alors rempli de sinistres aventures et d'histoires abominables sur les moyens qu'employaient les empoisonneurs pour détruire des familles entières, lesquelles disparaissaient du monde ; on racontait des assassinats exécrables dans les vieux quartiers; l'étude des poisons avait été portée fort loin depuis les Médicis : un gant parfumé, un sachet de velours et d'or suffisaient pour empoisonner. La mode et la mort marchaient de concert ; la fable de la tunique de Nessus se répétait pour ces vêtemens de gaze et de soie qui ornaient les bals joyeux et les fêtes somptueuses. On tremblait au foyer domestique quand la coupe touchait même les lèvres purpurines de l'enfance, ou lorsqu'un rubis scintillait sur le sein d'une jeune fille à la clarté du festin !
Cette opinion d'empoisonnement , d'abord vague et incertaine, saisit bientôt un caractère d'ardente personnalité. Il faut toujours une victime à la douleur publique, et voilà pourquoi les barbares sacrifiaient une tête humaine dans les grandes calamités. Le duc d'Orléans vivait à Paris d'une manière fort dissipée; le Palais-Royal était visité par quelques amis intimes, mécontens de Versailles. Philippe d'Orléans donnait peu de fêtes; il venait à la cour plutôt par étiquette que par plaisir; associé à des astrologues, devins de bonne fortune, il aimait à perdre son temps dans des opérations d'alchimie. La vieille croyance en la pierre philosophale existait encore puissante, et le duc d'Orléans passait des jours et des nuits à préparer des simples, à combiner des poisons et des odeurs, par des alambics et à l'aide de fourneaux. Le peuple de Paris le savait : dédaigné du roi pour les grandes choses, le duc d'Orléans suivait naturellement cet instinct qui s'abaisse pour se faire oublier et s'oublier soi-même. Le prince d'ailleurs ne laissait pas une haute opinion de ses mœurs; il était fort débauché, peu dévot, et appartenait déjà à cette cabale philosophique qui grandit sous sa régence. Le peuple en disait long *ur ce prince ' ; or, les halles qui raisonnaient à tort et à travers, fai-
' Saint-Simon, quoique très-dévoué à la branche d'Orléans, suit ici ses mauvaises habitudes de tout déprécier, et fait le plus triste portrait du duc d'Orléans, «ft surtout de Monsieur, frère de Louis XIV, père du prince. Voyez tome X.)
saient mille conjectures ; si monseigneur le duc d'Orléans se livrait à l'art des poisons et de l'alchimie, n'avait-il pas son but ? Il était mécontent du roi : ne pouvait-il pas avoir jeté un sort sur le dauphin et le duc de Bourgogne? En éteignant la race, comme la Brinvilliers avait éteint sa famille, ne venait-il pas de plein droit à la couronne? La renonciation du roi d'Espagne était absolue, et l'antique prétention des d'Orléans serait ainsi satisfaite !
Si le peuple des halles avait un peu réfléchi, il n'aurait pas d'abord attribué au poison ce qui était le résultat probable d'une mort toute naturelle ; il n'y avait rien de plus fréquent alors que ces épidémies qui enlevaient des familles entières; la petite vérole, la rougeole putride frappaient avec une fatale persévérance le père, le flls, l'époux et l'enfant au berceau. Il régnait ce qu'on appelait le mauvais air, c'est-à-dire cette influence maligne qui décimait de temps à autre les villes de peuple et même les résidences royales; il était donc probable que le duc et la duchesse de Bourgogne avaient péri victimes de la triste contagion. La douleur de voir disparaître une femme chérie pouvait avoir aidé la mort de l'époux ; cet aspect d'un cercueil appelle souvent un autre cercueil ; c'est un poison vif et brûlant pour la sensibilité humaine.
Quelle preuve avait-on d'une mort violente? Les seuls indices qu'on avait aperçus, c'étaient des taches violettes sur tout le corps; le duc de Bourgogne si jeune, si fort de santé, avait été enlevé par une ardente fièvre interne : n'était-ce pas une petite vérole, une de ces rougeoles malignes si déplorablement multipliées alors? Cependant les médecins ordinaires du roi et du dauphin avaient examiné toutes les circonstances de cette mort ; leurs avis avaient été partagés : Maréchal avait été d'opinion que rien n'était plus douteux que l'empoisonnement du dauphin; maisFagon et Boudin ne mettaient pas en doute cette épouvantable catastrophe; ils s'en expliquèrent avec le roi d'une manière nette et précise ; ils écrivirent à Louis XIV qu'il y avait tous les caractères d'un empoisonnement réel ; les symptômes n'annonçaient pas une mort naturelle, et l'on en conclut qu'il fallait faire des recherches dans les moindres épisodes qui avaient précédé tant de trépas ' . Quand ce premier avis eut été donné à Louis XI Y ,
' Comparez les Mémoires de Saint-Simon, chapitre XX et suivons , ann. 1712, et la justification du prince, dans la Gazette de Leyde, ou dans son histoire imprimée à Londres, ann. 1715.
