NOELS SUR LA COUR
monde ^ Louis avait dit à madame de Pompadour : a Allons voir cet enfant, ma mignonne. — Eh non! dit la marquise au roi, qu'on l\)pporte chez moi , car je ne vais voir personne. » (Expression de fierté dans la bouche de la favorite.) Ghoiseul y accourait aussi pour tout culbuter, pour tout réformer, même le bœuf, mais il conservait Fane; d'Estrées, le grave philosophe , déclarait à Tenfant Jésus que Ton ne suivait guère ses conseils; Nivernois apportait des bouquets ; le marquis de Puysieux prenait sa lunette pour regarder l'enfant ; Richelieu , plein de grâces, récitait au poupon des vers dignes d'Horace. Saint-* Florentin faisait à Joseph une peur épouvantable , car il avait ses mains pleines de lettres de cachet, et qui sait? il en réservait une peut-être pour faire sortir Joseph de Tétable. ^ »
Ainsi étaient les passe-temps de Topposilion, impuissante alors, car tout était courbé sous Tempiredela marquise qui donnait l'impulsion aux mœurs, au goût, a la mode; or y eut-il jamais en France plus magique puissance? C'était par l'influence de la marquise que
• Jour de Noël :
De Jésus la naissance En coudoyant la foule.
Fit grand bruit à la cour. Le marquis de Puysieux,
Louis en diligence A {grands pas se coule
Fut trouver Pompadour : Auprès du fils de Dieu ;
Allons le voir, mignonne. Ayant pris sa lunette :
Eh non .' dit la marquise au roi^ Enfin, dit-il, je vois le cas,
Qu'on rapporte tantôt chez moi ; Pourtant la nouvelle n'est pas
Je ne vais voir personne. Mise dans la gazette.
les vastes paniers, empruntés à l'Anfrieterre, diinî«
. fait d'u
nuaient de volume; le corset nouvelle qui amincissait la taille, les dentelles et les malines étaient répandues a foison; d'admirables, Éventails cacliaienl les sourires de ces lèvres si ros( si petites, que la race semble en être perdue. La coi fure se modiûall et se relevait un peu sous des flots de poudre ; on jetait dans les cbeveux des Heurs , des épis de diamants ou la rose pompon, qui prit soq nom de madame de Pompadour ; beaucoup de rouge sur les joues, et le tout relevé par cinq ou six mouches urtistenienl placées. Les hommes avaient tous adopta des habits aux larj^es basques et sans cols, pour laisser le cou dégagé , des boutons et des boucles de diamants , des souliers à talons rouges , et toujours la poudre pour relever l'éclat des yeux.
Les meubles prenaient le ly|)e de la plus admirable perfection ; les bonheurs du jour avec des marqueteries , des porcelaines, des trunieaus entrelacés de peinture et des mille Heurs d'or; des toilettes voilées par de la dentelle et du satin, le bleu clair el le rose
iblesj coil^H
On vil daus Je lolnUia II na fe trompait pas;
Une courle flgare; Je (Ifiiei. dli le minidre.
C'éwil Salnl-Flnrenlln. Pour un iréi richeui M
«uelle peur cBroiabla; L'Égjplee*! la relraila;
Dans ses maini Je tola un poquel ; Au roi cet eiil a déplu,
C'est quelque lettre de eichel Miia 11 marquise l'a touli
PETITS APPABTEMENTS DE CHOISV (1749-1752). 3W
tendre partout; des tapis si épais que les pieds pouvnient enfoncer jusqu'à la clieville ; des ottomanes avec des médaillons, des lustres de cristal ou de porcelaine éclatants de bougies ; des tables incrustées de cuivre, d'or ou d'argent; des nuées de petites clii- ■nières vertes ou rouges, des statues de fantaisie, des magots ou des bergeries élégantes, Colin ou Colette; les jolis sujets des tableaux de Greuze qui plus tard dominèrent l'art de la peinture et de la gravure. Tels étaient les salons que parcourait cette noble cour, aux vêtements tout pailletés d'or, l'épée au côté, le cordon bleu sur la poitrine, suivant respectueusement cette favorite qui voulait briller par tous les côtés qui se rattachent à l'empire de la femme : les plaisirs et les arts.
Dans les petits appartements du roi h Cboisy, on suivait peu Tétiquette ; Louis XV disait, par exemple, à un de ses courtisans ; u Ricbelieu, Gcsvres, vous serez du voyage de Clioisy, n'est-ce pas? je vous y verrais ce soir avec plaisir. » Et cela suffisait pour ouvrir les portes de ces petits réduits de mystères et de plaisirs; au souper toute distinction était bannie; il n'y avait d'autre liiérarohie que celle de quelques femmes élégantes. Dans cette grande foule de gentilshommes qui n'eût brigué comme une faveur d'être appelé aux petits soupers de Clioisy? A Versailles, au contraire , tout était réglé avec solennîlé , même les petits appartements ; le roi ne pouvait
clmngcr les usages que fixaient les entrées depuis fori- (jine de la monarchie; il était rare qo'il les enlevât à une des grandes fonctions de Tétat, si ce n'est par punition exemplaire : ainsi le chancelier avait ses grandes entrées, et nul ne pouvait l'en priver, car elles étuient inhérentes à sa ciiarge ; si on loi retirait les sceaux, il n'en restait pas moins revêtu de sa noble dij»nité et de ses privilèges.
Iji plus grande distinction était de faire la partie du roi ; Louis XV, avide de coups de hasard , jonnit à Versailles des masses de louis d'or; il aimait a les gagner, faisant ainsi payer l'honneur de faire sn partie, et il riait de tout son cœur de voir les cartes lui venir à plein \^ré; il n'agissait pas ainsi par avarice, car nul plus que lui ne prodiguait les acquits au comptant à sa noblesse "après les ruines de guerre et les sacrifices des batailles; mais il avait cet amour de bonheur au jeu , qui saisît les àmcii m(!'me les plus désintéressées: gagner au jeu fait croire qu'on a la fortune pour soi, et cela plait. Le roi sans être gai était aimable; il abordait toutes les questions comme tous les plaisirs. Philosophe profondément religieux, il avait vu la mort de prcs et il ne la craignait pas; il se jouait avec celte idi^e qu'il faisait souvent envisager à ses plus intimes amis; sa figure si belle prenait alors un indicible sourire de bonté mélancolique , il avait pour chaque courtisan son mot piquant, spirituel. La vie de Ver-