DEMEURES DE L\ NOBLESSE (IT-ÎOITÔS
ssilles se limitnit dans un cercle tellement précis qu'on pouvait dire chaque malin le programme de la journée ; la cimsse absorbait tous les moments qu'on ne donnait pas aux affaires, excepté lorsque les réjouissnnccs publiques entraînaient les bals et les réceptions brillantes du soir. A Versailles la fière et royale monotonie, à Cboisy le plaisir vif et secret.
Depuis quelques années , toute la noblesse vivait moins à Versailles; elle faisait bfitîr de très beaux hôtels sur tout le quai de la rive gauclie de la Seine et dans le fauboui^ Saint-Germain surtout. Ces grands hâtiments des rues de Bourbon et de l'Université, de In Planche ou de Grenelle sont tous empreints des formes d'areliitecture de Louis XV, ainsi qu'on le voit k la place Vendôme et à la place des Victoires. Ici habitaient les seigneurs aimant le plaisirde l'opéra et de la comédie; par la route de Sèvres, dans une henre et demie on était à Versailles ; la vie de Paris commençait à plaire pour Thiver. Le faubourg Saint- Germain se peupla si rapidement, qu'on dut penser à jeter unsecond pont en face les Tuileries pour joindre les deux rjves et marier tout cela vei's la place l^ouis XV et le jardin des Tuileries. Si vous trouviez dans le faubourg Saint-Germain la noblesse frivole et dépensière, le Marais était le refuge de la vieille magistrature. Lorsque les parlementaires n'habitaient pas dans l'île Saint-Louis, si paisible, ces magnifiques hôtels, aujourd'hui encore décorés des pein-
Iiires Pompadour, ils demeuraient dans les rues Saint- Louis , au Marais, Saint-Paul ou la Place-Royale, leur quartier de prédilection ; ils vivaient là au sein de leur famille, aux heures où les soins du parlement ne les appelaient pas au palais. Le quartier de la place des Victoires, de la place Vendôme, de la rue des Petits-Champs étaient la demeure des banquiers et fermiers- généraux , groupes autour de Samuel Bernard et de La Popelinière, le spirituel sybarite. Ilelvétius avait choisi la place Vendôme dans ces hôtels alors nouvellement bâtis, ou bien il vivait h la campagne; à Tesemple de la favorite, on trouvait de l'esprit cliez les femmes des fermiersgénéraux, un grand goût pour les lettres et les beaux-arts. C'était chez M. de La Popelinière que Rameau venait réciter ses opéras, et J.-J. Rousseau ne craignait pas d'y chanter de sa voix chevrotante les strophes de sa composition. Le fermiei"-général, c'était l'expression du luxe le plus effréné et le plus élégant, Sa vie se distinguait de colle de la bourgeoisie toute paternelle, toute résumée dans le foyer domestique, lin déplacement de fortune se manifestait dans la société; presque toute la noblesse ruinée dépensait beaucoup et recevait peu pour se ruiner encore. La Banque faisait des bénéfices considérables ; le commerçant gagnait sur loules ces industries en servant le luxe des gentilshommes, et tout cela créait ainsi un accroissement considérable dans les
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éléments de la fortune bourgeoise. Chaque année des tréfileurs d'or, des pssemenliers, des drapiers ]>ouvaient mettre beaucoup d'écus a l'éparjïne. La cour était si brillante d'or, si pailletée; un habit de hrau velours coûtait près de '1 ,000 livres. Ajoutez à cela des manchettes d'Angleterre, des jabots, des culottes à boutons de diamants, des boucles à rosettes toutes brillantées; une mise de cour un peu soignée coûtait -1 ,oOO louis. Or, ces dépenses folles jetaient des grands bénéGces aux mains de la classe bour- {^eoise et marchande; tandis que la partie noble de la nation se ruinait, la partie avare , spéculatrice, nmassalt de gros écus ou soleil. Dans le rayon de dix lieues autourde Paris, les résidences, cbàteaus, parcs et fermes passaient aux mainsdes parlementaires, des Gnanciers ou de In classe bourgeoise ; une fois maîtres de ces marquisats ou de ces comtés, ils en prenaient le titre, et cela produisait déjà d'indicibles confusions dans Tordre nobiliaire et les blasons de gentilhomme. Quand la fortune se déplace , quand la propriété passe d'une classe a une autre, il y a révolution inévitable dans l'ordre social ; avant Louis XIV, la noblesse était forte par ses services, par son importance territoriale; elle possédait presque toutes les grandes terres ; la bourgeoisie n'avait que quelques maisons de ville pour s'abriler. Mais une fois que le bourgeois fut riche, propriétaire, possédant les capitaux, il ilut naturellement demander la première place dans
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la liiérarchie des ordres. La noblesse n'était qu^ jirivitége pour une classe ; la bourgeoisie compreDaîl toutes les autres portions de la société ; elle s'appuyait sur sa riebesse pour préparer son triomphe. S'il y avait encore quelque respect pour les grands noms de la monarchie, Pimprudence de quelques genlilsliommcs les compromettait souvent ; fatigués des boudoirs dorés, ils ne craignaient pas de porter leurs amours jusque dans la boutique du innrchand ; armant avec magnificence, ils étaient souvent aimés, et l'histoire de madame Conian la boulangère fut connue de tout Paris.
Le duc de Richelieu lui-même ne dédaignait pas les petites bourgeoises, quoiqu'il se montrât fier et insolent avec cette classe qui devenait la plus forte parce qu'elle était la plus riche et constituait bien positivement tout ce qui faisait la fortune delà société; il faudrait donc tût ou tard lui faire une place dans l'ordre politique , si on ne voulait pas qu'elle la prll. Cette lutte entre la force et la richesse de la bourgeoisie et la pauvreté des gentilshommes déchus est infiniment curieuse au xvni* siècle : peu fi peu cette société de noblesse se dépouille et se suicide, à ce point qu'en ^ 789 elle n'est plus qu'un souvenir. Prenez les événements un à un : est-ce que l'enlèvement du jenn« prince Edouard n'est pas le plus fatal coup porté îi la dignité royale? est-ce que cette couronne de Louis XV qui va se cacher dans un boudoir de