on s'enquit de tous côtés sur les accidens qu'on avait pu recueillir ; on conta dans la cour que la veille de la maladie de la duchesse de Bourgogne, le duc de Noailles lui avait offert, au nom du roi d'Espagne, une boîte pleine d'un tabac de très-belle apparence ; la petite duchesse aimait prodigieusement le tabac, et le roi ne pouvait le souffrir, parce qu'il était de bonne compagnie parmi la cabale et la société nouvelle de se barbouiller le nez de tabac d'Espagne, et cette coutume était presque de l'opposition. La duchesse de Bourgogne avait donc bien caché sa boîte, et on ne l'avait plus retrouvée ; le soir même, les premiers symptômes s'étaient développés par des maux de tète. On disait aussi que 31. le dauphin avait été visité par le duc d'Orléans, et qu'on avait reconnu parmi ses domestiques des gens du Palais- Royal. Mille bruits étaient encore rapportés; un grand sachet plein d'essence n'avait-il pas été envoyé à M. le dauphin? et c'était de ce moment qu'il avait affreusement péri d'un poison subtil renfermé dans sa boîte à gants de daim et parfumerie.
Ce qu'il y avait de curieux en tous ces bruits, c'est qu'ils émanaient du peuple surtout ; c'était à Paris qu'ils avaient pris naissance; M. le duc de Bourgogne était tant aimél on le connaissait au parlement et dans les parloirs de bourgeoisie ; M. le duc d'Orléans excitait la haine au contraire, et rien ne fut plus aisé que de répandre sur sa personne de sinistres rumeurs. Ces bruits furent-ils spontanés? vinrent-ils de la conscience du peuple, injuste souvent, mais naïve et profonde, ou bien eurent-ils leur source dans une intrigue? On doit historiquement recueillir que le sentiment de la culpabilité du duc d'Orléans éclata avec une indicible énergie * ; quelques écrits disent que de l'argent adroitement distribué par le duc du Maine et et M"' de Maintenon avait préparé les esprits à ces accusations contre le duc d'Orléans; on voulait lui enlever toute force d'avenir sur le gouvernement du roi. Tant il y a que jamais on ne vit une horreur aussi générale manifestée contre le duc d'Orléans ; il ne pouvait plus paraître aux rues de Paris sans que raille cris et injures n'éclatassent contre lui ' ; s'il trottait en son carrosse pour sortir de la
' Plus d'une chanson populaire des halles expriment la déploralile accusation du peuple. Le recueil Maurepas en contient deux ou trois que je ne puis citer.
* Voyez Saint-Simon, ad ann. 1712. Ce fut lui et le marquis d'Effiat qui prévinrent le duc d'Orléans des terribles soupçons qui pesaient sur son altesse.
porte Saint-Honoré ou Vaugirard, la canaille le pressait de toute part ; les épithètes d'empoisonneur lui étaient jetées à la face par les femmes du peuple et les bourgeois qui le rencontraient; des groupes se formaient sur ses pas, et peut-être n'eût-il pas échappé aux fureurs des multitudes, si des gardes nombreux n'eussent entouré son carrosse.
A la cour, le duc d'Orléans suscitait une répugnance plus profonde encore ; premier prince du sang, il avait droit à des honneurs, à des prévenances ; eh bien ! depuis que ces bruits avaient circulé, perfonne n'osait plus approcher de lui, on le fuyait; quand il s'avançait vers un coin du salon, il se faisait partout une solitude silencieuse; on craignait son contact; à peine quelques amis du prince, parmi lesquels le duc de Saint-Simon, osaient lui adresser la parole ; il y avait du courage à le croire innocent. Le prince ne s'était pas aperçu encore de la cause réelle de cette répulsion générale ; il la demanda, et lorsqu'on lui dit l'affreuse accusation qui pesait sur lui, le duc d'Orléans se sentit comme accablé : que faire? il savait toutes les préventions du roi contre sa personne ; il était de son naturel très-timide ; l'aspect de Louis XIV lui imprimait une indicible terreur, il ne pouvait soutenir ce regard, et presque toujours le duc d'Orléans avait traité avec le roi par écrit ; il n'avait jamais rien sollicité que dans la forme de lettres, placets ou mémoires *.
Cependant, sous le poids terrible de cette accusation , un prince du sang devait demander une audience au roi, et s'expliquer devant lui; il s'agissait de sa vie et de son honneur; un exempt des gardes pouvait à chaque moment lui arracher son épée et le conduire à la Bastille ; mieux valait, en toute hypothèse, obtenir du roi une accusation positive et des juges. Tel fut l'avis unanime des conseillers du prince ; que pouvait-on lui reprocher? qu'il fréquentait l'artiste en métaux Humbert, nécromancien et alchimiste de son état? La bourgeoisie l'accusait d'avoir sollicité l'apparition du diable à un talisman de métal, et d'avoir plusieurs fois tenté le sort ; mais était-ce là une cause de procédure criminelle ? Enfin, ce qui décida le duc d'Orléans à une démarche immédiate, ce fut la situation tout exaltée de Paris ; quand le duc alla jeter de l'eau bénite sur le corps du dauphin et de la dauphine , il y eut une véritable émeute ; le peuple se porta au
' Saint-Simon en était le principal rédacteur, aon. 1713.
t)2 LOUIS XIV, SON GOUVERNEMENT
Palais-Royal, et sans l'intervention du lieutenant général de police, peut-être ce palais eût-il été dévasté par la multitude, tant le bruit d'empoisonnement se répandait.
Le duc d'Orléans n'hésita plus à s'adresser au roi; le marquis d'Efiiat venait d'arriver à Paris, il avait tout dit à M. le duc d'Orléans : ce prince s'écria : « Il n'y a pas d'autre parti à prendre, il faut que je demande la permission au roi de me constituer prisonnier à la Bastille; il faut que l'on fasse auesi sur-le-champ arrêter Humbert , et <]u'on le juge. » Cette résolution de M. le duc d'Orléans ne resta point sans effet; le lendemain il se rendit à Versailles, et voulut voir immédiatement le roi; il le trouva sec et silencieux : « Sire, permettez-moi de me constituer prisonnier à la Bastille , pour sortir de la fatale situation dans laquelle on me place. — Non, monsieur , dit le toi avec un air de dédain , cela n'est pas nécessaire. — Mais votre Ynajesté ne peut me refuser d'y faire écrouer Humbert, que l'on dit être mon complice. — Non, monsieur, répliqua le roi plus sèchement lîncore; mais s'il s'y présente, on ne le refusera pas. » Mot dur et "significatif pour un prince du sang * !
Le roi avait coupé court à l'entretien ; l'affaire était trop ébruitée "pour qu'elle restât sans un commencement d'instruction. D'après les lois de la monarchie, c'était au chancelier qu'il appartenait de connaître des crimes qui touchaient à la famille royale ; mais en cette circonstance délicate, Louis XIV pensa que le chancelier étant trop intime avec le parlement, le roi ne serait plus maître de la direction qu'on pouvait donner à l'affaire. D'ailleurs, depuis quelques années, la plupart des questions secrètes sortaient du ressort du chancelier pour aboutir à celui de M. d'Argenson , le lieutenant général de police; dans son bureau s'exécutaient la plupart des missions confidentielles; M. d'Argenson travaillait directement avec le roi, et c'étaii iiu monarque qu'il adressait les rapports importans de la police politique. Louis XIV eut donc recours au lieutenant général de police, car il mettait un grand prix à ce que le plus profond mystère présidàî à toute celte instruction criminelle.
D'après la volonté de M. le duc d'Orléans, Humbert s'était rendu à la Bastille pour se constituer prisonnier; il y fut refusé; cet ordre
' Sainl-Simon rapporte en entier celte conversation; elle est aussi dans les pamphlets de Hollande (1712).
était signé de M. d'Argenson : une conférence mystérieuse et décisive s'était engagée au château entre le roi et le lieutenant général de police ; celui-ci avait parfaitement démontré que l'on ne pouvait pa? commencer une procédure aussi grave sans être sûr de la mener à bonnes fins; et cette procédure contre qui allait-elle être poursuivie? contre le neveu et le gendre du roi, contre le père de la duchesse de Berry, la petite-fille du roi ! est-ce que le mal n'excéderait pas le bien dans cette circonstance? quel profit pouvait-on tirer même d'une condamnation? le moment était-il heureusement choisi? l'ennemi débordait sur la France, il envahissait ses frontières ; fallait-il créer un nouvel élément de discorde par un procès criminel contre un prince du sang? Ces motifs, longuement développés, avaient prévalu. Si M"* de Maintenon et le duc du Maine poussaient vivement au procès, le médecin Maréchal qui avait conservé une grande franchise d'expressions avec le roi, lui avait prouvé surtout la dilTicuUé de constater un cas d'empoisonnement sur la personne du dauphin. Le roi ordonna à son lieutenant de police d'instruire discrètement pour la forme, afin d'éclairer la conscience royale , et de vérifier la vérité des clameurs publiques; on dut suspendre toute accusation contre le duc d'Orléans et contre ceux qu'on présumait être ses complices. Le lieutenant de police suivit ses ordres avec ponctualité; si Humbert fut refusé à la Bastille, on pénétra chez lui, on visita les laboratoires du duc d'Orléans; mais toute cette procédure fut si secrète , elle se renferma si étroitement entre le roi et M. d'Argenson, qu'on ne pot savoir aucun incident; on apprit cependant qu'un cordelier de Bressuire en Poitou avait été arrêté et conduit à la Bastille ; il avait fait de grandes révélations ; il était, disait-on, un des auteurs principaux de l'empoisonnement, et toujours les soupçons grandirent; ils passèrent du duc d'Orléans sur la tête de l'empereur. Tous ces bruits étaient au fond très-vulgaires, ils n'avaient pas un principe de vérité, une de ces forces puissantes qui commandent la croyance et la persuasion. L'exposition des faits, tels qu'ils se passèrent alors, était très-essentielle pour pénétrer dans cette question mystérieuse de l'empoisonnement; il était d'abord un fait à examiner préliminairement : y avait-il eu empoisonnement réel, ou bien fal!ait°il attribuer ces morts foudroyantes à des causes naturelles? On a rapporté les opinions médicales sur ce point, et ces opinions n'étaient pas tellement unanimes, que l'on pût passer outre à l'examen de culpabilité. En matière cri-
9i LOUIS XIV, SON GOUVERNEMENT
minelle, il faut toujours constater la réalité du crime avant d'arriver à la recherche de ceux qui ont pu le commettre; en supposant la vérité de l'empoisonnement, le duc d'Orléans était-il présumé s'en être rendu coupable ? La conduite du duc d'Orléans était déréglée , il avait goût pour l'alchimie, la mixtion des simples et des poisons ; il était mécontent, toute la cour le savait ; mais quel intérêt avait-il à préparer tant de meurtres, puis surtout à s'arrêter lorsque la branche aînée ne vivait plus que dans un frêle rejeton ? La conduite irréprochable du régent par rapport à la famille royale ne rend-elle pas improbables toutes ces accusations antérieures? Ces motifs sont saisissans; ne faut-il pas examiner encore si ces bruits n'étaient pas répandus par les princes légitimés et M'°° de Maintenon leur protectrice, contre les princes du sang représentés par le duc d'Orléans ? On voyait le roi s'affaiblir successivement et tendre vers la mort; un procès criminel contre M. le duc d'Orléans lui ôtait moralement la régence; n'était-ce pas le but qu'on voulait atteindre?
S'il fallait trouver des coupables et un empoisonnement réel, n'y avait-il pas parmi les cours étrangères des ambitions plus intéressées? Le cabinet de Vienne ne pouvait-il pas user de ce moyen pour se venger de la race de Louis XIV? Ce bruit courut, et l'on cita divers incidens aussi vagues, aussi futiles peut-être que ceux qui avaient circulé sur M. le duc d'Orléans : on parla de lettres écrites, de missions données à des religieux , comme au moyen ège , pour ensorceler et empoisonner la nombreuse lignée de Louis XIV. Tout cela n'était qu'une de ces rumeurs de peuple qui ne pouvaient dominer que le vulgaire * ; hélas ! dans les grands désastres on devient soupçonneux ; quand une immense calamité vous accable , on cherche des causes extraordinaires à ce que la destinée bizarre et implacable a seule fait. Puis des intrigues ambitieuses se mêlent aux cercueils et veulent profiter de la mort, comme les oiseaux de proie qui voltigent autour des fatales dépouilles. Le roi avait perdu sa brillante lignée, et quand on voyait cette noble tête s'abaisser, on spéculait déjà sur la régence que la minorité de l'enfant royal devait essentiellement amener dans le
' J'ai écrit «e chapitre pour ne rien laisser de côté dans la vaste histoire d'une époque; j'ai dû exposer l'état des idées et des préjuges mêmes de la multitude. Mes habitudes historiques sont trop au-dessus des passions du temps présent pour qu'on puisse voir dans ce chapitre un fait ou une idée qui se rattache à l'époque actuelle.
destin du gouvernement de la France. En effet , si le duc d'Orléans pouvait être violemment soupçonné d'avoir menacé les jours de l'héritier de la couronne, comment lui confierait-on la régence? Tel était le calcul des princes légitimés et de M"' de Maintenon.